La France ne veut pas d'un Service européen de renseignement
Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne, chargé de la Justice, des Libertés et de la Sécurité, milite pour la création d'une banque de données européenne sur le renseignement. Ce dont la « communauté française du renseignement » ne veut pas entendre parler.
Les principaux points du programme qu'ambitionne de mettre Jacques Barrot sont :
- Utiliser la communauté Swift pour suivre les mouvements bancaires suspects
- Communautariser le question du droit d'asile
- Développer la politique de sécurité européenne à travers le programme de Stockholm
Lors d'une intervention devant les auditeurs de l'INHES, il a souligné que la mise en application du traité de Lisbonne allait permettre d'importantes avancées en matière de sécurité. Il plaide pour une politique de renseignement mutualisée, en clair sous la houlette de la Commission européenne. Et doute que les pays européens puissent mener des politiques migratoires différentes. (Voir la vidéo)
Cette prise de position semble relever de la langue de bois... Il n'en est rien : Barrot a soulevé à cette occasion un gros débat politique qui reste ignoré. La Communauté européenne doit-elle prendre en charge toutes les questions de sécurité ? Et de façon plus précise, doit-elle fonder et développer un service de renseignement général qui relèverait directement de la Commission ?
Ce ne serait pas totalement illogique, dans la mesure où l'Europe mène en son nom propre des opérations dites de maintien de la paix. Notamment en Bosnie avec l'Eufor et en Géorgie l'an passé : dans ces deux pays sont toujours présentes des forces relevant directement de l'Europe. Quelqu'un du milieu (très fermé) des renseignements me confie :
« En vérité, les lacunes du renseignement européen sont apparues l'an passé avec le conflit géorgien. Le fait accompli imposé par les Russes a pris tout le monde à contre pied. D'où l'idée de développer un service européen de type militaire, dans la même ligne d'action que Pierre Joxe quand il a créé la DRM, Direction du renseignement militaire, après la guerre du Golfe en 1991. »
Le renseignement est du domaine des Etats-membres
Dans la logique de cette initiative, les services de renseignement civils des Etats-membres entreraient dans le giron de cette « super CIA » européenne. Gilles de Kerchove, le coordinateur de la lutte anti-terroriste, en a exprimé le besoin. A Bruxelles est déjà opérationnelle une « salles de crise » pour faciliter l'échange d'informations entre les pays membres. Mais mon informateur souligne :
« Pour autant, il paraît impossible d'aller jusqu'à un Service européen, dans la mesure où le traité de Lisbonne reconnaît de façon explicite que le renseignement relève exclusivement du domaine régalien.
Mais il est vrai que nous sommes maintenant loin des attentats du 11 septembre 2001, la nécessité d'un renseignement européen beaucoup plus opérationnel s'impose avec acuité. C'est d'autant plus important que l'hyper-légalisme du président Barack Obama impose de nouvelles contraintes que doivent affronter les services européens.
Mais, pour le moment, il n'est pas question pour la France d'accepter l'existence d'un service européen placé au dessus des services nationaux. L'Allemagne et la Grande-Bretagne sont sur la même ligne. ».
On milite donc pour une meilleure qualité du renseignement, mais pas au plan supranational.
- Sur se2009.euLe programme de Stockholm, explication
- Sur wikipedia.orgDéfinition de la Direction du renseignement militaire
- 3254 visites
- 14 réactions









Now future & karpe diem
Now future & karpe diem
Communautariser le question du droit d'asile
LA question
Et le verbe « Communautariser » n'existe pas...
Et bien sur qu'il faut un service de renseignement fédéral, et pas simplement pour une question de principe.
Remplacer ceux des états membres d'un gout de baguette magique est irréaliste, mais il faut au moins un noyau commun pour regrouper les infos des divers services européens et au fil du temps lui faire prendre de l'importance pour finalement supplanter les agences nationales.
Et la raison est toute simple : mieux vaut partager ses infos et en avoir beaucoup plus plutôt que de bosser chacun dans son coin et risquer de se marcher sur les pieds.
Quant un problème internationale concerne par exemple l'Allemagne, faut pas attendre longtemps pour que ça concerne aussi l'Espagne ou la Grande-Bretagne.
De toutes manières, chaque service fera ses trucs dans son coin, déjà qu'au sein d'un état les différents services se la jouent perso.




Partager