Restez assis les enfants !

Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

L'irrévérencieux Tomás Ibáñez prêche un anarchisme sans dogmes

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 07/06/2010 à 19h10

En ces temps incertains où il sied, dirait-on, d’invoquer sa sensibilité libertaire, à l’occasion en outre de la visite de « l’anarchiste Noam Chomsky » à Paris, il me semble opportun d’évoquer ici un passionnant ouvrage : Fragments épars pour un anarchisme sans dogmes de Tomás Ibáñez.

Tomás Ibáñez, anarchiste critique et hétérodoxe

J’ai retrouvé Tomás Ibáñez au Salon du livre libertaire début mai. Notre précédente rencontre avait eu lieu très exactement dans la nuit du 10 mai 1968 du côté de la rue Gay-Lussac à Paris. Nous avons repris notre discussion.

J’ai déjà soufflé un mot de Tomás à propos du désormais mondialement fameux « A cerclé ». Mais là n’est pas l’important. L’important est dans cette affirmation abrupte :

« Je suis anarchiste, un anarchiste critique et hétérodoxe, mais anarchiste au bout du compte. » (p. 254)

Comment alors ne pas s’interroger sur ce que c’est que d’être anarchiste de nos jours pour quelqu’un qui est parvenu au faîte de la pyramide universitaire puisque vice-président, doyen, ou quelque chose comme ça, de l’Université autonome de Barcelone ?

Engagé en Espagne dans la lutte contre le franquisme

Tomás, après avoir été l’un des fondateurs du Mouvement du 22-Mars en compagnie, entre autres, de Jean-Pierre Duteuil et Dany Cohn-Bendit, quitta la France pour prendre part à la lutte contre le franquisme depuis « l’intérieur », dans les rangs des libertaires catalans.

Mais tout avait commencé une décennie auparavant par... l’Absurde. Tomás raconta sa découverte de Camus en 1963, dans un texte intitulé « La vie absurde » publié dans le numéro 46 du « Bulletin des Jeunes Libertaires » et reproduit dans ce livre (p.18).

Mais voici que, dans ce fameux numéro 48 sur la couverture duquel apparaît pour la première fois le « A cerclé », il publie un nouveau texte intitulé : « La révolution de papa est morte » !

La révolution, un « mot-cadavre »

Il affirme là sans ambages s’agissant de la révolution (nous sommes en 1964) : « Il est stupide de continuer à parler avec des “mots cadavres”. (p. 28)

Comment alors la question du pouvoir, insistante, dérangeante, ne se serait-elle pas posée ? Puisqu’il est partout : “Il est véhiculé par un réseau capillaire si serré qu’on se demande où il n’y aurait pas de pouvoir.” (Foucault cité par P. Veyne) .

Ce que Tomás, comme anarchiste, dit ainsi :

“Il est vrai qu’il y a une conception libertaire du pouvoir. Il est faux qu’elle consiste en une négation du pouvoir.” (p.77)

Et c’est là le passionnant de ce livre : suivre le cheminement d’une pensée se colletant avec elle-même à force de vouloir se libérer de son propre pouvoir, le pouvoir du savoir, au point qu’il en résulte une constellation d’aphorismes :

“L’anarchisme est une théorie de la liberté qui repose sur un principe totalitaire !” (p. 219)

“L’anarchisme est une philosophie de la non-transcendance qui s’institue elle-même comme transcendance !” (p. 225)

Sa pensée aboutit à un relativisme absolu

Ce cheminement après la mort de Dieu aboutit à l’affirmation d’un relativisme absolu. Car, dit Tomás, “ je suis relativiste ”. Comme il dit “ je suis anarchiste ”.

Cependant, il ne lui a pas échappé que “ si tout est relatif, le relativisme aussi est relatif ” (P.193). On plonge ainsi la tête la première dans le trope de la régression à l’infini.

Ce qui fait que je ne suis sûr de rien, surtout pas de ce “ tout est relatif ” dont on vient de voir qu’il ne fait rien d’autre que de poser un nouvel absolu. J’en demeure tout sceptique, d’un scepticisme avide cependant, comme stimulant le “ désir de connaissance ”.

Ce n’est pas par inadvertance que vient ici le mot “ désir ” mais parce que, significativement me semble-t-il, Tomás constelle son texte de “ désir de révolution ”, un désir qui, selon lui, serait toujours à l’oeuvre dans cette texture sociale dont il souligne la complexité. J’en doute.

L’anarchisme, une façon d’être et de vivre...

Car je ne vois nulle part de “ désir de révolution ” d’autant plus qu’il a lui-même rangé le mot dans l’urne aux cadavres. Bref, je ne sais toujours pas ce que c’est que cet anarchisme tant l’auteur s’ingénie à infirmer chaque tentative de définition par une nouvelle définition pour parvenir à ceci, qui pourrait être un trait de lumière au fond de l’impasse :

“L’anarchisme comme façon d’être et de vivre, comme dispositif de fusion du politique et de l’existentiel.” (p.265)

Ce qui nous renvoie à Pierre Hadot et sa “ philosophie comme manière de vivre ”, laquelle nous permet d’envoyer balader l’anarchisme puisque Tomás nous y invite par un : “ Il faut apprendre à être radicalement irrespectueux. ” (p.232). Je ne retiendrai, quant à moi, pour l’instant, que cette seule hypothèse :

“La révolution n’est plus dans le but à atteindre, elle est tout entière dans le trajet lui-même [...]qui n’est rien d’autre que notre propre vie quotidienne.” (p. 339)

Qui n’est pas encore morte !

Je la retiendrai d’autant plus que -coïncidence ? - je trouve sous la plume de Nicolas Truong dans le portrait qu’il trace d’Edgar Morin ce vers superbe d’Antonio Machado :

Caminante no hay camino, el camino se hace al andar.
(Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant)

Car alors il ne s’agit plus ici de révolution, ce mot cadavre, mais de cette “métamorphose” que Morin appelle de ses voeux. Et en effet, Tomás, el camino se hace al andar !

Alors encore un effort pour être “ radicalement irrespectueux ”. Encore quelques pas pour ranger définitivement le cadavre “anarchisme” dans l’urne où l’attend le cadavre “révolution”. Nous en reparlerons à notre prochaine rencontre... dans quarante ans. Vale.

Aller plus loin
  • 8115 visites
  • 88 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 19h44 le 07/06/2010
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    j’aime bien ça

    « L’anarchisme comme façon d’être et de vivre, comme dispositif de fusion du politique et de l’existentiel. » (p.265)

    aujourd’hui, la seule cohérence serait dans la simplicité volontaire, la recherche de la gratuité, le don et le contredon, non pas dans une optique bisounours ou charitable mais dans une vrai perspective révolutionnaire
    cela rejoindrait les « sublimes “ du milieu deu 19° siècel ou les anars végétaliens des années 20

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 21h22 le 07/06/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Le Tao catalan.
    Est-ce bien cela l’anarchie ?
    Ô principauté anarchiste catalane, même des ruines, il ne reste pas  !
    juillet 1936 - janvier 1939.

    Le chemin de la déroute était un vrai chemin qui montait raide dans les cols gelés. Le moteur du camion était si poussif qu’on faisait descendre les enfants de l’institution Spartakus évacués vers la France.

    Ils marchaient, fatigués et transis, un exode trop long déjà, pour un exil définitif.

    30 mois de gestion libertaire dans les pires conditions qu’on n’ait connues dans cette province périphérique  :
    L’horreur stalinienne des nains du PCE et l’horreur nationaliste qu’une conduite ubuesque de la guerre par les généraux du komintern qui auront à leur actif d’avoir été battus par une armée de lâches dirigé par le crétinissime général colonialiste et criminel contre l’humanité, Franco.

    C’est ça, Tomà, le chemin se fait en marchant  !
    Comment on dit en catalan voter avec les pieds  ?

    • framboise92
      framboise92 répond à egide
      essayons pour voir.
      • Posté à 07h39 le 08/06/2010
      • Internaute 24519
        essayons pour voir.

      « votar amb els peus »

      et en chaussettes , parfois.....sans crier gare (de Perpignan*...)

      * Perpinyà

      • egide
        egide répond à framboise92
        Littéral
        • Posté à 09h01 le 08/06/2010
        • Internaute 45067
          Littéral

        Oh, merci !

         
        • framboise92
          framboise92 répond à egide
          essayons pour voir.
          • Posté à 18h59 le 08/06/2010
          • Internaute 24519
            essayons pour voir.

          de rien, hombre.
          Mince, j’ai posté espagnol, je vais me faire luncher cet été à Perpette ...
          Biz

        1 autres commentaires
  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 20h09 le 07/06/2010
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    Caminante no hay camino, el camino se hace al andar.

    la problème c’est qu’on veut un chemin.. et l’on suit.

    on nous fait suivre le chemin (la loi, les règles du jeu social, économique etc.) fait par les autres, les dirigeants.. une sorte de costume « prêt à porter » qui souvent nous va très très mal... c’est si chic le « sur mesure » pourtant ...
     : -(

  • Sakae Osugi
    Sakae Osugi
    Squatt neun und hartzig
    • Posté à 20h10 le 07/06/2010
    • Internaute 101522
      Squatt neun und hartzig

    il y a autant de formes d’anarchismes que d’anarchistes,
    L’anarchie,ethymologiquement parlant,c’est juste le refus de toute forme de hiérarchie.
    « Alors encore un effort pour être “ radicalement irrespectueux ”.“là,on serait déjà dans la posture de représentation histoire de ressembler à quelque chose...un anarchiste se fout radicalement de ce genre de choses,sans pour autant être dans le jugement,

  • survivant
    • Posté à 20h17 le 07/06/2010
    • Internaute 25864

    Dans son introduction à « The Story of Burnt Njal » Georges Dasent résume ainsi avec beaucoup de justesse, qu’une pensée réunifie tous les courants anarchistes qu’ils soient irrévérencieux ou modérés.

    Faire ouvertement ce que l’on doit accomplir, comme un homme qui ne craint ni ennemis, ni démons, ni la destinée ; […] être libre et hardi en toutes ses actions ; être doux et généreux envers ses amis et ceux de son clan ; être sévère et menaçant envers ses ennemis (ceux qui sont sous la loi du talion) mais, même envers eux, accomplir tous les devoirs obligatoires […]. Ne pas rompre un armistice, ne pas médire, ne pas calomnier. Ne rien dire contre un homme que l’on n’oserait lui répéter en face. Ne jamais repousser un homme qui cherche un abri ou de la nourriture, fût-il même un ennemi.
    Une petite révolution qui pourrait changer la face du monde et que certains humains feraient bien de s’inspirer.

    • framboise92
      framboise92 répond à survivant
      essayons pour voir.
      • Posté à 07h43 le 08/06/2010
      • Internaute 24519
        essayons pour voir.

      NB : alors, j’ai fait une exception à ma pensée anar car depuis 2007, j’ai envie de mordre !

      • survivant
        survivant répond à framboise92
        • Posté à 09h09 le 08/06/2010
        • Internaute 25864

        Une remise en question s’impose « mon petit fruit de la passion ». Mais, avant tout j’aimerai te poser une question. Es-tu sûre que ceux ou celles que tu as envie de mordre depuis 2007 ne sont pas tes ennemis ? Si tel est le cas ; alors rassures toi ta pensée anar n’est pas égratignée ; tu as juste séparé le bon grain de l’ivraie. Ceux ou celles que tu croyais être tes ami(e)s ne sont en réalité que tes pires ennemis.

         
        • framboise92
          framboise92 répond à survivant
          essayons pour voir.
          • Posté à 19h02 le 08/06/2010
          • Internaute 24519
            essayons pour voir.

          Merci pour tes mots qui me font survivre....
          Je sais bien que je fais trop confiance et que je crois que tout le monde il est gentil...mais j’ai pris du grain, sache-le, même si je souffre de trop de passion. Je t’embrasse sincèrement.

        1 autres commentaires
  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 21h36 le 07/06/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    J’aime trop Tomas pour en faire la critique. Je dirai que l’anarchisme n’a de réelle existence que lorsqu’il est porté par le peuple. Un anarchisme de bourgeois ou de petit-bourgeois peut bien exister : il ne dépassera pas son milieu de classe et ne restera pas autre chose qu’une manifestation de marginaux..
    Quand il rejoint sa racine prolétarienne c’est bien différent et il est alors porteur d’une dynamique sociale.
    C’est sans doute la différence ici, dans les années 1930, entre l’anarchisme français se repliant sur lui-même, et l’anarchisme espagnol, pragmatique et créateur.
    Cela a je crois marqué culturellement les classes ouvrières des deux pays.
    Dans l’un, plus empreint par le marxisme-léninisme - les « communistes » -,on méprise les intellectuels, et on les veut séparés des prolétaires, au service de ceux-ci. Dans l’autre, la culture et les intellectuels sont pleinement admis, sans préjugé.
    Les athénées libertaires avaient des bibliothèques où l’on trouvait toutes sortes de grands auteurs, que les « communistes » auraient traité d’« auteurs bourgeois ».
    Un ouvrier anarchiste a souvent dans sa poche un bouquin qu’il lit en allant au boulot.
    Un ami s’étonnait ainsi discrètement à la vue d’un vieux copain maçon - ami de Tomas - en train de lire « Le Monde Diplomatique ».
    D’autres sont employés de collectivités...et créateur de films.
    C’est cette culture d’autodidacte et cette curiosité, sans préjugé, qui fait la force de l’anarchisme encore aujourd’hui. On dit qu’il n’y a pas d’idéologie anarchiste mais simplement une théorie anarchiste. C’est l’Idée.

    • framboise92
      framboise92 répond à nemo3637
      essayons pour voir.
      • Posté à 07h41 le 08/06/2010
      • Internaute 24519
        essayons pour voir.

      Oui, je suis maîtresse (EN) mais je n’ai « ni Dieu ni maître »....

      • framboise92
        framboise92 répond à framboise92
        essayons pour voir.
        • Posté à 07h42 le 08/06/2010
        • Internaute 24519
          essayons pour voir.

        et voilà pourquoi c’est difficile de vivre avec cette pensée !

      • nemo3637
        nemo3637 répond à framboise92
        Déchoukeur
        • Posté à 13h48 le 08/06/2010
        • Internaute 44521
          Déchoukeur

        J’aime bien les maîtresses même si je prétends n’avoir « ni Dieu ni maître ». J’en ai toujours eu dans ma vie.

         
        • framboise92
          framboise92 répond à nemo3637
          essayons pour voir.
          • Posté à 19h06 le 08/06/2010
          • Internaute 24519
            essayons pour voir.

          des vraies maîtresses ? Explique-moi car je suis dans une période où j’aimerais être d’avantage maîtresse...

          • nemo3637
            nemo3637 répond à framboise92
            Déchoukeur
            • Posté à 19h51 le 08/06/2010
            • Internaute 44521
              Déchoukeur

            Aïe aïe...Sympa.
            No comment.

            • framboise92
              framboise92 répond à nemo3637
              essayons pour voir.
              • Posté à 20h03 le 08/06/2010
              • Internaute 24519
                essayons pour voir.

              No comment too !
              Hi !

        3 autres commentaires
    • survivant
      survivant répond à nemo3637
      • Posté à 10h12 le 08/06/2010
      • Internaute 25864

      Pour être franc avec toi, je ne suis pas tout à fait d’accord. L’anarchisme n’a pas de frontière ni de lutte des classes. Des courants anarchistes comme la CNT espagnole qui s’est engagée dans la lutte contre le franquisme et qui avait pour valeur la défense du peuple ; ne remet pas en question l’anarchisme issu de courants d’idées provenant de milieux différents. Pierre Bakounine ou Pierre Kropotkine tout deux issus de milieux aisés avaient un courant anarchiste fondé sur le communisme ( à ne pas confondre avec le stalinisme qui s’est servi du courant communiste pour le salir) qui ont lâché leur milieu aisé pour se consacrer à l’évolution humaine pour la libérer du dogme religieux. Pierre-Joseph Proudhon, était un anarchiste issu des milieux défavorisés et ses idées se rapprochaient des milieux prolétariens, et pourtant rien ne le différenciait des deux auteurs précédemment cités puisque son objectif était l’émancipation du prolétariat par le partage. Pour finir ; ce qui fait la force de l’anarchie c’est que quelque soit son milieu, l’anarchiste a une vision commune « la liberté et l’indépendance ».

      • nemo3637
        nemo3637 répond à survivant
        Déchoukeur
        • Posté à 14h10 le 08/06/2010
        • Internaute 44521
          Déchoukeur

        Certains anarchistes, comme Bakounine, étaient des déclassés. Mais d’autres comme Elysée Reclus ou Kropotkine, tous deux géographes, étaient des savants unanimement reconnus. Leurs écrits et leur pensée libertaire ne valent, n’ont été pris en considération que parce qu’il y a vait un courant populaire imprégnant toute la société même la bourgeoisie.
        Les « vérités éternelles » de l’anarchisme sont aisément récupérées par le système capitaliste libéral s’il n’y a pas un mouvement de classe qui les soutient.
        A une certaine époque - il n’y a pas si longtemps que ça - certains anarchistes se réfugiaient dans le végétarisme, l’individualisme, l’athéisme, les communautés...sans vraiment remettre en cause le système dominant. Celui-ci ne pouvaient que regarder d’un oeil attendri ces « idéalistes ».
        Il n’en est pas de même lorsque le principe de la propriété est concrètement remis en question par la réquisition des terres et des entreprises comme lors de la Révolution Espagnole. Là ce sont des « rouges-assoiffés-de-sang », les pires des barbares.
        En Espagne, dans les années 1930, il y avait peu de penseurs et théoriciens issus de la bourgoisie ou même de la petite bourgeoisi, qui avaient rejoints le mouvement libertaire. On peut les citer sur les doigts d’une main. lsaac Puente, Diego Abad de Santillan - le seul aristocrate qui ait rejoint les anars - ...
        Les penseurs étaient tous issus des rangs prolétariens.
        Ce qui là encore ne cadre pas avec le schéma léniniste où l’avant-garde est forcément issu de la bourgeoisie.
        On ne connaissait guère les écrits de Bakunin. Mais les historiettes moralisatrices de Federica Montseny faisaient fureur.

         
        • survivant
          survivant répond à nemo3637
          • Posté à 16h56 le 08/06/2010
          • Internaute 25864

          L’anarchisme a plusieurs courants, tu le dis dans ton second commentaire et pourtant tu reviens à ton idée première que l’anarchisme ne peut se concrétiser que par le courant prolétarien donc proche du communisme d’avant le stalinisme bien sûr ! Ce courant m’a souvent inspiré et m’inspire encore parfois, notamment sur le partage du travail. En revanche, le côté lutte des classes m’a toujours déplu c’est pour cette raison que je pioche ses idées par petits bouts. Pour revenir sur une de tes phrases que sans la lutte des classes l’anarchisme retombe dans le mouvement libéral capitaliste. En quoi le mouvement libéral capitalisme peut-il être comparable à l’anarchisme ? Le premier est une compétition individuelle à l’enrichissement personnel alors que le second se veut d’être fondé sur le partage, l’autogestion, la liberté de penser et d’agir. L’anarchisme est un vaste monde composé de plusieurs courants différents. Des anarchistes comme Ravachol ou Jacques Mesrine étaient des anarchistes radicaux et sanguinaires, mais tous les deux défendaient une même cause la liberté de penser en dénonçant l’injustice qui menotte, musèle, enferme les individus qui ne se plient pas à la règle du bien pensant dictée par la foi et l’état. Mais tu auras beau te retourner la question autant de fois que tu le veux et lire tous les livres que tu veux tu retrouveras dans chaque courant anarchiste une pensée commune propre à tous les anarchistes. L’émancipation de la pensée humaine.

          • nemo3637
            nemo3637 répond à survivant
            Déchoukeur
            • Posté à 19h28 le 08/06/2010
            • Internaute 44521
              Déchoukeur

            Dans le libéralisme on proclame la liberté du renard libre dans le poulailler libre. Et alors la liberté ne veut rien dire car c’est seulement la force qui prime. Donc pour concevoir une réelle émancipation, un vraie Liberté, il faut avoir une vision sociale.
            On est récupéré par l’idéologie dominante.
            Ainsi, comme Jack London, on en arrive parfois à l’apologie de la « loi du plus fort ».
            Personnellement ça m’arrive de me laisser aller, de me dire que je suis entouré de c..., qu’il n’y a rien à faire que de la jouer pour sa pomme...Et puis je regarde la petite vieille d’en face qui est quand même sympa, le brave bobo de gauche qui se fend d’un aller-retour à la manif, lui qui n’y va jamais, la souffrance de celui qui est spolié dans ces droits, qui n’a même rien à bouffer... Je me regarde aussi avec mes défauts...Et je me dis qu’on peut faire mieux. Que j’ai un pouvoir extraordinaire mais que j’ai du mal à m’en servir. Comme tout à chacun.

            • survivant
              survivant répond à nemo3637
              • Posté à 20h21 le 08/06/2010
              • Internaute 25864

              J’ai vu un film quand j’étais moins dégarni de la crête ’’ La Ballade de Narayama ’’ un film japonais de Shōhei Imamura sorti en 1983. Comme tu parles des barbares dans ton post précédent c’est que tu as du lire ’’l’entraide’’ de Kropotkine. Je le recommanderai bien à des libéraux mais je pense qu’ils gerberaient leurs pops corns avant la fin du film...

              • nemo3637
                nemo3637 répond à survivant
                Déchoukeur
                • Posté à 21h00 le 08/06/2010
                • Internaute 44521
                  Déchoukeur

                Voilà un grand film...Mais je ne m’en rappelle plus !
                J’ai lu « La conquête du pain » et « La morale anarchiste » de Kropotkine.
                L’analyse de l’évolution du système économique est nécessaire pour comprendre le monde. Mais il faut aussi une morale en guise de boussole.

        4 autres commentaires
      • framboise92
        framboise92 répond à survivant
        essayons pour voir.
        • Posté à 20h17 le 08/06/2010
        • Internaute 24519
          essayons pour voir.

        ++

    • A déménagé le 02-02-2012-2
      A déménagé le 02-02-2012-2 répond à nemo3637
      non connue
      • Posté à 15h27 le 08/06/2010
      • Internaute 82025
        non connue

      C’est rare que je sois d’accord avec qui que ce soit dès que l’on aborde de manière un peu idéologique la pensée libertaire. Et j’aime bien ton commentaire.

      Ceci dit, je me méfie aussi de la référence permanente à l’Espagne, dès que l’on essaie de conjuguer anarchisme et politique.
      Car si comme tu le dis l’expérience espagnole est intéressante, elle est aussi très souvent prise comme référence par des anars français, qui ne demandent que ça pour exclure toute vision alternative à cet épisode...

      Je me souviens de m’être pris le chou, il y a une vingtaine d’années, avec un « intello » de la librairie du monde libertaire, à qui je demandais un ouvrage pratique sur les SCOP. Lui considérait ce système comme n’ayant rien de libertaire, en comparaison avec l’expérience espagnole.
      A côté de ça, je connais des SCOP constituées de gens qui n’en ont rien à cirer de la théorie, mais qui auront passé toute leur vie à vivre quelque chose de vraiment libertaire.
      Entre les deux « modèles », ma préférence va sans hésiter vers le second, le moins tartuffien et évidemment le plus libre...

      • nemo3637
        nemo3637 répond à A déménagé le 02-02-2012-2
        Déchoukeur
        • Posté à 19h01 le 08/06/2010
        • Internaute 44521
          Déchoukeur

        C’est justement lorsque l’on transforme l’anarchisme en idéologie qu’il perd, à mon sens, son intérêt. Sa force vient justement au départ de sa référence au vécu et à l’action.
        Maintenant on ne peut pas grand chose vers ce processus que les marxistes appellent la réification. En voulant expliquer, on se fige sur des références en oubliant le mouvement de la société.
        La référence à l’Espagne est évidemment importante pour les anarchistes, de France ou d’ailleurs, puisqu’elle montre concrètement ce qu’a été une organisation sociale libertaire même si elle n’a fonctionné en grand qu’un peu plus d’une année.
        Cela devient une idéologie un peu pesant par la suite. Alors là d’accord !
        Les anars espagnols se la pétaient un peu devant leurs camarades français, ça c’est sûr !
        Je me souviens m’être salement fait jeter par les « companeros » pour avoir voulu imprimer un tract des Comités d’Action juste après mai 68 ; « Marxista ! ». Ils étaient tout à fait intransigeants vis à vis des « communistes » - ceux qui avaient justement liquidé les collectivités aragonaises - et étaient encore prêts à régler quelques vieux comptes ! Et, moi, ado, qui n’avait alors pour toute culture politique que le PCF et Pif le Chien...

         
        • A déménagé le 02-02-2012-2
          A déménagé le 02-02-2012-2 répond à nemo3637
          non connue
          • Posté à 20h12 le 08/06/2010
          • Internaute 82025
            non connue

          J’ai beaucoup appris avec Pif le Chien ; o))

          Au moins, on fabriquait un truc en vrai...

        • framboise92
          framboise92 répond à nemo3637
          essayons pour voir.
          • Posté à 20h20 le 08/06/2010
          • Internaute 24519
            essayons pour voir.

          Oui, mais en ce moment, être anarchiste, c’est rare et je dois me contenter de la pensée pour me ménager.

          • nemo3637
            nemo3637 répond à framboise92
            Déchoukeur
            • Posté à 20h54 le 08/06/2010
            • Internaute 44521
              Déchoukeur

            Je reste sans voix.

            • framboise92
              framboise92 répond à nemo3637
              essayons pour voir.
              • Posté à 14h15 le 09/06/2010
              • Internaute 24519
                essayons pour voir.

              Bonjour,
              Tu sais, je ne sais pas ce que je suis, (pas d’étiquette ), je ne m’affiche pas anar parce que je finirais en garde à vue mais je poste ceci.

              « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensables des devoirs “
              Article 35
              Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen
              du 24 juin 1793”

              Je fais ce que je peux.
              Je ne me conforme qu’à ce dont je suis obligée de faire pour ne pas crever.
              Bonne journée !

              • nemo3637
                nemo3637 répond à framboise92
                Déchoukeur
                • Posté à 14h19 le 09/06/2010
                • Internaute 44521
                  Déchoukeur

                Quelqu’un qui rappelle le droit à l’insurrection ne peut pas être franchement mauvais.

                • framboise92
                  framboise92 répond à nemo3637
                  essayons pour voir.
                  • Posté à 14h24 le 09/06/2010
                  • Internaute 24519
                    essayons pour voir.

                  Merci, c’est ce que je pense aussi. Et c’est écrit dans les tablettes, alors, je ne me mouille qu’à moitié.
                  biz

                • Hemenate
                  Hemenate répond à nemo3637
                  • Posté à 15h45 le 09/06/2010
                  • Internaute 856

                  « Quelqu’un qui rappelle le droit à l’insurrection ne peut pas être franchement mauvais. »

                  Quand on pense à ce qu’ont fait, en pratique, ceux qui ont voté ce droit à l’insurrection, on peut tout de même largement nuancer cet cet aphorisme, non ?

                  • nemo3637
                    nemo3637 répond à Hemenate
                    Déchoukeur
                    • Posté à 23h34 le 09/06/2010
                    • Internaute 44521
                      Déchoukeur

                    Je te comprends : tu aurais peut-être été victime des insurgés....

              • framboise92
                framboise92 répond à framboise92
                essayons pour voir.
                • Posté à 14h23 le 09/06/2010
                • Internaute 24519
                  essayons pour voir.
                • Hemenate
                  Hemenate répond à framboise92
                  • Posté à 15h40 le 09/06/2010
                  • Internaute 856

                  Extrait de la Déclaration des Droits de la Constitution de l’an I, votée par la Convention Montagnarde qui a, en pratique, suspendu les libertés, instauré la Terreur et mis en place la célèbre loi des suspects ainsi que les certificats de civisme.
                  On peut également ajouter le tutoiement obligatoire, la censure des pièces « non patriotes » dans les théâtres parisiens, la multiplication des prisons, plus de 15 000 guillotinés, etc...

                  On peut difficilement trouver pire comme symbole « libertaire »...

                  • framboise92
                    framboise92 répond à Hemenate
                    essayons pour voir.
                    • Posté à 17h25 le 09/06/2010
                    • Internaute 24519
                      essayons pour voir.

                    J’ai dit que je faisais ce que je pouvais.
                    si vous voyez une autre photo plus adaptée, mettez-la.

        12 autres commentaires
  • Haer
    Haer
    Confortable
    • Posté à 00h20 le 08/06/2010
    • Internaute 85591
      Confortable

    « L’anarchisme est une philosophie de la non-transcendance qui s’institue elle-même comme transcendance ».

    Merde, je savais que j’aurais dû mieux écouter à l’école ! Non, sans dec, heureusement qu’il reste l’élite pour nous apprendre ce que c’est l’anarchie et la révolution...ils nous expliqueront plus tard y paraît...

  • pier31
    pier31
    reprendre la main
    • Posté à 10h34 le 08/06/2010
    • Internaute 64394
      reprendre la main

    Essayer de ne pas se soumettre c’est une lutte permanente qui ne nous laisse pas le temps de faire ce qu’il faudrait faire.

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 12h02 le 08/06/2010
    • Internaute 97292
      1ère version

    Jouons sur les mots.

    La démocratie c’est un régime politique où le pouvoir appartient au peuple.
    Le capitalisme c’est un régime politique où le pouvoir appartient à une élite possédante.

    Conclusion : le capitalisme et la démocratie ne sont pas compatible.

    C’est ce que pensent les anarchistes. Pour les détracteurs, une société anarchique serait proche de la jungle (ils confondent anarchie et chaos), alors qu’une société démocratique serait organisée (ils confondent, là encore, démocratie et capitalisme).

    • Bardamu
      Bardamu répond à nanabel
      difficile
      • Posté à 12h09 le 08/06/2010
      • Internaute 25491
        difficile

      Jouer sur les mots, d’accord, mais sans fausse note.

      Là, vous déjouez.

      Le capitalisme n’est pas un régime politique. C’est un système économique.

      C’est un peu comme si vous disiez : le troc est un système politique.

      • nanabel
        nanabel répond à Bardamu
        1ère version
        • Posté à 12h36 le 08/06/2010
        • Internaute 97292
          1ère version

        Définition du capitalisme selon Marx : le capitalisme est un système politique dont le principe fondamental est la recherche systématique de plus-values obtenues grâces à l’exploitation des travailleurs par des propriétaires des moyens de production et de distribution.

        Définition du capitalisme selon les libéraux : le capitalisme est un régime économique d’une société dans laquelle les moyens de production n’appartiennent pas à ceux qui les mettent en oeuvre.

        Le capitalisme moderne se caractérise par un partage du capital de l’entreprise entre plusieurs propriétaires (appelés actionnaires) qui visent à influencer les décisions politiques.

         
        • Bardamu
          Bardamu répond à nanabel
          difficile
          • Posté à 12h46 le 08/06/2010
          • Internaute 25491
            difficile

          Je vous conseille de lire vraiment Marx, avant de lui attribuer de pareilles vésanies.

          • nanabel
            nanabel répond à Bardamu
            1ère version
            • Posté à 13h16 le 08/06/2010
            • Internaute 97292
              1ère version

            Si tous les hommes étaient caractérisés comme des fous et frappaient de pathologies ou de désordres mentaux, alors tout réel serait impossible. Il est donc nécessaire d’abandonner la définition de la folie suggérée par l’ordre du monde. Suffit-il de croire ce qui est universellement cru, mais qu’aucune évidence ne montre ?

        2 autres commentaires
    • Hemenate
      Hemenate répond à nanabel
      • Posté à 13h50 le 08/06/2010
      • Internaute 856

      L’anarchisme c’est bien la loi de la jungle.
      C’est le refus du principe d’autorité et de contrainte sociale, c« est la sacralisation suprême de l’individu ; l’individualisme total et sans concession.

      Actuellement l’organisation des marchés financiers, relativement à l’abris de toute autorité ou contrainte institutionnelle, donne un bon aperçu de ce qu’est l’anarchisme : un système dominé par les plus forts, sans concesssions.

      L’anarchisme sous couvert de romantisme autogestionnaire, de libre coopération, d’unanimité, etc… est au final un système où l’absence d’autorité institutionnelle laisse toute la place aux rapports directs de domination entre individus : la loi de la jungle.

      Si un désaccord survient entre deux individus, soit une autorité institutionnelle les départage, soit ils se foutent sur la gueule avec les moyens dont ils disposent : voilà ce qu’est l’anarchie.

      • alangaja
        alangaja répond à Hemenate
        éthiopique
        • Posté à 14h00 le 08/06/2010
        • Internaute 93690
          éthiopique

        « L’anarchisme c’est bien la loi de la jungle. »
        loi de la jungle = lois de la nature = rien à voir avec l’anarchie.
        vous confondez anarchie et chaos ou désordre social total, alors que l’anarchie est une forme d’organisation sociale qui se veut réellement démocratique, décentralisée, où les individus agissent en symbiose avec la collectivité.

         
        • Hemenate
          Hemenate répond à alangaja
          • Posté à 14h17 le 08/06/2010
          • Internaute 856

          Voilà ce à quoi je me référais en parlant de romantisme autogestionnaire...

          L’anarchisme n’est absolument pas démocratique : La démocratie suppose la souveraineté du peuple (ou de la nation), l’anarchisme suppose au contraire la souveraineté de l’individu.
          Bref, l’anarchisme ne pense pas la société, il pense l’individu.

          Pour l’anarchisme l’individu est totalement souverain, rien ni personne ne peut lui imposer quoi que soit s’il ne le consent pas (oxymore).

          Ainsi si un individu a envie de vivre « en symbiose avec une collectivité », libre à lui.

          Si un autre individu décide, quant à lui, de monter une entreprise et d’y engager pour un salaire de misère ceux qui seront d’accord, ou de monter une milice pour aller taper sur la gueule de la collectivité d’à côté, rien ne l’en empêche.

          Dans l’anarchisme, chacun fait ce qu’il veut, et n’a de comptes à rendre à personne.
          C’est bien la loi de la jungle.

          • alangaja
            alangaja répond à Hemenate
            éthiopique
            • Posté à 17h23 le 08/06/2010
            • Internaute 93690
              éthiopique

            « La démocratie suppose la souveraineté du peuple (ou de la nation), »
            « ou de la nation » me fait déjà bien rire, mais passons...

            « l’anarchisme suppose au contraire la souveraineté de l’individu. »
            non ; tu parles de la loi du plus fort. au passage, l’individu dans une société anarchiste est tout sauf libre de faire tout et n’importe quoi. pas de société sans contrat social. l’important, c’est l’équilibre entre désirs et besoins individuels et collectifs.

            « Si un autre individu décide, quant à lui, de monter une entreprise et d’y engager pour un salaire de misère ceux qui seront d’accord, ou de monter une milice pour aller taper sur la gueule de la collectivité d’à côté, rien ne l’en empêche. »
            ton individu souverain est un salopard capitaliste asocial, et non un anarchiste.

        2 autres commentaires
  • Go to the page
  • 1
  • 2
Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.