Patrick Jarreau

La course à l'Elysée et autre actualité politique vue par l'ancien directeur de l'information du Monde.

Comment s'opposer à la droite et pour quoi faire ?

Patrick Jarreau
Journaliste
Publié le 09/06/2009 à 17h47

Le 7 juin a confirmé l’affaiblissement global de la gauche en Europe. L’abstention ne fait rien à l’affaire : les partis de droite ont mobilisé leurs sympathisants, tandis que les autres n’ont pas su motiver autant les leurs. Pour qui vont voter, à l’avenir, les électeurs qui ne sont pas de droite ?

Il y a une réserve de citoyens à convaincre, mais les partis de gauche ont du pain sur la planche pour y parvenir. La question se pose même de savoir s’ils le peuvent. L’épreuve de la crise incite à penser que l’on est en train de vivre le déclin de la social-démocratie. Si elle n’est pas capable de représenter une option convaincante face au capitalisme, au moment où les défauts de celui-ci apparaissent en pleine lumière et où il appelle lui-même l’Etat au secours, alors c’est qu’elle n’a plus rien à dire. « Nous jouons notre survie », admet Arnaud Montebourg, chargé de la rénovation du Parti socialiste. (Voir la vidéo)

On peut faire remonter le déclin de la social-démocratie aux années 1970, qui mirent un terme à la période d’expansion de l’Etat providence depuis la seconde guerre mondiale. On peut aussi le dater de l’effondrement du système communiste en Europe, vingt ans plus tard. C’est la thèse selon laquelle la social-démocratie vivait en fait de la menace représentée par l’alternative communiste : la peur du communisme amenait les riches à faire des concessions. Fin de la menace, fin des concessions.

Par quoi remplacer la social-démocratie ? L’écologisme ? Ceux qui croient qu’un programme politique peut être entièrement dicté par l’objectif de préservation des ressources naturelles et de réduction du réchauffement climatique sont minoritaires. Certes, le combat pour la prise en compte de ces impératifs par les gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne cesse de progresser. Dans les affrontements électoraux de demain, la dimension écologique pèsera lourd pour un grand nombre d’électeurs. Mais pourrait-elle opposer, au second tour de la présidentielle, un candidat « vert » à un autre qui ne le serait pas ?

Une autre façon de poser la question est de se demander si l’opération Europe-Ecologie peut se transformer en offre présidentielle. Daniel Cohn-Bendit l’a exclu pour lui-même, et on ne voit pas aujourd’hui, chez les Verts, qui pourrait surgir comme présidentiable crédible, s’appuyant sur un rassemblement comparable à celui qui a réussi dimanche. Le vote écolo des européennes avait une forte dimension protestataire contre Barroso (Cohn-Bendit), contre les politiques présumés corrompus (Eva Joly), contre la mondialisation sauvage (José Bové). Bref, un bouquet de bons sentiments, une grande goulée d’air frais, une manière aussi de faire leurs pâques européennes pour un certain nombre de nonistes de 2005, mais tout cela ne dessine pas une politique, sans même parler d’un gouvernement.

Sarkozy diviseur ou fédérateur

Pour ne parler toujours que de la France, une autre ligne de partage entre la droite et la gauche pourrait reprendre du service. C’est celle qui oppose républicains et bonapartistes. Certes, les performances médiocres de ceux qui avaient misé sur l’antisarkozysme aux européennes semblent indiquer que cette veine-là n’est pas la plus prometteuse. Mais, premièrement, la manière dont Nicolas Sarkozy exerce le pouvoir ne va pas changer dans les années qui viennent. Deuxièmement, l’aspiration à une démocratie plus ouverte, moins centralisée, où le Parlement joue un rôle plus important, par opposition à un système qui concentre la responsabilité au sommet, est un vrai sujet de débat et de clivage.

Ce qui est sûr, c’est que la structuration d’une opposition au pouvoir actuel dépend des erreurs de ce pouvoir lui-même, beaucoup plus que des efforts des composantes virtuelles de cette opposition. Sarkozy parviendra à empêcher ses adversaires de s’unir ou bien, au contraire, leur donnera des raisons irrésistibles de le faire.

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  • désactivé à la demande du riverain 18 juin
    • Posté à 19h30 le 09/06/2009
    • Internaute 80291
      Born again

    Depuis des mois, la gauche s’est vautrée dans l’antisarkozysme le plus niais, le plus infantile, croyant sottement que cela suffirait à ébranler et à déstabiliser Nicolas Sarkozy. L’apogée de cet antisarkozysme hystérique aura été cette Hénaurme bouffonnerie que fut la grande manif du 19 mars où la CGT, qui n’est pas à un mensonge près, nous a affirmé sans rire que 3 millions de personnes étaient dans la rue. On a vu des foules enragées et frénétiques brandir des banderoles et vociférer des slogans qui étaient autant d’insultes contre le Chef de l’Etat, qui déshonorent et discréditent à tout jamais ceux qui les ont proférées, et révèlent leur véritable nature de fachos... Et puis, flop ! flop ! flop ! Plus rien... Des manifs squelettiques, rachitiques et surtout, ô merveilleuse ironie de l’histoire ! Le champion toutes catégories de l’antisarkozysme plafonne péniblement à 16% des votants aux élections européennes. Et celui dont on voulait nous faire croire que plus un seul Français ne le soutenait, triomphe, olympien, avec un score jamais égalé !

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 19h49 le 09/06/2009
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    pour moi (bis, ter ... repetita) on ne peut tirer de conclusion nationale sur un scrutin européen à 60 % d’abstention. Qui dit qu’une bonne partie des abstentionnistes ne voteraient pas à des élections nationales ?

    Le danger est que le p’tit divise les écolos et se les approprie, comme il a fait avec les socialos en prenant besson (sans majuscule) par exemple. Il a déjà commencé à dire qu’il voulait que la France devienne le premier pays en écologie et en énergie renouvelable, comme il l’est en nucléaire civil. Il va essayer de débaucher un écolo pour son futur gouvernement (pourquoi pas Hulot, le chouchou de TF1 ?).

    Face à un stratège bulldozer, les partis de gauche et le PS ont tout intérêt à blinder leurs programmes, arrêter de se féliciter si le p’tit leur pique des idées. Le PS a tout intérêt à revenir à des fondamentaux de gauche gauche s’il veut encore exister.

  • Clarence
    • Posté à 20h21 le 09/06/2009
    • Internaute 2860

    Bon ben voila...

    Le comité Directeur du PS vient de se réunir, et on a un premier aperçu de ce qu’ils (ne) vont (pas) faire.
    Lisez le truc qui a été distribué à la presse et qui est censé indiquer le cap que le PS va désormais suivre, c’est accablant !
    On ne peut même plus parler de langue de bois.
    Il est question, entre autres, d’une triple refondation, dont celle des idées ! (voila un truc que c’est bien d’y penser, aux idées, quand on est un parti politique !).
    Il est aussi question de la « constitution d’un comité avec des grandes figures du parti : Bertrand Delanoë, Laurent Fabius, Ségolène Royal, François Hollande ». Ne manquent que Jospin et Ramadier ...
    Tout est à l’avenant.

    Ils n’ont rien compris, et ça fait –* ans que ça dure !

    (*) Indiquez la réponse de votre choix.

  • Pierre-Jean Delune
    Pierre-Jean Delune
    aka Gaston Lagowski, aka Dude- (...)
    • Posté à 21h17 le 09/06/2009
    • Internaute 21557
      aka Gaston Lagowski, aka Dude- (...)

    Je ne vois pas bien en quoi les morflées du PS signent la fin de la socio-démocratie. Au contraire.

    Le PS est un parti social-démocrate qui n’a jamais pu laisser derrière lui sa rhétorique de gauche, qu’elle d’un soit de façade ou qu’elle soit issue d’une aile du parti.

    Si le PS ce renouvelle, ça peut au contraire aboutir à une mise au pas avec les autres parti sociaux-démocrates d’Europe. Ils rejoindront le ventre mou de la république, alliés avec le modem et les écolos les moins chevelus.

    La bonne nouvelle, c’est qu’une fois cette mue accomplie, le passage du partie vers son 3ème âge, donc, il sera nettement plus simple de savoir à quoi on se réfère quand on parle de la gauche : ceux qui réclameront plus que la gestion socio-démocrate de l’économie, donc ceux qui ne seront pas entrés ou restés dans ce domaine social-médiocrate.

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