Questions d'humanité

Dans son blog, Jenny Joussemet analyse et dénonce les faits d'actualité où les droits de l'homme et le droit humanitaire ne sont pas respectés.

Des leaders indigènes appellent à l'arrêt de projets de barrages

Jenny Joussemet
Blogueuse
Publié le 15/03/2011 à 15h32


Photo Survival/Thomas LEAUD

Les 25 et 26 février, trois représentants indigènes étaient de passage à Paris pour dénoncer la construction de barrages destructeurs en Amazonie.

Ruth Buendia Mestoquiari, Ashaninka du Pérou, Sheyla Juruna, Juruna du Xingu (Brésil) et Almir Surui, Surui du Brésil, appellent à l’arrêt des projets de des retenues à Pakitzapango, Belo Monte et Jirau, ces projets ne prenant pas en considération les droits de ces peuples.

La compagnie Alstom fournira des équipements à hauteur de 500 millions d’euros pour la construction du barrage de Belo Monte au Brésil, tandis que GDF-Suez est impliqué dans la construction du barrage de Jirau. Sheyla Juruna, qui lutte activement pour défendre la rivière Xingu, explique :

« Le peuple français contribue malgré lui aux violations de nos droits : GDF-Suez et Alstom participent financièrement à ces projets dont les conséquences humaines et environnementales seront catastrophiques. »

Des impacts environnementaux désastreux

Ces infrastructures ne représentent qu’une infime partie du projet d’exploitation de l’énergie hydroélectrique conçu par le gouvernement brésilien.

Bien qu’officiellement présentés comme fournisseurs d’énergie verte, les impacts environnementaux et sociaux de ces barrages seront considérables et affecteront les peuples indigènes. Ruth Buendia Mestoquiari explique :

« Ces projets expulseront mon peuple de ses terres et mettront fin à son mode de vie. Mon peuple ne demande que le respect, la tranquillité et la paix. Ces barrages apportent la souffrance, la pauvreté et les déplacements forcés. »

D’après Sophie Baillon, porte-parole de Survival International France :

« Le projet de barrage de Pakitzapango, au Pérou, inondera près de 100 000 hectares de forêts et affectera les terres et les ressources de plus de 10 000 Ashaninka.

Les barrages sur la rivière Madeira au Brésil, dont le barrage de Jirau, entraîneront une immigration massive dans la région et la déforestation de territoires où vivent plusieurs groupes indigènes, les impacts sur l’écosystème et sur les populations locales seront désastreux.

Enfin, le barrage de Belo Monte, sur la rivière Xingu, deviendra le troisième plus grand barrage au monde. Il dévastera une grande partie des forêts et des stocks de poissons dont dépendent des milliers d’Indiens pour leur survie. »


Photo Survival/Thomas LEAUD

Brent Millikan de l’ONG International Rivers, précise :

« L’un des impacts environnementaux majeurs de ces constructions est l’importante émission de méthane, gaz dont l’effet de serre est plus de trente fois supérieur à celui du CO2.

A cela s’ajoute le CO2 relâché par la déforestation, il y a donc un effet considérable sur le réchauffement climatique. La biodiversité, notamment par le biais des migrations de poissons, sera également affectée par ces projets. »

« Les gouvernements ne respectent pas leurs propres lois »

Ces barrages, financés par les gouvernements brésilien et péruvien, les banques de développements, et les entreprises locales et étrangères, sont également à l’origine d’importantes violations des droits humains reconnus par les constitutions de ces pays et par les instruments légaux internationaux.

Comme le rappelle Sheyla, « selon la Convention 169 de l’OIT, les peuples indigènes doivent être consultés avant toute construction sur leur territoire, or cela n’a pas été fait ! ».

« Je suis triste, indignée, déçue, le gouvernement brésilien vient de donner la licence de construction du Belo Monte. Les travaux ont déjà commencé malgré nos protestations et le gouvernement a refusé de nous recevoir » déplore-t-elle.

Ruth de son côté « [Je] regrette que le gouvernement péruvien émette des lois contre la tranquillité de mon peuple et de notre environnement. Il ne veut pas consulter ceux qui seront directement concernés par ces constructions alors qu’il en a le devoir ».

Pour Almir, les responsables sont avant tout les instances étatiques : « Les gouvernements brésilien et péruvien ne respectent pas leurs propres lois pour protéger les peuples indigènes. »

« Une partie de la population est ubliée et négligée par ces projets »

Tous les trois affirment qu’un autre développement, respectueux des droits de l’homme et de l’environnement est possible : « Nous ne sommes pas contre le développement mais la construction de ces barrages aura de nombreux impacts négatifs sur nos rivières et sur nos terres », déclare Ruth tandis que Sheyla souligne qu’« il existe d’autre formes de développement, en particulier en ce qui concerne l’énergie ».


Photo Survival/Thomas LEAUD

Almir, quand à lui, soutient :

« Nous voulons un dialogue afin de construire ensemble un future viable. Le développement économique de notre pays peut être différent de celui aujourd’hui planifié et devenir durable.

Il faut simplement respecter nos constitutions et les accords internationaux. Aujourd’hui une partie de la population est tout simplement oubliée et ignorée par ces projets de construction. »

Fin février, un juge brésilien décidait de suspendre le projet du Belo Monte pour des raisons environnementales. Toutefois, l’entreprise leader du projet, Norte Energia, a annoncé lundi 7 mars que les travaux d’infrastructures sur les routes permettant l’accès au site venaient officiellement de commencer.

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  • Lagrange
    Lagrange
    intelligencepaienne.blogspot.com
    • Posté à 16h01 le 15/03/2011
    • Internaute 147163
      intelligencepaienne.blogspot.com

    De la catastrophe, comme le fait remarquer Pierre Hadot dans « Le Voile d’Isis », citant les « Mémorables » de Xénophon, Socrate pressentait déjà les ambitions prométhéennes de l’homme sur la Nature, critiquant ainsi les techniques qui forcent la Nature, suivit en cela par Sénèque : « Nous ne pouvons nous plaindre que de nous même. Ce qui cause notre perte, nous l’avons mis au jour contre la volonté de la Nature qui nous l’avait caché. »

    Lien

  • Lagrange
    Lagrange
    intelligencepaienne.blogspot.com
    • Posté à 15h59 le 15/03/2011
    • Internaute 147163
      intelligencepaienne.blogspot.com

    Du progrès technique, comme Sénèque, nous considérons qu’il est un danger, différent en cela du progrès des connaissances.

    Lien

  • Arthur31300
    Arthur31300
    étudiant
    • Posté à 17h36 le 15/03/2011
    • Internaute 107955
      étudiant

    Cet article s’inscrit dans la continuité du (très bon) film « También la lluvia » (Même la pluie en français) , qui évoque cette question cruciale de l’eau, pour le coup en Bolivie...

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 23h00 le 15/03/2011
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    même s’il ne s’agit pas de barrage, je voudrais signaler que le gouvernement français a donné son accord pour forer des puits à la recherche de pétrole à 150 km des côtes de la Guyane et qu’une catastrophe comme celle du Golf du Mexique est tout à fait possible.

    Tout cela pour dire que le gouv et ses entreprises se foutent complètement de l’avenir de la planète, ne voyant que l’intérêt financier à court terme. Ils ne lèveront malheureusement pas le petit doigt pour sauver les milliers d’amazoniens, leur mode de vie et de survie.

    • universe223
      universe223 répond à caro
      être humain
      • Posté à 00h48 le 16/03/2011
      • Internaute 147832
        être humain

      il est évident que dans la mesure ou nous vivons dans un monde gouverné par l’argent,l’être humain ne fait absolument pas la poids face aux profits.Tant que l’égoïsme primera dans ce monde,jamais rien ne changera.Détruire la bio-diversité de notre planète et la richesse de ses peuples ne pose aucun problème aux nantis de notre monde : moi,ça m’empêche de dormir,je me sens totalement impuissante dans mon petit coin de Bretagne à faire changer les mentalités,j’en arrive à avoir honte de faire partie de la race dites« humaine ».Désolée de n’apporter aucune info importante,si ce n’est mon ressenti.Cependant,si je peux faire quelque chose(pétition,manif)n’hésitez pas à me contacter,

      d’une humaine à une autre humaine

      • caro
        caro répond à universe223
        délinquante avérée
        • Posté à 09h53 le 16/03/2011
        • Internaute 6484
          délinquante avérée

        merci : -)
        La Guyane, c’est fort loin, on en parle seulement pour Ariane ...
        J’ai de la famille à Cayenne qui m’a signalé cette autorisation accordée malgré l’opposition locale.
        Si le cas vous intéresse, voici un bon article
        Lien
        On commence à le savoir en métropole et des articles sont publiés.

        Les Guyanais avaient réussi à faire revenir les autorités sur une autorisation d’exploitation d’une mine d’or à ciel ouvert en plein dans les marais de Kaw, au risque de faire disparaitre une faune (surtout les alligators noirs) et une flore uniques. J’espère que là aussi, ils réussiront à faire interdire les forages qui risquent de faire disparaitre les tortues luth et les côtes guyanaises sous le pétrole.

  • I.P
    I.P
    Flat4
    • Posté à 23h21 le 15/03/2011
    • Internaute 25391
      Flat4

    On pourrait leur construire une centrale nucléaire à la place.

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 10h33 le 16/03/2011
    • Internaute 97292
      1ère version

    L’indépendance énergétique est un enjeu primordial pour l’avenir économique des pays émergents. Produire une énergie suffisante pour subvenir aux besoins de tout un pays sans modifier l’environnement est le souhait de tous les gouvernements. Et si les indiens d’Amazonie ont la réponse, il est certains que tous les pays du monde opteraient pour leur solution.

    Pour l’instant, il n’y a pas de solution miracle. Le choix politique d’utiliser l’eau des rivières pour subvenir aux besoins énergétiques de pays aussi peuplés que le Brésil ou le Pérou est, je pense, un choix écologique, dans la mesure où l’eau est abondante, renouvelable et que l’exploitation d’une centrale hydraulique est non polluante sur le long terme.

    Comme tout complexe industriel, la construction d’un barrage a un impact sur l’environnement local. A moins de construire des moulins à l’eau tous les 50 mètres, on ne sait pas construire une centrale hydraulique sans barrage de retenue d’eau. Les gouvernements brésiliens et péruviens ont jugé que l’impact écologique local était moindre par rapport à l’impact économique national.

    Tout ce qu’on peut trouver d’inadmissible de la part de gouvernements qui se disent démocratiques, c’est leur comportement vis à vis des populations locales. La non prise en compte des modes de vie et le mépris des minorités sont intolérables. Les autorités gouvernementales se comportent comme des conquistadors dans leurs propres pays.

    Quand la volonté politique est le bien commun, les dirigeants trouvent toujours des solutions équitables. Dans un monde où règne en maître le profit et les intérêts privés, pourquoi les pays d’Amérique du Sud seraient plus vertueux que les autres ?

    Chez nous non plus le peuple n’est pas consulté sur son mode de vie. Si les dirigeants politiques auraient pris la peine de consulter les citoyens avant de construire les centrales nucléaires, il est probable que la France serait aujourd’hui un pays leader en énergie renouvelable non polluante.

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