Chez Jean de Maillard

Jean de Maillard, magistrat, décrypte l'actualité judiciaire.

La fin programmée de la détention provisoire

Jean de Maillard
Magistrat
Publié le 19/06/2007 à 11h26

La France va entrer le 1er juillet dans une ère de schizophrénie judiciaire surprenante. Tandis que le Parlement s’apprête à débattre de la prochaine loi sur la récidive, sur la minorité pénale et sur l’aménagement des peines pour les délinquants « sexuels », la loi « Outreau », adoptée le 5 mars dernier en réponse à l’affaire éponyme, va entrer en vigueur dans ses dispositions relatives à la détention provisoire.

Vers un cataclysme judiciaire

Présentée comme une réformette sans portée ni envergure, cette loi va en réalité bouleverser notre paysage répressif, car elle consacre la quasi-disparition de la détention provisoire. Le plus fascinant est que personne ne semble avoir vraiment conscience de cette révolution, aux effets non mesurables ni d’ailleurs mesurés. Personne sauf peut-être la Chancellerie qui, à dix jours de son application, n’a pas encore envoyé ses instructions dans les tribunaux, sans doute parce que son embarras est à la hauteur du cataclysme qui s’annonce.

Le prochain article 144 du Code de procédure pénale, qui fixe les critères de la détention provisoire, a été profondément remanié en catimini par le Parlement (soulignons au passage par sa majorité de droite, reconduite lors des dernières élections) en des termes qu’il faut citer intégralement pour en saisir toute la portée : « La détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s’il est démontré, au regard des éléments précis et circonstanciés résultant de la procédure, qu’elle constitue l’unique moyen de [protéger les éléments de preuve du dossier, éviter la fuite de la personne ou mettre fin à son comportement, assurer sa protection] et que [ces objectifs] ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire ».

Comment apporter la preuve d’un événement futur ?

Si l’on regarde attentivement cette formule, on constate qu’elle demande au juge d’apporter deux preuves impossibles : une preuve négative de l’absence d’autre possibilité que la détention d’une part, la preuve d’autre part que l’éventualité redoutée (pression sur les témoins ou victimes, disparition de preuves, concertation frauduleuse, fuite de la personne, réitération de l’infraction...) se manifesterait avec certitude si la détention provisoire n’était pas prononcée. Et ces deux preuves doivent reposer sur des éléments tirés du dossier lui-même, de façon précise et circonstanciée.

Reprenons ces points. La preuve négative qui doit être rapportée par le juge est qu’il n’existe pas d’autre moyen de parvenir aux objectifs recherchés par la détention provisoire. Les juristes diront que le juge avait déjà, sous l’empire de l’ancien texte, cette obligation de motivation. Certes, mais à une différence essentielle près : le juge devait le penser et le dire, il devait dire aussi ce qui le faisait estimer que la détention était l’unique moyen de parvenir à ces fins ; mais on ne lui demandait pas de prouver, au vu des éléments précis et circonstanciés du dossier, ce qui ne peut être prouvé que s’il s’est déjà réalisé. Et encore ! S’il a fallu, par exemple, délivrer un mandat de recherche ou d’arrêt contre une personne en fuite, cela signifie-t-il nécessairement qu’elle s’enfuira de nouveau après qu’on l’aura arrêtée et entendue ?

La deuxième preuve que l’on demande au juge de produire, toujours sur la base des éléments précis et circonstanciés du dossier, est que cette éventualité d’une seconde fuite est certaine si la personne n’est pas placée en détention provisoire. Là encore, tandis que le juge était chargé d’évaluer et d’arbitrer une situation en fonction des risques qu’elle comportait, il est exigé désormais qu’il ait la preuve qu’aucune autre solution n’est possible. Or cette double preuve n’existe pas, ne serait-ce que parce qu’elle porte sur des événements futurs et que personne ne connaît l’avenir.

Le pouvoir d’appréciation des juges encadré

Dernière retombée de l’affaire d’Outreau : les juges ne pourront plus invoquer le trouble à l’ordre public pour justifier la détention provisoire, sauf en cas de crime. C’était une vieille revendication en particulier des avocats, car le trouble à l’ordre public est une notion abstraite, qui ne se résume pas au désordre dans la rue et que son appréciation dépend d’une certaine subjectivité. Le trouble peut être symbolique et se résumer à la gravité de l’atteinte apportée à une valeur sociale reconnue. Quand le juge invoquait le trouble à l’ordre public pour justifier une détention provisoire, il fallait lui reconnaître un pouvoir d’appréciation qui n’était pas discutable : comment peut-on prouver la gravité d’un acte, sinon en disant qu’il est grave ? Pour ne plus avoir à dépendre de la subjectivité des juges, ou de leur sens des valeurs, le législateur a ainsi décidé que, quelle que soit la gravité des délits commis (un délit est un acte puni d’une peine qui peut aller jusqu’à 10 ans de prison), le juge ne pourrait plus en faire un motif de détention.

Résultat, qui n’est pas, loin s’en faut, de la justice-fiction : un trafiquant de stupéfiants arrêté avec 20 kilos d’héroïne ne pourra plus être mis en détention provisoire sur le motif du trouble à l’ordre public. Et tant pis s’il n’est pas prouvé qu’il pourrait recommencer, s’enfuir ou faire échouer l’enquête en restant en liberté (j’ai bien dit : « prouvé », les craintes ou les probabilités, même justifiées, du juge étant insuffisantes pour décider son incarcération). Et tant pis encore si la marchandise qu’il transportait pouvait servir à fabriquer 20000 doses de drogue... Extorsions de fonds, cambriolages, trafics en tous genres, violences physiques, violences sexuelles, escroqueries, corruption, blanchiment de l’argent sale... toutes ces infractions ne sont plus considérées comme assez graves pour justifier la détention provisoire.

La détention provisoire, pénible nécessité

L’affaire d’Outreau a révélé des dysfonctionnements majeurs de la justice pénale française et a donné lieu à une sorte de grand happening politico-médiatique où les élus se sont refait une virginité sur le dos des juges. Tant pis pour ceux-ci s’ils ont été incapables de faire leur mea culpa –il y avait pourtant matière. Mais pour régler son compte à la justice, les politiques ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Peu importe ce que pensent les juges et leur confort.

Il faut pourtant savoir qu’aujourd’hui le problème majeur posé par la délinquance n’est pas celui des pédophiles, même si c’est le plus sensible à l’opinion, mais de la délinquance organisée, qui submerge les banlieues comme l’économie, parfois à très haut niveau. La grande majorité des détentions provisoires ordonnées par la justice concerne les trafics, la délinquance organisée, les activités des bandes et leur violence. Si la justice était mieux faite, elle s’intéresserait aussi à la multitude des infractions économiques et financières qui sont quasiment impunies. La détention provisoire est une nécessité pénible et les magistrats, au contact des réalités, acceptaient jusqu’à présent, bon an mal an, de jouer le rôle de méchants en mettant en prison des gens dangereux pour l’ordre social. Avons-nous commis des excès ? Sans doute. Des erreurs ? Sûrement. Notre pays va connaître maintenant l’envers du décor. Mais les juges n’y seront plus pour rien et il faudra trouver d’autres boucs émissaires.

  • 6410 visites
  • 25 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • juliettelucie
    juliettelucie
    Agitée du bocal
    • Posté à 19h57 le 19/06/2007
    • Internaute 4918
      Agitée du bocal

    Une fois de plus, notre cher Parlement a fait de l’inutile - une loi inapplicable, ou dont l’application va faire empirer la situation - au lieu de faire de l’utile - donner plus d’argent à la justice pour qu’elle puisse aller un peu plus vite, qu’elle ait des prisons moins surchargée et que la détention provisoire soit moins abusive qu’elle ne l’est actuellement...

    Mais pour tout ça, il faut des sous, et ça ne fait jamais très bien de prendre des sous - alors que les belles lois comme ça coûte moins su le moment, et que ça fait si joli en relations publiques de dire que l’on « s’occupe de l’affaire d’Outreau, oui, oui, Mme Michu, parce que quand même, hein, c’est pas normal, vous avez vu le reportage au 20 heures, là ? »

    ...

    Lamentable...

    • Anonyme répond à juliettelucie

      Bonjour.
      J’ai encore l’impression qu’on s’attaque aux conséquences des problèmes et non aux causes. « L’affaire d’Outreau » c’est un juge trop jeune sur une affaire compliquée qui a pris des décisions hâtives en pensant faire le bien. Le problème n’était pas la loi mais son application dans ce cas précis. C’était aussi la médiatisation (justifiée) qui aurait pu déstabiliser le juge. Outre les protéger, on devrait aussi plus les préparer à subir ces influences extérieures. En tous cas, ce n’est pas en s’attaquant aux conséquences d’un problème qu’on en évitera les causes…..
      Stouve

  • Alfary
    Alfary
    Ronchon
    • Posté à 20h44 le 19/06/2007
    • Internaute 9751
      Ronchon

    Il convient de saluer la fonction de veille de cette contribution, d’abord, avant quelques remarques.
    Les prisons françaises sont pleines de personnes en détention préventive, qui finalement sont relaxées.
    Pour un technicien du droit, ce n’est pas dramatique, une incarcération, du moment que la procédure est régulière. Mais rapportée à la vie des incarcérées, c’est une expérience dévastatrice. Qu’y a-t-il de choquant à mettre fin à cette asymétrie qui soumet le justiciable aux caprices du pouvoir exécutif, à la subjectivité de la police, du magistrat et aux rigueurs de l’administration pénitentiaire ?
    Assurément, on fait un pas vers l’habeas corpus et il ne sera plus possible de recourir à la détention provisoire comme un moyen usuel, routinier, de contrainte. Oui, ce sera la fin de cette forme de maltraitance judiciaire. Ne faut-il pas s’en réjouir dans un Etat de droit ?
    Bien entendu, cette réforme impose une nouvelle méthodologie d’investigation, une autre culture policière et judiciaire. S’en donnera-t-on les moyens ?

    • FREDERIC 67
      FREDERIC 67 répond à Alfary
      • Posté à 22h14 le 19/06/2007
      • Internaute 9970

      NON !

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard répond à Alfary
      Magistrat
      • Posté à 22h41 le 19/06/2007
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Cher Alfary,
      La 1er juillet, les débats contradictoires au cours desquels seront décidé - ou non - les incarcérations seront publiques. Je vous invite à aller assister à ces audiences. Vous y verrez que, contrairement à une opinion largement répandue par des journalistes qui ne connaissent à peu près rien au fonctionnement judiciaire, ou à des politiques qui y connaissent encore moins, les juges essaient de ne pas faire n’importe quoi et que leurs décisions sont encadrées comme probablement celles d’aucune autre profession. Cela n’empêche pas, il est vrai, que parfois des erreurs dramatiques sont faites, comme à Outreau. Dans ces cas là, un bon débriefing montre qu’on s’est laissé emporté en général par une émotion et qu’on n’a pas tenu compte des signaux d’alerte, en bref que nous n’avons pas été professionnels. Dans le cas d’Outreau, la pression médiatico-politique depuis des années sur les affaires d’agressions sexuelles et de pédophilie a fait perdre à la justice le sens élémentaire de son fonctionnement. Il est regrettable que la farce parlementaire qu’on a appelé « commission d’enquête » ne l’ait pas vu, mais cela ne m’étonne pas.
      Il faut se dire toujours qu’hélas, la justice est humaine, comme tout le reste. Cela n’excuse pas les fautes et les erreurs, mais votre réaction entière est, je crois, démesurée et injuste car elle ne repose pas sur une connaissance exacte des réalités. Dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas d’erreur judiciaire et par ailleurs la détention provisoire est en décroissance régulière depuis des années (21066 prévenus au 1er mai 2005, 17850 au 1er mai 2007). Par ailleurs le taux d’incarcération en France est dans la moyenne plutôt basse de l’Europe. La Grande-Bretagne, le pays de l’habeas corpus, connaît un taux nettement plus élevé et les erreurs judiciaires y sont tout aussi fréquentes, sinon plus, que chez nous. Je ne vous dit rien des Etats-Unis, pays phare des libertés...

      • Alfary
        Alfary répond à Jean de Maillard
        Ronchon
        • Posté à 02h10 le 20/06/2007
        • Internaute 9751
          Ronchon

        Les « Etats-unis, pays phare des liberté... » ?
        Allons donc, la facétie est plaisante en audience. Mais la réforme du régime de la détention provisoire serait un énorme séisme en France. Et il est vraiment heureux que ce fusse un magistrat qui le porte à la connaissance du peuple français.
        L’enjeu éventuel consiste en la capacité adaptative des acteurs de la chaine pénale. En effet, la production de cette réforme se joue de l’intégrité des magistrats. Oui, en effet, les « politiques » y prennent la main par opportunisme, mais la menace était patente depuis trente ans.
        Mais oui, sans « erreur judiciaire » n’importe qui peut-être incarcéré en détention préventive et cependant être relaxé après, avec quelques indemnités à la clé. Mais est-ce digne d’un Etat de droit de perpétuer ainsi une situation de sujétion ?
        La justice à deux vitesses ? Elle est une réalité depuis fort longtemps. Il s’agit à présent de le contenir avant de le juguler. Et là, le concours des professionnels et des profanes sera bienvenu à l’occasion d’une réforme.

      • Patchamama
        • Posté à 10h50 le 20/06/2007
        • Internaute 10483

        une erreur de jugement qui entraine le suicide d’un homme et d’autres drames familiaux est absolument inadmissible. Les magistrats tout comme les politiques ne sont pas capables de reconnaitre leur erreur et se croient tout puissant.
        Comment peut on laisser aux mains d’un seul homme le pouvoir de briser une vie. Pour avoir assisté à des procès et après avoir vu l’attitude de juges différents, je peux vous dire que cette justice est la honte de la France.
        Deux poids, deux mesures et ce n’est pas juppé qui vous dira le contraire ( 1 an d’inégibilité au lieu de dix ans en première instance pour abus de biens sociaux )
        Si cela avait été n’importe quel citoyen lambda, inconnu et sans fortune les dix ans auraient été ferme...
        La justice est aveugle soit disant mais les juges le sont ils réellement ?

  • désinscrit-
    • Posté à 22h39 le 19/06/2007
    • Internaute 736

    Déjà un grand merci pour ces articles, c’est beau la justice pour les nuls ; -)

    Assurément, on fait un pas vers l’habeas corpus et il ne sera plus possible de recourir à la détention provisoire comme un moyen usuel, routinier, de contrainte. Oui, ce sera la fin de cette forme de maltraitance judiciaire. Ne faut-il pas s’en réjouir dans un Etat de droit ?

    Ben je suis pas fondamentale contre un recours modéré à la détention provisoire mais si les juges ne peuvent plus du tout en user est ce que le remède n’est pas pire que le mal ?

    J’aurai une petite question : Si un juge décide d’une détention provisoire, que risque la procédure (puisqu’il ne pourra pas prouver que les faits sur lesquels s’appuient la provisoire se seraient effectivement passés) ? Il y aura : annulation de la détention provisoire ? Annulation de toute la mise en accusation éventuelle ? ?

    Encore merci pour ces contributions.

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard répond à désinscrit-
      Magistrat
      • Posté à 22h48 le 19/06/2007
      • Internaute 9399
        Magistrat

      La détention provisoire est un mal nécessaire, comme la délinquance est un mal qu’on n’est pas obligé de supporter. Le problème de la France est qu’elle ne sait pas comment gérer sa prison. Donc on s’en prend aux juges qui mettent en prison, c’est si facile. Jusqu’au jour, très prochain, où ils ne pourront plus faire et alors on verra...
      Sur la question technique : le contentieux de la détention est distinct du contentieux au fond. Par conséquent, si une chambre d’instruction (cour d’appel) n’est pas d’accord avec le juge des libertés et de la détention qui a placé une personne en détention provisoire elle peut, en appel, réformer cette décision et remettre la personne en liberté. Dans certains cas, ce n’est pas seulement une question d’appréciation pour savoir si la personne doit être détenue ou libre, mais des questions de droit sont posées et la mise en détention peut être non pas réformée, mais annulée. Dans ce cas, le dossier lui-même n’est pas annulé, mais une indemnisation de la personne pourra être envisagée.

      • désinscrit-
        • Posté à 23h19 le 19/06/2007
        • Internaute 736

        Merci beaucoup,

        En plus il est réactif notre magistrat ; -)
        C’est vraiment un grand plaisir de comprendre quelques aspects de la justice, grâce à vous et à vos explications très claires.
      • olivier p
        olivier p répond à Jean de Maillard
        face à la mer
        • Posté à 00h51 le 20/06/2007
        • Internaute 625
          face à la mer

        Selon les chiffres de l’administration pénitentiaire, au 1 janvier 2006 : 85 540 entrée et 85 215 sorties ont été enregistrées en 2005. Les
        flux sont importants ?

      • Anonyme répond à Jean de Maillard

        Monsieur Le Magistrat,

        Ne pensez vous pas qu’il serait un peu idiot de s’en prendre à quelqu’un d’autre que celui qui a commis l’erreur ? Si la société s’en prend aux juges, c’est bien parce que c’est eux qui commettent les erreurs d’appréciation et qui envoient les citoyens en prison ! ... et pas l’épicier du coin !

        Bien souvent jusqu’alors la solution de facilité c’était de jeter tout le monde dans ces lieux, sans se poser de question !

        Si parmi eux des innocents sont envoyés en détention injustement, pas grave, il leur sera versé une indemnisation ! ... Mais avez vous une idée de ce qui leur est versé ? ... des cacahuètes ! ... et cela a brisé leur vie !

        S’il y avait des délinquants qui ont purgé des mois et des années de détention provisoire, la peine prononcée était adaptée au nombre de mois ou années déjà effectués, même si cela ne méritait pas cela ! ... et ne dites pas que cela n’est pas la réalité !

        Les juges ont démissionné depuis bien des années, parce que le système permet cela... Alors il faut le modifier ! Cette réforme de la détention provisoire va faire bouger tout le monde, et sans doute cela permettra enfin de changer cette institution judiciaire qui va mal ! Outreau n’est pas une exeption à la règle... des minis Outreau se produisent tous les jours en France, et il faut y mettre fin.

        Bon courage Monsieur Le Magistrat... parce que je n’aimerai vraiment pas être à votre place dans les mois et années à venir ! Vous allez peut-être vous retrouver dans la situation d’un citoyen lambda, bien impuissant à se faire entendre lorsqu’il se trouve face à un juge ... mais vous, cela sera face au peuple en colère qui en a assez d’être martyrisé par ceux qui représentent la Justice, parce qu’ils n’ont fait qu’appliquer des règles de droit, comme vous semblez le faire, sans rester un être humain avant tout ! ... et cela parce que la règle de droit à partir de bientôt vous contraindra à remettre des malfrats en liberté... et même si vous continuez de vous protéger derrière ces textes, cela ne sera rien de facile à vivre ! ...

  • Anonyme

    Il faut se dire toujours qu’hélas, la justice est humaine, comme tout le reste
    La réponse ultra classique de tous ceux qui veulent faire croire à leur bonne volonté mais hélas... qu’y peut-on ?
    La justice n’est pas parfaite, on le sait bien mon bon Monsieur, mais mieux vaut garder le système tel qu’il est, ce serait encore pire si on y touchait. En plus, ça pourrait changer les habitudes des magistrats. Alors on va bien réfléchir, on va faire des enquêtes et des propositions et à la fin on verra bien qu’il est préférable de s’en tenir au statut quo. Des fois même qu’on en viendrait à suggérer une responsabilisation des magistrats... Ca va pas non ?

  • avivelefeu
    • Posté à 11h12 le 20/06/2007
    • Internaute 959

    je suis d’avis de mettre en prison, juste quelques mois, les gens qui sont d’accord avec cela. Après peut-être qu’ils se rendraient compte que la prison n’est pas une privation de liberté mais une zone de non droit faite pour briser les gens.
    Dans certains cas extrème, si ça ne marche pas, les juges et les matons sont capables d’un acharnement digne d’un pays « démocratique ». Il suffit de voir la différence de traitement dans le cas des militants d’Action Directe et dans le cas de Papon pour comprendre.
    Si l’on cesse de prendre l’exemple des crimes sur les enfants qui sont heureusement minoritaires et majoritairement commis par la famille et qu’on réflechissent globalement, la prison sert avant tout et depuis toujours au contrôle social.
    Et la détention provisoire permet, entre autre, aux juges d’obliger les gens a accepter la comparution immédiate qui est une grande avancée pour la justice...
    La repression des mouvements sociaux est aussi une jolie preuve du fonctionnement de la justice au service des autorités. Témoignages de policiers confus et contradictoires, ce n’est pas grave, la justice fait confiance à la police.
    Dernièrement en Allemagne, combien d’arrestations préventives et de détentions préventives pour le contre sommet du G8. Et je pense que ce serat pire en France en 2011.
    Mais cela ce n’est pas grave car les « gens » ne le vivent pas. En Allemagne, on vivait globalement bien et en sécurité sous hitler, il suffisait juste de ne pas être un opposant politique ou un juif ou un déviant quelconque du système.
    Ce n’est pas la détention provisoire qu’il faut combatre, c’est la prison et le contrôle social qu’elle permet.

    • désinscrit-
      • Posté à 11h34 le 20/06/2007
      • Internaute 736

      Je ne suis pas trop d’accord avec plusieurs commentaires de cet article.

      On ne peut pas reprocher à certains de prendre les crimes sur les enfant à témoin et ne souligner que les abus et excès de certains juges (cela relève de la même démarche)
      Il me semble que l’article pointe une mesure inadapté et qui va trop loin. Je n’ai pas compris dans le propos de J. de Maillard qu’il était opposé à une réforme de la détention préventive, mais plutôt qu’il trouve le texte qui va entrer en vigueur innaproprié.
      La justice a surement sa part de responsabilité dans les disfonctionnements, mais est elle seule responsable ? Personnellement il ne me semble pas (et je ne fais pas partie de cette « corporation » ; -). On lui demande d’être rapide, juste, sévère quand il faut, de résister aux pressions (politique ou de l’opinion), ... Je ne les plains pas, mais est ce qu’on leur donne les moyens de tenir toutes ces contraintes ?
  • sinclair
    • Posté à 11h39 le 20/06/2007
    • Internaute 2580

    Merci a ce magistrat qui attire l’attention sur un texte completement ignore vote en catimini.

    Un exemple de plus de l’empilement des lois jusqu’à l’absurde.

    Le pire : la non mise en détention provisoire suivi d’un delire mediatique qui aura tort et essaiera en vain d’expliquer qu’il n’etait pas possible au vu des textes d’incarcere preventivement devinez ?

    En outre la comparution immediate avec le mepris de la presomption d’innocence a la voie grande ouverte. Ainsi qu’une justice a deux vitesse j’atten avec impatience la comparution immediate d’un « pipole »

  • Jean de Maillard
    Jean de Maillard
    Magistrat
    • Posté à 12h27 le 20/06/2007
    • Internaute 9399
      Magistrat

    Je comprends que la justice suscite toujours des avis passionnés, mais je crois aussi qu’il faut garder la tête froide, ce que n’ont pas fait les politiques après l’affaire d’Outreau. Et je déplore les opinions toutes faites qui font des juges des bourreaux, des policiers des tortionnaires, et de notre système judiciaire une annexe des camps de concentration.
    Oui, notre justice a bien des défauts, je les vis au jour le jour comme magistrat (je suis juge des libertés et de la détention, bien placé pour voir ce qui se passe au pénal) et je suis le premier à les regretter et même à vouloir les rendre publics. Mais non, nous ne sommes pas des nazis assoiffés de sang, qui se jettent sur le pauvre peuple pour l’étriper.
    L’affaire d’Outreau a pu exister parce que, depuis des années, l’opinion publique, les médias et les politiques (toutes tendances confondues), criaient haro sur les « agresseurs sexuels », les violeurs et les pédophiles. L’un des plus grands défauts de notre justice c’est que, mal aimée et s’aimant mal elle-même, elle a voulu répondre à cette demande largement irrationnelle et qu’elle a abandonné toute prudence dans ses enquêtes et ses jugements dans ce type d’affaires. Sous la pression qui existait, il est vrai que les magistrats auraient dû dire : « Nous ne jugeons pas sous la contrainte de la rue ! » Ils n’ont pas eu ce courage (je le dis d’autant plus tranquillement que, sans vouloir me vanter, je suis parmi les rares juges qui ont toujours dit que nous remplissions les prisons de violeurs, d’agresseurs sexuels et de pédophiles imaginaires - je ne dis pas non plus que cela n’existe pas). Notre grande faute collective est d’avoir eu la lâcheté de nous taire et de ne plus maintenir les exigences de preuve en ces domaines que nous avons d’habitude ailleurs.
    Ceci étant dit, je me permets de défendre la profession dans les autres affaires, notamment la délinquance de rue violente, la délinquance organisée, les bandes, les gangs, les réseaux criminels, etc. Là, les exigences de preuve traditionnels sont sauvegardées. Le problème est plutôt inverse : c’est que notre système policier et judiciaire n’est pas du tout adapté à la lutte contre ces formes de criminalité collective, en groupes, en réseaux, qui a souvent aussi des prolongements économiques et financiers. Dans tous ces domaines, la loi Perben II a amélioré les moyens, ils sont loin encore d’être parfaits, mais les méthodes de travail évoluent peu et les mentalités également.
    S’agissant en tout cas de la détention provisoire, qui est essentielle dans ce type de criminalité où les réseaux doivent être démantelés et où il faut empêcher leur reconstitution, la justice va être privée de tout moyen et la police aussi par voie de conséquence. Même si ce que nous faisons actuellement n’est pas merveilleux, au moins ça existait. Maintenant, ça va être fini. Et de grâce, qu’on cesse de nous dire que nous ne sommes qu’une fabrique à erreur judiciaire. Ceux qui disent cela ne connaissent rien à la justice ou ont des intérêts personnels à le dire. Encore une fois, la justice étant humaine peut se tromper, mais j’affirme que notre système judiciaire est certainement l’une de ceux qui, au monde, apporte le plus de garanties individuelles, bien plus que le système anglo-saxon qui bénéficie d’une réputation totalement usurpée en ce domaine.

  • Anonyme

    bonjour,

    une fois de plus du vent et encore du vent, déjà la situation est critique mais là c’est la bérésina ! ! Pauvre justice Française

    Mr De Maillard laissez moi rire ! ! ! et sourire, la justice manque de moyens et elle est injuste au possible ! !

    Magistrat bien loin du quotidien des gens,vous condamnez plus par habitude et avec (le comble ! !) des préjugés ! ! et pas des moindres !

    Je suis lasse très lasse de la dégradation des conditions de travail et des dossiers qui s’entassent dans vos palais ! !

    une avocate qui démissionne ! ! !

  • Anonyme

    bonjour,

    une fois de plus du vent et encore du vent, déjà la situation est critique mais là c’est la bérésina ! ! Pauvre justice Française

    Mr De Maillard laissez moi rire ! ! ! et sourire, la justice manque de moyens et elle est injuste au possible ! !

    Magistrat bien loin du quotidien des gens,vous condamnez plus par habitude et avec (le comble ! !) des préjugés ! ! et pas des moindres !

    Je suis lasse très lasse de la dégradation des conditions de travail et des dossiers qui s’entassent dans vos palais ! !

    une avocate qui démissionne ! ! !

  • manu2005
    manu2005
    Afghanistan,Lybie, la france (...)
    • Posté à 17h34 le 20/06/2007
    • Internaute 1805
      Afghanistan,Lybie, la france (...)
      Ben, moi je serai contant qu’on puisse plus m’embastiller 1 ou 2 ans (plus ?) sans me juger


      Mais, je suis quasi sûr que ce texte ne changera pas grand-chose, pour les uns.


      Pour les autres, par contre, ceux qui l’ont voté par exemple…
  • Alfary
    Alfary
    Ronchon
    • Posté à 18h26 le 20/06/2007
    • Internaute 9751
      Ronchon

    Si cette réforme est perçue comme un acte de défiance supplémentaire par les magistrats, ce serait catastrophique. Il suffit de regarder les conditions matérielles exécrables, d’une part, et les questionnements internes dont rendent compte les organisations représentatives, d’autre part, pour convenir que la grande majorité des magistrats et auxiliaires de justice français sont de grande qualité.
    Il faut prendre garde, à les vilipender, à se trouver en collusion avec d’autres puissances d’intérêts (politico-financiers), pressées de désarmer enfin durablement les juges.
    Ceci étant dit, une réduction du périmètre et des modalités de la mise en détention préventive, nonobstant le contexte de la production législative, représente une avancée significative dans un Etat de droit. Le justiciable y voit une garantie positive et non pas un acte de défiance envers l’administration de la justice.
    Cette réforme implique nécessairement l’acquisition de nouvelles pratiques et de nouvelles stratégies d’investigation. Qui doute que les juges et policiers sauront relever ce défi ?

    PS : l’absence d’écho médiatique de cette mesure est proprement hallucinante.

  • Anonyme

    Sans doute y a t’il de l’excés dans ce nouveau texte qui sera applicable au 1er juillet 2007 d’après ce que j’ai compris, soit très bientôt... mais depuis le cataclysme Outreau chacun attendait une révolution de notre institutiion judiciaire... et rien n’est venu ! Voici donc l’occasion de remettre le débat à l’ordre du jour, et sur le devant de la scène ...

    Je ne suis pas d’accord avec la réflexion d’un de nos magistrats « la détention provisoire n’est pas un mal nécessaire ».... Subir la prison alors que l’on n’a rien à y faire, ce n’est pas aller prendre du bon temps au club Med... Avant de s’exprimer de la sorte, il ferait bien de se rapprocher de tous ceux qui l’ont vécue à tort pour comprendre ce qui se vit dans ce monde hors du monde, parce que je crois qu’il penserait autrement.

    Non, l’envoyer faire un séjour quelques mois entre les murs ne serait pas la bonne solution parce que cela ferait un être détruit en plus... et une famille de plus qui aurait à supporter ce que chaque famille de détenu doit vivre... Pourquoi ajouter des martyrs de plus dans notre beau pays qui doit rester celui des libertés.

    Oui il faut se pencher sur le cas de la prison, parce qu’au 21ème siècle on doit pouvoir trouver un autre système punitif... la prison ne sert à rien : les multirécidivistes ne la craignent souvent pas puisqu’ils recommencent... et s’ils recommencent c’est souvent parce qu’elle ne leur a pas donné les moyens de se réinsérer dans la société, et qu’ils n’ont pas d’autres choix que retourner à leur vie de délinquants avec les risques qu’elle comporte, c’est à dire la prison.

    Un innocent reconnu comme tel par un jugement, et qui a séjourné de bien longs mois et année de détention provisoire en maison d’arrêt... et qui chaque nuit se reveille en prison... et cela fait bientôt 5 ans qu’il en est sorti !

  • Anonyme

    L’ex taulard que je suis : 1972-2001 (plusieurs peines,cumul de 15 années effectuées + Q.H.S.) vous informe que les idoles dans les prisons ne sont plus monsieur Emile (Buisson), Mesrine, les Postiches, Sulak, etc., mais Ben Laden et consorts.

    Dans les maisons d’arrêt, ils ne lisent plus - pour ceux qui lisent - Boudard, Auguste le Breton, Simonin, mais le Coran.
    Ajoutez-y le Rap omniprésent.

    Ce n’est plus « ni Dieu ni maître “ ou ‘ pas vu pas pris, fais ton gourbi , mais ALLAH Akbar !’ et ‘ nique les keufs ! .

    Les maisons d’arrêt sont devenus - sauf en Corse et dans une partie de la Bretagne ( ?) - totalement... infréquentables.

    Depuis 2001, c’est encore pire à ce qu’il paraît.

    Ou sont nos apaches d’antan ?

    Ô frères humains...

    Aristide Bruant, réveille-toi, ils sont devenus fous !

    T. S.

    Sourire.

  • Anonyme

    Veuillez m’excuser, le petit mot précedent était destiné à la rubrique : « Loi sur la récidive : vous avez dit “dissuasion ? ‘

    C’est fait.

    T. S.

  • toktomi
    • Posté à 21h10 le 24/07/2007
    • Internaute 9821

    bon c mal texté leur réforme ya ka fokon le réécrive en clair c tout non,

    l esprit c bien « mets pas au trou 20 ans un mec pas comdamné et garde le à l oeil » ?

    normal koi.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.