Physiquement vôtre

Lorsque mettre un pied devant l'autre devient source de jeux, de compétition sportive, d'enjeux politiques et culturels.

Mais si, le skateboard, c'est de l'art... et même de la politique

Jérémie Tune
professeur d'EPS
Publié le 25/06/2011 à 11h51

On se goinfre de planche à roulettes à la Gaîté lyrique, et cette boulimie de skateboard au goût d’uréthane n’est pas près de s’arrêter. L’exposition « Public Domaine, Skateboard Culture » dans ce nouveau lieu parisien dédié à la création à l’ère numérique est ouverte jusqu’au 7 août, sous la direction de Jérôme Delormas.

Non, le skate n’a pas été inventé par des pharmaciens pour vendre des pansements ou du mercurochrome. D’ailleurs, s’intéresser à cette activité, c’est découvrir qu’elle sert de suppport une riche expression artistique : vidéos, couvertures de magazines, planches décorées, grafs...

La preuve avec la visite de l’exposition, commentée par Pedro Winter, commissaire invité. (Voir la vidéo)

La question de l’art dans le skate se pose dès lors que l’on pose la question du style, et plus largement de l’adhésion spirituelle d’une discipline. Une contradiction apparaît alors, entre le sport, qui met l’accent sur la performance, et l’art, qui vise à atteindre un idéal esthétique, par une technique et un style propre.

Cette ambiguïté se retrouve notamment dans le système d’évaluation des skateurs lors des « contest » (compétitions). A l’issue d’un « run » (passage, prestation devant un public et un jury), le skateboarder sera jugé non seulement sur des critères objectifs, mesurables et quantifiables, mais également sur des critères qualifiables, subjectifs et esthétiques.

« C’était comme si j’avais pris de la drogue »

Ces deux voies différentes mais complémentaires, Fred Mortagne, l’un des artistes exposés, les explore en parallèle. Il explique sa rencontre avec la vidéo dans le documentaire « Skateboard Stories » :

« La première fois que j’ai vu une vidéo de skate, je crois que c’est comme si j’avais pris de la drogue, j’étais sous cocaïne, amphétamine et héroïne (...)

J’ai vu cette vidéo, je suis sorti dehors et j’ai essayé 5 000 figures en trente secondes, ca m’a provoqué un truc complétement fou, et c’est pour ça que j’ai voulu faire des vidéos aussi. »

Voilà pourquoi le skateboard semble avoir toute sa place dans un lieu comme la Gaîté lyrique, où l’on réfléchit aux liens entre performance et art, comme le fait remarquer Jérôme Delormas  :

« La Gaîté lyrique, c’est la technologie, et qu’est-ce qui est moins technologique que le skateboard ? C’est juste une planche de bois avec des roulettes... Pas grand chose.

En fait ça nous concerne complétement, parce que c’est tout ce qu’il ya a autour qui est intéressant, tout ce que ça a produit d’images, de films, de musiques, d’usages de la ville, de mobilité, etc. »

Faire du skate, c’est aussi redéfinir l’architecture urbaine

Raphaël Zarka, toujours dans le documentaire « Skateboard Stories », va plus loin. Pour l’artiste plasticien, le skateboard propose une autre perception de la sculpture et de la forme. Habituellement, une œuvre d’art est jugé par le goût (« j’aime » ou « j’aime pas ») ou par l’intérêt qu’on lui porte (« elle m’intéresse » ou « elle ne m’intéresse pas »).

Les skateurs ajoutent un jugement mécanique, un jugement par l’expérience, une sorte de compréhension intuitive de ce qu’est la structure architecturale moderne, devenue sculpture sociale.

A cet égard, certains skatepark comme celui de Marseille attirent des pratiquants du monde entier ; celui de Bruxelles, par exemple, est devenu un passage incontournable lors de la visite touristique de la ville.

Surfant sur cette utilisation du mobilier urbain, la Gaîté Lyrique propose la première maison « skatable ». Mieux que le « street » (utilisation de la rue pour skater), mieux que la rampe, le home skating est la façon allégorique qu’a trouvé le skateboard pour ne jamais se faire oublier et inflitrer le quotidien le plus intime.

Après des journées passées à réinventer l’urbanisme, la passion « skating » ne s’accroche pas au porte-manteau sitôt la porte d’entrée poussée.

La culture « underground » du skateboard

L’imaginaire grand public a cette tendance à marginaliser le skateboard et se retrouve donc confiné à l’underground, auquel est consacré le sous-sol de l’exposition. Cette réalité, la Gaîté lyrique l’a prise à bras-le-corps, transformant cet espace en « bunker de la rebellion ».

Chaque artiste présenté œuvre dans des disciplines différentes (film, graphisme), mais possède un point commun : transformer le skateboard en un véhicule de confrontation, de communication à travers lequel ils investissent le malaise urbain.

En montrant des films, du street art et une cinquantaine de planches dont la décoration a créé la controverse, les artistes comme Neck Face, Fred Mortagne ou Sean Cliver jonglent avec la politique ou les tabous.

« Evidemment qu’il y a un côté politique », affirme Pedro Winter, commissaire invité à l’exposition et parlant des planches exposés :

« Mélanger les genres, briser les barrières, ça, c’est politique (...) Nous on est libres, on fait ce qu’on veut. Le camp qu’on choisit c’est plutôt le camp de l’intelligence, celui où l’on fait avancer les choses, où l’on bouscule les institutions. »

La culture-skate se prolonge dans la musique et les jeux vidéos

A côté du « home-skating », la « Gaîté » a souhaité lier musique et culture skate grâce à la présence d’une salle de concerts.

Avec le punk et le metal comme héritage, des genres censés reproduire la vitesse et les sensations des roulements sur le bitume, le skate s’est ouvert également au rap et à l’électro. Une évolution qu’on retrouve au fil des couvertures du magazine Trasher, qui fêtera ses trente ans lors d’un concert pendant la durée de l’exposition.

Benoît Rousseau, responsable des concerts à l’exposition témoigne que « la culture skate, c’est aussi bien du rock, du hip-hop, de la musique électronique ; les skateurs écoutent un peu de tout ». Enfin, le visiteur gourmand, réclamant un dessert, pourra tester ses capacités dans les jeux vidéos proposés au premier étage de l’exposition.

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  • Poil à gratter
    • Posté à 16h33 le 25/06/2011
    • Internaute 32612

    C’est underground... mais en exposition dans un grand-lieu parisien. Cherchez l’erreur.

  • Totsaki
    • Posté à 17h53 le 25/06/2011
    • Internaute 7203

    Dans mes années bahuts (89/90), être skater, c’était effectivement être underground : dans les fringues, la zique, les ripes longues.

    Y’avait surtout ce putin de sentiment de liberté quand on ridait dans les spots plus ou moins permis, voire carrèment interdits, cet incroyable plaisir à rentrer une nouvelle figure, les grosses frayeurs et les petits (ou gros) bobos...

    A l’époque, on vivait skate, on rêvait skate...

    J’ai vu monter l’influence croissante du skate aussi bien au niveau d’autre sport (le snow et le surf qui s’en sont directement inspirés) qu’au niveau fringue (le look des jeunes d’aujourd hui, c’etait le notre y’a 20 ans), niveau zike (les Red Hot par exemple), mais aussi niveau business (de vrais fortunes pour ceux qui ont su saisir l’opportunité..).

    A 37 piges, je ressors ma planche de temps en temps et j’y initie mes gamines avec un énorme plaisir.

    Plus qu’un planche à roulette, c’est certain ...

    • étsanam
      étsanam répond à Totsaki
      vulgum pecus opiniâtre
      • Posté à 08h00 le 26/06/2011
      • Internaute 138426
        vulgum pecus opiniâtre

      Yooouuu !
      C’était underground ce « putin de sentiment de liberté quand on ridait dans les spots etc ; etc ; » ?

      Et ben mon gars j’ai pas l’impression que t’ai bien capté la notion simple d’underground. Pas plus que l’historique de la glisse. C’est le surf qui est à l’origine de tout ce trip et ça n’a d’underground que la marque des fringues trop chères pour l’underground.

      J’imagine que t’as vécu en squat, chassé le faf rue d’Assas, goûté à la prostitution pour faire chier, trainé en loques à Amsterdam ou à Zürich défoncé au LSD, transporté des flingues pour des Mouvements de Libération improbables et participé au mouvement punk, voire même skin ? !

      Et relis toi : « (le look des jeunes d’aujourd hui, c’etait le notre y’a 20 ans), niveau zike (les Red Hot par exemple), mais aussi niveau business (de vrais fortunes pour ceux qui ont su saisir l’opportunité..). »
      T’as 37 balais et moi 60 et j’ai pas l’impression que t’ai persisté dans l’underground, hein ? !
      Je vais te dire un truc de vieux. Sincère.
      Dépêche toi de retrouver ton skate, d’écouter la zik des jeunes d’aujourd’hui, de toper un chop et de fréquenter des onepercenters bien hard, de te faire graver profond, de reprendre la guerre contre les nouveaux fachos, d’abandonner ce qui te tient lieu de costard et de cravate....parceque l’âge vient sacrément vite, que ça commence par le cerveau et qu’on dira jamais assez qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets !

      amicalement

      • Totsaki
        Totsaki répond à étsanam
        • Posté à 17h09 le 26/06/2011
        • Internaute 7203

        Gné ?

        Faut ça saigne, que ça picote, que ça émetise pour se la jouer underground ?

        Y’ a aussi un classement mondial de l’undergroundisme à la « qui a la plus grosse » ?

        Ou l’underground, c’est juste être différent de la masse ?

        Un késin ou un yati, ça me semble dix fois plus « underground » qu’un junk place Stalingrad.

        Pour ceux de mes potes qui ont persévéré dans ta voie de l’underground, aucun n’atteindra les 60 ans (pour deux d’entre eux ça c’est arrété en OD à bilbao ou baston à barcelone).

        Ne pas savoir à quel point le skate a influencé, voire donné un second souffle au surf (kelly slater en 88 à seignosse, miam les tricks sortis tout droit des skateparks), c’est aussi bien mal connaitre l’univers de la glisse, et je parle meme pas du snow.

        Mais pour le reste, je suis d’accord.

      • Schrödinger
        Schrödinger répond à étsanam
        Poli et gentil. Très rue89.
        • Posté à 11h27 le 28/06/2011
        • Internaute 41709
          Poli et gentil. Très rue89.

        Quand j’arrive au taf couvert de pansements après m’être craché à 60km/h dans un pentu, ils me trouvent underground mes collègues... Ou ils me disent que j’aurai pu y finir, underground... Je sais plus trop.

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 19h32 le 25/06/2011
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    ’ttendez, faut expliquer aux jeunes.
    Ca connait pas Dinosaur Jr, un jeune.

  • étsanam
    étsanam
    vulgum pecus opiniâtre
    • Posté à 07h35 le 26/06/2011
    • Internaute 138426
      vulgum pecus opiniâtre

    UNDERGROUND ? ! ?

    Ha ! ha ! ha !

    J’arrive pas a savoir ce qui me fait le plus rigoler.
    Le néo-galliériste qui a tout d’un grand, discours fumeux et mèche fixée au gel .Même la cravate (enfin, dans son cas c’est son ticheurt qui lui sert de convention).
    Ou bien l’ado reconverti dans le business chébran.

    Hé, mec ! Le skate en France c’est pas les années 80, C’est les années 70.
    J’avais passé mes 18 balais et j’étais déjà trop vieux pour les acrobaties que mes potes plus jeunes réussissaient sans ajouter la peinture à la provocation que représentait la glisse pure et dure vilipendée par les parents, les profs, les dirlos et les flics.

    Là, ta resucée c’est limite récup et ton super artiste étiqueté « américain » fais plutôt moins bien qu’un beau paquet de graffeurs du neuf-trois.

    Quant au « street art », t’es inculte ou amnésique ? !

  • étsanam
    étsanam
    vulgum pecus opiniâtre
    • Posté à 07h42 le 26/06/2011
    • Internaute 138426
      vulgum pecus opiniâtre

    UNDERGROUND ? ! ?

    Ha ! ha ! ha !

    J’arrive pas a savoir ce qui me fait le plus rigoler.
    Le néo-galliériste qui a tout d’un grand, discours fumeux et mèche fixée au gel .Même la cravate (enfin, dans son cas c’est son ticheurt qui lui sert de convention).
    Ou bien l’ado reconverti dans le business chébran.

    Hé, mec ! Le skate en France c’est pas les années 80, C’est les années 70.
    J’avais passé mes 18 balais et j’étais déjà trop vieux pour les acrobaties que mes potes plus jeunes réussissaient sans ajouter la peinture à la provocation que représentait la glisse pure et dure vilipendée par les parents, les profs, les dirlos et les flics.
    Dans ce que tu montres comme illustration, la provocation c’est le dessin à chier et les couleurs mal choisies ! ! !

    Bref, ta resucée c’est limite récup et ton super artiste étiqueté « américain » fais plutôt moins bien qu’un beau paquet de graffeurs du neuf-trois.

    Quant au « street art », t’es inculte ou amnésique ? !

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 08h30 le 26/06/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « le skateboarder sera jugé non seulement sur des critères objectifs, mesurables et quantifiables, mais également sur des critères qualifiables, subjectifs et esthétiques » .

    Ce qui est chouette, c’est qu’érafler le mobilier urbain, ça remplace les diplômes.

    • Schrödinger
      Schrödinger répond à Yvon le Zébulon
      Poli et gentil. Très rue89.
      • Posté à 11h23 le 28/06/2011
      • Internaute 41709
        Poli et gentil. Très rue89.

      Et dire des conneries aussi...

      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à Schrödinger
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 11h49 le 28/06/2011
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        « Et dire des conneries aussi... »

        En fait, oui, vous avez totalement raison !

        Les jeunes ont tout intérêt à apprendre à se déplacer en skate-bord, car ce n’est pas la politique de l’emploi ou la politique sociale envers les plus modestes, initiée par Sarkozy, qui leur permettra de s’acheter une voiture...
        …ou même un Scooter.

        Du coup, certains ont fait un choix :
        Dès qu’ils en ont un peu marre des 4 roulettes, ils piquent les bagnoles.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 20h20 le 26/06/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Mais si, le skateboard, c’est de l’art… et même de la politique »

    Le mâchonnage de chewing-gum aussi !
    ...en fait, culturellement, les deux vont assez bien ensemble.

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 12h53 le 27/06/2011
    • Internaute 34063
      Aboyeur
  • RueSt-Denis
    RueSt-Denis
    Compresseur de drapeaux
    • Posté à 09h24 le 28/06/2011
    • Internaute 22293
      Compresseur de drapeaux

    Intéressant sujet.

    Voilà plusieurs semaines que j’observe, en voisin, ces « goinfres de la planche à roulettes »... Ils dévalent comme des furieux les pentes de la piste pour skates nouvellement installée juste devant la flambant neuve Gaîté Lyrique collée à ma rue... cette piste est une vraie ruche en ébullition ! Grand succès. Et grâce à ce nouvel éclairage, je vais tâcher de m’y attarder davantage pour décrypter mieux les enjeux esthétiques et politiques que l’article soulève.

    Cependant, j’ai quelques doutes...

    Car selon mes propres observations de voisin de quartier, le public des skateurs qui ont pris d’assaut la piste NE RESSEMBLE EN RIEN au public qui se rend aux concerts (fort chers) de la Gaité Lyrique !

    Alors, quid ?

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