Patrick Jarreau

La course à l'Elysée et autre actualité politique vue par l'ancien directeur de l'information du Monde.

Jospin et Séguin, deux victimes de Chirac aux parcours parallèles

Patrick Jarreau
Journaliste
Publié le 11/01/2010 à 13h51

Ces deux solitaires, pas commodes, plutôt austères et parfois hautains, ont quitté la vie politique malgré eux, au tout début des années 2000, envoyés au tapis par un président de la République qu’ils avaient cru dominer après sa défaite aux élections législatives de 1997.

Les deux hommes politiques qui occupent en même temps la conversation nationale ont subi, presque au même moment, des revers qui les ont contraints prématurément à l’inaction.

Également ombrageux, dialecticiens redoutables, Séguin et Jospin ont été, dans leurs camps respectifs, des dirigeants de haute volée, portés par une ambition, un talent et une énergie rares, qui les classaient dans le petit nombre de ceux qui pouvaient prétendre à la toute première place.

Mais ils ont subi tous les deux une mise à la retraite politique dont ils ont essayé (Jospin) ou envisagé (Séguin) de revenir - sans succès.

Ils doivent leur échec à Jacques Chirac

En 1997, Jospin et Séguin profitent tous les deux de la déconfiture de celui qui était alors président de la République. La dissolution manquée propulse l’un à Matignon, à la tête d’une majorité parlementaire de « gauche plurielle », et l’autre à la présidence du RPR, avec l’appui des balladuriens.

Même s’il s’interdit d’en parler, le premier ministre socialiste sait que l’objectif des cinq années de gouvernement qui s’offrent à lui est la conquête de l’Élysée en 2002. Quant au nouveau chef du principal parti de la droite, il songe évidemment, en jurant le contraire, à s’imposer en lieu et place d’un chef de l’Etat affaibli.

Mais le président ne s’est pas laissé faire. Il est d’abord venu à bout de Séguin, qui a fini par jeter l’éponge, en 1999, abandonnant la tête de la liste de son parti aux élections européennes. C’était devenu une mission impossible, pour laquelle Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général, a dû prendre la relève au pied levé (assumer les risques de cette défaite annoncée a fait beaucoup pour améliorer l’image du « traître » de Neuilly auprès de la base militante chiraquienne).

Après une campagne pour la mairie de Paris à laquelle il ne croyait pas lui-même, l’ex président du RPR est revenu, en 2002, à la Cour des comptes, son corps d’origine.

Chirac a mis plus de temps, consenti plus d’efforts et engagé plus de manœuvres abracadabrantesques pour avoir le dessus sur Jospin, mais il y a été aidé finalement par les erreurs de l’intéressé lui-même, avant qu’une partie des électeurs de gauche se charge de délivrer le coup de grâce, le 21 avril 2002.

Issus du même milieu enseignant

Philippe Séguin et Lionel Jospin ont bien d’autres points communs. Issus du milieu enseignant, ce sont des enfants de l’école publique et de la méritocratie républicaine, encore que la famille de Jospin ait appartenu à la petite noblesse socialiste alors que Séguin, fils d’une institutrice de Tunis et orphelin de père, a eu une enfance plus solitaire.

Bien qu’anciens élèves de l’ENA, ce ne sont pas des « technos » qui, repérés par un grand patron politique, l’ont servi et en ont été récompensés, comme ce fut le cas pour Laurent Fabius avec François Mitterrand et pour Alain Juppé avec Jacques Chirac.

Au contraire - et c’est un autre point commun -, ils ont l’un et l’autre bataillé contre la faveur du prince, qui leur préféra le « jeune homme si brillant » (Fabius selon Mitterrand) ou le « meilleur d’entre nous » (Juppé selon Chirac).

Pas la moindre compromission financière

Aux commentaires qui accompagnent le rappel de leurs parcours, on mesure le respect qu’ils inspirent l’un et l’autre. Ils prenaient la politique au sérieux. Ils ne furent pas des girouettes. Ils n’ont jamais été soupçonnés de la moindre compromission financière (Jospin a fait justice aisément des accusations portées contre lui à l’approche de l’élection présidentielle de 2002). Ils étaient des acteurs politiques cultivés, réfléchis, aimant discourir (Séguin) et débattre (Jospin), aimant aussi écrire.

Malgré leurs défaites ou peut-être grâce à elles, ils suscitent aujourd’hui une estime qu’ils n’ont pas toujours connue dans leur carrière. Le quotidien est vulgaire, le passé magnifie.

Les socialistes, qui sont à la peine, et la droite, qui se demande où elle va, se rassurent en rendant hommage à ces deux grands anciens. Dire tout le bien qu’ils pensent de Séguin ou de Jospin ennoblit ceux qui parlent et ne les engage à rien.

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  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 15h07 le 11/01/2010
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’idée que Jospin soit une victime de Chirac.
    Jospin n’est victime que de lui-même.

    En comparaison de la plupart des premiers ministres qui lui ont succédé il avait un vrai bilan à défendre (quoiqu’on ait ou pas apprécié sa politique) dans la gestion des comptes publiques.
    Il avait ainsi maîtrisé les déficits et réduit la dette, notamment. Toutes choses qui permettent de consacrer l’argent de l’Etat à des bugets concrets, plutôt que de l’engloutir chez les banquiers qui s’empiffrent avec les intérêts de notre dette.
    Jospin n’a pas défendu son bilan. Jospin ne s’est pas défendu.
    Il s’est bêtement laissé prendre au piège de l’insécurité, alors que là encore ses chiffres étaient dix fois meilleurs que ceux de Chirac et Sarkozy, qui se vantaient pourtant être les champions de la sécurité.

    Jospin est d’autant moins une victime de Chirac qu’en 2002 Chirac lui-même se savait battu. Sa côte d’impopularité était exceptionnelle : 80% d’opinions défavorables, et un score épouvantable au premier tour : à peine plus de 19% !

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