Chez Philippe Madelin

Les questions de sécurité analysées par un expert, Philippe Madelin, ancien journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Yvan Colonna : « Sarkozy m'a déclaré coupable »

Philippe Madelin
Journaliste
Publié le 10/02/2009 à 20h44

Et, soudain, l’orage s’est abattu sur le prétoire. Lors d’un incident violent au cour du nouveau procès en assises d’Yvan Colonna, le nationaliste corse déjà condamné pour meurtre du préfet Claude Erignac, a mis en cause avec virulence le président Sarkozy pour non respect de la présomption d’innocence.

C’est arrivé sans crier gare, pendant l’interrogatoire de personnalité du prévenu. Le président Wacogne n’a rien vu venir. A coup de questions débitées sur un ton paternaliste, le président était en train d’explorer la vie du « berger corse » quand Colonna a soudain lancé, à brûle pourpoint :

« J’ai quelque chose à dire. Depuis des années il y a une vérité absolue, qui veut que je sois l’assassin. En 2003, lors de mon arrestation, le Président a asséné que j’étais le meurtrier. Il n’y a de présomption d’innocence que pour ses amis. Il affirme : ’Je pense ce que je dis, et je dis ce que je pense.’ Le Président s’est engagé, il a reçu à de nombreuses reprises les parties civiles (Mme Dominique Erignac, ndlr). Il lui a même dédié un meeting au Bourget. Il s’est engagé à leurs côtés. Je dis que le président de la République a pris partie contre moi. »

Sans perdre son calme et sa maîtrise, Yvan Colonna s’enflamme. Une vraie joute s’engage avec le président Wacogne, qui semble dépassé. Quand le magistrat observe que le petit Corse se montre désobligeant vis-à-vis du Président, dans sa cage de verre qui tient lieu de box, le berger insiste, avec sa voix forte à peine marquée d’accent corse, il réitère son accusation :

« Il y a encore trois jours, une cérémonie à la mémoire d’Erignac était organisée dans la cour du ministre de l’Intérieur. J’affirme que le Président soutient la famille Erignac. Je dis que dans cette enceinte, Nicolas Sarkozy est au banc de la partie civile. Il m’a déclaré coupable. C’est le droit du Président de prendre parti à titre personnel. Mais ça n’a rien à voir avec mon affaire. »

Les allégations étaient connues, une instance est en cours devant le tribunal civil pour régler cette question. Mais jamais des accusations d’une telle gravité n’avaient été proclamées de façon aussi solennelle, dans l’enceinte d’un tribunal.

On attendait l’incident, mais pas si tôt. Du coup, le président Wacogne en est resté presque sans voix. Et, de façon étonnante, ni les parties civiles pourtant si promptes à ne pas respecter la présomption d’innocence, ni surtout l’avocat général Jean-Claude Kross n’ont jugé bon de réagir, d’entrer dans le débat.

L’avocat général en a même presque oublié de jouer les méchants procureurs. Alors que l’interrogatoire de personnalité se poursuivait, pour demander à Colonna de recommander aux siens de venir témoigner en sa faveur, loin de se fâcher, Jean-Claude Kross a plaidé avec toute la force de son humanité proverbiale. L’orage était passé. L’incident risque de laisser des traces et de peser sur la suite du procès.

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  • France_d_en_Bas
    France_d_en_Bas
    Chercheur de Bon Sens
    • Posté à 21h14 le 10/02/2009
    • Expert 25762
      Chercheur de Bon Sens

    J’ai encore en mémoire l’écran de la télévision montrant le ministre de l’intérieur à Carpentras.. A l’époque, Ministre d’état, troisième ou quatrième personnage de la République.. Je le revois encore, avec ce collaborateur qui arrive dans son dos, lui parle à l’oreille... et derrière son pupitre, le Ministre : « L’assasin du Prefet Erignac a été arrété ! ! ! “
    Un vide sidéral m’a envahi... voila ce que devenait notre République.
    Et le pire était à venir.. et est encore à venir.. j’en suis sûr !

    Cela dit, je n’ai aucun avis sur qui a exécuté ce Préfet.. et il est vraisemblable que jamais nous ne le saurons avec certitude.
    Bye...

  • pierre eau
    pierre eau répond à pierre eau
    animateur
    • Posté à 21h19 le 10/02/2009
    • Internaute 46608
      animateur

    ah c’est bon j’ai trouvé :

    « Le 22 février 2007, les avocats de Colonna assignent Nicolas Sarkozy en référé pour “ atteinte à la présomption d’innocence ” Ils perdent le 4 avril 2007. Les avocats d’Yvan Colonna annoncent aussitôt qu’ils font appel et entament le 5 avril une nouvelle action, cette fois-ci au fond, en visant les mêmes propos. » Action toujours en cours donc.

    Lien

  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 21h24 le 10/02/2009
    • Internaute 23086
      muntagnolu

    La suite du procès dira s’il ne s’agit de la part d’Yvan Colonna et ses défenseurs que d’un coup d’éclat, plus à destination de l’opinion publique, à qui on propose ainsi l’icône du berger-innocent-condamné-d’avance-par-Sarkozy-et-victime-de-la-raison-d’état, que de la cour, ou bien d’un changement radical de ligne de défense et du choix d’une « défense de rupture ».
    Cette « défense de rupture » utilisée et théorisée par Maître Vergès pendant la guerre d’Algérie, et reprise dans les années 80 lors de procès de nationalistes corses consiste à récuser la légitimité du tribunal et à se servir du procès comme porte-voix pour toucher l’opinion.

    Pour en revenir à Sarkozy et à ses déclarations, aussi condamnables soient-elles, celles-ci ne doivent pas servir d’écran de fumée pour cacher une réalité désagréable : les charges contre Yvan Colonna (les mises en cause précises, circonstanciées, concordantes, réitérées ,etc.., par 4 membres du commando et 3 de leurs épouses) datent de mai 99 (leurs auteurs sont revenus dessus 18 mois plus tard).
    A cette époque le premier ministre était Jospin, le ministre de l’intérieur Chevénement et Sarkozy était replié à Neuilly.
    J’ai un peu de mal à supposer que ces mises en cause aient été faites en 99 pour faire plaisir à Sarkozy 4 ans plus tard.

    Peut-être ces charges s’effondreront-elles à l’audience (ça n’a pas été vraiment le cas en première instance), en tout cas c’est la-dessus que s’est jouée la condamnation en 2007, que se jouera sans doute le procès actuel, et pas sur Sarkozy, ses oeuvres et ses pompes.

  • Sissi of Marseille
    • Posté à 22h51 le 10/02/2009
    • Internaute 62815
      Rebelle

    Il y a sur le blog d’Eolas (Lien ) un très remarquable article sur la présomption d’innocence.

    Quant aux erreurs judiciaires - qui ne sont que des erreurs humaines - vaut-il mieux laisser un coupable en liberté ou envoyer un innocent en prison ? ? ?
    Pour moi le choix est fait !

  • Bilbo
    Bilbo
    quoi de neuf, Doc ?
    • Posté à 10h07 le 11/02/2009
    • Internaute 64844
      quoi de neuf, Doc ?

    De deux choses l’une : soit Colonna est coupable et qu’il l’avoue une fois pour toutes et qu’on en finisse. Soit, il n’est pas coupable, et ça signifie donc que ses potes l’ont lâché. Ce qui n’est pas très classe de leur part, pas très « honneur », eux qui se prévalent sans cesse de « valeurs patriotiques et fraternelles ». Ça signifierait que le meurtrier court toujours, que les indépendantistes corses savent parfaitement de qui il s’agit mais laissent un autre payer à sa place et basta. C’est possible, ça ? Ça me paraît quand même assez fou. D’autre part, si Colonna est vraiment innocent, est-ce possible qu’il accepte de faire de la taule jusqu’à la fin de sa vie à la place du vrai coupable sans ouvrir sa gueule ? Car, dans ce cas-là, il est évident qu’il sait qui est le meurtrier. Alors, qu’attend-il pour le dire aux flics ? C’est pas beau de dénoncer les copains, ok, mais entre ça et se retrouver derrière les barreaux toute sa vie quand on est innocent, y a pas photo. Une chose est sûre : qu’il soit coupable ou pas, il a bien été lâché par ses potes, et ça, c’est pas joli-joli.

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