Une porte de sortie face à l'enfermement psychiatrique (2/2)
Marie-Noëlle Besançon, psychiatre, pose la première pierre des « Invités au festin » en 1990, une association qui permet aux personnes ayant des troubles psychiques de recréer du lien social. En 1999, elle ouvre avec son mari, Jean, la « Maison des sources », un lieu où, chaque jour, malades et biens portants se retrouvent pour échanger autour de diverses activités. Son but : défendre l’idée qu’en vivant tous ensemble, nous pouvons nous soigner mutuellement.
En offrant une solution durable et pérenne en matière de prise en charge d’une population souvent mise à l’écart, cette structure fait de Marie-Noëlle, un entrepreneur social. Pourtant, celle-ci a bien du mal à se décrire comme tel : « l’entrepreneuriat social, on fait ça sans le savoir », nous confie-t-elle amusée.
Jean, son mari, est la clé de voûte de la Maison. Marie-Noëlle aime à rappeler que sans lui, elle n’existerait pas. Jean a mis au point le modèle économique des « Invités ». La recette : un tiers de bénévolat, un tiers de subvention de l’Etat et un tiers de ressources propres. Ces dernières viennent des loyers payés par les résidents, des cotisations des membres de l’association, mais aussi d’idées originales comme l« ouverture d’une buvette ou d’une friperie qui, en plus de rapporter de l’argent à la structure, offrent à certains une première étape vers la réinsertion professionnelle. Jean insiste sur les vertus de l’économie plurielle, gage d’indépendance.
Après dix ans d’existence, la “Maison des sources” a prouvé son efficacité et sa stabilité financière. Marie-Noëlle et son mari passent donc à l’étape suivante : l’ouverture de structures similaires dans toute la France et la constitution d’un réseau “ Les Invités au festin ”.
Cette nouvelle étape est rendue possible par Ashoka France. Cette association, membre du réseau international Ashoka, sélectionne chaque année cinq ou six entrepreneurs sociaux français innovants. Elle leur apporte un soutien stratégique et leur attribue une bourse de trois ans. Ils peuvent ainsi se concentrer tout entier sur leur projet et le développer comme une entreprise.
Marie-Noëlle est lauréate de la promotion 2007, mais pour que la bourse soit complètement acquise, elle doit repasser les épreuves de sélection en 2008. Elle rappelle souvent : “ ils sont très exigeants chez Ashoka ”, car il faut prouver l’aspect innovant de son projet, mettre en avant ses qualités entrepreneuriales, faire la démonstration de la reproductibilité de sa structure... Marie-Noëlle repasse l’épreuve avec succès.
Il faut dire qu’Ashoka lui a adjoint les services d’un “ coach ” de choix : Jean-Marc Borello. Ce pionnier de l’économie sociale, ancien éducateur, est le fondateur du groupe S.O.S, un groupe d’économie sociale et solidaire français comptant aujourd’hui 2700 employés.
En 2009, Marie-Noëlle et Jean ont une quinzaine de projets en cours. Cinq comités de pilotages sont très avancés. À Lille, Lyon, ou Montpellier, des maisons devraient voir le jour dans les trois prochaines années. Déjà, à Pouilley-les-Vignes, à quelques kilomètres de Besançon, l’ouverture d’une deuxième maison est prévue pour le mois de septembre. Marie-Noëlle trépigne d’impatience. Bien sûr, même s’ils gardent l’âme de la maison mère, ces nouveaux projets seront tous un peu différents.
Une structure devrait s’ouvrir au Rwanda où les besoins de panser les plaies du génocide sont grands
Le succès commençant à venir, l’Etat reconnaît enfin le bien-fondé de sa méthode. Le ministère du Logement décide, il y a quelques semaines, de financer un projet expérimental basé sur les principes des “Invités au festin”.
Mais, la maladie mentale n’a pas de frontières, et “ Les Invités ” vont bientôt prendre une dimension internationale. En 2008, l’association “Rwanda terres rouges” a signé la charte des “Invités au festin”. Sa présidente, Béatrice Uwambaje, compte ouvrir dans les années à venir une structure à quelques kilomètres de Kigali. Au Rwanda, le besoin s’en fait particulièrement sentir. Les plaies du génocide ne se sont pas encore refermées et bien des traumatismes sont à panser.
En Afrique, la problématique de l’accueil des personnes souffrant de troubles psychiques est différente de celle de la France. Là-bas, les structures psychiatriques n’existent pas ou à peine. Marie-Noëlle insiste sur l’urgence de promouvoir son modèle alternatif plus économique et plus efficace :
“ Il est encore temps pour les Africains d’éviter nos erreurs et de sauter la case hôpital psychiatrique. ”
En août, elle accompagnera Béatrice sur place, pour commencer à prospecter, et surtout, encore une fois, convaincre de l’efficacité de ce nouveau modèle.
- Sur groupe-sos.orgSite du Groupe d'économie sociale et solidaire S.O.S
- Sur over-blog.comLe blog de l'association Rwanda-terre rouge
- Sur rue89.comUne porte de sortie face à l'enfermement psychiatrique (1/2)
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Médiatrice scientifique
Médiatrice scientifique
Dans un entretien, portant sur la crise économique, d’Antoine Mercier avec Miguel Benasayag, ce dernier relatait une expérience (qu’il n’a malheureusement pas vraiment développée ici Lien) à Fortaleza, au Brésil, qui s’apparente (cf. l’extrait ci-dessous), sur le fond, avec ce que vous rapportez dans cet article. Il serait intéressant de faire dialoguer cet intellectuel avec les deux principaux acteurs de cette expérimentation sociale.
Miguel Benasayag : [...] Je vous nomme deux expériences auxquelles je participe, que je coordonne plus précisément. Une est au Nord-est du Brésil à Fortaleza. Le gouvernement PT, de Lula, a décidé de fermer tous les hôpitaux psychiatriques, en suivant la tradition de Basaglia en Italie. Or, ils ne veulent pas tomber dans le piège où est tombé Basaglia, c’est-à-dire qu’ils ne veulent pas que les psychiatrisés soient dans la rue tous seuls. Notre projet est de comment créer une sorte de solidarité au niveau communal, des petites communes, des quartiers dans laquelle la société, les voisins, pour être très concrets, réabsorbent la folie et la souffrance psychique et la socialisent, pour dire comme ça entre guillemets. Par là, je veux dire qu’on désétiquette, si l’on peut dire comme ça, on enlève l’étiquette de barjo, on enlève l’étiquette de celui qui a des problèmes pour assumer nos propres problèmes.
Antoine Mercier : Attendez, est-ce que ça veut dire que les malades mentaux vont être réinstallés dans un tissu social, c’est ça ?
Miguel Benasayag : Tout à fait.
Antoine Mercier : Comme avant.
Miguel Benasayag : Oui, absolument, réinstallés dans un tissu social. Simplement, si vous voulez, tout à coup il y a une sorte de socialisation, c’est ça que j’ai voulu dire, de la problématique psychique parce qu’ils ne seront plus, eux, les porteurs du malheur. Tout à coup, la dame, la voisine qui n’est pas étiqueté bargote, psychiatrisée, elle va pouvoir parler de son malheur, vous voyez. C’est-à-dire que le fait d’éliminer l’étiquette, le lieu clos permet que la question de la santé psychique, la question de la souffrance psychique puisse être parlée par tout le monde, puisse être la question de tout le monde sans la résoudre en parquant les gens, en les enfermant.
Antoine Mercier : Ni hôpitaux psychiatriques ni libération des malades mentaux dans la rue.
Miguel Benasayag : Ni hôpitaux psychiatriques ni dans la rue sinon comment le lien social, pour le dire comme ça, une clinique sociale peut assumer la question de la souffrance psychique.[...]




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