Sud-Soudan : l'indépendance, et après ?
Dimanche 15 janvier marquait la fin du référendum d’autodétermination au Sud-Soudan. La victoire de l’option sécessionniste pourrait mener dès juillet prochain à la partition du plus vaste pays d’Afrique. Mais pour l’ONG Oxfam, « la pauvreté chronique, l’absence de développement et la menace de violences qui affectent quotidiennement les populations ne disparaîtront pas après le référendum ».
De nombreux défis mais un énorme potentiel
Sécession ou non, les défis qui attendent cette région resteront les mêmes, à savoir pauvreté et absence de développement. Nicolas Vercken, responsable plaidoyer à Oxfam France, rappelle ainsi que si l’on regarde les indicateurs mondiaux en termes de mortalités infantile ou maternelle et d’analphabétisme, la région du Sud-Soudan se situe tout au bas de l’échelle, « historiquement, les régimes mis en place à Khartoum ont toujours marginalisé cette région ».
Une véritable politique de développement est donc nécessaire. Mais parallèlement à cela, le nouveau pays devra également se construire un Etat. Il lui faudra ainsi une monnaie, une armée nationale, un gouvernement fort et effectif.
« Les dirigeants sud-soudanais d’aujourd’hui sont avant tout des militaires et pas encore de véritables gestionnaires. Ils doivent apprendre à devenir des hommes politiques.
L’armée quant à elle doit être professionnalisée, ceux qui porteront les armes ne devront plus défendre un territoire contre les invasions mais garantir l’ordre public. »
Les enjeux sont donc nombreux, mais le potentiel énorme. En matière agricole, cette région abrite de grands espaces et le climat est favorable aux cultures. Se pose également la question de l’enjeu pétrolier, « une bénédiction ou une malédiction, mais qui pourrait financer le développement du nouvel Etat ».
Partage des ressources et du territoire
Si cette région est surtout connue pour ses affrontements armés, Nicolas Vercken rappelle que « ces dernières années, l’insécurité au Sud-Soudan témoigne majoritairement de conflits locaux opposant les différents clans. Ce sont des conflits qui généralement naissent sur des questions de pauvreté, d’accès à un point d’eau ou au bétail. Ce simple vote ne pourra pas à lui seul résoudre les questions de violence ».
Ce référendum marque toutefois l’aboutissement du processus de paix signé en 2005 pour mettre fin aux années de guerre civile ayant ravagé le pays depuis son indépendance. Il y a donc un véritable enjeu, « quelque soit l’issu du vote, il y aura des questions de partage des ressources et du territoire qui devront être réglées ».
Aujourd’hui, ce scrutin confère au Sud-Soudan un intérêt diplomatique et médiatique important. Mais pour Nicolas Vercken, cela ne doit pas se faire au détriment du Nord Soudan :
« Il y a déjà un problème de marginalisation d’autres zones du pays, ce qui explique en partie la rébellion armée darfourie.
Notre crainte est que ces “ marges ” du Nord-Soudan sortent du radar de la communauté internationale alors que l’année dernière a été marquée par une reprise d’intenses combats au Darfour, avec plus de 200 000 personnes déplacées et un accès de plus en plus réduit des organisations humanitaires aux populations vulnérables. »
- Sur youphil.comN'oublions pas la catastrophe humanitaire au Soudan, sur Youphil.com
- Sur oxfamfrance.org"Après le « grand jour » du Soudan", note d'informations par Oxfam
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ici et là
ici et là
Il me semble utile de rappeler que depuis 2005, date de la signature de l« accord de paix (CPA ou Comprehensive Peace Agreement) qui mit fin à la guerre civile entre des milices du sud alliées aux armées de Khartoum et le SPLA (l’armée du sud soudan), le nord n’a aucune présence au sud, sauf pour quelques casernes dans des villes stratégiques. Tout au long de la guerre, les campagnes étaient aux mains du SPLA et l’armée du Gos (Governement of Sudan) tenait les villes. La donne n’a pas changée avec la paix et le SPLA via son mouvement politique le SPLM a mis en place un gouvernement entièrement parallèle. Des ministères, en passant par la police, l’armée ou les impôts, les sudistes ont mis sur place un système depuis quelques années déjà ; l’indépendance ne va donc pas avoir un gros impact sur la manière dont les affaires sont gérées au sud Soudan. Un système parallèle ne signifie pas efficace pour autant, un grand nombre des cadres sud Soudanais sont d’anciens guérillas qui ont passés pas mal d’années dans le bush. Pour se rendre au sud, on peut demander des visas uniquement pour cette région auprès des autorités du sud qui ont une représentation au Kenya et avec un simple visa pour le Soudan obtenu via Khartoum il devient presque impossible de se rendre au sud, la souveraineté du nord sur le sud est déjà vacillante depuis 2005. L’état sud soudanais existe déjà, il coordonne tout ce qui se passe au sud depuis quelques temps.
Même si les terres sont disponibles, n’oublions pas non plus qu’une énorme partie du territoire est sous les eaux une bonne partie de l’année, et le sud se transforme en vastes marécages. Sans bateaux ou avions point de salut pour rejoindre certaines villes ou zones d’habitation qui n’abritent pas de pistes d’atterrissage en dur. Restent celles des compagnies privées comme les pétroliers. Mais bon…
En ce qui concerne les revenus pétroliers, comme rappelé précédemment dans un autre article sur le sujet, même si l’essentiel des concessions sont au sud (en territoire Nuer anciens alliés de Khartoum, alors que le SPLA est majoritairement Dinka), toutes les infrastructures sont au nord, et clairement les sudistes n’ont pas les moyens de construire tout ça ; les frères ennemis sont obligés de collaborer. En revanche, entre Nuer et Dinkas, ça va sûrement clasher, comme souvent d’ailleurs. Et même si certains considèrent le SPLA comme une milice, il reste encore un nombre non négligeable de véritables milices qui sèment la terreur, comme les SSDF a une époque. Sans même parler des cattle raids qui ne surprennent plus personne sauf les victimes.
Le sud n’est pas un territoire homogène, ses habitants ont l’habitude de s’affronter et construire une paix durable restera le plus gros des problèmes ; Riek Machar le vice-président du sud Soudan est aussi le “ Nuer non tatoué ” qui un temps habitait à Khartoum quand ses troupes combattaient celles du SPLA… Rien n’est simple et si ce n’était pour la volonté des USA d’avoir cette indépendance, il est peut probable qu’elle ait eu lieu. Le chef historique de la rébellion sudiste John Garang, partisan de l’autonomie au sein du Soudan, est mort mystérieusement après la fin de la guerre quand l’hélicoptère prêté du président Ougandais s’est écrasé. Et si le Soudan est sous embargo US, le sud ne n’est plus depuis quelques années déjà, ça a permis au SPLA de suivre l’entrainement de feu Blackwater, dans leur suite des compagnies US sont venues faire du business ici. N’oublions pas non plus les chars d’assauts achetés via l’Ukraine et le Kenya par le SPLA et un temps retenus par des pirates somaliens, ce n’est pas pour construire la paix qu’on fait de telles emplettes surtout dans un pays aussi pauvre…




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