Rudetzki : « SOS Attentats n'avait plus les moyens de fonctionner »
Françoise Rudetzki a passé la main, mais elle entend que son action perdure. Tel est le sens d’une réaction à l’article que je lui ai consacré lorsqu’elle a démissionné de SOS Attentats. Compte tenu de sa personnalité, de son combat et des souffrances subies, il apparaît juste et nécessaire de s’effacer derrière son propos que je reproduis tel qu’elle me l’a adressé.

Pour la petite histoire, j’ai subi 66 interventions chirurgicales à ce jour, d’autres restent à venir... Plus important, je souhaiterais rendre hommage au premier juge d’instruction qui a accordé une place aux victimes dans les procédures judiciaires liées au terrorisme : M. Gilles Boulouque, en charge de l’instruction des dossiers des attentats commis entre le 7 décembre 1985 et le 17 septembre 1986 à Paris.
Dans son sillage, tous les juges d’instruction qui se sont succédé et ceux qui sont toujours en place à la galerie Saint Eloi se sont attachés à organiser des réunions d’information avec les parties civiles sans que des liens privilégiés se nouent entre les uns ou les autres, dans le plein respect des rôles de chacun et de nos règles de droit.
Donc ma décision, puis celle de l’Assemblée générale de SOS Attentats, sont indépendantes de celle de M. Jean-Louis Bruguière (de prendre sa retraite, ndlr).
Bien évidemment, je ne jette pas « l’éponge » et je ne me « retire pas de la scène publique » mais je constate que l’association, en dépit de ses acquis, n’avait plus les moyens de fonctionner et d’assurer ses missions face aux enjeux actuels. Le cadre associatif est, en France, trop fragile et trop précaire.
S’agissant du terrorisme, d’autres solutions plus pérennes doivent être recherchées en liaison avec les pouvoirs publics mais aussi avec les grandes entreprises en France ou à l’étranger.
Par ailleurs, je reste membre du Conseil d’administration du Fonds de garantie en charge de l’indemnisation des victimes du terrorisme et d’autre infractions. Je transmettrai mon expérience à d’autres structures qui devront nécessairement être mises en place en cas d’attentats majeurs, sans oublier les formations professionnelles et les organes internationaux.
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Rappelons que, mortifié par de multiples attaques personnelles liées à son enquête sur les attentats terroristes commis à Paris en 1986, le juge Gilles Boulouque s’est donné la mort le 12 décembre 1990 en se tirant une balle dans la bouche avec son arme de service.
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oiseau
oiseau
Il arrive qu’on entende de la bouche de nos proches que tel ou tel « carrefour est dangereux, mais rien ne sera fait tant qu’il n’y aura pas un mort ».
Et c’est vrai. On prend souvent conscience d’un péril qu’après en avoir constaté les effets. Comme les administrations ne font pas exception, on aurait pu alors penser, naïvement peut-être, que la justice et l’Etat aurait pris conscience de l’existence des victimes après les attentats terroristes.
Hélas, c’est visiblement sous-estimer une autre règle : plus une organisation/institution est grande, vieille et « powerful » comme disent les anglais, plus elle est rigide et difficile à changer. Même si chaque magistrat est plein de bonne volonté, ils se heurtent probablement au mur que représente leur rôle, juridiction, carrière, etc... SOS attentats trouve ici un premier écueil au navire de sa bonne volonté.
Le deuxième écueil est l’Etat et sa manie du « secret défense » pour cacher ce qui en relève mais aussi probablement ce qui relève d’informations peu présentables pour lui. Oh, certes, on crie au loup et on idolâtre les victimes pour faire passer des lois liberticides (loi de sureté par exemple), mais derrière ce discours protecteur des victimes réelles et potentielles, l’Etat s’en lave les mains. Il les relègue à l’Histoire et fait comme la plupart des gens quand nous croisons une victime de la crise qui mendie dans la rue : moins qu’une pièce, on ne lui jette pas même un regard.




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