Patrick Jarreau

La course à l'Elysée et autre actualité politique vue par l'ancien directeur de l'information du Monde.

Bon, alors, Obama, c'est fini ? On n'y croit plus ?

Patrick Jarreau
Journaliste
Publié le 11/09/2009 à 10h00

A-t-il capitulé dans son discours au Congrès ? Le président américain a-t-il bradé le projet d'assurance maladie publique pour lequel il a été - en partie - élu ?

A l'intention de ses « amis progressistes », Obama a déclaré ceci :

« L'option publique est seulement un moyen (...) et nous devrions rester ouverts à d'autres idées. »

Il a rappelé les deux objectifs de la réforme, qui sont de faire baisser le coût global de l'assurance et de la rendre accessible aux 46 millions de gens dépourvus de couverture. A ses yeux, aujourd'hui, la création d'un assureur public, qui concurrencerait les assureurs privés, est seulement une des solutions envisageables.

Le président est bien obligé de faire preuve de souplesse tactique. A la Chambre des représentants, où l'aile gauche du Parti démocrate est en position de force, les propositions élaborées par trois commissions comportent toutes une assurance publique. Mais au Sénat, les républicains, qui peuvent bloquer la législation, ne veulent pas en entendre parler. La Maison Blanche se trouve donc devant l'alternative d'obtenir une réforme au rabais ou rien du tout.

« Batailles idéologiques »

La question de l'option publique relève-t-elle seulement d'une de ces « batailles idéologiques » rituelles à Washington, comme Obama l'a prétendu ? Il est normal qu'il se pose en défenseur de l'intérêt général face aux rivalités partisanes. Mais l'enjeu de celle-ci est de taille. Si les républicains arrivent, une fois encore, à empêcher que l'Etat ait les moyens de corriger les inégalités et de fixer des normes dans l'accès aux soins, ce sera une défaite pour la cause de la régulation en général.

L'autre jour, dans La Croix, Claude Le Pen, spécialiste de l'économie de la santé, était catégorique. « Il est hors de question pour (les Américains) de créer une Sécurité sociale », disait-il. De New York, Philippe Coste, sur son blog de L'Express, prend acte que l'assurance publique figure bien dans le discours d'Obama, mais regrette qu'elle ne soit pas « ouverte à tous comme on l'espérait ».

A mon avis, le président la joue fine. Les républicains ont fait de l'option publique la cible principale de leurs attaques sur le thème « le gouvernement va décider des soins auxquels vous avez droit ». Ce dernier en tire la conclusion que, sur le reste, ses adversaires sont prêts à rechercher un accord. Preuve que la droite a vu le problème, certains de ses membres ont déjà commencé à expliquer que l'option publique n'est pas la seule innovation inacceptable à leurs yeux.

L'égalité par la concurrence

Obama a dit que l'assurance maladie doit être obligatoire pour tous (principe qu'il ne défendait pas pendant les primaires démocrates, en 2008, ce que lui reprochait Hillary Clinton), que l'Etat aidera fiscalement ceux qui ont du mal à en souscrire une et que, en tout état de cause, une réforme sera menée à bien avec la seule majorité démocrate si aucun accord n'est possible avec des députés ou sénateurs républicains.

Et l'option publique ? Je prends le pari qu'elle sera là à l'arrivée, soit sous la forme d'une agence d'Etat comme l'actuel Medicare (destiné aux plus de 65 ans), soit sous celle d'une mutuelle qui choisira entre les plans des assureurs privés. Dans les deux cas, la concurrence d'un organisme public ou collectif mettra fin à la toute-puissance des acteurs privés.

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  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 10h02 le 11/09/2009
    • Internaute
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Les américains méritent-ils Obama ?

    Les italiens méritent-ils Berlusconi ?

    Les français méritent-ils - vraiment - Sarkozy ?

    • ysengrimus
      ysengrimus answers to Waldeck
      • Posté à 13h30 le 11/09/2009
      • Internaute

      Il suit son plan initial, celui du credo centriste...

      Lien

      Ceci est vraiment le cas criant d'une situation où le capitalisme NUIT OUVERTEMENT à la société civile. Le fameux crédo centriste fondamental d'Obama se déploie au maximum sur cette question… mais bon, c'est à ses risques.

      Maintenant, pour l'anecdote, corrigez moi si je dis des conneries, mais on dirait que, dans cet étrange hémicycle, les réacs sont à gauche de l'orateur et les progressistes à sa droite. Je me trompe ?

      Only in America ? Le crédo centriste des USA serait inscrit jusque dans la disposition flipfloppée de son hémicycle ?
      Paul Laurendeau

  • Alex Engwete
    • Posté à 11h24 le 11/09/2009

    Présenter les choses comme vous le faites, c'est faire croire aux gens qu'il y a un débat rationnel sur la question des réformes de la couverture médicale aux Etats-Unis et que le Parti républicain contribue à ce débat rationnellement. Loin s'en faut… Comme le comédien et satiriste politique Bill Maher l'a si bien récemment saisi dans un aphorisme mémorable : « Les Démocrates sont passés à droite et les Républicains sont allés à l'hôpital psychiatrique ! ». Avant-hier, par exemple, au beau milieu du discours d'Obama, le congressman républicain Joe Wilson de la Caroline du sud l'a chahuté en ces termes : « Vous mentez ! » (Voir le vidéoclip ci-dessous).

    Les débats dans les townhall meetings sont devenus des foires d'empoigne où extrémistes, racistes, enthousiastes des armes à feu et élus républicains —organisés et financés par les lobbies des grandes compagnies pharmaceutiques et d'assurance médicale — viennent chahuter tous ceux qui ont des opinions contraires aux leurs. Leur opposition se résume en une sorte de métaphore filée qu'ils hurlent et renforcent avec des effigies d'un Obama arborant la moustache d'Hitler : Obama est un Hitler qui veut staliniser l'Amérique pour en faire une « France socialiste » où la couverture médicale est assurée par l'Etat qui tue les vieillards ! ...

    Pourtant, deux tiers des Américains, la majorité silencieuse, veut urgemment une réforme du système de la couverture médicale…

    • Chris.A
      Chris.A answers to Alex Engwete
      Ni pour,ni contre,bien au (...)
      • Posté à 13h12 le 11/09/2009
      • Internaute
        Ni pour,ni contre,bien au (...)

      obama n'est qu'une illusion, toute comme le fut bush. Ils servent tous les deux les mêmes intérêts, certes avec des discours différents. L'establishment.
      Aux états-unis, et dans le monde en général, beaucoup de personnes ont compris que le paradigme gauche/droite, républicain/démocrate ne consiste qu'à une opposition de façade en terme de pouvoir.
      Malheureusement les msm et les bisounours continuent de propager des idées fausses telles que « extrémistes, racistes, enthousiastes des armes à feu et élus républicains —organisés et financés par les lobbies des grandes compagnies pharmaceutiques et d'assurance médicale — viennent chahuter tous ceux qui ont des opinions contraires aux leurs “

      Combien de millions d'américains ‘ démocrates ont l'impression aujourd'hui qu'obama n'est qu'un illusionniste ?

      • Tassin
        Tassin answers to Chris.A
        Inquiet
        • Posté à 13h35 le 11/09/2009
        • Internaute
          Inquiet

        Évidement, Bush comme Obama sont des agents garants du bon fonctionnement de la libéralisation de l'économie mondiale.
        Obama est simplement moins militariste, moins à droite que Bush. Un peu comme le PS et l'UMP en France quoi...

         
        • SuperAlAmAs-
          SuperAlAmAs- answers to Tassin
          • Posté à 15h01 le 11/09/2009

          Ca n » rien à voir : pour tout simplifier : les élites, les puissants, enfin les connards qui dirigent le monde, appellez les comme vous voullez, c'est leur force de n'avoir ni nom ni adresse, font réparer leurs erreurs par leurs ennemis ; erreurs sans trop de solutions et donc déception du peuple envers les institutions moins libérales ; d'où : la popularityé du libéraliusme : on a pas trouvé mieux : on a rien proposé d'autre...

        1 other comments
  • jemabe
    • Posté à 11h44 le 11/09/2009

    On peut rappeler aussi qu'un sixième du budget (américain) dépensé pour combattre en Irak aurait financé 75 ans de sécurité sociale complète aux USA...

    • guerzit-
      guerzit- answers to jemabe
      • Posté à 12h15 le 11/09/2009

      Aaaaaaaaaaargh ! ! ! Putain j'ai un malaise vagal là... Je vais recracher mon bouillon de choux moi...

      Ou est-ce qu'on peut trouver ces chiffres svp ?

      • SuperAlAmAs-
        SuperAlAmAs- answers to guerzit-
        • Posté à 14h23 le 11/09/2009

        cherchez les et cherchez aussi combien de pétrole un porte bavion biberonne à l'heure, ça n'avance pas à la soupe au choux comme vous ces engins là...

         
        • Tassin
          Tassin answers to SuperAlAmAs-
          Inquiet
          • Posté à 15h55 le 11/09/2009
          • Internaute
            Inquiet

          Le Charles de Gaulle a une puissance de 61MW (2 petits réacteurs nucléaires embarqués).
          Pour la consommation, ça dépend de l'utilisation ! Si on prend l'hypthèse d'une utilisation à 25% de la puissance toute l'année ça fait environ 130GWh. Soit la consommation électrique de 32 500 foyers français soit 75 000 habitants.
          A votre service.

          • SuperAlAmAs-
            SuperAlAmAs- answers to Tassin
            • Posté à 20h50 le 11/09/2009

            ouais, de pétrole, de nucléaire, d'énergie quoi... merci pour cette précision...

        2 other comments
      • jemabe
        jemabe answers to guerzit-
        • Posté à 15h01 le 11/09/2009

        C'est quelqu'un d'a priori relativement sérieux qui le dit : Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'Economie... (partisan lui, d'une vraie économie, juste et solidaire, pas celle des traders).

  • parousnik
    • Posté à 12h16 le 11/09/2009
    • Internaute

    Obama Bush sarkozy etc même combat contre ce qui reste de démocratie au Eu en UE comme ailleurs... Si Obama voulait réellement imposer une sécu pour le peuple en majorité serait derrière lui, mais il se trouve que près de 60 % des étasuniens ne lui font plus confiance et la révolte gronde...

  • Anonyme

    « Bon, alors, Obama, c'est fini ? On n'y croit plus ? “

    On, pronom indéfini derrière lequel vont se cacher dorénavant ceux qui fabriquaient cette croyance.
    Le vrai courage pour eux serait d'employer le ‘nous’ et d'admettre qu'ils ont pu commettre l'erreur de croire.

    je ne peux donc me reconnaître dans ce ‘on’, puisque je n'y ai jamais cru.

  • SuperAlAmAs-
    • Posté à 14h21 le 11/09/2009

    on y a jamais cru...

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 15h19 le 11/09/2009
    • Internaute
      non connue

    Ils font tout plus vite, aux USA.
    Sont-ils passés en quelques mois de 1981 à 1983 ?
    (toute proportions gardées, politiquement parlant, leur Pierre Mauroy, c'est plutôt Raymond Barre)
    Pas sûr, il ne faut pas sous-estimer le parti démocrate, qui a des ressources. J'attends de voir.

  • serbo
    • Posté à 15h31 le 11/09/2009

    Encore 6 mois et les Américains réclameront le retour de Georges....
    Je parlais de Georges Clooney, bien sûr...

  • palmer
    palmer
    passant
    • Posté à 14h40 le 12/09/2009
    • Internaute
      passant

    Le président américain Obama et son épouse observent une minute de silence à l'occasion du 8e anniversaire des attentats du 11 septembre.
    Quel 11/09 ?

    Dessin de Patrick Mignard

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