Restez assis les enfants !

Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

L'école du « désapprendre », pour une culture de la critique de soi

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 12/01/2010 à 15h16

L’avenir de l’école est dans le « désapprendre ». Telle est l’hypothétique perspective que je voudrais proposer au débat en ce début d’une nouvelle année où l’on sent bien que les choses, dans l’institution éducative, ne peuvent aller durablement ainsi.

L’école actuelle va disparaître

Nous pressentons, depuis nombre d’années déjà, la solution technologique qui permet de résoudre la question de l’école par sa pure et simple disparition au profit de « l’école à la maison » dont la pratique, dit-on, ne cesse de se déployer.

Voici alors l’enfant seul face à l’écran. Et ainsi, le risque écarté de la rencontre inopinée d’un autre différent, de la rencontre étonnante qui m’enseigne ce que c’est que l’étrangeté, ce que c’est que la différence, la singularité et, ce faisant, me « désapprend » l’indifférence.

Mais alors, à défaut de rencontres et de reconnaissances multiples, sont à redouter la suspicion et l’affrontement surgis de fragmentations sociales pigmentées de patriotismes ethnicistes et de dogmatismes religieux.

La disparition de l’école rendue possible par la technologie est une désolante perspective. Car sans école, où donc l’enfant vivrait-il son enfance ? Ne serait-ce pas aller ainsi jusqu’au terme absurde de cette curieuse philosophie qui ne conçoit l’enfance que comme prédication de l’avenir, comme fragment inaugural de vie sacrifié à la préparation d’une hypothétique vraie vie ?

L’école du « désapprendre »

A l’inverse, tout faire pour que l’enfant vive son enfance, c’est-à-dire vive en compagnie de ses pairs en un lieu où l’apprendre (ce qui est l’essence même du vivre) se réalise, comme disait Ovide Decroly, par la vie, pour la vie, ce n’est rien d’autre que reconnaître, avec Rousseau, l’enfant en tant que personne.

Il importe donc d’opposer à cette désolante perspective d’une société sans école, sans enfance, une autre école : celle du « désapprendre ».

Ce faisant, je n’invente évidemment rien puisque je pille allègrement Michel Foucault et lui laisse le soin de tracer l’ébauche de cette école du désapprendre, s’autorisant lui-même de Sénèque pour composer deux ou trois « contes pédagogiques » :

« ’’Désapprendre’’ (de-discere) est une des premières tâches importantes de la culture de soi. [Il s’agit] de se défaire de toutes les mauvaises habitudes, de toutes les opinions fausses qu’on peut recevoir de la foule ou des mauvais maîtres, mais aussi des parents et de l’entourage. » (« L’herméneutique du sujet », Gallimard, Seuil)

Ne trouve-t-on pas ainsi énoncé ce que pourrait être la mission d’une autre école ? La culture de soi ! Et non comme dans l’école du passé, celle qui persiste encore aujourd’hui, l’inculture nécessaire à la formation de producteurs réifiés.

Et n’a-t-on pas ici, dans ce « désapprendre » qui apprend à se défaire des déterminismes, l’idée même de cet esprit critique tellement galvaudé, celui que l’on ne favorise certainement pas en dressant au garde-à-vous des enfants pour saluer le maître ?

Désapprendre pour partager

Le « désapprendre », en tant que nécessité d’une culture critique de soi, implique donc que chaque objet d’étude, par exemple et absolument pas au hasard les idées de patrie, de nation, de religion, d’identité ne soit jamais posé comme assertion mais toujours comme hypothèse.

Car, nous raconte encore Foucault, s’inspirant donc de Sénèque, « [... ] Il s’agit non pas de frapper de grands coups mais de jeter dans l’âme des petites semences [...] », il s’agit « de la nécessité, par conséquent, de s’adapter à celui à qui l’on parle, d’attendre le bon moment où la germination pourra avoir lieu. » (Lettres à Lucilius 38 et 29, « L’herméneutique du sujet »)

Définition de la pédagogie irritant au plus haut point certains « instructeurs » qui, contrairement à Sénèque et à Rousseau, n’ont pas le temps d’attendre puisque le programme est là et qu’il faut produire.

Il s’agit donc maintenant de travailler à la construction de cette autre école, sachant cependant que le désapprendre, comme la décroissance, peut faire l’objet de sarcasmes suscités par ce préfixe commun qui ordinairement signale un mouvement régressif.

Mais tout cela n’est que faux-semblant car on peut, en effet, faire semblant d’ignorer que le partage des richesses fonde absolument la décroissance comme le partage des savoirs fonde absolument le désapprendre. On peut toujours feindre de ne pas comprendre quand on ne veut pas entendre ce mot : partage.

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  • ON M RSA2012
    ON M RSA2012
    Touché en plein coeur
    • Posté à 16h19 le 12/01/2010
    • Internaute 85545
      Touché en plein coeur

    Il est important de continuer d’apprendre autrement pour s’accorder avec les usages des jeunes générations.
    Avec une retraite qui s’éloigne, les perspectives d’exister pour les jeunes générations s’estompent. Ils devront, contrairement à la génération des baby-boomers qui a pu prendre le pouvoir, continuer d’observer les erreurs des anciens sous prétexte qu’ils sont vécus sans remettre en cause les failles de leur existence et de leur mode de pensée.

    L’usage des réseaux sociaux par les jeunes est bénéfique comme la technologie permet l’égalité des chances à un savoir. Même si certains aiment faire copier et recopier des lignes pensant semer quelque chose.

    Il existe 5 grandes familles d’enseignants qu’ils soient de la formation initiale ou continue.
    Lien

    Il faut continuer d’apprendre toujours.

  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 16h58 le 12/01/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    « La disparition de l’école rendue possible par la technologie est une désolante perspective. »

    En tant que technophile et acteur de l’évolution de ces technologies, c’est un constat assez désolant... Celui de constater qu’une technologie qui est porteuse de possibilités gigantesques, y compris jusqu’à la possibilité de modifier la façon dont nous concevons le savoir, se retrouve réduite à sa portion la plus triviale...

    Utiliser la technologie pour une chose aussi trivial que l’EAO, c’est rétro-futuriste, faire du vieux avec du neuf...
    L’informatique, qui est loin de se limiter à l’objet ordinateur, devrait au contraire apporter de vastes changements dans la manière d’apprendre. Par exemple, quel est l’intérêt du par coeur à l’ère de Google ? Mais aussi, quel est l’intérêt d’une éducation qui méprise l’image et le son alors que le multimédia est déjà vieux et banalisé ? Quel est l’intérêt d’une éducation tournée vers le passé dans un monde qui est en train de s’inventer ?

    Les jeunes formés aujourd’hui connaitront des bouleversements dans le champs de l’informatique, de la biologie, des nanotechnologies... Il y a 50 ans, un ordinateur, c’était une grosse machine à calculer qui occupait une pièce entière et bouffait assez d’energie pour chauffer un étage entier. Aujourd’hui, on a plusieurs milliers de fois la puissance et la capacité dans le moindre téléphone mobile.
    Il faut se projet dans le même type de bouleversement pour les années à venir. On ne forme pas des élèves pour travailler quelques années après leur bac, on forme des citoyens et des humains pour plus d’un demi-siècle dans le futur...

    L’école semble complètement ignorer ces enjeux et persiste à continuer comme avant, avec juste un gadget de temps en temps pour faire sembler de s’adapter (les cours d’informatique, la certification B2machin...).

    • Nestor Romero
      Nestor Romero répond à Lictor
      Ancien enseignant
      • Posté à 21h20 le 12/01/2010
      • Expert 5556
        Ancien enseignant

      Bonsoir,
      Je ne peux m’empêcher de vous dire que votre technophilie (sic) a quelque chose d’inquiétant peut-être même de terrifiant.
      « Constater qu’une technologie [qui] est porteuse de possibilités gigantesques... » dites-vous. Qui ne constaterait cela ? D’autant que ce n’est pas nouveau, la science, la technique, la technologie ont toujours été porteuses de « possibilités gigantesques »... Mais pour le meilleur et pour le pire.
      De sorte que la question a toujours été celle-ci : qui décide, l’homme ou la machine ? Et selon quels critères.
      Ou encore : doit-on faire tout ce que la science permet de faire ? Qui choisit et selon quelles modalités ?
      Peut-être êtes-vous moins « moderne » que vous l’imaginez et même peut-être un petit peu archaïque car voyez-vous, au XIXème siècle
      Henry David Thoreau disait déjà dans « Walden » : ’’Mais voici les hommes devenus les outils de leurs outils ».
      Tel est le risque, celui du pire des mondes où l’outil commande à l’homme.
      Par où bien sûr nous en revenons à l’école de laquelle la technologie n’a jamais été absente, particulièrement de l’école la plus innovante, celle de Freinet par exemple et sa pratique de l’imprimerie à laquelle les nouvelles technologie ouvrent de fort intéressantes perspectives. Mais dans quel but ?
      « On forme des citoyens et des humains... pour le futur », dites-vous.
      Et je ne sais pas trop ce que vous entendez par « former ». C’est un mot terrible que celui-ci qui peut exprimer là encore le pire ou le meilleur.
      Pour ma part je souhaite que la technologie n’isole pas les enfants les uns des autres mais qu’elle contribue à leur rencontre, qu’elle leur permette de mieux vivre leur enfance, c’est-à dire de mieux apprendre... ensemble et, enfin, je souhaite que l’école se donne pour mission essentielle de cultiver l’esprit critique de tous ceux qui la fréquentent, enseignants compris, de façon à éviter que ce futur dont vous parlez ne soit pas celui où les hommes seront devenus « les outils de leurs outils ».
      Cordialement.
      N.

      • Saheyus
        Saheyus répond à Nestor Romero
        Nightfall, quietly it crept and (...)
        • Posté à 23h52 le 12/01/2010
        • Internaute 28231
          Nightfall, quietly it crept and (...)

        « Pour ma part je souhaite que la technologie n’isole pas les enfants les uns des autres mais qu’elle contribue à leur rencontre »

        Il me semble justement que le principal potentiel d’internet, c’est de permettre des rencontres infinies. Tenez, sans internet, je n’aurais même pas conscience de votre existence.

        Cela dit, je comprends un peu votre scepticisme, et je ne partage pas totalement la technophilie de Lictor.
        Mais je formulerai le problème autrement que vous. Le problème, ce n’est pas : « Quelle technologie devons-nous développer ? (ou pas) » mais bien « Quelle culture de la technologie devons-nous avoir ? »

        L’humain ne deviendra pas esclave de ses outils le jour où il en créera de trop puissants, il deviendra esclave de ses outils le jour où il cessera de les questionner, de comprendre leurs implications, et de remettre en cause certaines de leurs utilisations.
        D’ailleurs, nous n’avons pas attendu l’ordinateur pour devenir esclaves de certains de nos outils. Je pense à la télévision, à la publicité, à certains médicaments... L’éducation a un grand rôle à jouer dans la perception de l’informatique, et c’est pourquoi il est si triste de voir notre système éducatif complètement incapable d’incorporer la technologie à son enseignement (à moins que ça ne se soit amélioré depuis trois ans, mais j’en doute).

         
        • Lictor
          Lictor répond à Saheyus
          informaticien
          • Posté à 08h31 le 13/01/2010
          • Internaute 68450
            informaticien

          Tout à fait, c’est, en partie, ce que je voulais dire. Pour reprendre Arthur C. Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. ». Et c’est extrêmement grave d’en arriver là. Actuellement, une partie de la population considère l’ordinateur et l’informatique, la photographie ou la téléphonie comme une forme de magie. On le voit clairement dans le discours : « c’est la faute de l’ordinateur », « il ne veut pas marcher », « le technicien est un vrai magicien, il a réussi à remettre le système en route ».
          Ce type de discours est caractéristique d’un glissement inquiétant : l’outil devient doté d’une personnalité (capricieuse), il faut un intermédiaire pour l’apaiser (le technicien). On est pas loin des mécanismes de la religion...
          L’autre risque, c’est la perte du sens critique. On le voit en photographie. En l’absence de culture photographique, il est très facile d’induire les citoyens en erreur parce qu’ils subissent un message sans même avoir conscience qu’il y a un message. A ce titre, la photographie est une arme énorme dans l’arsenal du bon storyteller.

          L’autre aspect, c’est que le réseau change le contexte. Nous venons d’un monde où l’information était rare. Il fallait accumuler les connaissances pour les avoir à portée, il fallait parcourir le monde pour avoir accès à certaines informations... On pouvait mesurer l’individu à la somme de ses connaissances.
          Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où l’information est pléthorique. Nous n’avons plus besoin d’aller chercher l’information, elle nous bombarde en permanence. Le problème aujourd’hui, c’est plutôt de se défendre contre ce flux permanent de trivialités pour pouvoir tout de même penser. L’enjeu, c’est d’être capables de vivre dans un flux permanent d’information bruitée, contradictoire et non hiérarchisée. C’est un changement radical de paradigme. Aujourd’hui, l’important n’est pas de savoir, mais de comprendre et d’apprendre.

          • Saheyus
            Saheyus répond à Lictor
            Nightfall, quietly it crept and (...)
            • Posté à 00h38 le 14/01/2010
            • Internaute 28231
              Nightfall, quietly it crept and (...)

            Je ne pensais pas spécialement à l’aspect technique, et je pense que l’importance de cette aspect n’est pas fondamentale. Même si je suis d’accord sur le fait que les connaissances du fonctionnement de la technologie forment un domaine en soit qui vaut bien autant que les autres grands domaines, et qui gagne donc à être connu, au moins pour les bases, par le plus grand nombre.
            Par contre, votre exemple du photographe est un exemple très intéressant.

            « Aujourd’hui, l’important n’est pas de savoir, mais de comprendre et d’apprendre. »

            Effectivement, ça change radicalement l’approche de l’information. A titre d’exemple, l’apprentissage de dates par cœur est devenue complètement obsolète. Et de l’autre côté, la capacité à savoir quels sont les évènements vraiment importants (et pourquoi) est, quant à elle, devenue tout à fait vital.
            Sur ce plan, l’école a beaucoup de retard, mais ça tend à évoluer. J’ai entendu dire que le Danemark avait autorisé l’usage d’internet au bac, notamment.

            Après, quant à savoir ce qu’il en sera chez nous dans les années à venir...

        2 autres commentaires
      • Lictor
        Lictor répond à Nestor Romero
        informaticien
        • Posté à 08h18 le 13/01/2010
        • Internaute 68450
          informaticien

        Non, justement, la teneur du progrès technologique a radicalement changé. Vous continuez à parler d’« outils », alors que justement, l’être humain est peut-être à l’aube d’évoluer au delà de l’outil.
        L’informatique n’est d’ailleurs pas qu’un outil, une partie de la discipline se passe même de l’ordinateur et à des ramifications dans la compréhension du vivant (comme la cybernétique), de la psychologie ou de l’information en général. Dans un siècle, nous ferons peut-être de l’informatique sur support génétique ou quantique et l’ordinateur sur le modèle de Turing aura été oublié...

        Vous semblez vouloir croire que technologie rime avec isolement... On pourrait reprocher la même chose au livre. L’isolement ne nait pas de l’outil, mais de son usage. On peut rester enfermer toute la journée à lire des livres, certains le font. On peut aussi discuter de ses lectures avec les autres.
        Vous semblez d’ailleurs craindre une prise de contrôle de la machine sur l’homme. Mais le meilleur moyen de garder le contrôle, ce n’est pas de cultiver l’ignorance, mais justement de maitriser l’outil. Le fait qu’une partie de la population considère l’informatique comme de la magie est par exemple un très mauvais signe...

        Contrairement aux autres animaux, l’humain a externalisé son développement. Au lieu d’améliorer son corps par la sélection naturelle, il a suppléé à ses manques par la technologie. Au lieu d’apprendre à courir plus vite, nous avons inventé la calèche, la voiture, l’avion... Parfois pour le plus grand malheur de la planète d’ailleurs.
        Mais actuellement, le progrès technologie va peut-être permettre de réinternaliser notre développement.

        Très timidement, l’arrivée du net permet de mettre nos connaissance en réseau. C’est une invention au moins de l’ampleur de l’imprimerie. L’imprimerie a libéré le livre des élites économiques et religieuses. La mise en réseau a le potentiel de libéré la diffusion de la pensé des frontières et de l’exclusivité de quelques médias. Tout comme l’enseignement à dû s’adapter au livre, il devra également s’adapter au réseau.
        Par exemple, l’enseignement français actuel est focalisé sur l’accumulation de connaissances, dans le but de réussir le bac (et d’exceller à Trivial Pursuit). Quel est l’intérêt de cette orientation dans un monde où toute la connaissance est disponible en grande partie gratuitement à partir de n’importe quel ordinateur ou téléphone mobile ?
        A l’opposé, la plupart des jeunes, qu’on dit pourtant technophiles, ne savent pas chercher l’information sur le net, ne savent pas l’aborder de manière critique, ne savent pas la structurer et se l’approprier pour former leur opinion.
        Pire : la plupart des jeunes sont désarmés face à une grande partie de l’information de la vie courante. 150 ans après sont invention, beaucoup sont incapables de lire de manière critique une photographie. Plus d’un siècle après sont invention, le langage du cinéma reste une énigme pour beaucoup. Là encore, ces technologies sont sans doutes trop modernes et triviales pour être traitées de manière sérieuse par l’école...
        Encore pire, face à un monde en évolution rapide, beaucoup de jeunes n’ont pas les outils pour apprendre à apprendre par eux-mêmes.

        Les technologies les plus vivaces du moment continue de se rapprocher du corps et même du cerveau humain : biologie, génie génétique, informatique, nanotechnologies... Et on peut deviner une fusion, les premières interfaces neurones-transistor ont timidement fait leur apparition. D’ici un siècle, on peut imaginer la réintégration du progrès technologique dans notre corps.
        Certes, on peut trouver la perspective effrayante. Elle le sera si les citoyens sont dépossédés du progrès technologique et se contentent de le considérer comme de la magie - comme actuellement la télévision, la photographie ou l’informatique. Elle le sera si les citoyens subissent la technologie et l’utilisent avec timidité et peur. Elle le sera si l’école cherche à préparer des citoyens à un monde qui n’aurait pas évolué.

         
        • Nestor Romero
          Nestor Romero répond à Lictor
          Ancien enseignant
          • Posté à 23h00 le 13/01/2010
          • Expert 5556
            Ancien enseignant

          Bonsoir,
          Décidément vous lisant (mais aussi Saheyus), j’ai l’impression d’avoir commis un sacrilège ou peut-être un crime de lèse-technologie.
          Oui, en effet, je continue à parler d’outils, surtout quand vous ajoutez que « l’être humain est peut-être (bienvenu “peut-être” !) à l’aube d’évoluer... ». Mais qu’est-ce donc que cette évolution ? Qui fait évoluer qui ? Qu’en est-il alors de la liberté de l’être humain, de sa capacité à construire de sa propre initiative le monde dans lequel il souhaite vivre sans se laisser aller à une « évolution » qu’il ne maîtrise pas ?
          Quelle erreur maintenant ! Non la lecture (mais de quelle lecture parlez-vous ?), ma lecture ne m’isole pas, elle me plonge dans le monde. Tenez, justement, dès que je vous quitterai je me plongerai dans un livre de Faulkner, Les larrons, vous connaissez ? C’est l’histoire d’un homme fasciné par la technologie de son époque, une voiture qui pour lui n’est pas un moyen mais une fin en soi. La lecture, ma lecture est un mode de réflexion, c’est-à-dire un mode de vie, lent, très lent, comme l’exige la réflexion, la méditation.
          Mais nous sommes d’accord sur un point : oui, il est primordial que l’homme maîtrise l’outil. Mais alors il faut fuir la contradiction : ce n’est pas à l’enseignant à s’adapter au livre mais à lui d’adapter le livre à son enseignement, aux objectifs qu’il s’est donné. Il en va de même pour le réseau, l’enseignant utilise le réseau mais ne se laisse pas utiliser par le réseau et il enseigne à ses élèves comment ne pas se laisser utiliser pas le réseau.
          Mais vous commettez encore une erreur me semble-t-il car l’enseignement du français n’est nullement focalisé sur l’accumula- tion de connaissances mais sur le bachotage c’est-à-dire la technique de préparation et de passage d’une épreuve, ce qui n’a rein à voir avec la connaissance.
          Il est vrai que vous semblez avoir une curieuse conception de la « connaissance » comme s’il s’agissait d’une énorme salade de fruits dans laquelle il suffirait de prélever ce dont on a envie ou besoin. Il me semble pour ma part que la connaissance se construit, ce qui nécessite réflexion, esprit critique, mémoire et capacité de mise en relation, bref, sens de la complexité.
          Quant à la technologie-magie, j’avoue ne pas bien comprendre ce que vous entendez par là. Je sais parfaitement qu’il n’y a rien de magique là dedans mais ce dedans ne m’intéresse pas, ne me fascine absolument pas. Autant je suis heureux de trouver une information sous une impulsion de l’index, autant il m’importe peu de savoir « comment ça marche », comme il ne m’a jamais importé de savoir comment fonctionne ma voiture ou mon téléphone, je n’ai pas le temps, pas le temps en effet de m’occuper de ça, je fais confiance aux spécialistes, Faulkner et ses Larrons m’attendent.
          Bonsoir.
          N.

          • Saheyus
            Saheyus répond à Nestor Romero
            Nightfall, quietly it crept and (...)
            • Posté à 00h26 le 14/01/2010
            • Internaute 28231
              Nightfall, quietly it crept and (...)

            « La lecture, ma lecture est un mode de réflexion, c’est-à-dire un mode de vie, lent, très lent, comme l’exige la réflexion, la méditation. »

            Très lent, vous trouvez ?
            A mes yeux, la littérature est au contraire une façon de condenser, d’accélérer le monde. En lisant un livre de plusieurs centaines de pages, ce qui ne prend guère que quelques dizaines d’heures, tout au plus, on vit parfois des années entières à des lieues de distances, voire une vie complète, ou même plusieurs. Après tout, la rédaction d’une œuvre bien plus de temps que sa lecture, il n’est donc pas surprenant que la littérature soit bel et bien un condensé.

            Après, libre à vous de vous arrêter sur un bref passage, et de choisir de méditer dessus.
            Mais en définitif, le cinéma ou l’internet sont-ils « différents » de la littérature, par essence ? Non, je pense que ça participe du même mouvement, de la même volonté de condenser l’information, de condenser la vie, de condenser le monde.

            Ni l’art ni la technologie n’ont de fin purement méditative, mais c’est une possibilité d’exploitation, une méthode d’approche. Après tout, sur le net, si je survole la vie de centaines de personnes en faisant défiler une simple page facebook, je peux aussi m’arrêter dans un débat, y passer des heures voire des jours, prenant soin de me documenter et de réfléchir (ce qui n’est pourtant pas encore de la méditation à proprement parler).

            Cela dit, je m’emporte peut-être un peu. Après tout, vous avez bien précisé qu’il de « votre lecture ». Mais je tenais à souligner qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les supports, seulement une différence de degré.

            Je ne vous accuse pas de crime lèse-technologie, mais plutôt de... manque de rigueur. Et d’absence d’arguments, d’où mon qualificatif de réaction épidermique.

            « Et ainsi, le risque écarté de la rencontre inopinée d’un autre différent, de la rencontre étonnante qui m’enseigne ce que c’est que l’étrangeté »

            Ici, vous prétendez d’un bloc que l’ordinateur nous isole, nous coupe de l’autre. Hors, chacun sait que la première fonction de l’internet est de relier les utilisateurs.
            Si vous considérez, et c’est votre droit légitime, que cette fonction n’est pas remplie, à vous de dire pourquoi et, si possible, de la prouver. Est-ce le manque de visualisation ou de retransmission de la voix ? le manque de proximité physique ? Est-ce la possibilité d’une suppression des moments de récréation, ou des sorties, qui vous inquiète ?

            « Mais alors, à défaut de rencontres et de reconnaissances multiples, sont à redouter la suspicion et l’affrontement surgis de fragmentations sociales pigmentées de patriotismes ethnicistes et de dogmatismes religieux. »

            Ici, vous établissez un lien pour le moins étrange entre l’informatique et le nationalisme, le racisme et le dogmatisme religieux. Mais l’internet, n’est-ce pas la remise en cause des frontières ? Un espace plus libre que les autres ? (bien que loin d’être « déréglementé » comme certains le prétendent) En outre, on ne voit pas la couleur de la peau de la personne à qui l’on parle, ce qui évite tout réflexe raciste primitif.
            Vous pourriez, certes, rétorquer que c’est justement cette « mise en virtuel » des contraintes (frontières, lois, ethnies), qui pose problème, car ce n’est qu’une mise en parenthèse qui s’évanouit aussitôt qu’on retourne dans la vie réelle, que ce n’est qu’une échappatoire qui nous détourne de la remise en cause convaincue de ces choses.

            Vous auriez pu, mais vous n’avez pas poussé votre réflexion plus loin que l’affirmation, parfois même sans lien logique, à travers deux petits portraits très jolis, mais qui en tant que tels ne me convainquent guère.
            En outre, il aurait été intéressant de connaître votre position : Le travail à distance doit-il être totalement banni du système éducatif ?

            Mais je crains que vous n’ayez tout simplement voulu trop en dire en un seul article.

        2 autres commentaires
  • domdeber
    domdeber
    acrobate
    • Posté à 17h28 le 12/01/2010
    • Internaute 99822
      acrobate

    Je dois avoir le cerveau particulièrement lent, mais j’ai beaucoup de mal à comprendre en termes clairs où veut en venir l’auteur.
    S’agit-il de dénoncer une fois de plus, pour NR, le problème que semble lui poser l’apprentissage et le rôle que tient, pour ce faire, l’école « traditionnelle » ?
    Et si avant de « désapprendre », on commençait par apprendre ?

    • lancetre
      lancetre répond à domdeber
      • Posté à 22h16 le 12/01/2010
      • Internaute 18658

      A mon sens, vous posez parfaitement le problème.

      Les pédagogues d’IUFM, sans élèves, ne se rendent pas compte de la catastrophique situation dans laquelle nous sommes.

      Lire un tel texte (celui de Nestor Romero) lorsqu’on est quotidiennement confronté à l’incapacité de jeunes de 15 ans à construire une phrase grammaticalement correcte, donc compréhensible par l’autre, est effarant.

      Foucault, c’est bel et bon, dés lors qu’on maîtrise une culture classique étendue.

      Avant de prendre le thé au harem de Pythagore,il est nécessaire d’avoir intégré la tribu du sujet...

      « L’ignorance, c’est la force » (George Orwell, 1984)

  • tilide
    tilide
     » « ! ? ...
    • Posté à 20h49 le 12/01/2010
    • Internaute 98744
       » « ! ? ...

    Que de bla bla ...où voulez-vous en venir ?
    Qu’apporte votre contribution à la réflexion sur l’école qui doit rester publique,laïque et obligatoire et est gravement menacée ?
    Ah ! vive Monsieur CHOMSKY, brillant intellectuel qui met ses connaissances au service de chacun !

    • Saheyus
      Saheyus répond à tilide
      Nightfall, quietly it crept and (...)
      • Posté à 23h42 le 12/01/2010
      • Internaute 28231
        Nightfall, quietly it crept and (...)

      Gravement menacée ? Par qui, par quoi ? Je ne vois guère qu’un édifice branlant depuis des décennies qui s’affaisse petit à petit de manière tout à fait prévisible (à moins que la longueur de l’observation ne nous amène à détecter un affaissement qui existait déjà dès le départ).

    • Boutauvent
      Boutauvent répond à tilide
      Testeur de temps libre
      • Posté à 07h29 le 13/01/2010
      • Internaute 45018
        Testeur de temps libre

      Il me semble que l’école n’est plus laïque depuis bien longtemps.
      Certes, elle n’est plus le siège des prosélytismes religieux, mais n’est-elle pas entièrement dédiée à d’autres chimères essentiellement matérialistes ?
      Je laisse à chacun le soin d’apprécier ce que signifie encore le mot « publique » quand il est évident que si chaque enfant est supposé y entrer par la même porte, les inégalités y seront tellement exacerbées que les sorties se feront par des couloirs bien disparates...
      Alors, « obligatoire » ? ! ? Pas plus qu’il me viendrait à l’idée d’inscrire mon enfant dans une religion « spirituelle », je n’ai l’intention de le soumettre au conditionnement de « maîtres » inféodés au matérialisme.
      Jusqu’à plus ample informé, la déclaration des droits de l’homme nous accorde la liberté de conscience ; il n’y a donc aucune raison pour que nos enfants soient contraints d’aller écouter le discours de « la performance », de « la compétition » et de la « réussite sociale ».

      • domdeber
        domdeber répond à Boutauvent
        acrobate
        • Posté à 08h11 le 13/01/2010
        • Internaute 99822
          acrobate

        Non, non, non, l’école n’a JAMAIS été obligatoire. Seul, l’enseignement l’est.
        Vous avez donc tout loisir, sous couvert de pouvoir attester des compétences personnelles nécessaires (une démarche est à faire en ce sens auprès de l’administration) ou bien de recourir aux bons services du CNED, de faire vous même classe à votre enfant.

        Ensuite, quant à savoir si une enfance passée à ne recevoir qu’une forme d’enseignement avec comme « maître » son propre parent est plus apte qu’une autre à ouvrir l’esprit et à développer l’esprit critique, c’est l’affaire de chacun. Bien entendu, éviter que votre enfant ne soit contaminé par le « matérialisme » instillé par des « maîtres » (ce mot semble vous gêner, il serait intéressant de savoir pourquoi... vous pouvez aussi les appeler « enseignants », ce n’est pas mal non plus et encore plus exact) est tout à fait respectable et prépare sûrement votre enfant à vivre dans une société où, devenu adulte, il sera confronté aux choix des autres.

        Quoi que vous en pensiez, l’école est laïque. demandez-vous donc pourquoi elle fait face à tellement d’attaques, tant des groupes plus ou moins religieux que du politique, voire du poilitquement correct. A force de la déclarer moribonde et inutile, plus ne sera besoin de cette institution : elle finira bien par disparaître grâce aux bons soins de tas de bonnes personnes désirant libérer tous les chers petits du formatage qu’elle est supposée créer. Encore un effort et ne vous tracassez pas, vous y arriverez.

        L’école est publique, c’est à dire qu’elle tire les moyens de son fonctionnement de fonds publics. Les enseignants sont fonctionnaires, payés par l’Etat. Ils ne dépendent pas (du moins pour le moment,mais là aussi, ne vous tracassez pas, le changement est en bon chemin - tout au moins à votre sens-) d’un employeur privé avec tout ce que cela peut signifier en matière d’arbitraire et de correspondance à un profil de « clientèle » (c’est le terme, il me semble).

        Au fait, quelle école avez-vous fréquentée lorsque vous étiez enfant ?

         
        • Boutauvent
          Boutauvent répond à domdeber
          Testeur de temps libre
          • Posté à 08h38 le 13/01/2010
          • Internaute 45018
            Testeur de temps libre

          Je répondais à un commentaire qui la voulait « obligatoire »...
          Je souligne, par ailleurs, que c’était au programme de Ségolène en 2007 !

        • Boutauvent
          Boutauvent répond à domdeber
          Testeur de temps libre
          • Posté à 09h05 le 13/01/2010
          • Internaute 45018
            Testeur de temps libre

          Pour ce qui est de « maître » : c’est du même registre que les « président », « docteur », « excellence » et autres (que certains n’ont pas honte de revendiquer)... je ne connais que l’égalité républicaine ayant aboli les privilèges. Si le « citoyen » est passé de mode, les « Madame » et « Monsieur » me semblent largement suffisants.
          Oui, l’école publique est « laïque » dans le sens où le dieu auquel elle se consacre est l’argent, avec son cortège compétition, performance, rentabilité, discipline...
          Et elle tire les moyens de son fonctionnement de fonds publics... qui seront bien différents selon que les collectivités territoriales investiront dans la jeunesse, dans l’avenir, dans la technologie ou pas. A cela, on peut ajouter la capacité de l’enseignant responsable à utiliser l’informatique et à en faire profiter les enfants.
          L’école n’est donc que le reflet de la société, médiocre et inégalitaire, et non le pivot de l’avenir et de la connaissance. Le petit homme qui veut en faire « un sanctuaire » ne l’envisage pas sous cet angle !

          • Hemenate
            Hemenate répond à Boutauvent
            • Posté à 19h06 le 13/01/2010
            • Internaute 856

            « Pour ce qui est de “maître” : c’est du même registre que les “président”, “docteur”, “excellence” et autres (que certains n’ont pas honte de revendiquer)... je ne connais que l’égalité républicaine ayant aboli les privilèges »

            L’égalité des citoyens n’empêche pas la distinction des fonctions, c’est ce qui structure une société.
            Par ailleurs, les privilèges ont été aboli lors de la nuit du 4 août, et non par la DDHC.

            Votre rejet de la norme est très caractéristique de l’ultra-individualisme postmoderne, mais la vie en société implique nécessairement une part de « conditionnement », il faut s’y faire.

            • Boutauvent
              Boutauvent répond à Hemenate
              Testeur de temps libre
              • Posté à 16h41 le 14/01/2010
              • Internaute 45018
                Testeur de temps libre

              Je ne vois pas où j’aurais écrit que l’abolition des privilèges serait le fruit exclusif de la DDHC ? ! ?
              (Je précise, au demeurant,que cette nuit du 4 Aout 89 ne fut que celle de l’ouverture des débats sur l’abolition des privilèges, et que ceux-ci durèrent de longs mois. Tant qu’à vouloir être pointilleux, autant le faire dans la précision !)
              J’imagine que quand tu parles de « normes », tu parles des tiennes, de ces conventions bourgeoises qui seraient plus républicaines que mon « ultra-individualisme postmoderne » qui refuse ce conditionnement que tu juges indispensable pour qu’on te donne « la becquée », car je ne les vois inscrites nulle part dans le bloc de constitutionnalité.
              Désolé, mais je fais partie de ces « arriérés mentaux » qui restent anarchistes passé l’âge de 50 ans, alors il est peu probable que je m’y fasse...
              Je souligne que mon « ultra-individualisme postmoderne » m’autorise à offrir le gite et le couvert à des SDF sur mes très faibles moyens financiers. Qu’en est-il de « tes normes » et de ta conception de la vie en société ?

        4 autres commentaires
  • Saheyus
    Saheyus
    Nightfall, quietly it crept and (...)
    • Posté à 23h43 le 12/01/2010
    • Internaute 28231
      Nightfall, quietly it crept and (...)

    Je suis généralement totalement d’accord avec vos articles, mais pour cette fois je mettrais un gros bémol au début de votre article. Il me fait penser à une réaction épidermique.

    « Voici alors l’enfant seul face à l’écran. Et ainsi, le risque écarté de la rencontre inopinée d’un autre différent, de la rencontre étonnante qui m’enseigne ce que c’est que l’étrangeté, ce que c’est que la différence, la singularité et, ce faisant, me “ désapprend ” l’indifférence. »

    La distance ne met aucunement un terme à la communication, même s’il est possible de la rendre obsolète (en favorisant la « communication » avec la seule machine). Mais c’est là une orientation délibérée, tout comme d’autres orientations privilégie le contact humain avec la machine pour simple intermédiaire. Tout ce que la distance enlève, c’est le contact physique, et potentiellement l’image et le son.
    Est-ce là-dedans que résideraient nos différences ? Non, mille fois non. Un humain n’est pas qu’un corps, un visage exprimant des émotions, une voix, même si cela aide à la communication. Un humain est avant tout une pensée et une volonté. Et s’il y a bien une chose que l’on peut apprendre d’internet, c’est que l’on peut avoir des relations avec autrui, on peut apprécier autrui, on peut même le *connaître* sans contact physique. C’est juste un peu plus compliqué.

    Après, pour mon positionnement personnel, je pense qu’il serait bon de diminuer progressivement les heures de cours à partir du collège, pour favoriser l’autonomie autant que pour permettre aux élèves de profiter des avantages pratiques de la technologie. Après, il serait probablement malvenu d’introduire les ordinateurs au primaire (notamment parce que l’apprentissage de la calligraphie est un domaine que l’ordinateur pourrait mettre à mal), et il me semble évident que le travail à distance n’a pas vocation à remplacer totalement les heures de cours.

    Pour le reste, concernant la culture de l’auto-critique et de ses propres déterminisme, ce serait une chose intéressante.
    J’avouerai cependant que la transition entre les deux sujets m’a semblé un peu confuse.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 08h14 le 13/01/2010
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Je suis fasciné (et atterré !) par la capacité qu’ont les Français d’émettre un avis sur ce qu’ils n’ont pas expérimenté et à souhaiter que le fruit de leur « masturbation » devienne une règle intangible pour les autres
    Combien seront-ils, parmi ceux qui vont éclairer ce débat de leurs « lumières », à avoir voyagé et expérimenté d’autres systèmes scolaires que celui de la France ; combien scolarisent leur enfant à domicile ?
    Ayant été moi-même réfractaire au système scolaire conventionnel (pour refuser ensuite de me soumettre à la société consumériste), ce n’est pas maintenant que la technologie propose à mon enfant d’enrichir son savoir par l’accès à une gigantesque banque de savoirs que je vais l’envoyer se soumettre à la discipline de « maîtres » conditionnés à produire des « singes savants » au profit d’une société moutonnière.
    Ne vous inquiétez pas pour ses « relations sociales », elle s’en arrange très bien... avec l’avantage de pouvoir les choisir !

    • domdeber
      domdeber répond à Boutauvent
      acrobate
      • Posté à 09h10 le 13/01/2010
      • Internaute 99822
        acrobate

      Cher voisin,
      Décidément, vous n’avez pas de chance. Je fais partie de ces enseignants qui ont eu la chance de travailler durant de longues années dans des pays très variés et donc des systèmes scolaires eux aussi très variés.
      Nul n’est prophète en son pays, mais je pense très immodestestement avoir une idée assez claire de l’enseignement dans sa réalité quotidienne. L’idée que j’en ai est issue de mon vécu, pas d’une scolarité plus ou moins lointaine revisitée à l’âge adulte.
      Qu’ensuite, ce qui semble avoir été un passé douloureux dans l’institution scolaire ait laissé chez vous des traces profondes, est évident. Il n’est toutefois pas besoin, pour défendre votre point de vue, de « hausser le ton » et d’employer des arguments étonnants voire quelque peu déplacés chez une personne se targant d’ouvrir l’esprit à la tolérance.

      • Boutauvent
        Boutauvent répond à domdeber
        Testeur de temps libre
        • Posté à 12h01 le 13/01/2010
        • Internaute 45018
          Testeur de temps libre

        Je ne vois pas en quoi un enseignant ayant voyagé et pouvant éclairer un peu plus le débat m’enlèverait la moindre parcelle de « chance » ! ? !
        Je hausse le ton contre ceux qui voudraient imposer leur vision de monde aux autres...
        « Ma tolérance et mon ouverture d’esprit » ne vont pas jusqu’à me soumettre au dictat de ceux qui sauraient mieux que moi ce que sont « le bien et le mal » pour mes enfants.
        Sur ce que j’en ai vécu « douloureusement » (effectivement) et ce que j’ai encore pu noter récemment, je suis loin de vénérer l’institution scolaire dont je considère qu’elle se prostitue au profit d’un modèle économique et social auquel je n’adhère pas. Je comprends que les enseignants n’apprécient pas tous ce point de vue...

  • SuperAlAmAs-
    SuperAlAmAs-
    Don Quichotte
    • Posté à 10h33 le 13/01/2010
    • Internaute 65608
      Don Quichotte

    ouais bhein cet article : ICI est démagogique, pourvu qu’il soit lu par les journalistes et autres chroniqueurs quotidiens de la rue...
    faut avoir les moyen de sa politique les petits gars n’oubliez pas qu’un tas de gens vs lisent sans poister et qu’ils sont dépités par votre travail !
    ça devient une secte : s Bobo89, rendez nous notre rue bande de moultons xD, bon je m’casse je vous laisse entre « vous » ...

  • STEFFEN Louis
    STEFFEN Louis
    ancien enseignant réformateur
    • Posté à 19h10 le 13/01/2010
    • Expert 25070
      ancien enseignant réformateur

    Monsieur Roméro

    Comme d’habitude vos analyses sont à la fois justes par certains côtés et critiquables par d’autres. En témoigne cette citation que vous reprenez à votre compte :
     » [Il s’agit] de se défaire de toutes les mauvaises habitudes, de toutes les opinions fausses qu’on peut recevoir de la foule ou des mauvais maîtres, mais aussi des parents et de l’entourage. »
    C’est le manifeste habituel de la culture scolaire qui prétend « laver » l’élève des influences néfastes qu’apporterait toujours l’entourage familial et social des enfants. En revanche vous ne cessez de « citer » les grands maîtres de la culture universelle-éternelle pour fonder vos aphorismes et justifier le traitement hygiénique que vous voulez faire subir, pour commencer, aux malheureux sauvages crottés qui peuplent l’école rédemptrice.
    Il faudrait aussi s’interroger sur cette manie que vous avez d’appeler perpétuellement à la rescousse les penseurs estampillés de l’orthodoxie académique alors qu’on pourrait croire que votre générosité partageuse à l’égard des petits plébéens vous porte vers des personnages plus proches d’eux et nullement effarouchés par leurs « mauvaises habitudes » : Celestin Freinet ou Don Milani par exemple.
    Au fond n’êtes-vous pas tout aussi conservateur que les anti-pédagogues que vous combattez courageusement et avec raison et n’avez-vous pas la même vision qu’eux de la culture comme patrimoine inaltérable de l’humanité, fondé sur les Grandes oeuvres et les Grands hommes ? La culture comme avoir et pas comme devenir, comme célébration et pas comme création ?

    • Nestor Romero
      Nestor Romero répond à STEFFEN Louis
      Ancien enseignant
      • Posté à 22h05 le 13/01/2010
      • Expert 5556
        Ancien enseignant

      Bonsoir,
      Non cher Steffen Louis, si je cite souvent mes « sources » (dont Freinet d’ailleurs) c’est juste par, disons, rigueur intellectuelle, conscient que je suis de ne rien inventer et de devoir beaucoup à certains. Et tant pis pour le ton quelque peu pédant, on ne peut pas tout avoir.

  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 20h39 le 13/01/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    supprimé, les posts déconnent...

  • Wildleech
    Wildleech
    révolutionnaire en devenir
    • Posté à 01h53 le 14/01/2010
    • Internaute 81842
      révolutionnaire en devenir

    Je me dois de vous signaler que, à moins d’une volonté politique d’abêtissement de la population, le lieu nommé école existera encore longtemps. Les raisons sont principalement économiques et pratiques. Économiques, parce qu’il faudrait que l’un des parents soutienne l’apprentissage du jeune enfant au lieu de travailler.
    Pratiques, parce que des contraintes physiques seraient nécessaires pour qu’un adolescent accepte de rester assis devant un programme éducatif assez longtemps pour apprendre quelque chose.
    Les risques de dérives sont ailleurs : dans le statut de l’enseignant qui ne sera plus qu’un faire valoir et dans le conditionnement des élèves qui n’auront plus de variétés dans l’approche de l’apprentissage.

  • Vincent Mespoulet
    Vincent Mespoulet
    Enseignant
    • Posté à 08h36 le 14/01/2010
    • Expert 64418
      Enseignant

    Cher Nestor,

    Je crois que les prémisses que tu poses à ton raisonnement sont erronées. Ayant appris à désapprendre : -) mon métier d’enseignant, je te livre mes propres aphorismes :

    - D’abord tu te trompes de cible en essentialisant toi-même l’outil (ici l’informatique) et en en faisant le responsable de la mort de l’école. Oui, la mort de l’école est programmée, non pas par l’introduction des Tice, mais par la volonté politique de la ringardiser et d’en faire un lieu de peurs et de névrose généralisée pour ses acteurs (élèves, profs, parents dans leur perception d’un lieu barbare alors que c’est l’un des lieux d’apprentissage de la vie et de la socialisation). L’incapacité de l’école à intégrer les outils de communication moderne (échec sur la radio scolaire des années 30 à 50, de la télévision scolaire des années 60 à 90, de l’internet depuis les années 2000...) démontre simplement que c’est un lieu fermé, carcéral. L’école porte en elle-même, dans sa propre fabrique, les conditions de la coercition et de la contrainte intellectuelle. D’où ta difficulté de penser l’usage scolaire des outils permettant technologiquement l’ouverture vers le monde.

    - « L’enfant seul face à l’écran » et « l’école à la maison » ? : là aussi c’est bien parce que l’école ne parvient pas à articuler son discours avec les autres lieux de connaissance et s’enferme sur elle-même (on le voit bien avec le fiscours ultra-sécuritaire ambant et la récupération politique de la mort d’un ado à Kremin-Bicêtre) que prospèrent et fleurissent commercialement les requins de l’économie de la connaissance type Acadomia, qui s’appuient sur le sentiment d’échec de l’école perçu par l’opinion publique. Acadomia n’existerait simplement pas si l’école faisait son boulot. D’ailleurs, récemment, le PDG de cette boîte s’est fendu d’une déclaration en expliquant que les profs qui utilisaient les Tice avec leurs élèves via la blogosphère et les réseaux sociaux en accompagnement/prolongement de leurs pratiques faisait de la « concurrence déloyale » à leur activité commerciale...

    - D’autre part, la « solitude » de l’élève que tu dénonces est elle aussi erronée. Car le web 2.0 permet justement une interaction constante, comme le démontre ton propre blog sur Rue 89 où tes lecteurs ont la possibilité d’exprimer leurs idées à partir des tiennes... Pourquoi interdire cette possibilité pour les élèves à l’école. Au cours des dernières heures, sur le réseau de Lienl’un de mes élèves a par exemple mis en ligne Lien en .mp3 sur un poème d’Andrée Chedid, pendant qu’une collègue grecque nous présentait sa vidéo Lien, ou que je postais les documents vidéos utilisés en classe d’éducation civique que le thème Lien ou un dossier documentaire (analyse filmique, géographie) autour du film Tulpan que je m’apprête à faire découvrir à mes élèves en présence du réalisateur kazakh... : LienptInitTree(’pt-pearl-1_501799-538’,1,36466,1,501799,1) ; 

    Où est la solitude ? Dans la classe ? Face à l’écran ? Les choses ne sont pas aussi binaires et j’expérimente avec bonheur ce que les spécialistes appellent le blended learning, l’enseignement hybride, dans et en dehors de la classe... Et je connais bien des profs et des élèves qui se sentent très « seuls » dans la classe transformées en cellules de l’ENCEINTE scolaire...

    - Enfin, pour désapprendre, il faut d’abord avoir appris, et si possible en dehors des contraintes qu’impose l’école, à moins, si on te lit bien, de comprendre que l’école en tant que lieu d’interdiction/coercition permet la révolte contre l’école... Autant revenir alors à l’école disciplinaire de la contrainte des corps avec brimades physiques et humiliations diverses... Mais là, on ne parle plus de de l’articulation entre apprendre/désapprendre, mais bien de l’éducation en tant qu’acte d’émancipation. Et, désolé... l’école est tout sauf un lieu émancipateur. Personne ne veut d’élèves émancipés, mais de futurs moutons dociles employables et obéissants, fonction essentielle de l’école depuis sa création...

    - Tu as raison de critiquer la technobéatitude, mais si c’est pour verser dans la technophobie, tu tiens un discours similaire à celui des antipédagogues du « c’était mieux avant »

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