Questions d'humanité

Dans son blog, Jenny Joussemet analyse et dénonce les faits d'actualité où les droits de l'homme et le droit humanitaire ne sont pas respectés.

Des soldats indonésiens accusés de tortures sur des Papous

Jenny Joussemet
Blogueuse
Publié le 28/10/2010 à 12h37


Capture d’écran d’une vidéo ’trophée’, mai 2010, Papouasie occidentale

La semaine dernière, l’ONG Survival International diffusait une vidéo (expurgée des séquences les plus violentes) montrant deux Papous en train d’être torturés par des soldats indonésiens.

Elle aurait été tournée en mai dans la région des hautes terres de Papouasie occidentale, où une opération militaire est en cours. Pour Benny Wenda, réfugié papou en Grande-Bretagne contacté par téléphone, « cette vidéo est terrible mais elle montre ce qu’endure notre peuple depuis près de 50 ans ».

Une terre occupée et exploitée au détriment des Papous

Cet incident, filmé par l’un des soldats tel un trophée, montre notamment un homme âgé déshabillé, un sac en plastique sur la tête, hurlant à l’agonie tandis qu’un bâton en flamme est porté sur ses parties génitales.

Ni l’origine du film ni l’identité des victimes n’ont pu pour l’instant être confirmées, cette région étant sous contrôle militaire, fermée aux journalistes et aux ONG. Mais selon certaines sources, l’homme âgé torturé serait toujours porté disparu, tandis que le plus jeune a été relâché.

Les Papous sont depuis 1963 victimes de l’occupation de leur territoire par les militaires indonésiens qui violent, torturent et tuent les membres de ces tribus en toute impunité. Les ressources naturelles sont exploitées pour le plus grand profit des milieux d’affaires étrangers au détriment des populations locales.

« Notre terre est sous occupation militaire depuis près de 50 ans, nous appelons à l’aide mais personne ne nous écoute. Cette vidéo est une preuve des accusations que nous portons depuis de nombreuses années déjà.

Il n’y a ni journaliste ni ONG admis sur ce territoire, personne pour témoigner, mais la réalité est que nos villages sont brûlés, nos femmes violées et nos hommes tués. »

« Mon peuple a besoin d’aide »

Depuis la diffusion de cette vidéo, le gouvernement indonésien a admis que les hommes commettant les actes de torture étaient bien des soldats. Survival International a immédiatement appelé à constituer sans délai une enquête indépendante, le ministre de la Sécurité a de son côté annoncé que ces soldats seraient sanctionnés et que l’enquête suivait son cours.

« J’espère que les coupables seront punis et que le gouvernement n’a pas simplement lancé une enquête pour calmer l’indignation internationale. Le monde entier doit nous soutenir et demander que justice soit faite ».

Lorsque je lui demande s’il espère retourner prochainement dans son pays, Benndy Wenda me répond :

« Mon exil et ma lutte ne se résument pas à mon opposition politique. Je reste en Europe pour dénoncer ces actes, je souhaite que justice soit faite pour mon peuple et notre environnement.

Ces hommes nous anéantissent mais ils détruisent également nos forêts, nos rivières, nos terres. En tant que peuple indigène, la nature fait partie intégrante de notre communauté. C’est pour cela que je suis là, pour dire au monde que mon peuple a besoin d’aide ».

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  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 17h10 le 28/10/2010
    • Internaute 24252
      卑語

    Vers la disparition des peuples papous en Indonésie ?

    Si le président Susilo Bambang Yudhoyono a été réélu avec brio en juin 2009, tournant définitivement la page de la dictature, son traitement des minorités demeure marqué par les anciennes pratiques, singulièrement en Papouasie (ou Nouvelle-Guinée occidentale) : division des populations, morcellement du territoire, pillage…
    Par Philippe Pataud Célérier

    Lien

    La guérilla oubliée des Papous

    Depuis bientôt quarante ans, le gouvernement indonésien mène à l’égard du peuple papou de Nouvelle-Guinée occidentale (ex-Irian Jaya) une politique colonialiste d’une rare violence. Alors que le conflit du Timor-Oriental a enflammé la communauté internationale, le cas de la Papouasie occidentale semble voué à rester dans l’ombre. L’Organisation des Nations unies s’en désintéresse. Or ce peuple oublié de tous lutte pour la reconnaissance de son identité culturelle et politique.
    Par Damien Faure

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  • Jean-Sébastien Billard
    Jean-Sébastien Billard
    Elément à Charles
    • Posté à 22h41 le 28/10/2010
    • Internaute 125643
      Elément à Charles

    Au nom du respect de la diversité des cultures et des mentalités, au nom de notre hypothétique non-droit à contester les pratiques qui ont cours sous d’autres horizons, nous ne devons pas revenir sur l’universalité des droits de l’homme. Il y a une seule humanité, il n’y a pas à accepter qu’une partie tombe dans la barbarie ! Le droit des papous et de la papouasie à l’autodétermination doit être défendu.

  • Warung Kopi
    Warung Kopi répond à Fraise des Bois-
    Perdu à la traduction
    • Posté à 02h29 le 29/10/2010
    • Internaute 77170
      Perdu à la traduction

    Effectivement, c’est beaucoup plus compliqué que cela. Le gouvernement indonésien s’accroche à la Papouasie pour des raisons financières évidentes (mines de Timika, gaz de Tangguh, énormes ressources en bois, déjà surexploitées par endroits, comme à Wasior qui a connu récemment d’effroyables inondations). Les deux provinces servent également de réservoir potentiel de terres à cultiver pour les transmigrants venus des îles surpeuplées de Java, Madura, Bali et Lombok, paysans sans terres ou à peine propriétaires d’un lopin permettant de se nourrir.

    Enfin, la Papouasie, c’est un symbole national pour tous les Indonésiens depuis l’époque de l’indépendance et le slogan de Soekarno prônant l’indépendance du pays « de Sabang [à l’extrême ouest] à Merauke [au sud-est de la Papouasie] ». Pourquoi ? Parce que l’Indonésie se voulait l’héritière de tout le territoire des Indes Néerlandaises ainsi que des petites principautés qui avaient précédé la colonie. Or l’ouest de l’actuelle Papouasie faisait partie des tributaires du petit sultanat de Tidore, dans les Moluques du nord, ce dont témoignent encore de nos jours quelques groupes de Papous musulmans, localement majoritaires dans le superbe archipel des Raja Ampat ou la région de Kaimana. D’ailleurs, la Nouvelle-Guinée hollandaise a très longtemps été administrée de Tidore avant d’être une subdivision autonome.

    Quant à la question religieuse... Non, mille fois non. Le gouvernement indonésien, surtout à l’époque du charmant Suharto, a ouvert grand la porte aux missionnaires chrétiens, surtout protestants. Les catholiques ayant eu l’heur de déplaire au général souriant en critiquant, dès le milieu des années 1960, les innombrables exactions dont ils étaient témoins. Les seuls musulmans que l’on trouve dans les deux provinces sont donc des Papous islamisés depuis un peu plus de deux siècles (dont certains siègent dans les organisations traditionnelles papoues ou dans les partis politiques indonésiens -parfois très haut comme Ali Mochtar Ngabalin) et surtout des transmigrants javanais, madurais ou bugis (venus de Célèbes), beaucoup plus nombreux.

    Même si des tensions interreligieuses ont vu le jour ces dernières années (cf un excellent rapport d’ICG de juin 2008 intitulé « Communal tensions in Papua »), du fait de la radicalisation de certains groupes chrétiens ET musulmans, la principale ligne de fracture en Papouasie est celle séparant ceux qui se voient comme « autochtones » des « pendatang », migrants venus d’autres provinces indonésiennes, mais aussi d’autres régions de Papouasie, comme les insulaires de Biak, mieux éduqués grâce aux efforts missionnaires des Néerlandais.

    Les « autochtones » reprochent aux « pendatang » d’occuper les meilleurs emplois tandis que ces derniers voient souvent les Papous avec condescendance, sinon mépris. Et ce, indépendamment de la religion, puisque de nombreux migrants chrétiens (Moluquois présents depuis l’ère coloniale, Torajas et Minahasas venus de Célèbes, Bataks de Sumatra, Chinois) ont élu domicile en Papouasie, de même qu’une forte communauté hindouiste originaire de Bali (les Balinais sont d’ailleurs très nombreux dans la police). L’armée, présente en masse, est constituée essentiellement d’hommes extérieurs à la province et se veut la gardienne sourcilleuse de l’unité indonésienne, appliquant les vieilles recettes éprouvées à l’époque de l’Ordre Nouveau, la dictature de Suharto, au Timor-Oriental (une déroute cuisante) mais aussi à Aceh.

    Rien à voir donc avec l’islam, les militaires étant plutôt « nationalistes » (selon la terminologie indonésienne), donc séculiers par opposition aux religieux (musulmans). Aussi avant de déblatérer des inepties je vous invite à lire quelques ouvrages permettant de mieux comprendre ce qui se trame dans la lointaine Papouasie comme :
    - « L’Indonésie et la Nouvelle-Guinée-Occidentale » de Stéphane Dovert (1996)
    - « Een daad van vrije keuze » (traduit en anglais sous le titre « An act of free choice ») de Drooglever (2008)
    + si vous voulez vous tenir informé, le site West Papua Media Alerts (indisponible en ce moment) est très bien fourni.

  • joanoji
    joanoji
    voyageur
    • Posté à 23h13 le 29/10/2010
    • Internaute 46795
      voyageur

    Info de dernière minute :

    Survival International a été victime d’une cyberattaque massive dont l’origine présumée pourrait être attribuée aux autorités botswanaises ou indonésiennes, ou à leurs complices, en représailles à nos récentes campagnes.

    Cette attaque a été déclenchée une semaine après la diffusion par Survival d’une vidéo montrant des soldats indonésiens en train de torturer des Papous et quatre semaine après un appel au boycott du tourisme au Botswana, en raison de la répression exercée sans relâche sur les Bushmen du Kalahari.

    L’offensive a été déclenchée mercredi 27 octobre à 17h par une attaque test qui a évolué en un bombardement extrêmement sophistiqué du site de Survival par des milliers d’ordinateurs, paralysant totalement la version anglaise dès le soir même.

    Survival a toujours su que les forces qui s’opposent aux peuples indigènes sont extrêmement puissantes et disposent de ressources illimitées. Nous avons besoin de votre aide pour les combattre.

    pour en savoir plus : Lien

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