Chez Jean de Maillard

Jean de Maillard, magistrat, décrypte l'actualité judiciaire.

Sommes-nous tous des little Big Brothers en puissance ?

Jean de Maillard
Magistrat
Publié le 24/07/2007 à 10h00

Alex Türk, le président de la Cnil, a déployé beaucoup d’activité ces temps derniers, sur tous les fronts des médias. Il a dit, me semble-t-il, une chose intéressante, mais il en a omis une autre qui ne l’est pas moins. Et qui, dans une certaine mesure, change tout.

La première, c’est que nous sommes entrés dans une société de surveillance. L’inventaire des technologies qui permettent aujourd’hui de pister toutes les activités humaines est impressionnant. C’est à se demander d’ailleurs si les seules inventions qui voient encore le jour ne sont pas celles qui permettent de tracer et de mémoriser nos misérables existences.

Vous prenez le métro ? En mémoire ! Vous préférez le vélo : en mémoire ! Vous ne prenez rien du tout, mais le temps d’aller faire un tour sur Internet, vous êtes encore et toujours en mémoire… Caméras vidéo, puces RFID, GPS, téléphones, cartes bancaires, passeports biométriques sont nos petits cailloux quotidiens dans la grande forêt post-moderne.

Même les enfants à la cantine doivent mettre le doigt sur un bidule qui reconnaît leur empreinte et vérifie si les parents ont payé leur repas. Alex Türk a donc forcément raison : il y a du souci à se faire. Oui, mais du souci pour quoi ? C’est finalement la chose que le président de la CNIL ne nous dit pas, en tout cas pas clairement à mes yeux, car les détracteurs du panoptique post-moderne oublient, me semble-t-il, une chose d’importance.

« Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres ; n’en ayons qu’un seul. »

C’est que Big Brother, selon l’expression consacrée, n’est plus l’Etat, cette espèce de bureaucratie honteuse et molle qui n’ose plus s’afficher, mais nous-mêmes. D’abord, on oublie toujours ce grand et indémodable texte de sociologie de la lâcheté humaine que fut le « Discours de la servitude volontaire “ d’Etienne de la Boétie. La leçon en était toute simple : la puissance du tyran réside dans le regard craintif de ceux qu’il tyrannise. Je pense au dernier discours de Ceaucescu. Son temps est fini, il a perdu le pouvoir mais ne le sait pas encore ou du moins veut se convaincre du contraire.

Il organise une dernière comédie du haut de son balcon, après avoir fait remplir l’esplanade en contrebas d’une troupe qu’il croit encore fidèle. Qui est dans la foule ? Ceux qui, la veille, l’encensaient. Ce sont eux qui, par quelques cris, font comprendre au dictateur que son règne est achevé. Deux ou trois sifflets et le pouvoir s’effondre, dans la panique.

Ceci pour dire qu’il n’y a de pouvoir que celui que nous reconnaissons à l’Autre, même quand il nous opprime. Mais nous n’y pouvons rien, car en fait le pouvoir est d’abord nécessaire à ceux qui sont gouvernés : il les protège du vertige d’exister. Ceci n’est pas nouveau. Ce qui l’est plus, c’est que M. Türk, et beaucoup de monde avec lui, se trompe de cible.

Les technologies nouvelles permettent à n’importe qui d’espionner

Le problème est bien moins l’Etat aujourd’hui que l’absence d’Etat. Si l’on y regarde de près, on constate en effet que les technologies nouvelles permettent à n’importe qui d’espionner ses contemporains. Bien sûr, tout le monde ne le fait pas, ou du moins pas tout le temps. Pour avoir une bonne couverture en matière d’espionnage, il faut en avoir les moyens. On ferait déjà mieux, par conséquent, de s’intéresser à ceux qui ont vraiment ces moyens.

Je ne suis pas sûr que notre malheureux Etat, qui va se débarrasser chaque année de la moitié de ses effectifs partant à la retraite, en aura encore beaucoup pour inspecter si nos chaussettes sont trouées et si nous traversons bien la chaussée dans les clous.

C’est vrai, on nous annonce une relance du plan d’équipement des rues en caméras vidéo. Mais j’ai comme l’impression que c’est pour faire illusion. Je verrais bien une sorte de panoptique ‘ Potemkine’ , avec des caméras qui tournent à vide sans personne pour les regarder, ou qui font semblant de filmer pour que notre gouvernement puisse faire semblant de nous surveiller, comme tout le monde, mais sans que cela ne coûte trop cher au contribuable.

Le syndrome de surveillance généralisée

D’ailleurs, je vais vous faire une confidence de praticien : souvent, les juges seraient bien contents d’avoir les séquences filmées des délits commis dans la rue, sous le nez des caméras, ce qui éviterait bien des contestations sur la matérialité ou le déroulement des faits. Hélas, je n’ai pas vu souvent des caméras qui remplissaient leur office : soit on ne voit rien, soit elles sont en panne, soit elles regardent ailleurs, soit on a perdu la bande ou on l’a déjà effacée…

Je voudrais cependant appeler l’attention sur un autre point. On s’inquiète et on se plaint du syndrome de surveillance généralisée, qui donne aux ‘ pouvoirs’ une puissance inédite. C’est vrai des pouvoirs d’argent bien que, allez savoir pourquoi, personne n’y fasse rien. C’est vrai aussi de quelques pouvoirs paranoïaques, comme ceux de l’Amérique assiégée par le terrorisme, qui se bunkerise derrière ses frontières technologiques et ne veut rien ignorer pour sa sécurité du contenu des plateaux-repas servis dans les avions. Mais une surveillance peut en cacher une autre.

On ne brandit plus un doigt d’honneur lors des mouvements de foule, mais les ‘ téléphones d’honneur’

Ne sommes-nous pas tous devenus des ‘little Big Brothers’ à compte privé ? Souvenons-nous des incidents de la gare du Nord. Les malheureux policiers se sont trouvés les premiers pris au piège par la nouvelle technologie panoptique, qui s’est efficacement mobilisée non pas pour, mais contre l’ordre et le pouvoir. Les téléphones portables ont à la fois servi à rameuter les hordes prêtes à en découdre et à filmer les scènes que l’on espérait produire comme preuves de la brutalité policière. On ne brandit plus un doigt d’honneur lors des mouvements de foule, mais les ‘ téléphones d’honneur’ , qui vont servir à faire la nique à la police au journal de 20 heures.

Dans la même veine, ce qui a fait le plus de mal aux Américains en Irak, ce sont probablement les photos d’Abou Ghraib et toutes celles dont les GI’s inondent l’Amérique à partir de leur blog, comme pièces à conviction qu’ils produisent eux-mêmes au procès de leurs propres turpitudes.

Loin de moi l’idée d’interdire quoi que ce soit de ces nouvelles mœurs. Mais force est de constater qu’il ne se passe plus rien maintenant (ou à peu près) sans qu’un téléphone ou une caméra, un fichier, une puce ou un micro, n’immortalisent l’instant qui sera ensuite diffusé en boucle sur l’ensemble des médias, YouTube compris.

Aussi, je me dis deux choses. D’abord, que le bonheur, désormais, est dans la surveillance, y compris de soi-même. Mon voisin de pallier, à qui je n’ai jamais adressé un mot, devient le plus intéressant des hommes quand je peux l’épier sur un écran. J’ai même entendu dire qu’une maternité allait placer ses nourrissons sous bracelet électronique, à la grande joie des heureux parents, morts d’angoisse à l’idée qu’on puisse enlever leur chérubin !

Le pouvoir du fort est dans l’œil du faible

La société post-moderne est peut-être en train d’inventer une nouvelle forme de vie en société, par technologie de surveillance interposée : les autres n’existent et ne m’intéressent que si je les rencontre à l’abri d’une technique qui les enregistre. Au cas où… On ne sait jamais, car notre nouvel amour pour tous les hommes, qui nous fait exécrer toutes les discriminations, ne nous fait pas quand même oublier la menace qu’ils représentent…

Je me dis ensuite que la technologie post-moderne va nous faire ajouter un chapitre au ‘ Discours’ de La Boétie. Non seulement le pouvoir du fort est dans l’œil du faible, comme le disait le meilleur ami de Montaigne, mais l’œil du faible est maintenant devenu son pouvoir, qu’il concurrence au fort, comme aurait pu le dire Nietzsche. Ce qui voudrait dire que, de nos jours, ma force est dans ma faiblesse et que je peux à loisir retourner le pouvoir contre lui-même. Il suffit que j’enregistre au bon endroit et au bon moment. L’avenir s’annonce passionnant.

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  • Anonyme

    « mais les “téléphones d’honneur”, qui vont servir à faire la nique à la police au Journal de 20 heures [...] ma force est dans ma faiblesse »

    Et inversement puisque les fichiers des relais de portables servent à repérer ces témoins gênants. Que pour arriver au journal de 20h, il faut déjà trouver une plateforme de diffusion, comme un blog, qui gardera la trace de votre IP, un service de diffusion vidéo comme DailyMotion qui gardera votre IP.

    La technique de défense de la police qui consiste à arrêter les témoins, les maintenir en garde à vue juste pour les humiliés et éventuellement effacer les photos ou vidéos semble plutôt bien marcher.

    Vous oubliez aussi l’usage qu’en fait les entreprises, surveillance des mails (même si en théorie protégés par le droit à la correspondance privée), des contenus des disques durs, des communications téléphoniques, des horaires, etc. Pas dans le but de protéger l’entreprise ou le salarié, mais seulement pour pouvoir constituer un dossier le jour où il faudra prouver une faute.

    Ce n’est pas mon voisin qui me fait peur, ni même forcement l’état.

    • Servais-Jean
      • Posté à 18h11 le 24/07/2007
      • Internaute 4591
        43

      Une approche aussi pointue de ce phénomène est un vrai plaisir. Merci à Monsieur Jean de Maillard.
      J’invite les lecteurs de RUE89 à lire avec attention toutes ses productions.

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard
      Magistrat
      • Posté à 10h35 le 25/07/2007
      • Internaute 9399
        Magistrat

      D’abord, il existe des techniques qui permettent de déjouer la technique : c’est une course sans fin, entre le chasseur et le chassé. Ce qui change de nos jours, c’est que chacun peut être chasseur et chassé. Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il faudrait cesser de croire que les technologies de surveillance sont unilatérales et le dernier avatar de l’Etat fascisto-totalitaro-autoritaro-sarkozyste. Bien sûr, les entreprises les utilisent (pas toutes cependant, il ne faudrait pas être non plus paranoïaques), bien sûr, l’Etat les utilise (mais il est de plus en plus faible n’en déplaise aux anarcho-libertaro-antitotalitaro-ségoléniste), mais le problème c’est que tout le monde maintenant peut les utiliser. Je vous invite à aller regarder les vidéos sur Dailmotion des incidents de la Garde du Nord, vous verrez qui utilise les caméras... Si nous voulons penser un peu contre nous-même, ce qui est un exercice plutôt sain, nous devrons prendre conscience que la société de surveillance est universelle et que nous y recourons tous, à notre manière et avec nos moyens. Sans doute existe-t-il une hiérarchie (les Américains sont hors concours), mais c’est un nouveau modèle de société qui s’instaure. Cela vaudrait peut-être la peine d’y réfléchir, non ?

      • Anonyme répond à Jean de Maillard

        Je ne conteste pas le constat, bien au contraire, mais avec un état en perdition ce sont les intermédiaires qui deviennent le danger : certaines tentatives pour permettre à la police d’intervenir sans autorisations préalables d’un juge sont réellement inquiétantes : perquisition de domicile, entreprise, identification d’abonnés auprès d’un FAI, surveillance...

    • Anonyme

      Comme toute technologie,c ’est l’usage qu’on en fait qui peut être dangereureux et non la technologie elle - même .Pour moi la CNIL est la caricature de ce qu’elle voudrait éviter : une sorte de senseur au nom des libertés individuelles.
      J’ai travaillé durant trois années dans un de ces centres de vidéo - surveillance et croyez - moi je ne suis pas particulièrement orienté surveillance,mais fallait bien reconnaître que ces caméras étaient très utiles et efficaces pour voir et comprendre,dans le centre ville et dans les quartiers ’ difficiles ’ toute l’organisation de la délinquance liée au trafic de drogue,à l’économie parallèle qui sont une réalité et non ’ un sentiment ’ comme les donneurs de leçons sur les libertés individuelles le proclament.Depuis des décennies,certaines valeurs banalisées comme l ’honnêteté,le respect des biens et des personnes se sont désagrégées et une mentalité de tricheurs,fraudeurs s’est installée.Moi,je ne vois aucun inconvénient à ce que les fichiers de la Sécu,de l ’Assedic, Rmi,de l ’Anpe et que sais- je encore soient interconnectés,quand on songe aux millions d’euros touchés indûment...Ces trois années passées dans ce centre m’a bien comprendre où se situe le niveau de la société française et les beaux discours bientôt ne suffiront plus....

  • Anonyme

    Excellente analyse mon cher watson !

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 11h33 le 24/07/2007
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    excellent article !

  • Anonyme

    Cet article, bien que trés intéréssant, ne nous apprend rien de nouveau.
    L’auteur aurait mieux fait de nous parler des subterfuges à cette surveillance incessante et exponentielle comme le « tagzapper » qui brouille les fréquence des RFID , ou bien les logiciels de surfs anonymes (Tor pour ne pas le citer).

    Peace.

    • David Servenay
      David Servenay
      Ex-Rue89
      • Posté à 22h42 le 24/07/2007
      • Internaute 8946
        Ex-Rue89

      Et pourquoi ne pas prendre votre clavier, CA de 12h58, pour nous expliquer ce qu’est un « tagzapper » et à quoi peuvent servir les logiciels de surfs anonymes ?

      • Anonyme répond à David Servenay

        Je répond a David Servenay : comme je l’ai dit dans mon commentaire de 12h58 , le tagzapper permet de brouiller les fréquences des RFID ( système de petites puces qui communiquent entre elles et permettent un tracage encore plus précis et beaucoup moins détectables que les codes barres , plus tard celles-ci feront partie de notre environnement afin de cibler encore plus les consommateurs , le film « Enemi d’Etat » l’illustre bien , sinon procurez-vous sur Internet le mémoire de Xavier Lemarteleur, étudiant à l’Université Paris II intitulé « Tracabilité contre la vie privée ou l’immixtion des technologies dans la sphère personelle “.
        Et c’est là qu’intervient le tagzapper ! : accepteriez-vous d’être harcelé et étudié par de vulgaires petites puces au services des grosses multinationales seulement avides d’argent et de pouvoir ? ! !
        Avec le tagzapper vous contrecarrez leur stratégies commerciales et vous ne suivez pas bêtement le troupeau .

        Concernant les logiciels de surfs anonymes , ils servent à protéger sa vie privée contre les entreprises qui récoltent un maximum d’infos sur vous (gouts/envies/ etc..) pour ne vous envoyer que des mails qui pourraient vous intérésser , autrement dit accroitre vos envies d’achats . Personnellement je ne trouve pas ca trés honnête et loyal .
        Accessoirement ils servent aussi à emmerder ces cons de flics qui vous prennent pour un terroriste parceque vous faites partie d’un mouvement altermondialiste ou bien parceque vous avez selon eux des pensées ‘déstabilisantes envers le gouvernement . Allez savoir ce que veut dire pensées déstabilisantes’ .....moi j vois pas.

        Tout le monde à le droit à son intimité , et personellement je ne les laisserai pas faire .
        Ce n’est pas de la parnoia , c’est être réaliste .

        J’espère vous avoir donné satisfaction et accepte volontiers d’approfondir le sujet si jamais cela vous tente .

        Peace.

         
        • toktomi
          • Posté à 08h53 le 26/07/2007
          • Internaute 9821

          « système de petites puces qui communiquent entre elles »

          tu rviens du futur ?

          a ma connaissance c est pas encore fait.

          mais chui pas féru,un peu au jus c est mon dada le flicage.

          • FreeRider
            FreeRider répond à toktomi
            • Posté à 13h24 le 26/07/2007
            • Internaute 13079

            Un système RFID est composé de 2 parties distinctes : d’une part un marqueur ou un tag, d’autre part un ou plusieurs lecteurs.
            Le tag intègre des données (celles qui son tcontenues dans la puce), un dispositif de communication sans contact(son antenne), et un mécanisme de production autonome d’énergie- le bobinage de l’antenne qui fournit l’énergie nécéssaire lorsqu’il est traversé par un champ électromagnétique.
            Les lecteurs, eux, se présentent sous la forme de portillons, de bornes fixes. Ce sont eux qui émettent les ondes radios, qui vont activer les tags et servir à transmettre un code d’activation. Le tag répond en fournissant par ondes radios, les informations qu’il contient.
            Il existe 2 types de puces , d’une part il y a les tags passifs qui sont les plus courants : ils se contentent de retourner l’unique donnée fixe implantée lors de leur fabrication. D’autre part il y a les tags actifs qui sont équipés de batteries et permettent des échnages bien plus complexes et des opérations de lecture-écriture.

        2 autres commentaires
    • LB
      LB
      • Posté à 23h05 le 24/07/2007
      • Internaute 12995

      Coucou,

      Bien d’accord... Un si long article pour dire si peu de choses...
      Ainsi que Servais-Jean, je vous invite à lire les autres productions du Magistrat... C’est drôle...

      LB

  • Anonyme

    La délation, il ne manquerait plus qu’elle soit généralisée, à la manière qu’emploierait notre sur-chef d’état, d’une manière tout à fait légitime, douce et « discrète ».
    Il nous dirait : « Un peu de bon sens ! Et blablabla... »
    Evidemment, ce ne serait plus de l’état et du pouvoir en place dont il faudrait se méfier. Nous l’oublierions vite, à d’abord nous occuper de notre voisin, à l’affût des vingt bons points promis pour sa prise. Ce serait rapide pour lui, le temps d’un mail, son compte se retrouverait crédité, il irait aussitôt les dépenser sur le site de son supermarché et se mettrait en quête d’une autre proie.
    Constituer des dossiers, on aime ça j’ai l’impression, démontrant que chacun développe son propre « pouvoir », par l’emmagasinage de choses inutiles, ou juste pour attendre une faille et descendre en règle le « sujet », fort de cette force...
    Une mutuelle propose clairement une carotte aux bons éléments. Ben ouais, rien de plus.
    Saurons-nous resister aux carottes, lorsque tout devient possible dans la dérive libérale ?

  • Anonyme

    Si l’article touche un sujet intéressant, il me semble qu’il n’en oublie pas moins que les technologies ne sont que des facilités supplémentaires accordées à la surveillance.
    Ceux qui ont circulé un peu dans des pays à régime « ferme », se souviennent que l’observation était de règle. L’Union Soviétique, Chine, Vietnam, la Roumanie et sa « securitate », l’Irak du temps de Saddam... Chaque quartier était (est ?) quadrillé, maillé. Un immeuble possèdait son « élément sûr » qui rapportait au chef de secteur...
    Pour l’avoir vécu je sais que l’expression « téléphone arabe » est amplement justifiée. Dans un pays du Moyen-Orient il m’est arrivé, alors que je n’étais dans une ville que depuis deux jours, de m’entendre dire « ah oui c’est vous le Français qui habitez chez Untel ».
    Et tout cela sans carte bancaire, téléphone portable, caméra ou puce quelconque...

    • toktomi
      • Posté à 20h56 le 24/07/2007
      • Internaute 9821

      là on reconnait le trait de plume de Kall -us :) .pass le bonjour à klaus.

      qui parle d or ,
      meme si la teknologie a l avantage de ne garder kle fone et de killer l arabe. (du kalme jplésante)

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard
      Magistrat
      • Posté à 10h45 le 25/07/2007
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Je vous invite à lire ma réponse ci-dessus, à laquelle j’ajoute que le problème nouvellement posé est que, précisément, les nouvelles technologies de surveillance apparaissent dans une phase historique de déclin de l’Etat et plus particulièrement encore de l’Etat autoritaire. La société de surveillance est un nouveau paradigme social qu’il va falloir commencer à étudier de près, mais sans se tromper sur sa nature et sa portée : tout le monde surveille tout le monde, car tout le monde vit dans l’idée désormais que tout ce qui l’entoure est constitutif, potentiellemnt au moins, de menace. On peut le regretter, mais c’est comme ça.
      Si on persite à voir les technologies de surveillance comme une simple adaptation, grâce aux moyens techniques, de l’appareil de surveillance d’Etat (éventuellement étendu aux entreprises qui auraient récupéré la fonction de contrôle social abandonné par l’Etat), on se met le doigt dans l’oeil. Foucault avait déjà attiré l’attention sur le fait que le pouvoir n’est pas dans la visibilité des coercitions qu’il impose, mais dans les modes de dressage des comportements : demandons-nous si les nouveaux rapports sociaux qui naissent de l’interposition dans les relations des techniques de surveillance ne correspondent pas à une nouvelle étape où la liberté inhérente aujourd’hui à l’individu doive s’accompagner de moyens de se protéger efficacement contre la liberté des autres, au moins en en surveillant constamment l’usage qu’ils en font.

      • Anonyme répond à Jean de Maillard

        Y a-t-il vraiment déclin de l’Etat ? N’assiste-t-on pas au contraire à une simple redistribution des rôles ? L’Etat a réussi à « sous-traiter » à la population le tout venant de la surveillance en persuadant que le peuple (chacun de nous) était le mieux placé pour assurer la sécurté quotidienne (« signalez les colis abandonnés », « attention aux pickpockets »...). Il a appliqué ce que vous appelez « le dressage des comportements ». Responsabilisation de l’individu ? Un pas vers l’anarchie (au vrai sens du terme) ?
        Même si j’adhère partielleent à vos vues, je persiste à penser que la surveillance du voisin - avec ou sans technologie - a toujours existé : le rideau qui se soulève à votre passage dans un village n’a nul besoin d’électronique, les gendarmes de terrain recueillent bon nombre de renseignements lors d’enquête de voisinage.

         
        • Jean de Maillard
          Jean de Maillard
          Magistrat
          • Posté à 15h27 le 25/07/2007
          • Internaute 9399
            Magistrat

          Ce qui a changé, me semble-t-il, c’est que le contrôle social, qui a toujours existé comme vous le dîtes bien, s’inscrivait auparavant dans un contexte différent. Certes, la concierge surveillait ses locataires et les voisins savaient ce que vous faisiez. Mais la différence n’est-elle pas qu’aujourd’hui, on ne connaît plus ses voisins et qu’il n’y a plus de concierge. En revanche, les relations sociales s’établissent autrement et les technologies de l’information et de la communication (les « TIC ») deviennent des intermédiaires de plus en plus fréquents, voire nécessaires, des interrelations. Dans ce contexte, l’échange s’établit entre individus qui ne se connaissent pas et qui : 1) perçoivent l’autre comme une menace et 2) établissent de nouveaux modes de surveillance pour pallier cette menace.
          Mon propos est neutre (même si j’ai mon opinion sur la question) : il s’agit d’attirer l’attention sur un phénomène qui entraîne des mutations dans les relations, pour le pire ou le meilleur (ou les deux à la fois). C’est cette complexité qui doit être prise en considération. Dénoncer la société de surveillance comme un mode de contrôle unilatéral des « puissants » (politiques ou économiques) contre les « faibles » me paraît non seulement ne voir que la moitié de la réalité, mais du coup la déformer en la ramenant à une problématique dépassée. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’il n’y a plus de puissants et de faibles, mais que la situation s’est diablement compliquée et qu’il serait bon de le prendre en compte : nous sommes tous en demande de protection contre des menaces indistinctes et, selon la conception que nous avons de ce qui constitue pour nous une menace, nous réagissons en mettant en place des dispositifs de surveillance en utilisant les TIC.

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    oui mais c’est totalement insuffisant, c’est du bruit de fond qu’on entend pas... cf le tabassage policier filmé entre les deux tours pshiit du vent...

  • toktomi
    • Posté à 22h01 le 26/07/2007
    • Internaute 9821

    l’absence d’Etat c pas moi !

    sinon sarko choppe toute les manettes.

    Jack ta noté dans ton pda ,les moyens dla cnil et la réforme du fichier STIC ?

    editer ;

    tiens au fait ça vient de sortir (a la radio dta leure)

    Lien

    « C’était le bon temps du Tour de la France Libre »

  • Bibi
    Bibi
    étudiant à Taiwan
    • Posté à 12h24 le 25/07/2007
    • Internaute 13072
      étudiant à Taiwan

    A propos de ces nouveaux modes de surveillance « décentralisés », rendus possibles par l’utisation des téléphones portables et autres caméras numériques, je voudrais signaler un article lu récemment sur le site Pitchfork (pour les lecteurs anglophones) : Lien

    Pour résumer l’histoire : le chanteur d’un groupe de rock américain a littéralement « pété les plombs » lors d’un concert à San Diego à cause d’une jeune fille qui a eu le malheur de dégainer sa caméra numérique pour filmer sa chanson préférée. Une pratique de plus en plus courante, comme en témoigne le nombre impressionnant de vidéos de concert sur YouTube, et qui dévoile avec pertinence les aléas de ces nouvelles techniques de « surveillance ». Comme le dit le chanteur du groupe, ces pratiques lors des concerts ont entraîné une modification totale du comportement du public, dont une partie cesse de jouir de la performance pour elle-même, pour ne s’en servir que comme moyen : moyen pour quoi d’ailleurs ? garder une trace, un souvenir, publier sa video sur son blog, faire le fier auprès de ses amis... Tout cela, semble-t-il, au détriment d’une expérience vécue qui, elle, devient subitement secondaire.

    Mon propos peut paraître bien anecdotique face aux risques démocratiques posés par l’utilisation des nouveaux moyens de surveillance et d’enregistrement, mais elle me semble permettre de renverser le problème en renvoyant chacun à sa pratique : non pas quel est le risque pour autrui à ce que le surveille, mais quel avantage pour moi, quel bénéfice, quel intérêt ? Bref, après le thème de l’éducation à l’image (apprendre à regarder une image et les messages cachés qu’elle peut véhiculer), il faudrait réflechir sur les moyens d’une éducation au filmage et à la surveillance : quel usage responsable faire de ces nouvelles technologies qui sont aujourd’hui à la portée de chacun ?

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard répond à Bibi
      Magistrat
      • Posté à 15h29 le 25/07/2007
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Bien vu, Bibi

    • Anonyme répond à Bibi

      Ton exemple est symptomatique de ce nouveau comportement, je l’avais déjà remarqué lors des différents derniers concerts que j’ai pu faire.
      Avant on voyait des briquets et leurs petites lumières jaunes, quand on se tourne désormais, on voit une vague de lumière bleue, ils ne regardent même plus la scène elle-même, ils ont les yeux fixés sur un écran de trois cm.

  • pikasso02
    • Posté à 22h24 le 25/07/2007
    • Internaute 10134

    Et si nous essayions de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là ? Ce n’est pas le sujet ? Dommage ! Répondre au présent avec le présent, excusez-moi, mais je ne sais pas ! Il y a eu un loupé quelque part ! Nous avons je crois raté la rencontre des cultures. Nous avons aujourd’hui tous ou presque, PEUR. La majorité des gens ont peur ! Ils sont donc pour la protection. Quand je revois les portes des habitations il y a trente ans et ces mêmes portes aujourd’hui ! En 1970, une serrure suffisait. Maintenant, les marchands de portes blindées font fortune. Et dire que nous faisons des enfants ! Il y a sans doute quelque chose à faire.

  • Anonyme

    Daigner pardonner le propos, mais mettre dos à dos les caméras de vidéosurveillance et celle des téléphones portables me semble relever de la naïveté d’un Candide ne sachant pas faire la différence entre une souris et un mulot.

    Ceux qui « surveillent les surveillants » se rapprochent bien plus d’une démarche de type journalistique consistant à dénoncer les travers d’un système que d’une volonté de contrôle systématique et généralisé de la population propre à cette « société de surveillance » dénoncée par la CNIL (entre autres).

    Je n’ose croire que vous puissiez mettre sur le même plan Big Brother (& ses sbires) et le journalisme (encarté ou « citoyen »).

  • Jean-Marc Manach
    Jean-Marc Manach
    journaliste
    • Posté à 23h08 le 27/07/2007
    • Journaliste 13195
      journaliste

    Daigner pardonner le propos, mais mettre dos à dos les caméras de vidéosurveillance et celle des téléphones portables me semble relever de la naïveté d’un Candide ne sachant pas faire la différence entre une souris et un mulot.

    Ceux qui « surveillent les surveillants » se rapprochent bien plus d’une démarche de type journalistique consistant à dénoncer les travers d’un système que d’une volonté de contrôle systématique et généralisé de la population propre à cette « société de surveillance » dénoncée par la CNIL (entre autres).

    Je n’ose croire que vous puissiez mettre sur le même plan Big Brother (& ses sbires) et le journalisme (encarté ou « citoyen »).

    PS aux modérateurs : c’est la première fois que je réagis sur rue89, et n’avais pas réalisé que, faute de m’être créé un compte, j’étais réduit à n’être qu’un « anonymous coward »... ce que je ne suis pas.

  • Anonyme

    effectivement la peur semble être au coeur de notre société faisant de nous des paranoïaques en puissance (à tort ou à raison d’ailleurs). la peur nait me semble t il souvent de la méconnaissance. de la necessité de rencontrer l’autre pour mieux le connaître. malgré un développement exponentiel des moyens de communication j’ai la farouche tendance à penser qu’on ne communique plus. peut être à cause du fait du manque de lien visuel avec l’autre.
    l’apparence véhicule des messages certainement plus fort qu’une parole. or aujourd’hui bien abrité derrière son ordi on ne se voit plus. Difficile ainsi de juger de la sincérité de l’autre qui peut nous faire croire n’importe quoi et donc inconsciemment ou pas d’ailleurs on prendrait un certain recul par rapport à ce qu’on peut nous dire. Pourquoi alors cette méfiance de l’autre ne se développerait pas dans la vie de tous les jours. De plus le système fonctionne d’une telle manière qu’il accroit cette peur, a commencer par les politiques et les journalistes. Tout va toujours de travers, pas un jour sans une nouvelle affaire sans de nouvelles turpitudes.
    On pourrait si on était tordu se poser à qui profite le crime ?
    au système en place qui s’auto justifie...(les états unis et la guerre contre le terrorisme en serait un exemple)
    au grands groupes commerciaux. ne profiteraient ils pas de toutes les traces que l’on laisse partout pour essayer de nous vendre plein de matériel correspondant à nos centres d’interêt (cf carte de fidélisation notamment).
    et si finalement le problème c’était encore une fois l’argent...

    • Anonyme

      Derrière cet argument de la peur, il y a un autre élément qui lui me semble plus illusoire encore : celui du contrôle.
      Toutes ces TIC ne sont en fait qu’un moyen de contrôler, présenter sous une forme de prévention... elles semblent être l’arme moderne à la réponse de tout ce qui pourrait être subversif. Nous savons pourtant que les caméras n’empêchent pas les attentats, que les écoutes ne mènent pas nécessairement à des arrestations ou à des implications, si elles sont faites au petit bonheur la chance.
      Deux choses importantes, la première est une réduction de plus en plus importante de la sphère privée et la seconde est la détention de savoir.
      Ce qui est inquiétant c’est effectivement la capacité à observer, espionner notre voisin. Non pas dans un soucis de « dépister » en lui le danger potentiel qu’il pourrait représenter ; mais dans ce que cela peux avoir de petit, tordus, pervers. C’est le coté voyeur, intrusif de l’intimité qui est la motivation de base. A quoi sert de voler le mot de passe d’une messagerie instantanée quand il s’agit de celle de M Dupond ?
      Si ce n’est à se goberger, de son intimité. Nous avons là, mis en exerce une autre valeur montante de notre civilisation moderne et communicante : le voyeurisme.
      Monsieur Tout le monde se donne le frisson d’être un little Big Brother, derrière cette idée que tout est public, que rien ne doit jamais être caché et que nous avons le droit de tous savoir..
      « J’y étais » ! Filmer, photographier, n’importe quoi ; qui nous semble sortir de l’ordinaire. Pour notre quart d’heure de gloire ? Non, il faut croire que l’effet journaliste est devenu un fait de société. Nous témoignons !
      Et avant tout d’une société qui ne respecte plus, et j’ose le dire qui n’aime plus ces composants. Vous me rétorquerez qu’historiquement, sociologiquement, biologiquement peut de société se sont soucier d’aimer. Oui, c’est vrai, mais certaines contemporaines sembles au moins respecter leurs concitoyens.. C’est peut être là une piste a creuser pour avoir une autre réponse..
      Quand au deuxième point, il s’agit d’un truisme, celui du savoir. Toutes vos technologies ne sont opératives qu’autant que l’on n’en connaisse pas le fonctionnement et l’ampleur des moyens mis en œuvre pour atteindre l’objectif. Là encore, le savoir, et en l’occurrence technique va venir faire la différence.
      Mais au delà de ces questions c’est celui de la place de l’homme, pardon de l’Homme qui est à repenser, comme en un incroyable rocher de Sisyphe. Nous devons repenser notre place et celle de l’Autre dans un monde avec de nouvelles donnes.
      Les Memes de nos sociétés sont à réécrire ou à inventer, nous n’assistons qu’à la lutte sans merci de resucées qui se combattent ou nous sommes à la fois les soldats silencieux et les copeaux...

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