Quatrième de couverture

Les coulisses du monde merveilleux de l'édition

Auteurs de tous les pays, unissez-vous !

Camille Rouaire
Etudiant/ Auteur
Publié le 27/12/2011 à 09h31

Jean-Paul Belmondo, écrivain de série B, dans « Le Magnifique » (DR)

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Vous connaissez la citation de Karl Marx. Je la trouve parfaite pour débuter mon article en grande pompe.

Nous parlerons dans cette note des Auteurs (notez la majuscule). Plus particulièrement des « petits édités », ces auteurs anonymes qui, pour certains, mériteraient d’être connus.

Nous parlerons ensuite des initiatives de ces auteurs pour faire connaître leurs travaux. Internet joue un rôle important dans ce processus. Mais, un auteur, c’est qui ? C’est quoi ? Ça se mange ?

Rencontrons Florian Houdart, jeune écrivain belge, pour tenter de répondre à la question.

« En principe, l’auteur est une individualité assez forte qui s’exprime au travers de l’écrit, voilà comment je le conçois. Mais je suis tout à fait conscient que certains préféreraient n’avoir que des raconteurs d’histoires, fussent-elles conventionnelles et sans intérêt.

Or, pour moi, un auteur a un devoir de mémoire. Cette mémoire ne doit pas forcément embrasser toute époque mais elle doit être dépeinte avec un regard qui tend à aller du singulier vers l’universel. »

Au départ, un manuscrit posté sur un forum

Notre invité se décrit comme un « jeune auteur de 24 ans publié aux éditions Chloé des Lys qui fait tenir sa prose sur le fil ténu qui sépare le réalisme social et les genres de l’imaginaire », et compte trois romans (dont deux publiés) à son actif. Vision forte de l’auteur, donc.

Mais il ne vous aura pas échappé, j’espère, que le terme « auteur » peut cacher nombre de personnalités différentes, et de vécus différents. On écrit pour des raisons différentes, des textes différents, dans des buts différents. De plus, chacun sa raison d’aller à l’édition. Florian nous explique son parcours :

« Contrairement à beaucoup de nouvelles plumes qui ont eu dès le départ l’édition pour objectif, j’ai envisagé l’édition par accident. Au commencement, il y avait un simple manuscrit posté sur un forum littéraire et dix-huit pages de commentaires.

Ça a fini par atterrir chez un éditeur qui en a souligné les qualités et les défauts. J’ai alors réalisé que “Black- Out”, rédigé par pur plaisir personnel, avait peut-être une vocation a être diffusé plus largement.

Je l’ai donc envoyé à quatre maison à compte d’éditeur. A ma grande surprise, j’ai reçu deux réponses positives, un “on ne publie pas de récit à caractère politique” et un “non” franc et motivé. Trois années se sont écoulées et j’en suis à présent à la rédaction de mon quatrième roman. »

Je parle d’édition, interroge notre invité sur ses volontés en la matière, chouette… Mais, comme je l’assène dans mes articles, il y a grande, moyenne et petite édition. Il y a aussi auto-édition dont nous reparlerons dans un prochain article.

Je me souviens de la réponse positive

Je pense que la diversité de personnalités des auteurs va se forger par ces rencontres avec l’éditeur, petit ou grand, et du tout le processus qui en suivra. Le passage à l’édition est, en tout cas, une expérience marquante.

Je me souviens de la réponse positive, reçue pour mon recueil. On ne sait pas trop quoi dire. Joie, fierté, contre nécessité de prendre du recul et de se dire « le chemin est encore long, coco ! ».

Commence alors le combat de l’écrivain, pour partager, pour faire connaître son œuvre, pour faire des rencontres … Chaque auteur, selon son parcours, va avoir un ressenti différent de ce passage à l’édition qui paraît être le Graal d’auteurs qui tendent à oublier que ce n’est que le début.

La suite, on la vit comment ? Je vous le dis tout net, je publie mon premier livre. Je découvre presque en même temps que vous avec mes grands yeux d’enfant. Pour un peu de recul, appelons Florian à la rescousse :

« Si je suis émerveillé ou déçu ? Emerveillé et déçu. Faire un pas dans le monde des lettres, c’est aussi faire des rencontres. Il y a des gens extraordinaires... et puis il y a tous les autres.

Il y a le mépris et l’indifférence de ma ville natale et des anciens amis qui ne m’adressent plus la parole, comme il y a des collaborations surprenantes auxquelles on n’aurait pas cru prétendre en se faisant éditer dans une petite maison associative.

Tout n’est que contrastes et démesure au point de me faire parfois devenir un brin paranoïaque... »

Hum hum … Vous le voyez ? Vous le voyez, ce « rapport au monde » de l’écrivain que l’on tendrait à oublier ?

Il faut se sortir de la tête l’image d’un écrivain vivant dans une tour, à mille lieues des préoccupations de la populace, un éternel compère des muses de tout poil (alors que, ne nous leurrons pas, il est de notoriété publique que le musicien se vautre dans le stupre et l’alcool).

Comment faire pour rencontrer son lectorat ?

Eh bien non. L’auteur écrit, certes, mais n’existe pas seulement, en tant qu’auteur, de part ses écrits mais aussi et surtout de par le partage de ce qu’il crée. On rejoint le « devoir de mémoire » dont parlait Florian Houdart. L’auteur est profondément ancré dans la société dans laquelle il vit.

Bon, jusque là, vous trouvez sûrement le titre mal choisi, survendeur, et maugréez contre l’escroc qui vous a égaré là. Il fallait cependant parler du rôle de l’auteur, de différentes visions de l’auteur.

On en revient toujours à la notion de partage qui m’est chère, vous l’aurez compris. Et on tourne toujours autour du même problème : comment rencontrer son lectorat lorsque l’on est un petit édité ?

Pour vendre son livre, le diffuser et trouver son lectorat, Internet est devenu un outil essentiel. Internet est devenu un outil essentiel pour bien des choses mais on en reparlera une autre fois.

La promotion d’un ouvrage passe obligatoirement par Internet. Mais c’est quoi, la promotion ? Que peut apporter Internet ? Florian nous donne son avis.

« Internet peut jouer un rôle très positif si on l’utilise à bon escient. La promotion sur Internet est gratuite. Reste à se démarquer des autres pour intéresser le lecteur potentiel, les internautes étant matraqués en permanence.

Promouvoir un livre, pour moi, c’est réussir à susciter le débat à son sujet même si ça passe aussi par les critiques plus négatives. Notre littérature se meurt parce qu’on n’en parle pas assez. On discute juste des best-sellers comme des produits culturels qu’ils sont. »

Susciter le débat ? Internet est tout indiqué. D’ailleurs, c’est pour cela que les blogs d’auteurs, les forums et autres sont si nombreux. Internet a créé, dans le salon, l’espace du débat.

Pour votre blog d’auteur, évitez les chatons

Ce qui change, c’est que le lecteur potentiel a, à portée de main, les états d’âmes d’une ribambelle d’auteurs qu’il ne connait ni d’Eve, ni d’Adam. Internet est donc une tribune apparemment adéquate pour les auteurs qui veulent attirer des lecteurs vers leur œuvre.

Je rajouterais que le blog d’auteur permet aussi à l’auteur de s’interroger sur ce qu’il vit, sur ce qu’il fait et sur les raisons. Mais, là encore, il faut que le blog soit lu… Je ne me plains pas là-dessus, et je remercie tous mes gentils lecteurs. Grosses bises à vous.

Pour d’autres, c’est un peu plus dur. Attention à ne pas tomber dans le mauvais goût flagrant, à coup de chatons et bannières fluorescentes pour attirer trois péquins.

Alors, aucun espoir pour le petit auteur qui veut faire parler de son œuvre ? Bien sûr que si ! Son « réseau de proximité ». Ses proches, ses contacts peuvent faire ce travail avec lui, lui permettre de rencontrer des gens qui vont apprécier son œuvre et en parler, vouloir en parler avec l’auteur… Ceci est possible dans la vie comme sur Internet.

Des auteurs qui préfèrent la liberté artistique

Florian Houdart, lui, a eu l’idée brillante d’associer les deux :

« Un auteur est une individualité certes mais un auteur est aussi très souvent un individualiste.

Vu le contexte actuel où quelques livres parmi la multitude sont choisis pour devenir des livres-hamburgers dont on vente le goût douteux jusque sur les abribus, les auteurs qui choisissent l’indépendance et la liberté artistique ont tout intérêt à rassembler leurs petits réseaux pour en former un plus large.

Cette toile nouvelle ne permettra pas à tous ceux qui la tendent de connaître une célébrité éclatante, c’est certain – ce n’est d’ailleurs pas le but de la plupart d’entre nous.

En revanche, elle permettra à des œuvres intéressantes mais non médiatisées de se frayer plus facilement un chemin vers leur public, c’est en tout cas son but. Reste à l’atteindre.

Tous ceux que cette démarche intéresse peuvent nous rejoindre. Plus nous serons nombreux et plus nous pourrons contribuer à l’émergence d’un discret mais nécessaire contre-pouvoir. »

Amen ! Nous y voilà, à la problématique du titre ! Auteurs de tous les pays, unissez-vous ! J’ai rejoint le groupe des édités solidaires qu’a lancé Florian parce que le principe m’a beaucoup plu.

Chaque auteur, petit auteur, va travailler main dans la main avec d’autres auteurs dans le même cas, et mettre son petit réseau à contribution. Un petit réseau plus un petit réseau donne un grand réseau. C’est un peu le principe.

De plus, on rencontre des auteurs formidables, des auteurs qui se battent pour défendre leur vision de la littérature en toute franchise et par amour de l’art. Signer chez un éditeur est une aventure formidable, certes, mais les auteurs doivent se serrer les coudes pour avancer ensemble.

Vous connaissez un écrivain ? Aidez-le !

Les lecteurs le font bien, partagent leurs bons plans, leurs coups de cœur, leurs coups de gueule. Nous sommes aussi des lecteurs, qui, parfois, passons de l’autre côté. Pourquoi ne pas faire comme eux, en profitant des avantages d’Internet sur ce point ?

Les auteurs du groupe des édités solidaires s’échangent leurs nouvelles. Dès qu’une nouvelle m’intéresse, je la partage. Si je pense qu’elle intéressera ceux qui me lisent, je la partage également.

Et c’est le même fonctionnement pour tous les auteurs. Les auteurs partagent également leurs « bons plans », les salons, les arnaques … Une revue est également prévue, et j’espère que ce projet verra le jour.

Je souhaitais vous faire découvrir cette initiative, après vous avoir parlé du rôle d’auteur. Vous conclurez aisément qu’il y a autant de définitions de l’auteur qu’il y a d’auteurs, et de lecteurs. Mais qu’importe notre façon d’être un auteur, autant s’entraider. Je laisserai Florian Houdart conclure :

« Si vous avez dans vos contacts, une personne qui écrit et publie, aidez-là. Beaucoup abandonnent à cause du manque de soutien des gens qui, dans certaines circonstances, sont pourtant fiers d’étaler la société qu’ils fréquentent.

Or, ce n’est pas parce qu’on est publié qu’on a voix au chapitre, loin de là ! La culture, c’est le vivier des représentations collectives, celles que l’on peut manipuler pour générer le plus de profits possible.

Vous n’avez pas idée du poids de l’industrie dans la culture ni de l’influence néfaste des politiciens qui, par pêché d’orgueil, préfèrent souvent fermer les portes que les ouvrir.

Le seul espoir des petits édités et des indépendants, ce sont leurs bonnes relations avec les autres auteurs et les lecteurs potentiels ou déjà conquis. Aidez-nous. »

Merci à Florian Houdart d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Vous pouvez consulter son blog ici.

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  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 10h17 le 27/12/2011
    • Internaute 64790
      dilettante

    La promotion, l’Internet, tout ça, c’est bien joli, mais... Le plus grand problème d’un auteur, ça n’est pas d’être édité, mais d’être distribué !
    C’est la distribution qui fera la différence, entre 1500 exemplaire et 15000 !

    • thierry reboud
      • Posté à 12h51 le 27/12/2011
      • Internaute 20923

      Je dirais plutôt que c’est ce qui fera la différence entre 150 exemplaires et 1500. 1500, c’est déjà un résultat très appréciable : de mémoire, la moyenne de vente en France d’un livre est de 800 exemplaires (tout compris, poches, dictionnaires, manuels scolaires, poésie, etc.)

      (Je travaille pour un diffuseur-distributeur.)

      • Philippe Leclercq
        Philippe Leclercq répond à thierry reboud
        dilettante
        • Posté à 13h39 le 27/12/2011
        • Internaute 64790
          dilettante

        Bien sûr... Mais, à 1500 ex., on ne gagne pas sa vie ! Alors qu’à 15000 on commence !

  • westside
    westside
    consultante
    • Posté à 10h28 le 27/12/2011
    • Internaute 109089
      consultante

    Bonjour,
    ça fait 5 ans que je défriche la jungle des lois et possibilités éditoriales à la serpette pour mes ouailles auteurs auto-édités en impression numérique à la demande (Je travaille pour le site leader français dans ce domaine, basé à Lille). Je suis donc allée sur le site que vous nous conseillez, directement à la page auto-édités - sujet ISBN pâle resucée de mes premiers tutos - mais bourrée de fautes comme cela ne devrait pas être permis dans un tel site... Bon courage, les gars. Des sites d’auto-édités, j’en ai vu des tonnes ; des livres, j’en valide des centaines à publier chaque semaine, et je vous garantis que sans vérification de l’orthographe, auto-édités ou non, vous n’irez pas bien loin. S’offrir une correction est un préalable à la publication. N’étant pas correctrice, je peux l’affirmer.

  • Claire-de-lune
    Claire-de-lune
    surfeur
    • Posté à 11h03 le 27/12/2011
    • 178076
      surfeur

    Je vous conseille cette BD que je viens de lire d’une traite et dont l’auteur, Olive Booger, est pour l’instant un « petit édité ». J’ai été emporté par ce thriller dont les quatre personnages m’ont entraîné avec eux jusqu’au bout de la nuit. Atmosphère étouffante supportée par un graphisme qui m’a beaucoup plu. Pour moi, une des surprises de l’année de la BD indépendante.
    « I like short songs » d’Olive Booger. Ed. L’employé du Moi. Novembre 2011. ISBN : 9782930360447.

  • Henri Moufettal
    Henri Moufettal
    Réfléchir, et non réfléchier
    • Posté à 11h30 le 27/12/2011
    • Internaute 121490
      Réfléchir, et non réfléchier

    Intéressant, merci, après une première édition et revue des services l’an dernier, je profite ici des perspectives des yeux ingénus que sont les miens. D’ailleurs j’en profite, pour mon dernier essai, j’ai beaucoup étudié la trame du monde de l’édition-diffusion,

    Sur ces principes de co-diffusion, j’irai plus loin dans ce texte en parlant de co-production et de co-creation a la sauce IKEA (pas le roman type IKEA, le processus IKEA)

    Bref, bien sur, je vais plus dans le détail et dans les références dans le fichier joint, surtout avec l’évolution aux livres électroniques en parallèle de celles des livres tradi.

    En tant que scribe a mes heures, j’y vois pleins de trucs sympas pour remuer la clepsydre a Gutenberg donc dans cet ouvrage qui s’intitule « l’autre rivage »

    Linkedin est une bonne source d’informations aussi, a ce que j’ai vu.

    Lien

    Henri
    L’important c’est de le souhaiter, bonnes fêtes

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