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Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

Le A cerclé, petite histoire d'un sigle devenu grand

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 10/01/2010 à 12h26

Je viens juste de prendre connaissance du texte de Louis Mesplé sur l’origine du sigle anarchiste ainsi que des nombreuses réactions qu’il a suscitées. Je ne suis pas anarchiste (peut-être un peu libertaire tout de même), une étude attentive de la révolution espagnole de l’été 1936 m’en dissuada très vite. Qu’il me soit permis cependant de contribuer ici à cette petite histoire.

Oui, en effet, ce sigle est né au sein du groupe « J.L. », Jeunes Libertaires de Paris, dont je fus membre un temps. Et c’est en effet en 1964 que Tomás Ibañez suggéra l’idée d’un sigle puis proposa celui-ci. Pourquoi ?

La nécessité d’un mouvement libertaire

Parce qu’il semblait important en ces années-là d’affirmer une présence libertaire face à l’autoritarisme du marxisme triomphant. C’était le temps où dénoncer le stalinisme était considéré par certains intellectuels comme une aberration, pire, comme un crime contre la classe ouvrière.

Le temps où de futurs agitateurs « maos » agenouillés devant un « caïman » abdiquaient tout esprit critique avant de se poser, dérisoire illusion, comme avant-garde du prolétariat puis de découvrir le goulag et d’en faire commerce pour rallier enfin le libéralisme méritocratique.

C’était le temps où suggérer que le stalinisme pouvait bien avoir son origine dans la doctrine (pour ne pas dire la théorie) marxiste de la dictature du prolétariat conduisait à être intellectuellement et moralement exécuté comme un « chien ».

C’est bien en ce temps-là que Tomás eut l’idée de ce petit dessin et c’est bien René Darras, « Renato », qui le dessina sur un stencyl. C’est bien sur le bulletin des Jeunes Libertaires qu’il parut pour la première fois.

Renato était un être comme on en rencontre rarement, comme on en croisait parfois dans la mouvance libertaire, pétri de talents. Mais non, il n’aurait pas aimé être décrit ainsi. « Un mec, simplement un mec comme un autre », aurait-il dit en allumant sa Gauloise. Il n’est plus là.

L’anarchisme des années 60

Tomás, lui, est bien là, enseignant de haut-vol et anarchiste comme devant, ou peut-être mieux encore après toutes ces années passées à théoriser son anarchisme. Il suffit pour s’en assurer d’inscrire son nom dans le rectangle magique.

Je voudrais enfin préciser à l’intention de Waldeck qu’il n’y avait pas de « Cercle Louise Michel » mais un « Groupe Louise Michel » dont l’animateur était Maurice Joyeux, un personnage lui aussi.

Je n’ai jamais entendu parler de « JAC » Jeunesse Anarchiste Communiste et Daniel Cohn-Bendit n’était « leader » de rien du tout, il fréquentait le groupe « Noir et Rouge » avant d’être, en effet, à l’origine du « 22 mars » en compagnie, entre autres, de Tomás et de Jean-Pierre Duteuil dont le livre « Mai 68, un mouvement politique » (Ed. Acratie) fourmille d’informations sur ce printemps-là.

Relisant ces quelques lignes, je songe qu’il faudrait bien se pencher sérieusement sur l’histoire du mouvement libertaire des années soixante. Peut-être découvrirait-on dans le foisonnement de tant de textes produits quelques balbutiements, quelques idées qui aidèrent à quelques libérations. Il faudrait le faire. Le temps passe si vite...

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  • désinscrit-
    • Posté à 14h15 le 10/01/2010
    • Internaute 736

    Relisant ces quelques lignes, je songe qu’il faudrait bien se pencher sérieusement sur l’histoire du mouvement libertaire des années soixante. Peut-être découvrirait-on dans le foisonnement de tant de textes produits quelques balbutiements, quelques idées qui aidèrent à quelques libérations
    Certainement, ça serait plus intéressant que de savoir combien on achète des vaccins inutiles (entre autre).

    Des textes sur l’enseignement, pourquoi pas ? ; -)

    • PhiPoePsy
      PhiPoePsy répond à désinscrit-
      Etudiant-Chercheur
      • Posté à 14h25 le 10/01/2010
      • Expert 41171
        Etudiant-Chercheur

      plus récents mais pas inintéressants (le premier est clairement anarchiste, le second ressort plus d’une tradition marxo-libertaire) :

      Lien

      Lien« -sauver- »-universite

    • christobal0094
      christobal0094 répond à désinscrit-
      citoyen du monde
      • Posté à 15h36 le 10/01/2010
      • Internaute 77671
        citoyen du monde

      l’Anarchie avec un Grand A majuscule n’existe pas.

      les idees anarchistes et les mouvements anarchistes ont precede les ecrit de Marx et les internationnales autoritaires marxistes. les autoritaires ont gagne.

      a la difference des textes sacres les mouvements anarchistes etaient surtout libertaires et extremement divers.

      a lire si vous le trouvez :

      Anarchism
      par George Woodcock :
      A history of Libertarians ideas

      si ce n’est pas traduit ca devrait l’etre, c’est une excellente introduction.

      • niouze
        niouze répond à christobal0094
        aucune
        • Posté à 16h45 le 10/01/2010
        • Internaute 65299
          aucune

        connait pas mais vous trouverez un autre texte de celui ci (en anglais)
        Syndicalism, the Industrial Expression of Anarchism
        ici : Lien

        de nombreux autre texte (pas tous d’anarchiste)
        ici : Lien

  • PhiPoePsy
    PhiPoePsy
    Etudiant-Chercheur
    • Posté à 14h18 le 10/01/2010
    • Expert 41171
      Etudiant-Chercheur

    ... euh, en quoi la révolution espagnole de 1936 dissuaderai-t-elle d’« être » ou de « devenir » anarchiste... me concernant, c’est plutôt le contraire (mais elle dissuade d’être « communiste », c’est évident)...

    (pour le reste, merci de ces précieuses précisions)

    • DocteurSka
      DocteurSka répond à PhiPoePsy
      Etudiant
      • Posté à 14h38 le 10/01/2010
      • Internaute 73623
        Etudiant

      Même question...

      Faut pas minimiser les meurtres et abus de certaines brigades un peu promptes à zigouiller le bourgeois et le curé mais bon : une guerre est une guerre !

      Pour moi, 36 c’est un peu comme Cuba : une bonne occasion rattrapée par la guerre, récupérée par les magouilleurs et les mégalos...

    • Gastlag
      Gastlag répond à PhiPoePsy
      flâneur | identi.ca/gastlag
      • Posté à 16h14 le 10/01/2010
      • Internaute 8274
        flâneur | identi.ca/gastlag

      jme pose la même question. Ayant lu « L’ordre moins le pouvoir », j’ai tendance à penser le contraire...
      Un éclaircissement de la part de Nestor Romero (ou autre) serait bien venu.

      Lien

      • Nestor Romero
        Nestor Romero répond à Gastlag
        Ancien enseignant
        • Posté à 19h23 le 10/01/2010
        • Expert 5556
          Ancien enseignant

        Bonsoir,
        J’ai écrit dans un petit livre l’histoire de la célèbre « Columna de hierro » (Los incontrolados, chronique de la Colonne de fer, 1936-37, Ed. Acratie). Cette unité fut sans doute la plus radicale de toutes les colonnes libertaires, celle en tout cas qui résista le plus longtemps à la militarisation des milices (elle devient la 86eme brigade mixte en mars 37). Il m’est alors apparu très clairement que la théorie anarchiste de l’Etat ou plutôt du non-Etat était condamnée sans appel par la pratique des libertaires espagnols de 1936, par, dirais-je, la « force des choses » : participation à l’Etat catalan, le « Comite de milicias antifascistas » . Participation à l’Etat central. Mais encore, dès la formation de la « Columna de hierro » se constitue à sa tête un « Comité de guerra » qui devient très vite et tout à fait « naturellement » un organe de commandement, un « pouvoir disposant du monopole de la violence légitime » (Max Weber).
        Plus encore, au sein même de la « Organizacion », la CNT, les « militantes destacados » deviennent des dirgeants avec leurs conflits, leurs tentations autoritaires, leur « sens du pouvoir »...
        Quand nous demandions à Federica Montseny (prestigieuse militante de la CNT et de la FAI - minitre de la Santé dans le gouvernement du socialiste Largo Caballero) comment elle avait pu accepter d’être ministre, elle nous répondait que ce fut la plus grave erreur de la « Organizacion ».
        Elle avait tort. Ce qui était mis ainsi en évidence c’était l’inanité de la construction idéologique de la « société sans Etat ». Et surtout que l’on n’invoque pas ici « les circonstances exceptionnelles » comme n’importe quel léniniste tentant d’expliquer le stalinisme.
        Cordialement.
        N.

         
        • Gastlag
          Gastlag répond à Nestor Romero
          flâneur | identi.ca/gastlag
          • Posté à 19h44 le 10/01/2010
          • Internaute 8274
            flâneur | identi.ca/gastlag

           : -)
          Merci pour cette réponse qui attise ma curiosité et me permet de connaitre un autre point de vue sur ces événements.
          Cordialement.

          • spartak
            spartak répond à Gastlag
            (comité libertaire lyophilisé)
            • Posté à 22h01 le 10/01/2010
            • Internaute 84113
              (comité libertaire lyophilisé)

            Il y a une référence en français, c’est François Godicheau, La Guerre d’Espagne, Odile Jacob (avec un chapitre intitulé « La bolchevisation de la CNT », un peu de provoc ne fait pas de mal, qui va assez dans le sens de ce que dit Nestor Romero).

            • Gastlag
              Gastlag répond à spartak
              flâneur | identi.ca/gastlag
              • Posté à 23h57 le 10/01/2010
              • Internaute 8274
                flâneur | identi.ca/gastlag

              merci, j’irai voir.
               : -)

        • désinscrit-
          • Posté à 20h14 le 10/01/2010
          • Internaute 736

          Elle avait tort. Ce qui était mis ainsi en évidence c’était l’inanité de la construction idéologique de la « société sans Etat »
          Elle n’avait pas forcément tort et il me semble qu’on peut lire la situation différemment.
          Elle n’avait pas forcément tort parce que cela a surement été la plus grave erreur de la CNT (déjà elle est pas mal placé pour juger ; -), l’autre étant (si ils en avaient la possibilité) de ne pas avoir complètement supprimé l’état avant (qui était ultra affaibli si j’ai bien compris). Mais bon, là il leur manquait peut être quelques petites années de préparation, pour prendre la place.
          La CNT a quand même réussi à mettre en place pas mal de choses, tout en étant obligé d’affronter les plus puissantes forces européennes de l’époque, avec « abstention amicale » de la France entre autre (ça n’excuse pas certaines dérives de « prise de pouvoir » qu’ils n’ont peut être pas eu le temps de gérer).
          Vos conclusions, sur les arguments que vous exposez, ne me convainquent guère pour l’instant ; -)

        • christobal0094
          christobal0094 répond à Nestor Romero
          citoyen du monde
          • Posté à 03h55 le 11/01/2010
          • Internaute 77671
            citoyen du monde

          Approuve

          c’est cette ambiguite devant les structures qui a fait, a mon avis, la force des idees anarchistes et libertaires, en les maintenant dans un etat de doute et remise en question recurant.

          par exemple c’est Proudhon refusant de se presenter a une election, pour en 1852 ( ?) se presenter et se faire battre.

          les organisations anarchistes etaient internationnalistes, mais refusaient de reellement se structurer, truquaient leurs nombre d’adherents, se disputaient entre eux.

          la guerre de 14 et le clivage pacifiste « crosse en l’air » et nationalistes a balaye les idees libertaires. Le triomphe de Lenine et du collectivisme a a peu pres clos ce chapitre chez les penseurs de gauche.

          Il y a un lien bizarre entre Celine , nettement anarcho-libertaire et Proudhon : l’anti-semitisme violentement proclame.

          mais le tri doit etre fait maintenant car une societe nouvelle doit naitre, et les pistes tronquees par l’histoire, devraient etre reouvertes.

          dans le desordre, bien sur.

        5 autres commentaires
  • ysengrimus
    • Posté à 14h27 le 10/01/2010
    • Internaute 12674

    Dany incarne cardinalement l’arabesque libertaire. Ainsi, il est désormais le centre-droite vendable. Sa trajectoire bel et bien « libertaire » et, surtout, anti-communiste se poursuit en toute cohérence. Ces slogans, sans risques politiques réels, l’animent toujours, pour la galerie

    Lien

    et il devient graduellement le BHL de l’euro-parlementarisme. Les ententes écolo-capitalistes s’esquissent déjà...
    Paul Laurendeau

  • fantome de la nuit
    fantome de la nuit
    insomniaque
    • Posté à 17h03 le 10/01/2010
    • Internaute 50069
      insomniaque

    Au fait, d’où vient-il, le Chat Noir Turbulent ?

  • palmer
    palmer
    passant
    • Posté à 20h13 le 10/01/2010
    • Internaute 51482
      passant

    Merci pour cette mise au point ; salut cordial à Nestor Romero !

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