Patrick Jarreau

La course à l'Elysée et autre actualité politique vue par l'ancien directeur de l'information du Monde.

Sarkozy, seul candidat en 2012 ? Fillon et Juppé se tiennent prêts

Patrick Jarreau
Journaliste
Publié le 28/03/2011 à 17h12

Les cantonales terminées, la campagne présidentielle est lancée. Nicolas Sarkozy n’est déjà plus le candidat naturel de l’UMP.


La décision que Nicolas Sarkozy devra prendre entre la sortie de l’été et la fin de l’année, selon le calendrier qu’il a esquissé au fil de ses interviews, n’aura rien d’une formalité. Son impopularité est telle, aujourd’hui, qu’il n’est pas sûr d’imposer sa candidature à un second mandat, pourtant naturelle, normalement, pour un président qui achève le premier.

Le dernier sondage sur les intentions de vote des Français, fait par Ipsos, donne Sarkozy éliminé au premier tour dans trois hypothèses de candidature socialiste sur quatre. Le second tour, aujourd’hui, mettrait en présence le ou la socialiste et Marine Le Pen.

Ses partisans disent que, face à ses adversaires de gauche et d’extrême droite, Sarkozy saura retrouver la faveur d’un nombre suffisant d’électeurs pour avoir une chance d’être réélu en mai. Doutant que l’opinion des Français sur leur Président puisse s’améliorer substantiellement dans les mois qui viennent, ils attendent tout de la campagne électorale, qui commencera vraiment après les primaires socialistes (octobre).

Un autre candidat UMP crédible d’ici 2012, c’est possible ?

Mais avant de pouvoir déployer ses talents de « campaigner », comme on dit aux Etats-Unis, il faudra que le Président fasse accepter sa candidature par son camp. Or, il ne le pourra qu’en l’absence d’un autre candidat crédible.

La question devient donc : un candidat crédible peut-il apparaître d’ici à l’automne ? Les précédents n’incitent pas à répondre oui. Pour être candidat contre Valéry Giscard d’Estaing en 1981, Jacques Chirac s’y était pris très à l’avance : démission de Matignon puis transformation de son parti en 1976, conquête de la mairie de Paris en 1977, campagne des européennes de 1979, je vous la fais courte.

En 1988, Michel Rocard, pourtant rival historique de François Mitterrand au sein du PS et fort d’un courant au sein du parti, d’un long parcours personnel et de l’appui de la « deuxième gauche », avait bien fait quelques pas vers une candidature, mais il s’était vite rallié au Président sortant dès que celui-ci s’était déclaré.

N’a-t-on pas vu, en 2007, un Président sortant obligé de renoncer ? Sans aucun doute, mais, d’abord, la candidature de Jacques Chirac à un troisième mandat, après douze ans à l’Elysée et un référendum perdu, n’avait rien de « naturel ».

Ensuite, un certain Nicolas Sarkozy lui disputait la prééminence, à droite, depuis 2004 au moins, et lui avait enlevé le contrôle de son parti. La situation actuelle n’est en rien comparable.

François Fillon, un rival possible

Néanmoins, des hypothèses de candidatures rivales existent. Quand on lui parle de celle de François Fillon, le Président – selon certains écrivains de ses convives interrogés par Le Monde – répond que le Premier ministre se discréditerait irrémédiablement en passant de sa loyauté revendiquée à la traîtrise.

Il évoque, à ce propos, ce qui est arrivé à Balladur (il est d’ailleurs intéressant que Sarkozy, qui lui-même trahit Chirac pour Balladur, dise aujourd’hui que ce dernier, après s’être présenté pendant plus de dix ans comme le conseiller fidèle de Chirac, ne pouvait pas inspirer confiance aux Français en retournant sa veste).

Mais Fillon est-il, vis-à-vis de Sarkozy, dans la même position ? Dès l’automne 2007, il a commencé à se différencier, puis à laisser fuiter son mécontentement, pour aboutir, en novembre 2010, à une reconduction qui avait l’allure d’une revanche.

Sa curieuse formule de septembre 2010 – « Nicolas Sarkozy n’a jamais été mon mentor » – signifiait qu’il ne se considère pas comme redevable au Président. Le dernier épisode en date de cette tactique subtile a été la position qu’il a prise – certes à huis clos, mais opportunément « fuitée » elle aussi – au sujet du vote « contre » le Front national, là où celui-ci était opposé à la gauche au second tour des cantonales.

Si, à l’automne, le Premier ministre, toujours en fonction et sans démissionner, apparaît comme une solution de rechange face à un Président toujours au plus bas dans les sondages, ce dernier pourra-t-il passer outre ?

La pression muette de Juppé sur Sarkozy

Et qu’en sera-t-il si le favori des sondages n’est pas François Fillon mais Alain Juppé ? Celui-ci est encore plus libre que le Premier ministre vis-à-vis d’un Président qui a fait appel à lui deux fois – en le nommant au gouvernement, puis en le faisant passer de la défense aux Affaires étrangères ?

Sarkozy prend soin de ne lui laisser aucun espace, mais il n’en donne pas moins au maire de Bordeaux, dans le fameux « domaine réservé » présidentiel (défense et politique extérieure), une importance et une légitimité qui le renforcent.

Juppé avait dit, il y a un an, qu’il serait candidat aux primaires de l’UMP si Sarkozy renonçait. C’était faire savoir aux parlementaires de la majorité qu’il existait désormais un autre choix possible pour 2012. Naturellement, si le Président se déclare candidat, Juppé tiendra parole. Mais, en attendant, il exerce une pression muette : Sarkozy a le choix d’y aller lui-même ou de confier le commandement au plus ancien dans le grade le plus élevé.

Le Président ne se lancera pas sans obliger François Fillon, Alain Juppé et le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, à prendre position pour ou contre sa candidature. Ils ne pourront s’y opposer que s’ils se sont mis d’accord pour soutenir l’un d’entre eux. Sarkozy parie qu’ils n’y arriveront pas. Rien ne permet d’en être sûr.

Des avantages du régime parlementaire...

Il est vrai que, dans un régime présidentiel et dans une droite qui se réclame de la continuité gaulliste, commencer une campagne pour la présidence de la République en empêchant le titulaire de se représenter et en le ficelant à un arbre, comme le barde d’Astérix, serait étrange.

En 1990, Margaret Thatcher, Premier ministre du Royaume-Uni depuis onze ans, fut contrainte de laisser la place à John Major pour le leadership du parti conservateur et donc pour le 10 Downing Street. Les députés tory estimaient qu’elle les menait à la défaite aux élections législatives après le conflit de la « poll tax », qui avait soulevé, dans le pays, une protestation massive et spectaculaire.

Un an et demi plus tard, les conservateurs gagnaient les élections, après avoir infléchi leur politique, joué du clairon pendant la première guerre du Golfe et négocié avantageusement le traité de Maastricht. La droite devrait réfléchir aux avantages du régime parlementaire.

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  • Le Bost 1789
    Le Bost 1789
    Réfugié en Périgord
    • Posté à 17h42 le 28/03/2011
    • Internaute 100997
      Réfugié en Périgord

    Qui peut imposer des primaires et un choix de candidat dans un parti entièrement tenu d’une main de fer par Ni-Ni ? Mais l’implosion du parti n’est plus, depuis hier, un scénario improbable. Le thème du débat sur l’islam divise l’ump mais fédère les anciens chiraquiens.
    Quant à Borloo, il pourrait bien annoncer la séparation des radicaux et du parti du président, et dans la foulée sa candidature. Et du même coup installer définitivement Sarko en 3e, voire 4e position au 1er tour.
    Le voir éliminé sans gloire sera quand même un grand moment !

  • alankin
    alankin
    peu importe
    • Posté à 17h45 le 28/03/2011
    • Internaute 140809
      peu importe

    ma foi les challengers sont bien pâlichons à droite hein...resterait Juppé mais il ne sait pas s’y prendre avec les français.Un passage par la case PS plombera un peu plus le déficit, et on aura encore plus de lois...Et tout ce qui ne marche pas de manière structurelle restera en l’état. Je veux dire que c’est beaucoup l’incurie de la classe politique dans son ensemble qui pose problème, si tout se réduisait au seul départ de Sarkozy ce serait facile..

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 17h48 le 28/03/2011
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse

    le dessin auquel vous avez échappé

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 17h48 le 28/03/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Article du Monde.fr de ce jour
    « Nicolas Sarkozy en pleine crise d’autorité
    L’essentiel est dit, effectivement. Semaine après semaine, presque jour après jour, le président de la République ne semble plus en mesure d’exercer toute l’autorité qui devrait être la sienne. L’on peine parfois à y croire, tant Nicolas Sarkozy s’était imposé, en 2007, comme le chef incontesté de son camp. C’est pourtant la réalité, dont les cantonales sont le révélateur impitoyable. »
    Le Président n’a plus aucune autorité dans son propre camp et ceux qui attendent dans l’ombre sont de plus en plus nombreux. A l’UMP bien sur, les Fillon,Juppé, Bertrand et son « meilleur ennemi » Copé, De Villepin, mais au centre Borloo, Morin,.
    L’UMP commence à sentir très mauvais, encore un débat clivant sur la laïcité et il n’y aura plus qu’a faire venir les pompes funèbres. De profundis
    Avec un constat pareil, comment la droite peut elle être représentée par Sarkozy en 2012 ? Ça doit cogiter dur dans les cercles de droite pour se débarrasser du boulet.

  • Ueberschlag
    • Posté à 17h59 le 28/03/2011
    • Internaute 4216

    Excellente, la photo qui illustre l’article ! Les mines de Fillon, Sarko et Juppé en disent long !

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 19h56 le 28/03/2011
    • Internaute 82025
      non connue

    Ils sont tous prêts.

    Sauf l’électorat. C’est ballot.

  • crocmagnon
    crocmagnon
    musicien
    • Posté à 21h18 le 28/03/2011
    • Internaute 47146
      musicien

    Sarko ,je le verrai bien président ...de la Libye .

  • hagalma
    • Posté à 22h44 le 28/03/2011
    • Internaute 8451

    A moins que Sarkozy ne décompense, je ne vois pas en quoi cet addicte à la gagne renoncerait. Et le laisserions nous partir comme ça, sans payer du déplaisir d’une cuisante défaite les promesses non tenues ? (salaires, sécurité, République i-ré-pro-cha-ble ! , Politique de Ci-vi-li-sa-tion !). Non, qu’on nous le laisse encore un peu. Bien sûr c’est risqué : un gagneur comme lui, pour sauver le capital d’amour inconditionnel qu’il arrache à autrui, est capable de tout. Une petite vieille écorchée vive huit jours avant le premier tour ? Une info salace sur Martine Aubry ? Un débat de derrière les fagots : la peine de mort pour les violeurs de bébés. La propriété pour tous : emprunt possible pendant 40 ans ? Une confession : j’ai commis beaucoup d’erreurs, mais j’ai changé, appris. Appris par exemple que les gens n’ont pas de mémoire : comme l’explique Aubry via Daniel Schneidermann, il y a eu plus de votants F.N en 2004 qu’en 2011... Appris donc qu’on peut instrumentaliser n’importe quoi...
    S’il-vous-plait, laissez le nous encore comme candidat potentiel, qu’on soit au moins payé en retour de sa défaite, pour toute l’obstination qu’il aura mise à nous diviser...

  • frednice06
    frednice06
    Chef d'entreprise, plus pour (...)
    • Posté à 00h28 le 29/03/2011
    • Internaute 148198
      Chef d'entreprise, plus pour (...)

    Question sondage : qui comme candidat idéal de droite pour vous ?

    (un qui a une chance de gagner...)

    L’ambition de tous ces hommes et femmes trop bien connus du paysage politique actuel ne m’inspirent pas confiance. La dernière fois que j’ai fait confiance avec conviction c’était Sarkozy. Je peux dire que je me sens dupé « travailler plus, pour payer plus... », je l’ai en travers d’autant plus que ma petite entreprise n’a pas connu la crise... ce sont les charges qui m’étouffent (qui, toutes confondues sont très lourdes), la vie est de plus en plus chère et devient tout simplement impossible si on ne réduit pas chaque année son niveau de vie.

    Qui va arrêter cette chute libre avec de vrais solutions, et avec des actions concrètes pour nous protéger nous autres Français ? ?

    En effet, comme vous l’avez compris je suis perdu.

    Froidement comme ça, j’hésiterais entre DSK et Marine Lepen, je ne pense pas que DSK soit de vraiment de gauche, il ne m’inspire pas vraiment confiance mais il sait compter... mais peut être qu’il ne se présentera pas.
    Et je me demande si il y aura un candidat de la vrai droite et de la vrai gauche avec un programme... autre que des nouveautés genre « de nouvelles motos radars » pour votre bien, augmentation du gaz, d’edf, de tout... et c’est normal... et donc taxer un peu plus ceux qui bossent et qui peuvent payer au lieu de nous protéger et de protéger notre qualité de vie en régulant les prix des importations de produits que nous produisons, en interdisant les centres de hotlines déportées à l’étranger alors que nous avons des milliers de chômeurs tout à fait capables de répondre et d’aiguiller des clients en suivant une procédure, etc

    Des choses concrètes immédiates, ils discutent, critiquent, condamnent, et ne font rien.

    Merci pour vos réponses qui je l’espère vont me démontrer que votre favori va tout changer, que je suis très pessimiste, et que tout va s’arranger...
    Fred

  • kestucroa
    • Posté à 06h09 le 29/03/2011
    • Internaute 111844

    Si l’UMP faisait des primaires.... je pense qu’au fond des urnes on ne retrouverait pas beaucoup de bulletins pour Sarko.

    Mais cette conjecture est à écarter et Sarkozy sera le candidat forcé, sinon naturel, de l’UMP ;

    Je m’étonne que Villepin ne s’investisse pas davantage après l’échec des cantonales et avec la cote du petit en perpétuel déclin. Qu’est-ce qu’on lui a promis ?

  • jeff8
    jeff8
    Retraité
    • Posté à 12h08 le 29/03/2011
    • Internaute 127127
      Retraité

    Sarkozy n’est pas aimé,c’est une évidence ! Mais Fillon la joue facile.Un jour j’émets des réserves,le lendemain« il n’y pas l’épaisseur d’un papier à cigarettes entre le Président et moi“Il faudrait savoir ! C’est un homme falot.

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