Chez Jean de Maillard

Jean de Maillard, magistrat, décrypte l'actualité judiciaire.

Les enjeux de la nouvelle doctrine de défense et de sécurité

Jean de Maillard
Magistrat
Publié le 11/01/2008 à 16h32

C’est dans une relative discrétion que s’est faite l’annonce par l’Elysée, le 3 janvier, d’une réforme importante de notre système de défense et de sécurité.

L’important n’est pas, à mes yeux du moins, que ce fût une promesse du candidat Sarkozy (qui s’en souvient et qui s’en souciait ?), mais que cette esquisse encore floue commence à dessiner les traits de la future politique de sécurité française. Si l’on sait encore peu de choses de sa prochaine architecture, j’en relève néanmoins quelques aspects qui méritent attention.

Le premier est sémantique : tandis que les doctrines précédentes ne concernaient que la défense, au sens militaire du terme, l’accent est mis désormais, à parité semble-t-il, sur un concept différent : la sécurité nationale. Certains diront, ils le disent déjà, qu’il s’agit d’une « américanisation » de notre doctrine de sécurité.

Il faut s’entendre sur les termes. Si la France ne cherche qu’à s’aligner sur la politique américaine en copiant jusqu’à son vocabulaire, il faut effectivement tout en craindre. Si cela signifie en revanche que l’on prend modèle sur la manière dont les Américains pensent la stratégie, nous n’avons que des leçons à apprendre d’eux.

Ils savent, bien mieux que nous et avec des moyens incomparables, penser en termes stratégiques, même s’ils en font ensuite un mauvais usage. Ce qui est une autre question.

La mondialisation a rebattu les cartes des économies-monde

Le concept de sécurité nationale renvoie donc, il est vrai, au précédent des Etats-Unis, jusque dans les termes employés. Les temps sont loin où la mondialisation annonçait joyeusement l’uniformisation des cultures et la fin des conflits entre états, sur fond d’achèvement de l’Histoire.

Les politiques comme les philosophes sont revenus aux réalités d’une économie du chacun pour soi, sauf qu’elle tourne maintenant à l’échelle de la planète et à la vitesse des ordinateurs. La mondialisation a rebattu les cartes des économies-monde, faisant s’étriper sous nos yeux les candidats qui veulent en occuper le centre.

Le temps est venu où les nouveaux riches -la Chine, l’Inde, la Russie et quelques autres- vont disputer leur puissance aux vieux leaders contestés que sont les Etats-Unis et l’Europe. Cette rivalité, aujourd’hui économique et financière, débouchera un jour ou l’autre sur d’autres formes de conflits, dans lesquels tous les coups seront permis.

Ils le sont déjà et les criminalités mafieuse, financière ou terroriste en sont parmi les plus prisés. Là où la situation au demeurant se complique, c’est que ces menaces criminelles ont aussi et d’abord leurs propres objectifs, qui deviennent pourtant, à eux seuls, des préoccupations pour la sécurité des Etats et de l’ordre international.

De nos jours -c’est une des dimensions de la mondialisation-, intérêts publics et privés, nationaux et internationaux sont intimement mêlés, surtout s’ils prennent une tournure criminelle.

Les Etats-Unis ont compris que le monde était déchiré par des menaces nouvelles

Or, à ces conflits, l’Amérique ne cesse de se préparer et de s’adapter, à la différence des dirigeants européens fatigués de jouer un rôle international et baignant souvent encore dans l’illusion d’une mondialisation suave et gentille.

Si l’Amérique s’est égarée dans la guerre d’Irak, l’erreur serait de croire qu’elle n’a pas d’autre stratégie que d’apporter la « démocratie de marché » à la pointe de ses baïonnettes. Les Etats-Unis sont les premiers à avoir compris que le monde scindé en deux de la défunte guerre froide était déchiré par des menaces nouvelles, multiformes mais tout aussi redoutables et grosses de nouveaux enjeux de puissance.

Bill Clinton avait fait un inventaire de ces menaces -terrorisme, certes, mais aussi criminalité organisée, trafics en tout genre, corruption internationale, blanchiment et criminalisation des circuits financiers, « états voyous », etc.- dont il n’oubliait surtout pas qu’elles pouvaient être interconnectées et qu’elles requéraient une vigilance sur tous les horizons.

Il n’ignorait pas non plus que ces menaces pouvaient être des armes entre les mains de ceux qui sont engagés dans la lutte pour l’hégémonie, mafias comme Etats, de même que la lutte à leur encontre pouvait en être une également. En fin de compte, la grande leçon que nous ont assénée les Etats-Unis, c’est que les nouvelles menaces de la mondialisation sont au cœur des stratégies pour la dominance mondiale.

L’Amérique a réalisé un exploit : construire une sécurité nationale « intelligente »

George Bush a réduit cette vision à son plus petit dénominateur, le terrorisme, mais il n’est pas sûr que ce fût simplement par étroitesse de vue. En prenant la tête d’une croisade contre un terrorisme que personne ne peut évidemment défendre, il a mis en place des dispositifs de surveillance et de domination de la planète qui ont mobilisé toutes les ressources de la formidable puissance américaine et légitimé l’emploi qu’elle en fait.

Qui conteste à l’Amérique le droit d’imposer ses conceptions de la sécurité dans le monde, en dehors du cas irakien, cet arbre qui cache la forêt ? Personne. Champion autoproclamé mais incontesté de la sécurité internationale, l’Amérique a de surcroît réalisé un exploit : construire une sécurité nationale « intelligente », où les frontières de l’Amérique sont partout où cela l’arrange et nulle part où cela puisse lui nuire.

Elle a imposé au monde entier ses propres normes sécuritaires et mis en place un réseau dense de « flicage » qui fait le tour de la terre : passeports biométriques, suppression du secret bancaire, contrôles des voies de circulation sensibles (aéroports, ports maritimes...), espionnage des communications (Réseau Echelon), contrôle des passagers des compagnies aériennes, intelligence économique et j’en passe... L’Amérique demeure, plus qu’elle ne l’a jamais été, le gendarme du monde. Et un gendarme qui ne dédaigne pas d’utiliser ses moyens pour mener au mieux ses propres affaires.

L’enjeu de la « sécurité nationale » est là : si ce n’est pas seulement un mot copié-collé pour s’aligner sur l’Amérique comme un vassal docile, la France pourra, à la mesure du moins de ce qu’elle représente encore sur la scène internationale, utiliser les ressources qui ont fait leurs preuves outre-Atlantique. Et ce d’autant que l’Europe est et demeurera, pour longtemps si ce n’est pour toujours, un nain stratégique.

« Connaissance et anticipation, incluant le renseignement »

L’expression de « sécurité nationale » n’aura donc un sens que si notre pays parvient à s’inspirer intelligemment du modèle américain sans tomber ni dans le suivisme complaisant, ni dans l’imitation superficielle. Les nouvelles fonctions stratégiques annoncées pour le futur Livre blanc pourraient alors faire espérer que, du point de vue doctrinal au moins, la France prendrait le bon tournant.

Jusqu’à présent, notre doctrine de défense comportait quatre chapitres : dissuasion, protection, prévention et intervention. Il en sera ajouté un cinquième, celui qui permet de passer de la Défense à la Sécurité : « connaissance et anticipation, incluant le renseignement ». L’ajout paraît mince, mais il pourrait être considérable.

En tout cas, le constat est juste : dans le monde globalisé, le renseignement, ou plutôt l’« intelligence » au sens anglo-saxon du terme (que recouvre précisément la formule « connaissance et anticipation incluant le renseignement »), sont les déterminants de la puissance et de l’influence. Ceux qui l’ont compris, et qui savent la mettre en œuvre, ont toutes les chances d’être parmi les gagnants de la mondialisation.

Reste qu’une doctrine sans moyens n’est rien. Ne rêvons pas : la France, devenue puissance secondaire, lourdement lestée par l’impuissance de l’Europe, ne pèsera jamais le poids des Etats-Unis ni même de la Chine. Son défi est seulement de maintenir ce qui la fait respecter depuis De Gaulle : son indépendance.

Ce qui veut dire qu’elle devra en tout cas se doter des instruments adéquats et que c’est sur ce point qu’on pourra juger si sa doctrine est un alignement sur les Etats-Unis ou le départ d’une nouvelle politique d’indépendance. De cela, M. Sarkozy ne dit pas grand chose, sinon qu’il veut créer un Conseil de la défense et de la sécurité nationale, qui ouvre la perspective sur un deuxième aspect de la réforme : la présidentialisation. La fusion de la DST avec les RG l’annonçait déjà.

Toute la question désormais est de savoir comment elle sera conçue, comment l’intelligence, mise au premier rang des fonctions stratégiques (par ordre de citation en tout cas), sera réellement assurée.

Le pouvoir judiciaire doit-il être associé au nouveau dispositif ?

Le sujet est immense et il ne peut se régler en trois mots. Je voudrais seulement évoquer ici un point, plus important et plus délicat qu’il n’y paraît, que la réforme négligera peut-être, mais qui à mon sens sera le critère à l’aune duquel il faudra la juger.

J’ai évoqué dans un précédent papier quel était l’objectif principal, à mes yeux, de la réforme du renseignement entamée par la fusion entre les RG et la DST : reprendre à la section du pôle des juges d’instruction antiterroristes de Paris, à l’occasion du départ de Jean-Louis Bruguière, le leadership de la lutte antiterroriste. Je soulignais l’inquiétude que devait susciter cette évolution. Je n’en retire rien, du moins tant que nous n’aurons pas vu quelles seront les orientations données au futur CDNS.

Le dilemme que font naître les nouvelles menaces est celui de l’inadaptation des instances de l’Etat. La distinction entre affaires intérieures et affaires extérieures, dans le monde globalisé, n’a plus grand sens. Et les menaces en question ont toutes un double aspect : politique ou stratégique d’un côté, policier et judiciaire de l’autre. Le renseignement et l’intelligence les concernent tous les deux.

Pour un Etat de droit comme se veut la France, la question est donc simple : son système judiciaire peut-il être tenu à l’écart de l’élaboration (et pas simplement de l’application) de la lutte contre les nouvelles menaces ? Les partisans d’une conception obsolète de la sécurité nationale n’en douteront pas un seul instant et se demanderont ce que la question signifie.

La question n’est pas morale, elle est stratégique

Les nostalgiques de l’état-nation et de la raison d’état ne voudront même pas y songer. Mais les temps ont changé. A moins d’instrumentaliser la justice en l’écartant de l’élaboration des réponses aux grandes menaces qui pèsent sur l’ordre du monde, il faudra bien inclure la dimension judiciaire, et pas seulement policière, dans la panoplie des moyens institutionnels dont disposent les nations qui se veulent à la pointe du combat pour les droits de l’homme et les valeurs de la civilisation.

La question n’est pas morale, elle est stratégique : dès lors que la lutte contre les nouvelles menaces de la mondialisation doivent prendre, à un moment ou à un autre, un aspect judiciaire, il faut associer pleinement la justice à leur traitement. Le faire en amont, plutôt qu’en aval, en associant notamment les parquets aux anticipations des phénomènes est une nécessité politique et non éthique.

La sécurité est en train de changer de doctrine, mais les modalités, l’ampleur et le périmètre de ce changement restent largement incertains. Si l’objectif est le renforcement du pouvoir présidentiel, cela se fera au détriment de la sécurité elle-même. Il ne reste donc qu’à choisir.

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  • Christobal Colon
    Christobal Colon
    Scandalisé à 999%
    • Posté à 17h38 le 11/01/2008
    • Internaute 6494
      Scandalisé à 999%

    Excellent article.
    Mais pour moi la question reste tout aussi morale que stratégique et ce, même si le terme morale est superbement galvaudé ces temps-ci...

    Il a les « moyens » et « les fins », effectivement.

  • riverain désinscrit
    • Posté à 18h01 le 11/01/2008
    • Internaute 24295

    je retrouve des idées contenues dans :

    Armand MATTELART
    La globalisation de la surveillance
    Aux origines de l’ordre sécuritaire
    Editions La Découverte, Paris, 2007, 260 pages, 18€.

    Ce qui me dérange le plus c’est que l’on feint d’oublier que les dangers ne se sont pas créés seuls et que nos sociétés qui gouvernent par la peur ne peuvent être dissociées de ceux qu’elles prétendent combattre.

    < Or, à ces conflits, l’Amérique ne cesse de se préparer et de s’adapter >

    Le besoin d’ennemi (en simplifiant pour les EU : les Indiens, le communisme, le « terrorisme »...) le besoin de « guerre éternelle » ne peut également être passé sous silence.

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard répond à riverain désinscrit
      Magistrat
      • Posté à 19h03 le 12/01/2008
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Je pense m’éloigner des thèses d’A. Mattelart au moins sur deux points : 1) A mon avis, il existe une rupture fondamentale entre la période qui va jusqu’à la fin de la guerre froide et celle que nous connaissons depuis, qui est marquée par le paradigme de la mondialisation. Les « menaces » (ce concept comporte à la fois une part de réalité et une part construite, dont certains vont jusqu’à penser qu’elle relève de fantasmes) ont changé de nature, elles sont devenues protéiformes et notamment les distinctions national/international, public/privé qui prévalaient autrefois ne font plus sens aujourd’hui.2) Par ailleurs et en complément du point précédent, je n’adhère pas à l’appellation de société de « contrôle » pour caractériser la période contemporaine. Au contraire, je crois que ce qui la caractérise est l’inverse, si du moins l’on donne au terme « contrôle » le sens selon lequel les institutions (expression volontairement vague) auraient pour fonction de déterminer a priori les comportements. Je pense au contraire que ce mode de contrôle social est achevé, que les modes de socialisation des individus sont maintenant beaucoup moins contrôlés qu’auparavant, la sanction de cette « liberté » étant la mise en place des dipsositifs généralisés de surveillance qui en sont la contrepartie. Je développe ces points dans un article à paraître dans le prochain numéro du Débat (qui devrait sortir incessamment), si ce débat vous intéresse.

  • Avril
    • Posté à 18h01 le 11/01/2008
    • Internaute 24503

    Allons droit au but.
    voici les budgets militaires 2008 (en milliards $) :

    Chine : 65
    Russie : 50
    France : 45
    Corée du Nord : 5
    Iran : 4,3
    Cuba : 0,7
    Europe (somme) : 210
    USA : 625
    (dont 140 milliards $ pour l’Irak et l’Afghanistan)
    Monde hors USA : 500

    Lien

    Le commandement suprême de l’OTAN est toujours américain. Que dit le traité constitutionnel européen que nous allons adopter en février ?
    que l’Europe place sa défense dans l’OTAN, sans la possibilité d’avoir son libre arbitre (n’est ce pas le sujet de votre article ?). Les budgets militaires des pays adhérents ne sont-ils pas des extensions au budget US ?

    C’est comme en économie : peut-on copier un modèle incopiable, qui se nourrit des autres ?

    La solution n’est t-elle pas plutôt politique ? Qui osera dire « non merci, pas en mon nom, nous sommes un pays indépendant » ?

    • Claude Lebrun
      Claude Lebrun répond à Avril
      • Posté à 10h15 le 12/01/2008
      • Internaute 17829

      Le budget français de la défense pour l’année 2008 s’élève à 48.07 milliards d’euros, soit environ 70 milliards de dollars au taux de change actuel.

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard répond à Avril
      Magistrat
      • Posté à 19h09 le 12/01/2008
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Mon papier visait précisément à montrer que le concept de Sécurité nationale est différent de celui de Défense. Vous avez raison pour la Défense, mais je pense que vous avez tort pour la Sécurité, notion beaucoup plus étendue et plus floue, dans laquelle les objectifs sont en tout cas très différent.Voyez, pour illustration, l’information qui vient de filtrer selon laquelle deux des auteurs de l’attentat en M%auritanie ont pu être arrêtés grâce en particulier à l’action de la DGSE. Certes, ce genre de coopération n’est pas nouvelle, mais elle est un cas d’application des problèmes de sécurité qui se posent aujourd’hui : on y voit notamment le lien entre services de renseignement et justice. Dans ce cas, le problème est assez classique, mais la question que je pose est beaucoup plus vaste : les problèmes de sécurité sont aujourd’hui transversaux et quelle y sera la place de la justice dès lors qu’une bonne partie du traitement des affaires (politiques, criminelles, financières, etc.) aura à coup sûr une dimension juridique et judiciaire ?

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 14h22 le 12/01/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    MR Jean De Maillard , je ne suis pas du tout d’accord avec votre article , les theoriciens n’en finissent pas d’etre surpris par les evenements , les USA sont depuis pas mal de temps maintenant des pyromanes qui jouent les pompiers du monde ( plus que les gendarmes en fait ) ils n’arretent pas de se prendre des boomerang au milieu du front , le tout securitaire emmerde le monde et finalement restreint les libertés sans veritablement proteger les citoyens ( mais ce n’est pas le but , n’est ce pas ?) la politique etrangere de l’administration Bush est un vrai naufrage diplomatique ( c’est un exploit ?) denoncé par une grande partie de la population US , par les republiquains aussi et une bonne partie de l’etat major ! votre perception des evenements est hallucinante et completement deconnectée des realités ! quand a la France elle n’a aucun interets a se rallier a la politique d’une administration qui prepare ses valises et a reussi l’exploit de nous emmener tous au milieu du champ de mines , j’espere qu’on va trouver les plans pour en sortir mais ça risque de durer un bout de temps , avec ou sans technologie ! cordialement .

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard répond à cooper59
      Magistrat
      • Posté à 19h27 le 12/01/2008
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Je crois que vous confondez plusieurs choses. Je suis d’accord avec vous sur les choix d’intervention des EtatsUnis dans leur politique extérieure (guerre d’irak, personnellement aussi intervention en Afhanistan, etc.). Mais j’observe les capacités d’analyse stratégique des EtatsUnis depuis plusieurs années et je constate qu’ils ont su mettre en place des dispositifs d’une grande intelligence (dans tous les sens du terme, d’ailleurs...). Ces dispositifs peuvent ensuite être mal employés, ou mis au service d’une doctrine d’emploi erronée (par exemple, la guerre à la terreur de Bush est une doctrine idéologique et non stratégique, dont les effets sont ceux que vous déplorez, mais en même temps, cette doctrine a légitimé, aux yeux des Américains et du monde entier, les mesures que les Etats-Unis ont imposé à l’ensemble du monde).Je pense aussi que la question des libertés, qui évidemment se pose, ne peut pas être abordée cependant dans la méconnaissance des contraintes nées de la mondialisation. Parce que les problèmes de sécurité dans un monde entièrement ouvert et décloisonné ne se présentent évidemment plus de la même manière qu’à l’époque du Rideau de fer, nous devrons, que cela plaise ou non, aborder aussi d’une façon neuve les questions de liberté. Personnellement, je trouve que les réactions « libertaires », qui consistent simplement à dénoncer l’invasion de nos espaces privés par les moyens d’investigation modernes, sont insuffisantes et tombent à plat. D’ailleurs, les opinions publiques, particulèrement passives, ne les partagent pas non plus. Cela ne veut pas dire que tout va bien, mais qu’il faudrait accepter de penser autrement, avec des outils conceptuels nouveaux, sans doute encore très largement à inventer.Dernier point : la question n’est pas de « copier » les Américains, et moins encore de se rallier à leur politique, en tout cas dans mon esprit, mais de voir comment les Américains ont raisonné pour mettre en place leur politique de sécurité nationale. Ils l’ont fait avec une grande intelligence, quelles que soient les critiques de fond ou de forme qu’on puisse leur apporter, et en tout cas ils nous ont imposé un modèle auquel nous n’avons pas pu nous soustraire (l’UE a accepté dès le départ, par exemple, la communication des données personnelles des voyageurs aériens, malgré le droit européen et l’opposition du parlement européen). Et s’ils y sont parvenus, c’est parce que leur approche est efficace. Cela ne veut pas dire qu’ils ont éradiqué les menaces, mais qu’ils ont trouvé les bons points d’application stratégique, les seuls possibles en tout cas. Reste à rendre ce type d’approche acceptable, ce qui est évidemment une autre histoire mais n’est pas forcément incompatible. Je suis en tout cas persuadé du contraire, mais cela exigera en tout cas que nous ne déléguions plus le soin d’élaborer notre doctrine de Sécurité nationale (avec les moyens qui vont avec) aux Américains, comme nous le faisons actuellement (et ce depuis Chirac, malgré son opposition à la guerre d’Irak).

      • cooper59
        cooper59 répond à Jean de Maillard
        nazer c pueril et con
        • Posté à 00h29 le 13/01/2008
        • Internaute 18535
          nazer c pueril et con

        mouais , ne plus deleguer l’elaboration de notre doctrine ( ?) de securité nationale , moi je trouve que sur ce plan là ils feraient bien ( les US) de venir se former chez nous , jusqu’a maintenant ils ont demontré sur ce sujet une jolie incompetence , trop de technologie au milieu d’une usine a gaz ! le controle des voyageurs aeriens d’accord mais c’est un detail , quand aux choix des USA en matiere de politique etrangere . . . . là on touche au divin ! leur dernier choix vient de se faire abattre a Karachi ; et si ils bombardent l’Iran (avant ou apres les elections) ça va devenir insoluble pour eux ; mon propos est simple : les doctrines ideologiques prendront TOUJOURS le pas sur les doctrines strategiques (je reprends vos termes)

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 14h24 le 12/01/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    et pourquoi pas le « Patriot Act » en France ? ne rigolez pas en superposant les lois Perben au futures lois Dati et consorts on y est presque !

  • leconcombrevert
    leconcombrevert
    La vraie vérité > : -))
    • Posté à 15h05 le 12/01/2008
    • Internaute 8843
      La vraie vérité > : -))

    Dans son rapport de juin 2007 la Commission Européenne pour la Démocratie par le Droit (Commission de Venise) du Conseil d’Europe a souligné l’importance d’un contrôle démocratique et judiciaires des activités du type « sécurité nationale »

    Lien(2007)016-f.asp#_Toc176077587

    Le président de la Cour Constitutionelle de l’Allemagne, M. Papier vient de s’exprimer dans un entretien au Spiegel sur le sujet ou il laisse entendre de façon très explicite que la cour entend garantir les droits citoyens et les recours en droit des personnes visées et lésées par des mesures basé sur des informations secretes et non vérifiables (par exemple listes d’individus en rapport avec « le terrorisme »).

    Voici les conclusions du rapport de Venise :

    XII. Remarques conclusives

    251. Le renseignement est une nécessité incontournable pour les gouvernements modernes et les services de sécurité sont essentiels pour que l’État soit à même de protéger ses valeurs et ses intérêts.

    252. Certaines questions sont récurrentes dans la conception des procédures de surveillance[148]. D’abord, il est nécessaire d’établir des mécanismes de prévention des abus politiques tout en veillant à une gouvernance effective des agences. Avant tout, l’objectif est que les agences de sécurité et de renseignement soient protégées des abus politiques sans les isoler pour autant de la gouvernance par l’exécutif.

    253. Deuxièmement, il convient de respecter la primauté du droit. Les agences doivent être soumises à un contrôle légal. À l’instar d’autres secteurs de l’administration publique, l’une des tâches clés du Parlement est de déléguer, par la loi, l’autorité à l’exécutif mais également de structurer et de restreindre les pouvoirs discrétionnaires dans la loi.

    254. Le défi pour la surveillance et le contrôle est d’adapter ou de concevoir des processus imposant le respect des valeurs démocratiques tout en protégeant la sécurité nationale. Il s’agit d’un thème récurrent dans toutes les approches du contrôle que nous avons évoquées, que ce soit par l’exécutif, le Parlement, devant les tribunaux, les processus de recours ou les groupes d’experts indépendants.

    255. Il est possible d’établir une distinction entre les questions de politique, de fonctionnement opérationnel et d’examen. Parmi les exemples de sujets politiques : qu’est-ce qu’une menace contre la sécurité ; quelles actions faut-il considérer comme des infractions pénales ; de quels pouvoirs faut-il disposer ; quelles agences faut-il créer et en quels termes ? Les arguments favorables à la divulgation publique, en tant qu’aide au contrôle, sont extrêmement forts et ceux qui militent pour le maintien du secret sont très faibles. Parmi les exemples de questions opérationnelles : ce groupe/pays doit-il être ciblé et avec quelle priorité ; cette forme de surveillance doit-elle être appliquée à X ? Les détails opérationnels affectant les méthodes, sources et activités spécifiques des agences sont des arguments beaucoup plus convaincants en faveur du secret. Les questions opérationnelles concernent avant tout l’exécutif et les contrôles seront menés au plan administratif. L’examen intervient ex post facto et aborde des questions telles que la conformité des actions opérationnelles avec la politique, leur proportionnalité, légalité et efficacité ainsi que les aspect économiques. Toutefois, l’examen pose davantage de problèmes car le Parlement, l’exécutif et les autorités judiciaires y ont tous des intérêts légitimes.

    256. Ces distinctions ne doivent pas être prises en compte de manière trop rigide. Le développement de la politique doit reposer sur des renseignements et des actions qu’il est parfois nécessaire de garder secrets. Le développement des méthodes et technologies de surveillance pose un autre problème « limite » : des questions politiques controversées peuvent être soulevées alors qu’il est difficile d’en discuter publiquement sans risquer de les rendre inefficaces en les dévoilant aux cibles potentielles. Une différentiation stricte entre opérations et examen soulève également des difficultés. La nature permanente de certaines opérations de renseignement ne permet pas d’établir une distinction claire entre autorisation et examen ou d’engager un examen sans compromettre le secret.

    257. Néanmoins, les distinctions entre politiques, opérations et révision peuvent nous aider à mieux comprendre le contrôle. Elles montrent clairement qu’en matière de politique, il y a un intérêt démocratique fort à la discussion publique et au contrôle. Dans ce domaine, les arguments pour faire pencher la balance du côté du secret doivent être des plus convaincants.

    258. Si le secret opérationnel est plus facile à défendre, le contrôle n’en reste pas moins indispensable. L’exécutif devrait fixer les paramètres des opérations de sécurité et de renseignement même si les services sont protégés correctement de toute pression politique. Au niveau de l’examen, il est absolument impératif de disposer de mécanismes externes permettant de lever la barrière du secret et de donner l’assurance à l’exécutif, au législateur et au grand public que les opérations sont conduites légalement, efficacement et conformément à la politique. Ce type d’assurance doit être plausible, ce qui a incité certains pays à autoriser des commissions parlementaires ou des groupes d’experts indépendants, liés d’une manière ou d’une autre au Parlement, à examiner les détails opérationnels.

    259. Le seul contrôle par l’exécutif est insuffisant ; d’autres mécanismes de contrôle sont nécessaires. Aucun niveau de contrôle n’est isolé. Tous les niveaux sont interconnectés, complémentaires et inter-dépendants. Un système global cohérent doit être mis au point, sans perdre de vue que plusieurs demi-recours ou demi-contrôles peuvent être plus néfastes qu’une absence totale de recours ou de contrôle, chaque système de recours/contrôle risquant de s’abstenir d’agir en partant du postulat que l’autre s’en chargera.

    260. Les mécanismes de contrôle ne doivent pas seulement être théoriques, ils doivent faire l’objet d’une révision constante. Un soin particulier doit être porté à la coopération inter-agence ; des accords de coopération internationaux visant à établir une « traçabilité » pourraient être envisagés et les transferts de pouvoirs devraient être soumis à des responsabilités ministérielles/gouvernementales claires. Les échanges de bonnes pratiques entre les organes nationaux de surveillance devraient être encouragés.

    261. Ce rapport démontre à l’évidence l’existence de nombreux modèles novateurs de contrôle démocratique des services de sécurité, qui, pris isolément ou combinés les uns aux autres, permettent à tout État de satisfaire leurs contextes juridiques et politiques spécifiques et leurs besoins en matière de sécurité.

    262. Ces modèles démontrent que le monde secret et le contrôle ne sont pas mutuellement incompatibles. Au contraire, le contrôle est indispensable tant pour l’efficience que pour la légitimité.

  • Servais-Jean
    • Posté à 19h00 le 14/01/2008
    • Internaute 4591
      43

    Simplement merci pour cette analyse et ces compléments.

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