Patrick Jarreau

La course à l'Elysée et autre actualité politique vue par l'ancien directeur de l'information du Monde.

La crise à gauche et à droite

Patrick Jarreau
Journaliste
Publié le 10/01/2009 à 11h31



Patrick Devedjian et François Fillon présentent le plan de relance le 5 décembre 2008 (Benoit Tessier/Reuters).


Quand le Parlement avait examiné le plan d’aide aux banques, en octobre, François Fillon avait appelé l’opposition à « l’unité nationale ». En vain. Certains députés socialistes étaient partisans de voter le plan, mais le PS avait opté finalement pour l’abstention.

Naturellement, à droite comme à gauche, la tactique commandait. Fillon voulait obliger les socialistes à choisir entre la « responsabilité » et l’« irresponsabilité » : voter pour le plan parce qu’il est dans l’intérêt de tous que les banques tiennent le coup ou voter contre parce que c’est le plan du gouvernement et parce que les banquiers sont coupables.

Aujourd’hui la majorité reconnaît que ce qu’elle fait ne suffira pas

De son coté, le PS ne voulait pas faire de cadeau à la droite ni risquer de se voir accuser, sur sa gauche, de complaisance pour le capitalisme financier. Il n’est pas allé, toutefois, jusqu’à voter contre un plan qui apportait la garantie de l’Etat aux prêts entre banques, ainsi qu’un dispositif pour recapitaliser les plus fragiles. Il a préféré s’abstenir, laissant ainsi le bénéfice de l’opposition constructive -ou l’opprobre de la compromission- à François Bayrou, qui a voté pour.

Trois mois plus tard, avec le plan de relance dont l’examen a commencé, mercredi, à l’Assemblée nationale, la situation est complètement différente. Cette fois, la droite ne cherche pas à mettre le PS en difficulté, et les socialistes ne se demandent pas quelle position adopter. Quant à Bayrou, il a annoncé qu’il ne votera pas ce plan « insuffisant », sans dire s’il s’abstiendra ou s’il votera contre. Le plan proprement dit fera l’objet d’un vote solennel, mardi 13 janvier ; le collectif budgétaire qui l’accompagne a été adopté à mains levées jeudi soir.

La gauche refuse tout compromis au moment où Sarkozy est en difficulté

Chacun est convaincu que le paquet d’aujourd’hui sera bientôt suivi d’un autre. Gilles Carrez, rapporteur général du budget à l’Assemblée, a déjà prédit qu’une enveloppe supplémentaire sera nécessaire pour soutenir les salariés les plus modestes, en augmentant la prime pour l’emploi, le futur revenu de solidarité active et l’aide au logement. Il l’a chiffrée à 1 milliard d’euros, ce qui n’est pas très sérieux, mais c’est quand même un aveu. La majorité reconnaît implicitement que ce qu’elle fait maintenant ne suffira pas. Dans ces conditions, pourquoi l’opposition, qui ne dit pas autre chose, rendrait-elle les armes ?

Mais ce n’est pas tout. A l’automne, après la faillite de Lehman Brothers, tout le système de crédit menaçait de s’effondrer. Il y avait donc un sens à invoquer une forme d’union sacrée. Aujourd’hui, la compétition domine. Le gouvernement et sa majorité ne tentent aucunement de paraître rechercher un consensus. Au contraire, ils veulent montrer que leur politique est la seule bonne et que l’opposition n’est capable que d’aboyer en regardant passer la caravane. Quant à la gauche, elle refuse tout compromis au moment où Nicolas Sarkozy est en difficulté, y compris dans son camp.

Les socialistes misent gros sur le contre-plan qu’ils ont annoncé pour le 20 janvier (le jour de l’investiture de Barack Obama comme président des Etats-Unis). S’il comporte des mesures que le gouvernement sera obligé de reprendre à son compte quelques semaines après, l’opération sera gagnante pour le PS. S’il apparaît comme un catalogue de récriminations contre les patrons, les banquiers et le « grand capital », la droite pourra dire que la gauche pérore tandis qu’elle-même s’occupe d’aider les Français à affronter la récession.

Photo : Patrick Devedjian et François Fillon présentent le plan de relance le 5 décembre 2008 (Benoit Tessier/Reuters).

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  • SaintClair
    SaintClair
    Conseil Communication
    • Posté à 12h03 le 10/01/2009
    • Internaute 60794
      Conseil Communication

    « La gauche refuse tout compromis » la phrase est éloquente, et vraie.
    L’annonce n’est cependant pas nouvelle. « L’opposition s’oppose » est le leit motiv politique de toute opposition depuis bien longtemps.

    Analyser froidement si l’impact économique et social sera positif pour le pays afin de déterminer son vote passe toujours après l’analyse tout aussi froide de l’impact politique d’un ralliement à l’action gouvernementale.

    Deux effets pervers :

    1. Cela biaise les relations entre élite politique et population, car bien souvent, les français ne peuvent ignorer l’hypocrisie qui se cache derrière certaines décisions.

    2. Ces méthodes de com’ politique malsaines qui consistent à utiliser des sophismes pour convaincre l’opinion qu’une autre solution est possible ont déjà provoqué pas mal de dégâts et continueront de le faire (cf. rappelons nous lors du vote de la constitution européenne l’argument des opposants : on créera une autre constitution : le plan B. Nous savons aujourd’hui que ce plan B n’existait pas et ne pouvait pas exister).

    Lorsque nous dénonçons cette façon de faire de la gauche, rappelons nous également que le Président et la majorité, n’étant pas des enfants de coeur, utilisent tout autant que l’opposition ces manoeuvres politiques afin de convaincre.

    A quand une action politique plus honnêtes, empreinte de bon sens et de volonté d’avancer ?

    Com politique : Lien

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 14h16 le 10/01/2009
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Wouah ! Bienvenue à Patrick Jarreau, apparemment l’un des « départs volontaires » du Monde, aujourd’hui en plein délitement. Ayant lu Patrick Jarreau depuis de longues années, j’apprécie particulièrement son point de vue acéré sur la vie politique française, notamment à gauche.

    A mon sens, l’idéal, pour l’opposition, serait que le PS puisse constituer une sorte de « shadow cabinet » (contre-gouvernement) à la britannique muni d’un solide programme de réponse à la crise. Au sortir du congrès de Reims, où il a une nouvelle fois étalé toutes ses divisions, il est difficile d’imaginer comment cela pourrait se faire, tant sur le plan de l’organisation que sur celui du programme.

    Un contre-plan keynésien détaillé ? Les optimistes peuvent toujours espérer que ce que le PS prépare pour le 20 janvier sera à la mesure des enjeux. Mais les perçoit-il seulement ? Les socialistes sont en dehors du coup et accaparés par des préoccupations mineures depuis tellement longtemps qu’il est permis d’en douter. Le risque est grand, par conséquent, qu’il se contente effectivement d’aboyer au parlement. Cela lui rapportera peut-être quelques satisfecits sur tel ou tel point, notamment en ce qui concerne les empiètements de Sarkozy sur les libertés publiques et sa politique de déglingue des acquis sociaux, mais ce n’est pas pour autant que le PS se transformera en alternative gouvernementale crédible.

    Qui est son chef, pour commencer ? Martine Aubry ? Elle n’est même pas parlementaire, pas plus que Ségolène Royal. Son porte-parole Benoît Hamon est également absent du débat parlementaire, étant député européen, et Bruxelles est tellement loin… Le PS compte dans ses rangs à l’Assemblée Nationale quelques quasi-ténors et des travailleurs de l’ombre compétents, mais ils ne semblent pas d’accord entre eux – en tout cas on les entend peu. Et aucun d’eux n’est en mesure de s’affirmer sans l’assentiment des autres.

    Alors, un miracle ? Il y a fort à parier que Sarkozy continuera de prendre le PS de vitesse. Seule une crise politique majeure pourrait lui permettre de donner de la voix avec des chances d’attirer l’attention. Entre-temps, François Bayrou fait entendre sa petite musique. Il a beau être seul et parfois indécis, peut-être même incohérent, son isolement fait actuellement sa force. Ce n’est pas le moindre paradoxe face à l’opposition « officielle » du PS, dont une recomposition efficace ne semble toujours pas à l’ordre du jour.

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