Chez Philippe Madelin

Les questions de sécurité analysées par un expert, Philippe Madelin, ancien journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

« Black », un film complexe de Pierre Laffargue

Philippe Madelin
Journaliste
Publié le 18/07/2009 à 19h07

A première vue, « Black » est un film de Série B assez simpliste, parfois caricatural. Vraiment distrayant : l’histoire d’un braqueur d’origine sénégalaise qui, ne réussissant pas à Paris, tente le « grand coup » contre une banque de Dakar où est déposée une grosse poignée de diamants. Malheureusement, de méchants mercenaires blancs ont eu vent de l’affaire. Entre les deux équipes s’engage une course de vitesse pour s’emparer du magot magique. (Voir la bande annonce)

Belle occasion de grandes scènes d’action dans les quartiers surpeuplés et déshérités de Dakar. Le sang coule, le cadavres parsèment l’itinéraire, selon les bonnes règles du gore. C’est un vrai polar Black et noir, enlevé et même frénétique, plutôt bien ficelé -même si on ne doit guère s’attarder sur les invraisemblances du scénario, des invraisemblances quasiment conventionnelles pour une série B.

Le héros principal McJean Gab’1, un bon rapeur, est excellent dans le rôle principal avec ses superbes biceps et une musique désormais classique pour le milieu.

Le combat du Lion et de la Panthère, incompréhensible pour les non-initiés

Cette première lecture masque un deuxième niveau, moins évident, illustré par toute la fin du film qui bascule dans la magie. Après une très belle scène d’initiation à l’âge d’homme, Black doit affronter un très méchant trafiquant blanc et sa maîtresse sorcière africaine, un griot lui a annoncé que ce combat serait celui du Lion et de la Panthère.

Ce virage est naturellement incompréhensible quand on ignore la culture du continent noir moderne. En effet la légende mise en scène est manifestement inspirée par plusieurs auteurs africains, tout particulièrement Ahmadou Kourouma -le guerrier malinké- qui s’est illustré en particulier par son roman publié en 1994 « En attendant le vote des bêtes sauvages ». C’est l’histoire d’un chasseur de la « tribu des hommes nus » qui devient dictateur.

La symbolique est évidente pour ceux qui savent : les Africains exilés en Europe doivent se réapproprier leur culture ancestrale pour survivre. Comme le dossier de presse n’explicite pas cette liaison, les critiques de cinéma ne pouvaient pas comprendre.

Il faut savoir que Lucio Mad, le premier scénariste, était un expert de l’Afrique, ami de Kourouma, grand admirateur d’Hampaté Ba, excellent connaisseur du Sénégal où il avait séjourné longtemps, contribuant à faire éditer en France plusieurs écrivains sénégalais. Disparu le 31 août 2005, il avait entamé l’écriture de ce scénario bien avant d’être malade.

Troisième tiroir ouvert dans cette deuxième lecture. Sans oublier la critique virulente des néocolonialistes, le portrait de Dakar et des Sénégalais présenté dans « Black » est plus que dur. Une ville en déshérence, une population miséreuse qui ne survit que grâce aux trafics et arnaques en tous genres. Des élites locales corrompues.

Une vision très pessimiste, symbolisée par le retour en France de notre braqueur déçu par son pays d’origine. Une vision qui rejoint les espoirs et les illusions des cohortes de clandestins qui croient qu’en France, même très dure, la vie est toujours mieux qu’au Sénégal.

► Black - Réalisation : Pierre Laffargue - Scénario : Lucio Mad, Gabor Rassov,
Pierre Laffargue - Avec MC Jean Gab’1 et Carole Keremara. 1h55.

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  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 20h35 le 18/07/2009
    • Internaute 14145
      journaleux - blogueur

    Dans la distribution :
    Lien
    on notera François Levantal (L627, La Haine, Avocats & associés, L’Affaire Pierre Chanal, Sur Le fil,… et tout dernièrement Les Lascars), de la même génération -et il me semble des mêmes circuits un peu à part- que Lucio Mad d’après les quelques recherches que j’ai pu faire sur Levantal lorsque j’avais fait la présentation de « Sur Le fil » (saison 2).

    • Mon-Al
      Mon-Al répond à FabiendeMénilmontant
      roturière : -)
      • Posté à 23h25 le 19/07/2009
      • Internaute 24219
        roturière : -)

      Peu de visite sur ce fil, sans doute pas assez polémique ... Mais je ne suis guère cinéphile, alors je ne connaissais pas. Par contre, j’ai suivi « Sur le fil » et d’autres séries que tu cites... Par contre j’avais adoré le film de Giraudeau : Les Caprices d’un fleuve, avec cette si jolie musique ...

      Heureusement que tu es là pour nous informer si bien ...

      • Banana ex de juanitoto
        Banana ex de juanitoto répond à Mon-Al
        Je déteste rue89, tous les (...)
        • Posté à 23h33 le 19/07/2009
        • Internaute 67910
          Je déteste rue89, tous les (...)

        Bonsoir tous les deux,

        et merci à Fabien pour les infos qu’il sème sur pas mal d’ articles.
        Ici, j’avoue avoir découvert un univers que je ne connais absolument pas, mais qui a éveillé ma curiosité sur le sujet. ; -)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h35 le 18/07/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Merci pour cet eclairage d’un univers difficement compréhensible pour un « blanc » passionné de cinéma du monde
    Je profite de cette contribution pour saluer et assurer de mon soutien Richard Bohringer acteur franco sénégalais qui mëme avec ses actuels problèmes de santé saurait certainement mieux que moi exprimer sa solidarité avec l’Afrique et sa magie

  • Aiguille
    Aiguille
    Journaliste Freelance
    • Posté à 17h30 le 19/07/2009
    • Journaliste 67074
      Journaliste Freelance

    Désolé mais je ne marche pas !

    Le scénario ? Une version light de « Snatch » à la sauce dakaroise qui ne nourrit pas son homme ! Injecter du surnaturel et une pseudo légende africaine dans cette histoire de serie B pleine d’invraisemblances ne fait qu’alourdir ce plat indigeste.

    Les acteurs chargés de servir le film n’aident pas non plus.Tout les personnages sont caricaturaux : le méchant mercenaire russe, la sorcière africaine, le français véreux qui (comme par hasard) se transforme en serpent...J’avais parfois l’impression de regarder un sketch de La bande à Fifi sur Canal +

    Enfin ne nous mentons pas : MC Jean Gab 1 n’est pas un bon acteur. Sa gouaille de titi parisien arrive certes à masquer ses lacunes de rappeur mais au grand écran cela ne passe pas. Ce n’est pas fluide, on n’y croit pas une seconde.

    Je ne parle même pas de la bande son qui fait tourner de l’Afro beat du Nigeria alors que le film se situe au Sénégal...

    J’ai beaucoup de respect pour Lucio Mad et son oeuvre mais celle-ci est indigne de lui.

    Cordialement.

    Lien

  • Désinscrit le 15-7
    • Posté à 09h39 le 20/07/2009
    • Internaute 992
      nc

    La version Hollywood...

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