Patrick Jarreau

La course à l'Elysée et autre actualité politique vue par l'ancien directeur de l'information du Monde.

Présidentielle : Borloo veut-il battre ou sauver Sarkozy ?

Patrick Jarreau
Journaliste
Publié le 08/04/2011 à 19h53

L’ex-ministre de l’Ecologie quitte l’UMP et appelle la droite « humaniste » à s’unir pour donner de l’air à ceux que le Président étouffe.

Sarko, Borloo, Sarko, Borloo... (Audrey Cerdan/Rue89)

Sarko, Borloo, Sarko, Borloo... (Audrey Cerdan/Rue89)

Il s’est passé quelque chose, jeudi soir, lors du dernier « A vous de juger » dirigé par Arlette Chabot sur France 2. On a vu Jean-Louis Borloo passer du statut de ministre chevronné, efficace et apprécié, à celui de dirigeant politique. Cette mutation tient en deux temps : premièrement, il quitte l’UMP ; deuxièmement, il va créer l’Alliance républicaine, écologiste et sociale.

Ladite Alliance a vocation à réunir les radicaux, « les anciennes équipes de François Bayrou qui sont aujourd’hui au Nouveau Centre », les gaullistes sociaux et les écologistes de l’actuelle majorité. Elle a vocation, aussi, à présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2012. « Je suis prêt », a dit Borloo, en précisant que sa décision n’était pas prise.

Mais est-on sûr d’avoir vraiment vu ce que Borloo a prétendu nous faire voir ? Deux jours avant, il accompagnait Nicolas Sarkozy dans la Somme pour le lancement des travaux du canal Seine-Nord Europe. Pendant l’émission, l’ancien ministre s’est gardé de toute critique directe du président de la République. Il a seulement déroulé sans faute l’argumentaire qui différencie traditionnellement le centre-droit de la droite-droite.

Relever la tête à condition d’en avoir une

Eh oui, cela fait à peu près quarante ans, maintenant, que les centristes se font satelliser par les gaullistes et leurs successeurs, ceux-ci étant aidés généralement par leurs alliés libéraux. Il est arrivé aux centristes de tirer sur l’élastique, mais cela s’est toujours terminé par le ralliement des démocrates-chrétiens, radicaux valoisiens, sociaux-démocrates et autres « réformateurs » aux héritiers du gaullisme.

Le schéma est fastidieusement répétitif, des élections législatives de 1973, où les chefs centristes étaient allés à Matignon en douce pour négocier leurs circonscriptions, à la présidentielle de 2007, où ils ont rejoint Nicolas Sarkozy pour être sûrs de retrouver ces mêmes sièges.

Mais les centristes peuvent aussi relever la tête. A condition d’en avoir une.

Historiquement, cela commença avec le surgissement de Jean Lecanuet à la première élection présidentielle, celle de 1965. Neuf ans plus tard, ils ont compris que leur intérêt était de soutenir Valéry Giscard d’Estaing, qui les a faits gagner. En 1988 avec Raymond Barre, en 1995 avec Edouard Balladur, ils ont mis sérieusement en difficulté Jacques Chirac, contribuant même à sa défaite face à François Mitterrand.

Jean-Louis Borloo peut-il être la nouvelle tête des centristes ?

Les bons points de Borloo

► Sa nouveauté

Il a été ministre pendant huit ans, mais il n’a jamais été parmi les premiers rôles. Il a joué, jeudi soir, de cette relative extériorité par rapport aux dirigeants politiques, en se rangeant aux côté de ceux d’« en bas » par rapport à « en haut ».

► Son bilan

Quand il évoque une alliance « sociale et écologiste », il peut dire qu’il connaît les sujets dont il parle et qu’il est allé au charbon, dans sa ville de Valenciennes, puis comme auteur du plan de cohésion sociale, du plan de rénovation urbaine et des lois issues du Grenelle de l’environnement.

► Son réalisme politique

Loin des châteaux en Espagne imaginés par François Bayrou en 2007, il a répété plusieurs fois qu’il connaît son camp – la droite – et qu’il y reste. Il propose donc une primaire interne à la droite, semblable à celles qui ont départagé centristes et gaullistes en 1974, 1981, 1988, 1995 (et, dans une certaine mesure, en 2002).

Ses mauvais points

► Sa nouveauté

On le connaît peu et mal, il n’est pas entré vraiment sur les écrans radars des différentes catégories d’électeurs. Douze mois pour se faire connaître, c’est court.

► La probable candidature de Dominique Strauss-Kahn

Si son échec aux primaires socialistes de 2006 avait poussé des électeurs vers Bayrou, dans une conjoncture économique périlleuse, le meilleur économiste de la gauche peut attirer davantage certains électeurs « centraux » que le chef de chantier et environnemental de la droite.

► La concurrence médiatique de Nicolas Hulot

Ce dernier peut être un porte-parole plus séduisant pour ceux qui veulent exprimer leur inquiétude écologique et leur sévérité envers les responsables politiques.

Pour le moment, les fuyantes contorsions d’anguille de Jean-Louis Borloo, certes non dépourvues d’élégance, le rangent dans la galerie des chefs centristes habiles à se faufiler entre critique et complaisance. Pardon pour le pléonasme.

GIF : Sarko, Borloo, Sarko, Borloo, animés par Leonardo da Cerdan/Rue89.

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  • keupon79
    keupon79
    Syndicaliste Informaticien ex (...)
    • Posté à 20h24 le 08/04/2011
    • Internaute 127803
      Syndicaliste Informaticien ex (...)

    « Mais les centristes peuvent aussi relever la tête. A condition d’en avoir une. »

    Je pense plutôt qu’il faudrait qu’ils aient une paire de balloches à poser sur la table surtout......

    Mais bon comme les centristes sont ni pour ni contre, bien au contraire (mais faut pas le dire), je considère leur cause comme définitivement perdue, leur voix du 1er tour étant effectivement acquises d’office au RPR/UMP, bref à la droite, ben en fait, je ne perd plus de temps à discuter avec eux, ils ont indécrottables.

  • kestucroa
    • Posté à 20h26 le 08/04/2011
    • Internaute 111844

    Je ne crois pas un instant à l’authenticité de cette démarche
    Pour moi, la clique de Neuilly et le cirque Morano après avoir dragué les racistes, avec le succès que l’on sait, se rabat sur le centre, c’est à dire nulle part.

    Je crois qu’ils arrivent pas à compendre que la France de gauche, de droite, des extrëmes ou de l’extrême centre NE VEUT PLUS DE SARKOZY, même s’il s’alliait à Dieu.... ce qu’il a d’ailleurs osé faire.

  • monisme
    monisme
    clm
    • Posté à 21h27 le 08/04/2011
    • Internaute 52504
      clm

    Je ne suis pas fabusien mais bon.

    « Ce monsieur Borloo est un homme sympathique, je crois qu’il a été un avocat d’affaires florissant et qu’il a fait du bon travail à Valenciennes, quand il était élu local », a déclaré M. Fabius au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

    « Sur le plan national, je crois qu’il est au gouvernement depuis 8 ans sans arrêter, je pense qu’il est assez d’accord avec ce qui s’est fait depuis huit ans », a-t-il poursuivi.

    « Il a fait quoi ? il s’est occupé de l’emploi... de la ville, je crois au moment des émeutes de 2005, c’est ça ? Il a été trois semaines ministre de l’Economie et des finances, le temps pour lui de dire qu’il était pour la TVA sociale, et enfin depuis deux ans, trois ans, il s’occupe des transports, bon, de l’essence, bon, et de l’écologie, au point que M. le Président de la République vient de dire : l’écologie ça suffit ».

    « Pour rester 8 années au gouvernement avec ces résultats on peut être très compétent », a conclu M. Fabius.

  • malpoli
    malpoli répond à jpierre
    Homme de paille
    • Posté à 22h37 le 08/04/2011
    • Internaute 37834
      Homme de paille

    Borloo un produit issu du marketing UMP. Juste la pour saturer le marché et étouffer la concurrence. Je pense que l’étape prochaine de la politique est de nous présenter des hommes politiques virtuels dont le portrait aura été élaboré a partie de résultats de sondages et de tests psychologiques sur des panels d’électeurs.

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