Le printemps des bonzaïs

Le making-of du "Printemps de bonzaïs", documentaire de Léa Domenach et Arnold Montgaults sur les entrepreneurs sociaux français et leur impact autour du monde.

Au Bangladesh, business et social se mèlent dans le yaourt

Léa Domenach et Arnold Montgault
Réalisatrice et journaliste
Publié le 26/09/2009 à 14h34


Couvercles de yaourts bangladais Shokti Doi (Danone).

(De Bogra) Nous voici enfin à Bogra petite ville au nord du Bangladesh, dernière destination de notre périple. Notre but est simple : visiter la Grameen Danone Food, initiative innovante conjointement menée par Danone et l’économiste entrepreneur Muhammad Yunus.

Les services de Danone nous donnent les indications nécessaires pour préparer ce voyage et nous ouvrent grand les portes de leur entreprise. Le mot d’ordre est : « vous filmez et vous posez toutes les questions que vous voulez ». Cette totale liberté accordée est la condition sine qua non de notre départ, mais, chose incroyable, nous n’avons même pas à la négocier.

Leur initiative nous intrigue : Danone faire du social ? Nous imaginons bien certaines de leurs motivations : un très bon « coup de com », une façon de pénétrer le marché bangladais qui compte quand même plus de 100 millions de consommateurs. Après tout, Danone fait plus de 40% de son chiffre d’affaires dans les pays émergents. Mais qu’en est-il de l’impact social ? Est-ce un projet de fond ?

Le concept : stimuler l’activité économique de proximité

Avant de répondre à ces questions, revenons aux origines du projet. Fin 2005, Frank Riboud, PDG de Danone, rencontre Muhammad Yunus. Les deux hommes décident de créer ensemble un social business, concept théorisé par le professeur : une entreprise qui tend à un objectif social et vend ses produits à un prix qui lui permet de s’autofinancer.

Courant 2006 naît La Grameen Danone Food. Cette entreprise produit des yaourts à forte valeur nutritive pour les enfants du Bangladesh, à un prix abordable. Une sorte « d’alicament » qui répond aux carences de leur alimentation, inspiré du traditionnel yaourt bangladais. Ce produit baptisé Shokti Doï (yaourt énergie), dont la mascotte est un lion, est le fruit d’un long travail de recherches par des ingénieurs de l’agro alimentaire en collaboration avec l’ONG Gain. Les effets sont, semblent-t-il, prouvés si un enfant consomme en moyenne deux Shoktidoïs par semaine.

Le modèle industriel se veut lui aussi responsable avec des usines de petites tailles, très faiblement automatisées pour employer un maximum de personnes (une soixantaine). Des panneaux solaires et un système de traitement des eaux usées donnent aux projets un volet environnemental. Chaque usine doit s’appuyer sur le tissu économique local pour créer de l’activité : des fermiers des environs, qui produisent le lait, aux « Grameen ladies » chargées de la distribution dans les villages avoisinants.

L’ambition de Riboud et Yunus est de construire cinquante usines, rien qu’au Bangladesh. Bien sûr, dans le respect du concept de « social business » : les bénéfices potentiels ne vont pas dans la poche des propriétaires (seulement 1%). Ils sont directement utilisés pour améliorer la capacité de production de l’usine et en construire d’autres. Pour financer le projet, Danone a créé un fond d’investissement, Danone Communities, où les membres s’engagent délibérément à financer des projets d’entrepreneuriat social. (Voir la vidéo)

Il s’agit maintenant de confronter le concept à la réalité du terrain. A Bogra, la première chose qui nous saute aux yeux, c’est la réelle envie de l’équipe sur place de faire de ce projet une réussite. Du côté de Danone comme de la Grameen, la volonté première est de prouver la viabilité et l’efficacité d’un nouveau modèle économique. Et ce n’est pas facile. Les choses ne vont pas toujours au rythme auquel les gens de Danone sont habitués.

Au moment de notre visite, l’usine ne fonctionne qu’à 30% de ses capacités, mais l’objectif est d’arriver aux 100% en 2010. L’usine a connu un départ difficile : faire la promotion d’un produit innovant, former les distributeurs dans un pays où la chaîne du froid n’existe pas...

En 2007 et 2008, elle a dû faire face l’augmentation du prix de lait. A 6 takas le petit pot de yaourt Shoktidoï, l’usine courrait à la faillite. Mais elle a fait preuve d’ingéniosité : les équipes ont réduit le volume des pots (en utilisant moins de lait mais en gardant la même valeur nutritive) ; elles ont aussi transiger avec le modèle, en distribuant le produit dans les supermarchés de Dacca, à des centaines de kilomètres de là.

Jochen Ebert n’est pas étranger à ces changements, le directeur de Danone Asie du Sud chapote la structure depuis le mois décembre 2008 et la rentabilité, il connaît ; le « social business » en revanche, il a dû apprendre. (Voir les vidéos)

Aujourd’hui l’entreprise est sur la bonne voie. Les volumes augmentent, les producteurs de lait sont plus nombreux et de nouvelles Grameen ladies sont recrutées. Et même si l’entreprise fonctionne à perte, d’ici à la fin de l’année, elle devrait tourner à 80% de ses capacités et atteindre la rentabilité.

Il reste donc tout à prouver à la Grameen Danone Food. Le modèle pensé par le professeur Yunus reste encore à adapter à la réalité : parvenir à se développer, multiplier son action et ses usines sans pour autant brader l’impact social... La Grameen Food ouvrira-t-elle cinquante usines au Bangladesh ? Et pourra-t-elle proposer un modèle durable et exportable ? Le projet ne sera un succès que s’il amène Danone, et pourquoi pas d’autres grands groupes, à faire évoluer son mode de production et sa conception du marché. (Voir la vidéo)

En attendant, les équipes sur place tâtonnent, cherchent des solutions, relèvent les défis de l’entrepreneuriat avec des contraintes nouvelles. Pour nous, une chose est sûre, leur entrain et leur motivation pour faire de cette entreprise une réussite, nous donne envie de voir la suite.

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  • ALLAIN JULES C@MMUNICATION
    • Posté à 14h48 le 26/09/2009
    • Internaute 18202
      Journaliste

    40% du chiffre d’affaires de Danone est réalisé en Asie ? Alors, avec ce projet d’usines (50), le chômage va grimper ici parce que le chiffre d’affaires va augmenter sur place, là-bas, quoi.

    Quant à Yunus, ce prix Nobel, il est incroyablement doué dans l’activité sociale. Et si tous les autres grupes s’inspiraient de cette initiative mais, en investissant en Europe, mieux ça vaudra, non ?

    Il fallait préciser que le Bangladesh a fait cessession avec l’Inde.

    Enfin je crois. Je vais maintenant regarder les vidéos.

    Lien

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 14h58 le 26/09/2009
    • Internaute 38063
      v2=notes articles en moins...

    Tiens c’est marrant de voir Rue89 de voir faire la com’ du partenariat Yunus/Danone, connu (grâce à d’autres !) depuis bien longtemps :

    Dommage pour vous, il y en a qui ont été démasqué depuis un moment :

    « Pour Yunus, “ le social-business est la pièce manquante du système capitaliste. Son introduction peut permettre de sauver le système ” (p. 171). Le tout est de savoir s’il faut sauver un système mortifère. Yunus essaye de nous présenter des fausses solutions. Ne tombons pas dans le piège. »
    * Source : Lien

    - « Arrivés au lieu du rendez-vous, nous réalisons avec surprise que la rencontre en l’honneur de Yunus a lieu sur un yacht de milliardaire loué pour la circonstance. Grimpant aux étages (c’est une véritable villa de luxe flottante), »

    - « le Grameen Trust reçoit une donation de la Fondation MacArthur, puis des dons supplémentaires de la Banque mondiale, de la Fondation Rockefeller, de l’USAID (p. 143) ; le même trust a signé un accord de partenariat avec le Crédit Agricole (p. 144) : Grameen Capital India est créée en partenariat avec Citibank India et ICICI Bank (p. 266). Tout au long du livre, on retrouve donc, autour de Yunus et de ses créations, des acteurs clé du capitalisme… et pas du nouveau capitalisme ! »

    - « Yunus n’envisage à aucun moment de réaliser son action “ sociale ” en passant par l’Etat ou en partenariat avec l’Etat. Il critique le service public et l’Etat qu’il considère incapables de régler les problèmes par manque d’argent (il ne se demande pas à quoi est dû ce manque), à cause de l’indifférence publique (les mouvements sociaux en lutte contre les privatisations comptent pour du beurre) et d’autres dysfonctionnements (p. 64). »

    - « L’augmentation des cadences de travail, la diminution des coûts salariaux et du nombre d’emplois…, cela n’existe pas sur la planète yunusienne. Il rétorque que la concurrence entre les social-business sera différente de celle entre les entreprises dont l’objectif est de maximiser les profits. Pour celles-ci, l’enjeu est exclusivement financier tandis que la concurrence entre social-business est une question de fierté ( !) (p. 61). Les compétiteurs resteront amis (encore !) : ils appendront les uns des autres, ils pourront fusionner, ils se réjouiront de voir d’autres social-business arriver sur le marché (toujours !). »

    - « Quelle est la logique de ce deuxième type de social-business ? C’est très simple : la propriété de la société est attribuée aux habitants à bas revenu en leur vendant des actions à bas prix qu’ils achètent grâce à des prêts émanant d’organisations de micro-crédit qu’ils remboursent avec les profits. La boucle est bouclée. »

    - « Chaque jour, le Social Wall Street Journal donnera les dernières nouvelles des progrès et des revers des social business (p. 287). Il y aura un indice Dow Jones social qui reflètera la valeur des actions de quelques-uns des plus importants social-business du monde (p. 289). Alors, à ce stade, on ne sait plus trop que penser : est-ce de l’humour, de la bêtise, de l’inconséquence ou de la malhonnêteté ? »

    - « En fait, cela ressemble étrangement aux propositions avantageuses des IFI qui, pendant les années 1950 et 1960, pour créer un marché de clients, ont appâté les gouvernements du Sud. Quand ceux-ci ont été ferrés et que les règles du jeu ont été modifiées, ils ont dû payer de plus en plus. Les gouvernements remboursent, ils n’arrêtent pas de le faire, mais leurs pays sont plus que jamais pris dans la spirale de l’endettement, de la dépendance et de la pauvreté. »

    - « Point très intéressant : il y avait là, avant Danone, des gens qui vendaient ce type de produits et qui ont donc subi la concurrence de l’association entre la Grameen Bank et Danone. Que sont-ils devenus ? Les nouveaux pauvres du nouveau capitalisme de Yunus ? »
    Lien

    • Swordsaber
      Swordsaber répond à Weatherboy
      Etudiant
      • Posté à 18h09 le 26/09/2009
      • Internaute 64099
        Etudiant

      Ah, bien, bien, très bien.
      J’avais cité cet article du cadtm lors du dernier article de Rue89 sur Muhammad Yunus. C’était passé un peu inaperçu.

      Et cette citation est plus que vrai : « Point très intéressant : il y avait là, avant Danone, des gens qui vendaient ce type de produits et qui ont donc subi la concurrence de l’association entre la Grameen Bank et Danone. Que sont-ils devenus ? Les nouveaux pauvres du nouveau capitalisme de Yunus ? »

      Pourquoi élude t’on toujours ce genre de question ?

  • El doctor
    El doctor
    Citoyen errant
    • Posté à 16h18 le 26/09/2009
    • Internaute 67679
      Citoyen errant

    Au troisième paquet acheté une opération de l’appendicite gratuite !

    Abonnez vous aux bonbons harrymoche ! Une visite chez le dentiste offerte et une réduction de 20% sur les dentiers !

    Oui, oui Danone se met au social... On va y croire.... En tout cas ce serait nouveau le coté social de Danone.. mais bon.... 1% c’est comme pour les artistes ? Enfin... pas tous..... et le reste pour augmenter la production et faire de nouvelles usines, de nouveaux emplois.... rhaaaa... quelle merde et tristes perspectives mais... pardon....

    Ça sent la pub et la com à pleins nez c’te sujet.....

    A l’origine le capitalisme c’était pas pour créer un monde meilleur pour les générations suivante ? Allez encore un effort pour vos enfants qu’ils disaient...Depuis le temps... on devrait y être dans le meilleur des monde ! !

    Et les médicaments.... pardon les « ali-caments ».... une petite porte d’entrée pour les OGM qui comme toujours pousse derrière la porte pour petit à petit gagner du terrain et refourguer leurs cochonneries de semences dégueulasses.......

    Pardon pour le vocabulaire... c’est nerveux...

    Juste ça pour finir : Le passage sur l’augmentation du prix du lait qui est donc en partie remplacé par autre chose mais alimentaire pour compenser.... ha oui...avec de la colle blanche ? Ou bien avec des vieux fromage pourris recuits comme pour la feta ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h22 le 28/09/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Je vois pas où est le social en automatisant au minimum.
    C’est social de préférer des boulots bien nuls consistant à remplir des yaourts à la main, plutôt que des bons boulots où l’on fabrique des machines qui remplissent les yaourts ?
    C’est à peu près aussi social que de filer trois dollars à un clodo au lieu de lui filer un coup de karcher, une coupe de cheveu et une cure de désintox.

    Enfin après, Danone ne prend pas trop de risque. Si ça marche pas, il ferme et basta. Et si ça marche, non seulement ça rapporte du fric, mais ça fait un bon coup de pub pour rien.

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