Prise de baecque

Journal de bord culturel d'Antoine de Baecque, historien et critique, passionné de cinéma.

Comment avoir le beurre de mai 68, et l'argent du beurre

Publié le 15/05/2007 à 22h00

Par un effet de vieille rancœur mal recuite, Mai 68 revient au cœur de l’actualité politico-culturelle. Nicolas Sarkozy en a fait un thème de campagne : son élection serait le moyen de « liquider 68 » dans la France de 2007, héritage qu’il associe (un peu vite) à l’a-moralisme, à l’anarchisme, au confusionnisme, voire au cynisme de l’argent facile.

La droite n’a jamais digéré l’hégémonie quasi mythique qu’a rapidement conquis l’esprit de Mai 68 sur l’imaginaire français. Notamment de sa jeunesse et de ses espoirs. Quand un jeune rêve, aujourd’hui encore, ses pensées le portent davantage vers ces lendemains qui chantent et cette utopie en actes que vers l’efficacité renforcée du travail en mode de libéralisme avancé. C’est un fait, que Sarkozy malgré tout son volontarisme ne pourra pas changer : même ses manières de parvenu et son clinquant doré de nouveau riche n’y feront rien. Les rêves de jeunesse préféreront toujours un « sous les pavés la plage » à un « travaillez plus pour gagner plus… »

Malgré cette dénonciation affichée, il semblerait que, paradoxalement, le nouveau Président soit littéralement fasciné par 68. Le fait d’en parler sans cesse, même en symbole du mal absolu, en est un premier signe. Mais la langue même de ses discours sur le travail, vantant souplesse, dynamisme, flexibilité, rapidité, et son slogan de campagne, « Tout devient possible », sont imprégnés, comme par contamination inconsciente, des valeurs et des mots mêmes de 68. A la manière dont le néo-libéralisme pourrait incarner une forme de romantisme contemporain, sur le mode libertaire, règne désormais ce « nouvel esprit du capitalisme » où tout, effectivement, devrait être possible (mais surtout, pour un patron, de licencier comme bon lui semble…).

Enfin, draguer Bernard Kouchner comme il le fait actuellement, avec en carotte le ministère des Affaires étrangères, est l’indice définitif de cette fascination pour l’altérité : comme si Sarkozy pouvait enfin s’offrir un enfant de Mai, une figure de l’ex-gauchisme de 68, en allant choisir son cadeau — le plus beau à ses yeux semble-t-il — dans la vitrine aux souvenirs de la génération soixante-huitarde. D’un côté il y a la Rolex plaquée or, de l’autre la poupée qui a fait la révolution. Tout se paye : c’est le beurre symbolique de 68 et l’argent du beurre…

Nous sommes donc entré, en même temps que dans l’ère Sarkozy, dans une époque de retour paradoxal de 68. A gauche (disons à l’université) on prépare certes le quarantième anniversaire (livres, dictionnaires, films, cérémonies sont en préparation). Mais c’est surtout l’ambiguïté « néo-conservatrice » de cet hommage qui frappe : ce sont a priori les adversaires de 68 qui s’apprêtent à lui faire sa fête. Et non sa peau. Liquidation ? Pas vraiment, plutôt fascination très trouble, comme une sorte de repentance fantasmatique qui mêlerait haine mal digérée, sentiment d’être passé à côté de l’histoire, éloge de l’adversaire et séance de rattrapage symbolique.

Sur un mode assez Sarkozien, Olivier Py, nouveau patron de l’Odéon, qui avait ridiculement ridiculisé 68 à Avignon dans un spectacle de la Cour d’honneur au Festival de l’an dernier, ne vient-il pas de mettre sur pied un groupe de travail, dirigé par Laure Adler, pour « rendre hommage à 68 » à l’Odéon même, occupé plus d’un mois par les gauchistes il y a quarante ans ?

D’un côté, on tape sur 68 pour avoir la bonne coloration idéologique (surtout au moment où les postes sont en vue, distribués par un ministre de droite), de l’autre on lui rend hommage pour n’en garder que le prestige imaginaire et le capital symbolique. Voilà en jeu de quadrille dont la gauche ferait bien de se méfier : si ça continue, elle va finir par se faire piquer l’imagination au pouvoir.

La question : A qui la Palme d’or du 60e Festival de Cannes, le 27 mai ? (réponse à la question précédente : sans doute pas de ministère de la Culture, mais un de l’Education, de la Culture, de la Jeunesse et des sports ( !), confié à Jean-Louis Borloo ou Christiane Albanel, ancienne plume de Chirac, actuellement à la direction du château de Versailles).

Le coup de cœur Still Life, le film de Jia Zangkhe, bijou humide où tout s’effondre en Chine.

Ça va faire du bruit : Alexandra, le nouveau film d’Alexandre Sokourov, en compétition à Cannes. Mon favori pour la Palme d’or.

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  • fabmorlon
    fabmorlon
    Chargé de communication
    • Posté à 00h02 le 16/05/2007
    • Internaute 3107
      Chargé de communication

    Il est plutôt intéressant en effet que Nicolas Sarkozy, qui avait alors 13 ans, fasse autant de bruit autour de Mai 68. Et qu’il souhaite à lui tout seul tourner la page, effacer un événement national, entré dans l’Histoire de France, augure d’un avenir radieux...
    Pourquoi tant de zèle a mettre en terre ces événements mêmes qui ont modernisé le capitalisme français et qui, en ce sens, ont fait de Sarkozy un des meilleurs exemples de l’héritage de Mai 68 ?
    Serait-ce alors pour draguer la droite jusqu’à l’extrême ?
    Quant à M. Kouchner, n’est-ce pas, au delà de cette idée de Mai 68, une autre ambition que de « s’offrir un jouet » de cette époque ?
    Faire entrer des socialites affichés au gouvernement c’est, à mon sens, davantage discréditer le PS. C’est tirer au lance-roquette sur l’ambulance. En montrant l’opportunisme de certains, la machine socialiste sera alors complètement dévastée aux yeux de l’opinion publique. En un mot, c’est faire place nette pour l’UMP aux législatives et aux autres échéances municipales...
    Sarkozy est beaucoup plus habile qu’on ne le croit. Expert en communication, il sait ce qu’il dit, il sait ce qu’il doit montrer. Tout est pesé chez lui, même le fameux « kärcher » ou cette incroyable manière « d’habiter la foncton » présidentielle à bord d’un yacht.
    Nous sommes à un tournant de la politique française et au-delà, de l’histoire de France. Il s’agit d’être vigilant.

    • Anonyme répond à fabmorlon

      L’aventure maltaise de M. S ne dénote-t-il pas cette libre interprétation de l’événement 68 dans la facette « jouir sans entrâve ». Le complexe de cette droite française ne serait il pas un mal vivre son cynisme sur certains sujets de société : « les parachutes dorés, le gout de l’étranger pour éviter l’impot etc !
      Quant au cas kouchner, l’homme est sympathique, il a tjs rempli ses fonctions ministérielles & diplomatiques avec sérieux mais politiquement il n’a cessé de se fourvoyer, que ce soit avec un “tapis” (le marchand) ou un hollande ? Il demeure un soliste aspiré par la fascination d’un peu de pouvoir sous les sunlights ! A moins que suivant son copain glucksmann, il ait misé sur les 2 tableaux ! A ce jeu, le nouveau tandem Sarkozy /kouchner va créer plus de dissensions à droite qu’à gauche.

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    • mai68marseille
      • Posté à 10h49 le 16/05/2007
      • Internaute 5330

      Il faut être patient(e), l’animal va se réveiller, et la trahison de ses amis d’aujourd’hui est inéductable.
      Je ne suis pas sure que son électorat (30%) au premier tour appréciera cette « ouvertute » à gauche et au centre gauche.
      Je connais assez les électeurs de droite pour penser que déja ils désapprouvent sans le dire l’orientation de leur président.

  • mabu
    • Posté à 19h46 le 16/05/2007
    • Internaute 2265

    Ce dont on ne parle -presque- jamais, c’est des DOUZE MILLIONS de grêvistes dans toute la France (même les vendeuses du Bon Marché aux Ternes étaient en grêve avec occupation : du jamais vu !), ce qui a foutu une telle trouille au patronat et aux syndicats -qui ne contrôlaient que très partiellement le mouvement- qu’ils ont dit plus jamais ça et que lors des accords de Grenelle la CGT a littéralement vendu le mouvement. Va savoir si le Sarko se rappelle aussi cet aspect, ne serait-ce que par ses lectures lors d’une de ses traversées du désert...

  • nunuche
    • Posté à 22h17 le 17/05/2007
    • Internaute 2011

    Beaucoup de ceux en vue lors de mai 68 on très bien réussi voyez notre rouquin franco-allemand député européen.
    Merci de rapeller a certains que tout notre pays c’est mis en grève comme un seul homme plus aucune organisation ne contrôlait les grèvistes. Les patrons ont eu très peur pour leur entreprise leur argent chéri leur maison.
    Après cela ils ont réussi a nous faire croire que l’on pouvait faire comme eux devenir le propriétaire de notre maison maintenant que vont-il inventer pour nous tenir nous empêcher de faire grève ha oui le service minimum et bande de neuneu vos grand parents sont mort pour l’obtenir pour la réduction du temps de travail, les dimanches et les jours férier et vous voudriez les redonner aux patrons.
    Bientôt vous allez acheter votre maison avec un crédit à vie et même le donner en héritage à vos enfants comme dans certains pays histoire d’être un esclave consentit.
    C’est beau de croire au père noël et autre anerie du même style.
    En 68 les plus vieux encourageaient les jeunes dans leur révolte maintenant ils nous crachent dessus.

  • Anonyme

    Comme toute « révolution » (Mendras), mai 68 a eu ses excès.
    Je ne vois pas le pb à remettre ça en cause !

    D’ailleurs les 3/4 des soixantuitards sont ou maintenant : pas mal de cadres à des postes très corrects des grandes boites du CAC. Je n’ai rien contre ces boites mais plutot contre ces mecs qui nous font aujourd’hui la morale.

  • toktomi
    • Posté à 23h54 le 16/07/2007
    • Internaute 9821

    comme quoi les discours sarkoziens à l huile frelatée empêche pas une cuisine nouvelle (indigeste ?)

    wwaa,pub-pub-pub (jingle Antenne2 remixé mangez des pommes)

    « bapteme du feu pour le chef Koushner,sauce
    libanaise » et jack lang en passeur de plats vaselinés.

    si le plat est réussi tournée générale de fumette aux vétérans de 68ur

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