Chez Philippe Madelin

Les questions de sécurité analysées par un expert, Philippe Madelin, ancien journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Non, l'affaire Clearstream n'est pas encore terminée

Philippe Madelin
Journaliste
Publié le 23/05/2007 à 12h56

L’affaire Clearstream n’en finit pas d’en finir. Mardi, le général Rondot était entendu une nouvelle fois par les juges d’instruction d’Huy et Pons. Les « scellés Rondot » devraient remonter à la surface et permettre d’étonnantes révélations.

En effet, tous les noms de l’affaire Clearstream n’ont pas encore été dévoilés. Plus que jamais, l’informaticien Imad Lahoud est en première ligne. Il nie être le falsificateur des listings Clearstream, et par conséquent l’instigateur de toute cette machination. Mais il est « accusé » par ses propres disques durs, qu’une expertise a permis de décrypter.

Depuis qu’il a pris connaissance des éléments d’expertise révélant le contenu des outils informatiques d’Imad Lahoud, Jean-Louis Gergorin, l’ancien directeur-adjoint d’EADS, s’est senti comme libéré. Désormais, il n’hésite plus à accuser formellement le Libanais. Non seulement d’avoir été son principal et unique informateur, mais en outre d’être l’opérateur majeur de cette affaire Clearstream. Celle-ci apparaît de plus en plus comme une escroquerie au renseignement, doublée d’une machination complexe, dont les moteurs et les mécanismes échappent encore aux observateurs.

On connaît maintenant les moyens utilisés pour ferrer Philippe Rondot, le roi des espions. Dans un premier temps, Lahoud est recommandé par Jean-Louis Gergorin auprès de la DGSE. L’informaticien devait révéler qu’il aurait identifié les filières du blanchiment d’argent nouées entre Beyrouth et l’Europe.

Il paraît aujourd’hui incontestable que le Libanais connaissait en effet plus que bien ces filières. Il est donc « pris en main » par « Antoine », un officier de la DGSE qui le confesse. Une douzaine de compte-rendus sont rédigés. Ils décrivent des circuits qui pourraient aller d’un entrepreneur de travaux publics proche de la famille Hariri à des militants de la mouvance Al Qaeda, en passant par des membres de la famille Ben Laden, également en affaires dans le domaine des travaux publics, et par certains Américains apparentés à Georges Bush.

Le menu est d’autant plus alléchant, pour les Français comme pour les Américains, que Lahoud promet de retrouver au Liban un document récapitulant ces différentes connexions.
Au cours de l’été 2003, l’informaticien est envoyé en mission dans son pays d’origine, accompagné par des officiers de la CIA en poste à Paris.

Malheureusement pour lui, Lahoud échoue dans sa mission. Il est rapatrié à Paris, les Américains déclarent se désintéresser de la question, la DGSE se débarrasse de Lahoud, objet d’un rapport plus que défavorable en juin 2003.

Simultanément, le Libanais fournit des informations sur des mouvements financiers qui affecteraient le groupe Lagardère par le biais de comptes ouverts dans la banque luxembourgeoise Clearstream, laquelle, on le sait, régente les systèmes de compensations financières entre banques en Europe.

La crédibilité du Libanais pourrait être objet de suspicion. Il a la très grande habileté de s’adresser à des personnes qui n’ont que de lointains rapports avec le monde fumeux des marginaux du renseignement, qui ne savent par conséquent pas détecter les manigances sans scrupules.

Gergorin reconnait sans mal qu’il n’avait jamais eu à traiter avec ce genre de personnages. Il sera donc la première cible de Lahoud, dont il gobera sans grand esprit critique le mélange d’informations véridiques et de faux purs et simples. Même schéma pour le général Rondot, qui présente en outre la particularité d’opérer en solitaire, sans aucun collaborateur pour lui servir de filet de sécurité.

Gergorin a été le permier destinataire des listings Clearstream trafiqués, sans autre moyen pour les vérifier que de les présenter à Rondot. Lequel a été convaincu du professionnalisme du Libanais par une révélation majeure, avérée et jusqu’à ce jour passée inaperçue : il annonce que le 2 septembre 2003 doit atterrir au Bourget un avion chargé d’argent sale expédié depuis Beyrouth.

Des officiers de la DST sont au rendez-vous pour constater les faits, l’avion est photographié sous toutes ses coutures, inspecté, mais, curieusement on laisse filer les détenteurs de l’argent pour savoir à quoi il va servir ! Désormais, Rondot acceptera sans broncher toutes les nouvelles révélations de Lahoud.

Lequel distille avec habileté les listings qui lui ont été remis par l’écrivain Denis Robert, opérant à partir de données fournies par Florient Bourges, naguère chargé d’auditer les comptes de Clearstream. Dans les listes finales, des informations apparemment crédibles concernant des milliers de comptes et de transactions sont mixés avec des bobards purs et simples. C’est classique, mais ni Rondot ni Gergorin ne perçoivent le procédé. Ainsi Imad Lahoud poursuit-il sa manipulation en toute quiétude.

Le Libanais nie depuis toujours farouchement avoir mis la main dans ce tripatouillage, s’abritant derrière un informateur mystérieux. Longtemps confiant, Jean-Louis Gergorin a marché dans la combine, protégeant par tous les moyens possibles son... informateur, à savoir Imad Lahoud. C’est donc terminé.

Le retournement de Gergorin a plusieurs conséquences. La première est de mettre en grande difficulté le général Rondot qui apparaît désormais comme un vulgaire gogo, prenant pour argent comptant tous les boniments servis par le Libanais. Plus curieusement, il contribue à exonérer de responsabilité les politiques un moment suspectés d’être intervenus dans l’affaire, à commencer par Dominique de Villepin : l’ancien Premier ministre serait lui-même une victime. Gergorin serait le principal bénéficiaire de sa propre volte-face.

Reste cependant une question fondamentale : comme il apparaît peu probable que Lahoud ait opéré pour son propre et unique compte, qui a tiré les ficelles ? Qui a disséminé les informations censément tirées des disques durs de Lahoud, et dont on nous affirme aujourd’hui que cette extraction relève de la science-fiction ? Selon une source proche de Jean-Louis Gergorin, celui-ci envisagerait deux hypothèses. En premier lieu, les responsabilités pourraient être identifiés dans l’entourage de la société Thalès. Ce qui paraît peu probable puisque Alain Gomez, ancien patron du groupe Thomson-CSF auquel a succédé Thalès, était une des principales cibles des listings Clearstream falsifiés. Deuxième piste : l’entourage du président Chirac. Pour le moment rien ne vient accréditer cette hypothèse, mais elle ne manque pas d’intérêt.

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  • Anonyme

    A qui profite le crime ?

    • Anonyme

      A ceux qui sont réellement mouillés par la VRAIE affaire Clearstream, non ? ?

  • Anonyme

    Quand on voit le nombre de plaintes déposées sur Denis Robert, on peut aisément deviner que l’Affaire Clearstream est bien quelque chose de concret. Aucun doute , malgré le bordel médiatique qui brouille les pistes.

  • Anonyme

    l’affaire CLEARSTREAM ne fait que commencer...

    Le plus intéressant reste à venir.

    Jacques CHIRAC sera bel et bien entendu par les juges au cours du prochain mois de juin, juste avant les élections législatives.

    Il y aura d’autres noms au programme, dont certains ont gouverné la France et les français.

    La suite devrait être croustillante...

    Je passe sur les déclarations du général RONDOT sur le compte au Japon de Jacques CHIRAC et ses 300 millions de FF...

    Non , les « affaires » ne font que commencer sous SARKOZY 1er... Son conseiller des questions juridiques à l’Elysée ne vient-il pas d’être mis en examen pour piratage informatique ?

    Cordialement,

    S.V. (54)

  • energienoire
    energienoire
    ici et maintenant
    • Posté à 23h15 le 23/05/2007
    • Internaute 3307
      ici et maintenant

    Cette histoire me laisse perplexe. Tout est possible ainsi que son contraire, et suivant l’humeur.
    Pourquoi tout à coup la réapparition sous les feux de l’actualité de cette avancée (spectaculaire)de l’enquête ? Sans doute encore une effet de la rupture et du bougeage de lignes ..
    Que devient Denis Robert ? En voilà un qui est bien plombé. Quel acharnement tout de même, comme il a été dit plus haut, s’il n’a révélé que des informations faisandées !
    D’un côté, ces listings à peine cryptiques, c’était assez curieux. D’un autre, on découvrirait maintenant qu’un professionnel comme le général Rondot, « parce qu’il travaillait en solitaire », serait tombé dans un piège de débutant (si j’ai tout suivi).
    Un peu pied-nickelé à mon goût.
    Par ailleurs, je serai bien surpris qu’à part les lampistes, cette affaire débouche sur autre chose qu’un « pschittt » de plus ou moins grande ampleur.
    Passionnant et impatient de lire les prochains (et invraisemblables rebondissements).
    LienClearstream
    sur Wikipedia

    • Lancelot
      Lancelot répond à energienoire
      • Posté à 10h20 le 24/05/2007
      • Internaute 68

      Je partage l’interrogation d’energienoire sur le général Rondot.

      En lisant l’article qui lui est consacré dans wikipédia (Lien), j’ai du mal à être convaincu par l’argument que Philippe Madelin développe.

      Que Georgorin se fasse abuser comme un débutant passe, mais c’est plus difficile à croire pour Rondot.

      Extrait de wikipedia :
      « Philippe Rondot est un général de division français. A la retraite depuis décembre 2005, il est un “ vétéran” du renseignement français. Il a travaillé à la fois pour la DST et à la DGSE, deux services traditionnellement rivaux, et fut le conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales (CROS) de différents ministres de la Défense de droite ou de gauche (Alain Richard, Pierre Joxe et Michèle Alliot-Marie). Spécialiste du monde arabe, il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Moyen-Orient , il fut aussi membre de l’IFRI et l’auteur de plusieurs articles dans le journal Le Monde. »

  • Anonyme

    Pourquoi NS qui a tous les pouvoirs ne demande t- il pas une enquête européenne et surtout un contrôle européen sur CLEARSTREAM ?
    Bizarre, il est venu pollué l’air de Bruxelles aujourd’hui et il n’a rien. Peut être prévoit-il quelque chose dans le mini traité européen.
    Clearstream est un grand problème européen.

  • Désinscrit le 15-7
    • Posté à 00h50 le 24/05/2007
    • Internaute 992
      nc

    CLEARSTREAM...c clair ! ! ! on t’occupe l’esprit avec des couillonades monstres, des politicos dans la mierda jusqu’au coup (soit-disant) ; pas 1 finira en taule (ou pour 18 mois avec sursis) puis... retour case depart avec jet privee, photo avec le gyneco, et petit chocolat (sous la table) dans un ministere plus qu’austere...bref « ils te remue bien la face dedans » et tu en redemande...

    maintenant que les cop(ains) d’en face sont supa-flic...reste plus qu’a attendre la peniche (quai 36) et voir qui/quoi finira a mero(gis).

  • Anonyme

    cet article et les commentaires de votre site sont à pleurer.

    La médiocrité est partout ici : journalistes, commentateurs et noteurs.

    L’affaire des frégates avec ses morts et bien plus intéressante ainsi que les milliards détournés protégés par le secret défense depuis bientot 20 ans.

    Maixs c’est d’un autre niveau que ce qu’offre ce site.

    On n’a jamais vu non plus d’enquete sur les détournements du CL que les contribuables ont du financer.

    Ras le caniveau votre journalisme.

  • Ded Zep Line
    Ded Zep Line
    La manipulation des élites est (...)
    • Posté à 10h29 le 24/05/2007
    • Internaute 2027
      La manipulation des élites est (...)

    Courant transparent, transparence des flux….

    Chirac n’est pas du tout lié à cette affaire…

    - Le général Émile Lahoud est le président du Liban.
    - Imad serait lié à la famille d’Emile Lahoud.
    - Chirac est un grand ami du Liban... non de ces dirigeants… non des plus richissimes citoyens Libanais…
    - Victor Lahoud père d’Imad fut avec Pierre Rondot le chef d’orchestre des services de renseignement libanais.
    - Le général Pierre Rondot est le père de Philippe Rondot, agent secret français impliqué dans l’Affaire…
    - Imad Lahoud est lié par sa femme à un membre éminent de l’entourage de Jacques Chirac
    - Là j’ai besoin d’aspirine…

    Mais soyons en sûr …. Chirac n’est pas du tout lié à cette affaire…
    Denis Robert est un extra-terrestre.
    Et moi-même je ne suis même plus assuré d’exister….

  • Anonyme

    Pour ce qui est des disque dur je peux vous dire que c’est de la manipulation quand les flics ont expertise le disque dur de Lahoud. Ont peut pas recupere les documents comme ont veut. Soit les flics disent qu’elle technique il utilise ou alors il ont manipule les donnees ....
    JE vous le dit, y a la MANIP dans l’AIR du coter de la police scientifique hi hi

  • Anonyme

    Quelque chose me dit qu’on a voulu masquer l’essentiel avec cet écran de fumée : l’affaire des frégates de taiwan !

  • Anonyme

    Je suis ingenieur systeme informatique avec 37 ans d’experience . Il estz impossible de savoir ce qui est vrai de ce qui est faux apres quelques dizaines de minutes TOUT peut disparaitre !

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