Chez Philippe Madelin

Les questions de sécurité analysées par un expert, Philippe Madelin, ancien journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Le Medef découvre les charmes et les dangers des fonds souverains

Philippe Madelin
Journaliste
Publié le 23/10/2008 à 13h27



Laurence Parisot, patronne du Medef, en conférence de presse le 23 septembre à Paris (Benoit Tessier/Reuters).


Quelques centaines de patrons, d’experts et d’observateurs pour le moins inquiets à l’écoute de leurs oracles, ministre, chefs de grandes entreprises et autres caciques. A l’écoute pour savoir comment éviter la crise que nul n’a su prévoir.

Le spectacle, car c’est un spectacle, est pour le moins passionnant, et non moins extravagant : ils attendent qu’on leur dise comment prévoir et éviter la crise qu’ils viennent de vivre. Que nul n’a prévu malgré tous les signes, que nul n’a su éviter.

C’était le 21 octobre, dans le grand auditorium du Medef, le syndicat du patronat, lors d’un débat consacré à la sécurité économique. Il est non moins fascinant d’écouter les grands, dont un ministre, Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, décrire les menaces qui pèsent surtout, des menaces déjà analysées depuis plusieurs années : terrorisme, cybercriminalité, mafias, enlèvements.

Le monde économique n’est pas plus rose que le reste. Or la description a failli passer à côté de l’essentiel. Et si la véritable menace, autrement plus grave que le terrorisme et le développement de l’islamisme radical, n’était pas l’irruption sur les marchés capitalistiques majeurs des fonds souverains qu’on a vu prendre des participations à tout va notamment dans les grandes institutions financières américaines ?

Une force d’acquisition capable d’acheter la planète

Ces fonds représentent les surplus des balances de paiements encaissés par les Etats, notamment pétroliers. Pétrodollars entassés, et peu de dépenses pour des populations dispersées.

Un dialogue entre le sénateur Jean Arthuis et Alain Juillet, le haut responsable à l’Intelligence économique, a permis de définir l’intérêt et l’impact de ces fonds souverains. Entre la Norvège, la Chine, les Etats du Golfe, Singapour, ils représenteraient aujourd’hui une force d’acquisition d’au minimum 3 500 milliards de dollars, à laquelle il y a lieu d’ajouter les 1 500 milliards de dollars des fonds criminels à la recherche d’emploi.

Autant dire que ces capitaux gigantesques permettraient d’acheter sans mal la planète, de tout prendre sous contrôle. Exemple de question à ce propos : pourquoi ne pas avoir perçu que la politique de change chinois, qui maintient artificiellement sa monnaie à un bas niveau, aurait pour conséquence une véritable inondation de liquidités sur les marchés financiers ?

Sont-ils nocifs ? Représentent-ils un vrai risque ? Les responsables de ces énormes masses de capitaux ne seront-ils pas tentés de les utiliser pour détourner la technologie et l’industrie des pays développés vers les pays émergents ?

Des investisseurs plus fidèles que les fonds spéculatifs

Sous réserve de certaines précautions, ont admis Jean Arthuis et Alain Juillet, en raison de leurs pratiques prudentes et de leur volonté d’investir à long terme dans un esprit de développement industriel avec une perspective d’au moins dix ans, ils pourraient représenter au contraire un facteur positif. En tout cas, plus positif que les fonds spéculatifs recherchant un profit dans un délai inférieur à trois ans. Avec à la clé une casse industrielle terrible.

« Les fonds souverains, martèle Jean Arthuis, sont le reflet de nos propres difficultés, évoquer cette question c’est appeler à réfléchir à nos propres insuffisances. » Et Alain Juillet d’observer :

« Les sources et les objectifs sont très variables. En tout état de cause, ils opèrent dans une perspective décennale, d’où une révolution dans la pratique du management, contrairement aux capitaux spéculatifs.

Les fonds souverains vont rééquilibrer les pratiques économiques. Les dirigeants de ces fonds, souvent anglo-saxons, demandent aux entreprises dans lesquelles ils investissent de bien gérer. Leur comportement pendant la crise boursière a été dans les normes.

Il faut apprendre à travailler avec eux, ce qui passe par un dialogue public-privé. Les fonds souverains seront un paramètre essentiel dans l’économie future. »

Certains esprits à courte vue ont beaucoup agité le risque représenté par les fonds souverains. Il y a risque, c’est évident, si les entreprises ne prennent pas toutes les précautions nécessaires énumérées par le commissaire divisionnaire Eric Bellemin-Comté, de la DCRI. Donc voici les entreprises bien engluées dans les boues du contre-espionnage économique.

Quant à la ministre, comme si elle n’avait pas d’autre préoccupation, elle s’est lancée dans une offensive virulente contre ce qu’elle qualifie d’officines, les « SRP », sociétés de renseignement privées. Le plus souvent missionnées par leur clients pour détecter les tentatives d’accaparement de leur capital. Entre autres par les… fonds souverains ou par les entreprises criminelles qui tentent de recycler et blanchir l’argent sale.

Photo : Laurence Parisot, patronne du Medef, en conférence de presse le 23 septembre à Paris (Benoit Tessier/Reuters).

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  • Pépé61
    Pépé61
    Enterré vivant
    • Posté à 13h45 le 23/10/2008
    • Internaute 31199
      Enterré vivant

    Parisot n’a apparemment pas tout compris, moi non plus d’ailleurs. Parce que la dernière sortie se résumait à peu près à « bon, maintenant que l’état nous a mis à l’abri de la faillite en secourant les banques, qu’il nous lâche et nous laisse faire notre boulot, les pros c’est nous, circulez y’a rien à voir ».

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 18h41 le 23/10/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    on est en train d’inverser les paroles du ’chant du départ’ non ?

    les fonds souverains s’avancent...
    nations descendez aux cercueils...

    et dire de Giscard voulait que le chant du départ remplace notre marseillaise..

    Aux armes citoyens ! ! ! Marchons marchons, contre les fonds souverains étrangers conquérants.et colonisateurs.. ! !
    que leur monnaie abreuve nos sillons ! !

    (délire ...d’un pauvre quidam spectateur ironique)

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 15h19 le 23/10/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Les fonds souverains, faut les couler... !

    Lien

  • France Fabay
    France Fabay
    créatrice d'entreprise
    • Posté à 16h32 le 23/10/2008
    • Internaute 56461
      créatrice d'entreprise

    J’ai l’impression d’en savoir juste assez pour saisir que l’article est intéressant et le sujet important, mais pas assez pour le comprendre. Pourriez-vous s’il vous plaît nous expliquer ce qu’est un fonds souverain, et en quoi il se différencie des autres types de fonds d’investissements ?

    Je signale au passage que l’interview de Rocard mentionné ici dans la colonne de gauche (interview du Temps reprise par leMonde.fr), dont le titre met en avant le « talent » de Sarkozy, est en fait surtout intéressant pour mieux comprendre le rôle des fonds de pension et des hedge funds, et il met en perspective les éléments des 35 dernières années qui ont pu mener à la crise d’aujourd’hui.

  • marie 75
    • Posté à 17h52 le 23/10/2008
    • Internaute 3563

    Les principaux fonds [ wikipedia... donc ... pas la bible !)
    « On peut également inclure, dans une définition large, la Caisse des dépôts et consignations (France), qui gère environ 120 milliards $ (80 Mds€), ou le Fonds de réserve pour les retraites (France), qui gère les fonds destinés à compléter les retraites à partir de 2020 et dispose, au 30 septembre 2007, d’environ 50 milliards $ (33,8 Mds€)[17],[18]. Toutefois, ces deux fonds, à la différence des précédents, n’investissent pratiquement que dans des sociétés nationales. »

    Et quand on lit ca... on tremble pour les livrets A (par ex.)

  • Hors-cases
    Hors-cases
    Chômeur surdiplômé trop vieux
    • Posté à 16h57 le 24/10/2008
    • Internaute 42258
      Chômeur surdiplômé trop vieux

    Le MEDEF, pas plus que les dirigeants politiques ni même les experts et autres journalistes (de TV en « sur-effectif » semble t’il ?) ne savent de quoi il est question ? pourquoi faire, avec qui, etc ?
    La chrono que j’en ai retenu est tout aussi vague ; sauf un point : tout comme pour les centaines de milliards de soutien aux banques et autres organismes financiers l’Etat se porte garant, donc en cas de d’appel de fonds le Trésor Public (les imposés & taxés rattrapables sur le territoire sans bouclier, armure ou exonération) avanceront les fonds, prélevés sur les fonds mis à disposition par des organismes financiers (s’il leur reste des fonds ; cf. les ~700G€ des Caisses d’épargne) et se rembourseront sur des rentrées ultérieures. De même probablement si des intérêts, frais de gestion ou agios sont demandés par les prêteurs. Bref, les « con-tribuables habituels » contribueront. J’ai essayé ci-après d’établir un semblant de cheminement :
    Il était question dans la bouche du Président du Conseil de l’Europe la semaine dernière de fonds souverains européens. Après le « nein » des Allemands et de plusieurs décideurs européens de poids, le Président français a présenté un schéma de fonds d’intervention stratégique de 300G€, dénommé par certains dans les médias (je ne me souviens plus qui exactement) comme des « fonds souverains à la française », puis repris par les mêmes et/ou d’autres (peut-être suite à « mise au point élyséenne » ?) comme n’étant pas par nature, par définition comme par fonction, un « fond souverain », mais uniquement un fond d’intervention de l’Etat. En même temps ( ?) on apprenait que ce fond n’intéresserait que les entreprises des secteurs nationaux stratégiques, puis (ou juste avant ?) des entreprises stratégiques et/ou « innovantes » (le terme n’est pas plus clair dans mon esprit que dans les explications disponibles des autorités). Enfin, il a été question de 200 puis de 100G€ ; ce dernier montant a été émis par Mme Lagarde (le 24/10 pm) et n’a pas encore été démenti à cette heure...
    Suite au déroulement du film que j’ai compris (et de ce que semble avoir compris ceux qui sont sensés savoir), je comprends que le MEDEF par la bouche de sa Présidente émette pour le moins des questions en attente, car il était question le W-e dernier d’une multiplication des faillites des entreprises fragiles (essentiellement des PME de secteurs directement touchés) mais maintenant les grandes multinationales avec des liquidités « entreraient dans le cercle infernal » et pourraient être touchées. Alors je me repose la question : vers qui Bercy va se tourner pour ses fonds franco-français ? Les 1° Ministre s’est déclaré en faillite il y a ~1 an, le budget est en discussion avec des « chiffres d’avant la krach », les petits épargnants sont déjà nettoyés par les mesures précédentes, les salariés sont déjà en train de donner avec le chômage (partiel et total), les consommateurs sont exsangues et le commerce plonge empêchant d’envisager la moindre augmentation de taxes, les grèves et manifs qui s’annoncent empêchent toute opération sans risque majeur de krach social après le financier et l’économique qui s’annonce, ... Il ne reste plus que l’emprunt d’état (mais les expériences au cours des 30 glorieuses ne prêchent pas trop vers cette voie onéreuse à l’époque et suicidaire maintenant), à moins que d’avoir recours au crédit par des voix innovantes... Les 2 premières qui me viennent à l’esprit sont l’appel « forcé » de fonds vers les gros « bas de laine » et les membres du Medef ainsi que leurs principaux actionnaires sont les premiers concernés ; et la « récupération » d’« impayés » ou de « manque à gagner ». Et là, on retrouve « comme par hasard » une somme évaluée à ~200-300G€ ; mais il faudrait retrouver les traces du « trésor » de l’UIMM et pour cela, mettre le Medef à contribution. Je crois bien que Mme Parisot a de quoi s’inquiéter. Il y a bien aussi la « cassette » de Mr Tapie, mais là plus personne ne sait combien ni même quand elle pourrait être utilisée comme garantie ; et encore moins quelle négociation devrait être menée pour obtenir un montant conséquent de liquidités de suite... sans oublier les trublions du Parlement....

  • Toby E
    • Posté à 17h44 le 24/10/2008
    • Internaute 24834

    @hors-cases.
    Vous avez tout bien compris : le MEDEF ne comprend rien à ce qui lui arrive. Christine Lagarde non plus. Nicolas Létacémoi encore moins.
    Rectification de détail : Parisot n’a PAS à s’inquiéter.

  • Impots-utiles.com
    Impots-utiles.com
    http://www.impots-utiles.com
    • Posté à 18h16 le 24/10/2008
    • Internaute 35603
      http://www.impots-utiles.com

    les fonds d’investissement spéculatifs ( hedge funds) sont au centre de toutes les inquiétudes et les noms de deux grands établissements français , particulièrement exposés, ont été récemment cités lors d’une réunion de banquiers, à londres.

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  • Les Chats
    Les Chats
    En grève du zèle contre le (...)
    • Posté à 18h24 le 24/10/2008
    • Internaute 24526
      En grève du zèle contre le (...)

    Je n’ai rien compris à cet article, je préfère lire l’intervention de Rocard, c’est clair et précis. Il a raison si on ne trouve pas une solution urgente c’est dans le mur que nous allons.
    La solution il la donne indirectement :

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    Il faut imposer une part en bourse à ne pas dépasser, de fait augmenter les salaires et réinvestir dans l’entreprise.
    Actuellement c’était l’inverse, on vire des gens pour augmenter les rendements en bourses au mépris de l’inverstissement et des salaires.

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