Chez Philippe Madelin

Les questions de sécurité analysées par un expert, Philippe Madelin, ancien journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Les gangsters dans l'économie (suite) : crainte de mainmise

Philippe Madelin
Journaliste
Publié le 28/11/2008 à 15h05

Et si les gangsters de l’économie criminelle profitaient de la crise pour s’infiltrer dans l’économie légales ? Les services de renseignement français sont inquiets : les cours en bourse de nombreuses sociétés financières et/ou porteuses de technologie sont tombés si bas que certaines grandes sociétés envisagent de sortir de la cote.

Les cours sont même si anormalement bas que les acteurs de l’économie criminelle pourraient être tentés d’entrer en force sur le marché. En particulier par le biais des fonds d’investissements et des « hedge funds » spéculatifs, qui, pris à la gorge, soldent leurs avoirs à tout va.

On avait eu des suspicions à ce propos après les attentats du 9/11 (11 septembre 2001) à New-York. Cette hantise revient en force avec la crise qui ravage les économies mondiales depuis la fin de l’été.

C’est une crise dans le capitalisme, souligne le publiciste Guy Sorman, lors d’une réunion privée organisée par l’Association des auditeurs de l’INHES hier soir, mardi 25 novembre.

Ce n’est pas une crise du capitalisme. La croissance continue de l’économie depuis 1991 ne peut faire l’économie de crises régulières. L’innovation est le moteur de cette croissance, mais on ne peut prévoir le succès de toutes les innovations. Quand on se trompe sur certaines d’entre elles, c’est la crise. Soit parce que personne n’en veut, soit parce que tout le monde en veut.

Tel est le cas ce cette extravagante innovation qu’ont représenté les produits dérivés à très haute profitabilité apparente, destinés à satisfaire les besoins des fonds de pension, donc à accroître au mieux les retraites par capitalisation. Pur produit spéculatif, mélange de produits financiers solides, et d’autres qui ne reposaient sur rien, il était logique que l’édifice s’effondre.

De nouveaux intervenants assez mal venus, les détenteurs de capitaux sales

Le Figaro du 21 novembre relève ainsi que le cours du Crédit Agricole SA, a terminé à 7 euros, bien en dessous du prix de l’augmentation de capital de 5,9 milliards d’euros réalisée en juin.

Une véritable descente aux enfers pour la banque dont la capitalisation a cédé près de 60% depuis janvier.

Une descente dépassée par la banque Natixis qui a cédé encore 2,9% le 20 novembre, à 1,34 euro. Cette inquiétude quant au devenir des sociétés cotées en bourse a dominé une réunion du Club des Directeurs de Sécurité d’entreprise, tenue ce matin à Paris. Car, avec la crise et l’effondrement des cours de bourse, on voit apparaître de nouveaux intervenants pour le moins mal venus, les détenteurs de capitaux sales, de l’argent en voie de blanchiment, qui contrôlent des centaines de milliards de dollars. Beaucoup plus que les grands fonds souverains mis en place par les pays pétroliers. Et a fortiori que notre « fonds souverain » français qui ne devrait pas excéder 30 milliards d’euros !

Certains experts, comme le préfet Pierre Monzani, le directeur de l’INHES, n’hésitent pas à affirmer que « nous ne sommes pas à la hauteur de cette menace de mainmise par le monde criminel ». Sans reculer devant la provocation, le criminologue et conseiller de notre Omni Président Sarkozy, Alain Bauer croit même pouvoir affirmer :

« J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Il y a au moins une entreprise qui marche bien, c’est l’entreprise criminelle, la première société mondialisée, parfaitement gérée. Elle est devenue un Etat dans les Etats, ses patrons ne sont plus de sombres gangsters d’opérette, mais des fils de famille -mafieux- passés par les grandes universités américaines. »

Une professionnalisation des mafias

Nous assistons à une extraordinaires professionnalisation des mafias, des groupes criminels. Italiens et Siciliens, Colombiens, Yakuzas japonais. Ils ne s’embarrassent pas de morale, ils ne respectent pas la loi, ils offrent une réponse pragmatique dans la gestion de la crise.

Face à cette situation pour le moins inquiétante, il n’y a donc pas lieu d’être surpris d’entendre René Bailli, Directeur central adjoint de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur), chargé du service de la protection du patrimoine, lancer un appel pressant aux entreprises pour qu’elles participent à la « coproduction de la sécurité » notamment des capitaux.

En clair, si les entreprises veulent bénéficier de la protection offerte avec insistance par les services de renseignement français, DCRI, DGSE (renseignement extérieur), SCTIP (coopération internationale des services de police), elles doivent accepter de collaborer, de signaler toutes les anomalies, tous les incidents, toutes les tentatives menées par les prédateurs. Et avant tout pour veiller sur le rôle des fonds d’investissement, contrôler les flux, en particulier lors des « restructurations » (lisez rachat après faillite) des capitaux nécessaires pour renflouer les victimes de la crise.

Où l’on s’aperçoit que les problèmes de sécurité ont changé de dimension : la sécurité dans les banlieues, les affaires de Villiers-le-Bel et autres, deviennent dérisoires à côté de la casse industrielle et de l’insécurité économique générée par la crise.

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  • affreuxjojo
    • Posté à 16h53 le 28/11/2008
    • Internaute 29421

    Ce qui est étonnant dans les différentes alertes lancées par les organismes cités (INHES,DCRI), c’est qu’a aucun moment on ne nous propose une définition claire de l’économie « mafieuse ». Qu’est ce qui la distingue de l’économie « normale » ?
    L’une comme l’autre utilisent des lacunes législatives et des absences de contrôles sérieux de la part des autorités. Par exemple les enquêtes en cours aux USA montrent que certains crédits immobiliers à taux variables refourgués aux banques étaient des faux. Est-ce de l’économie mafieuse ? Ou est-ce un dérapage de l’économie « normale » facilité voire encouragé par la doctrine du laisser-faire et par des politiques publiques ultra-libérales ?
    Pourquoi l’article parle t’il « d’entrée en force » de la mafia dans le capital de sociétés en difficulté. La mafia fait des affaires en achetant des actions au court le plus bas. Ou est « l’entrée en force » quand un fond d’investissement fait exactement la même chose ?
    L’origine des fonds permettant d’entrer dans le capital d’une entreprise est très difficile à déterminer. Des capitaux accumulés suite à des trafics mafieux puis blanchis par le passage dans une suite de paradis fiscaux deviennent indétectables en tant que fonds mafieux. Qui peux distinguer la bonne et la mauvaise finance ?
    Poser ces questions, c’est finalement s’interroger sur la nature exacte de la finance mondialisée. Echappe-t’elle aux règles, aux contrôles, aux lois ? Ou n’est elle pas déjà passée à un stade supérieur ou, en fait, comme n’importe quelle mafia, elle fait déjà ses propres lois, édicte ses propres règles de fonctionnement en dehors de toute légitimité démocratique ? Vue sous cet angle la finance mondialisée serait de même nature qu’une mafia ordinaire, une de ses différences étant son niveau supérieur d’infiltration et de pression dans les appareils d’Etat.
    Supposons une longue période de chômage massif et de fermeture en chaine d’entreprises. Entre le rachat d’une entreprise (importante en terme d’emplois et en grave difficulté) par des fonds plus ou moins douteux et sa faillite pure et simple,que fera le gouvernement concerné ? N’aura-t’il pas forcément tendance à trouver ces fonds finalement très acceptables ?

  • yoruk
    yoruk
    au fil de l'eau
    • Posté à 17h20 le 28/11/2008
    • Internaute 57383
      au fil de l'eau

    Moins polémique, juste un témoignage de dérive morale. J’ai la chance de vivre ma retraite sur l« eau. En marin, nous vivons à bord à longueur d’année. C’est un voilier, quelque chose de simple (valeur 100 KE).
    La 1ère chose que nous est proposé notre assureur, a été de le faire immatriculer dans un paradis fiscal. J’ai bien aimé notre réponse : “et quoi encore ? ? ? ’.
    Cet assureur est un brave homme, mais, mais… Il adopte un comportement de voyou. Et savez vous pourquoi ? ? ? Dans la marina ou nous passons les hivers, il se trouve bien sur quelques immatriculations exotiques : Bahamas, Îles vierges, Îles Caïman, Guernesey (bloody british ! ! !)… En fait, du folklore.
    Mais, mais… Depuis 3 ans se développe un nouveau type de paradis fiscal. De gros yachts s’y immatriculent : quelques un il y a 3 ans, 40% il y a 2 ans et pas loin de 80% cette année.
    Le nom de ce paradis fiscal : ‘l’état du Delaware’ aux Etats-Unis… Parfaitement légal, et parfaitement défiscalisé…

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h45 le 28/11/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est cool, mon pote Raoul il en a marre de dealer, il a une montagne de billet dans son placard et il ne sait pas trop en faire. Et bien voilà, il n’a qu’à investir son argent en rachetant une boite au bord de la faillite : D

    Enfin il n’y a pas grand chose de nouveau, bien des gros truands investissent leur argent comme tout millionnaire « respectable », rien ne les y empêche une fois que celui-ci a été bien nettoyé.
    Et quoi de plus surprenant, car même s’il ne s’agit pas de services ou de produits légaux, l’argent qui vient de la drogue, de la prostitution, des armes, de la contrebande ou du recel d’information, vient toujours de la poche du citoyen.

    L’argent sale n’existe pas. Seules les mains qui le manipulent le sont.

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 17h58 le 28/11/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    exact, l’argent n’a pas de conscience par lui-même.
    ce sont les gentils ou les méchants, qui lui donnent un attribut de propre ou sale.

    un gangster qui investi dans une ’usine’ bien propre ?
    un honnête qui va cacher ses sous dans un paradis fiscal ?
    l’argent qui est joué en bourse, est-il toujours propre ?
    l’argent des spéculateurs est-il propre ?
    la spéculation à outrance est-elle propre ?

    où est le bien où est le mal ?

    tant qu’il n’y aura pas de transparence totale, on y arrivera jamais.

  • theodore-perier
    theodore-perier
    fonctionnaire
    • Posté à 03h44 le 29/11/2008
    • Internaute 52874
      fonctionnaire

    Je me joins à l’avis exprimé dans beaucoup de commentaires, il y a les gangsters « légaux » et les gangsters « illégaux ». La même différence entre les vendeurs de tabac et les vendeurs de cannabis. Tout ça n’est que nuance.

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