Restez assis les enfants !

Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

Usurpations et détournements de la « révolution » Chatel

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 02/09/2010 à 03h44

Il est tout de même malvenu qu'un texte de rentrée du ministre de l'Education nationale, paru dans Le Monde le 28 août, soit introduit par des coquineries langagières. Le titre d'abord : « Passer de l'école pour tous à la réussite de chacun, une révolution en marche. »

« Révolution », donc. Voici le procédé dont ne cessent d'user les personnages au pouvoir, celui de l'usurpation et du détournement lexical. Ce sont ici les connotations émancipatrices de progrès et de justice du mot « révolution » qui sont usurpées pour décorer une politique particulièrement régressive.

Puis, « réussite de chacun », expression reprise du rapport de la Cour des comptes dont il me semble avoir montré ici, avant les vacances, le caractère aporétique que l'on peut illustrer de la manière suivante et tant pis pour la trivialité du propos : si chacun réussit, qui maniera le marteau-piqueur l'été sous le soleil brûlant et l'hiver dans le froid tranchant ?

Qui, dans une atmosphère irrespirable, gorgée d'humidité, éviscérera à longueur de journée des millions de volailles jetées sur les étals ? Qui, enchaîné à sa chaîne, fera mille fois la même micro-soudure, collera mille fois la même étiquette ?

Bref, pour que ces tâches soient accomplies dans le cadre d'une architecture sociale assise sur la figure idéologique du « mérite », l'école, je le répète, doit produire de l'échec. Et de l'échec en nombre, tant sont nombreuses et multiples les corvées rebutantes mais inéluctables que nul ne choisirait d'accomplir s'il « réussissait ». A moins que... j'y reviendrai un de ces jours.

Mensonge sociétal et politicien donc que celui de la « réussite de chacun ». Plus que cela sans doute , une mauvaise action qui produit encore et encore du mensonge.

Chatel : « Deux tiers d'une classe d'âge atteignent le bac »

Celui-ci, dès l'incipit du texte ministériel :

« Aujourd'hui, deux tiers d'une classe d'âge atteignent le baccalauréat ; ils n'étaient que 21% en 1970. »

Faux. En 1970, il s'agissait essentiellement d'un baccalauréat général, le bac techno était tout juste naissant (1968) et le bac pro n'existait pas (1985). Par ailleurs, le bac techno, s'il permet la poursuite d'études supérieures, c'est dans le cadre limité du monde industriel et commercial. En aucun cas il ne permet le choix riche du bac général, plus précisément de l'actuel bac S. Quant au bac pro, je l'ai dit souvent, ce n'est pas un bac puisqu'il n'a pas vocation à introduire aux études universitaires.

De sorte que comparer les 21% de 1970 aux 34,6% de bac généraux , 16,6% de bac techno et 12,6% de bac pro (MEN - DEPP), pour affirmer que « si la bataille de la démocratisation est gagnée, force est de constater que la réussite scolaire n'est pas au rendez-vous pour chaque élève », relève d'une curieuse conception de la démocratie.

Surtout si l'on ajoute à ce méli-mélo la déploration ministérielle quant à l'inégalité des chances, concrétisée par ces pauvres 5% d'enfants d'ouvriers accédant aux classes préparatoires.

L'introduction des méthodes de gestion d'entreprise

Et tout ça, pourquoi ? Pour aboutir à cette « révolution » concrétisée par « l'aide individualisée » et « l'accompagnement personnalisé », ces vieilles lunes auxquelles, sous diverses appellations, ont eu recours tous les ministres « révolutionnaires » depuis quarante ans.

Cette « révolution », qui devrait faire l'objet d'une expérimentation -une de plus, effaçant toutes les précédentes comme elle sera effacée à son tour par la suivante-, s'intitule « Clair » (collège, lycée pour l'ambition, l'innovation et la réussite) et se donne donc pour objectif de conduire à la « réussite de chacun ». Pour cela, une solution révolutionnaire : l'introduction dans les établissements scolaires des méthodes de gestion d'entreprise.

Ainsi, le chef d'établissement recrutera ses enseignants « profilés » selon des critères dont il est aisé de deviner combien ils privilégieront les qualités de plasticité éthique et de flexibilité d'échine ayant été lui-même formé -par qui ? - aux délices de la « gestion des ressources humaines ».

Il est d'ailleurs remarquable de constater la manière dont ce ministre se délecte de l'expression « ressources humaines » laquelle, à y regarder de près, n'est rien d'autre que la chosification de l'humain en ressource, qu'une réification absolue.

Chatel : « Que les élèves se lèvent quand le professeur entre »

Cependant, pour révolutionnaire qu'elle soit, cette révolution demeure prudente et prévoit d'évacuer les récalcitrants, tous ces adolescents jugés irrécupérables vers des ERS (établissement de réinsertion scolaire) définis comme des internats pour élèves très perturbateurs. Comme l'ont toujours fait les réformes « révolutionnaires » qui, en guise d'éducation, n'ont cessé de « mettre à l'écart » des enfants qui, précisément, nécessitent, le plus tôt, les pratiques éducatives les plus élaborées.

C'est ce qui s'appelle faire preuve d'autorité, comme le proclame le ministre dans une tirade dont on appréciera la fluidité :

« Je suis favorable à ce que dans le cadre du respect du professeur et de l'incarnation de l'autorité [sic], les élèves se lèvent quand le professeur entre dans la classe. »

Car le ministre ignore qu'un enseignant n'incarne pas mais fait autorité quand il sait gagner l'estime de ses élèves par son engagement et sa capacité à les aider, tous, à apprendre pour bien grandir.

De sorte que décidément et plus que jamais : restez assis les enfants !

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  • A déménagé le 16-01-2012
    • Posté à 16h07 le 02/09/2010
    • Internaute
      non connue

    Des mots, des mots, ces gens là s'écoutent parler et se gargarisent ; la réalité est autrement moins réjouissante. Les profs d'école sont méprisés,les moyens rognés (rabotés est plus correct et dans le vent),les directeurs d'écoles contre une prime dérisoire ont à assumer des responsabilités en surnombre,un sécrétariat inexistant(une secrétaire malade n'est remplacée que l'année suivante,au mieux) des enfants qui devraient être accompagnés socialement, les psychologues scolaires débordés quand ls existent ; les collectivités locales peu réactives faute d'argent(un préau et quatre WC viennent de brûler dans une école grâce au feu mis dans la charette de foin destinée à la fête du village,et c'est toute une histoire pour faire admettre les responsabilités) On veut la mort de l'enseignement public c'est évident ; pourtant tant d'élites en sont sorties,mais ils ont la mémoire courte.

  • MagnusMaximus
    • Posté à 16h28 le 02/09/2010

    « Par ailleurs, le bac techno, s'il permet la poursuite d'études supérieures, c'est dans le cadre limité du monde industriel et commercial. En aucun cas il ne permet le choix riche du bac général, plus précisément de l'actuel bac S »
    Il me semble que toutes les facultés sont accessibles avec n'importe quel bac, me trompe-je ?
    Si c'est vrai (et j'en suis quasiment sûr), je ne trouve pas ça normal.

    • Nemed
      Nemed answers to MagnusMaximus
      .
      • Posté à 18h37 le 02/09/2010
      • Internaute
        .

      Oui, mais puisque les cours de sciences enseignés dans les fac sont la suite et ont pour base le programme de sciences enseigné en Terminal S...

      Un autre BAC que S constituera un frein pour l'accession à des études supérieures en Sciences.

      Alors que ce n'est souvent pas vrai pour les autres études supérieures, où là, un niveau BAC général suffit pour entrer en Littérature, économie, etc.

      • caro
        caro answers to Nemed
        délinquante avérée
        • Posté à 21h38 le 02/09/2010
        • Internaute
          délinquante avérée

        il y a aussi la possibilité de continuer en BTS ou IUT. Il n'y a pas que les facs, enfin, il me semble.

         
        • Nemed
          Nemed answers to caro
          .
          • Posté à 01h26 le 03/09/2010
          • Internaute
            .

          Oui c'est vrai. Mais j'aime trop l'université ; )

        1 other comments
      • MagnusMaximus
        MagnusMaximus answers to Nemed
        • Posté à 09h29 le 03/09/2010

        Un frein. Donc en fait ils ont le droit d'y aller , mais on sait qu'ils ne vont pas y arriver, ou à grand renfort de redoublement. On leur donne le droit d'aller dans toutes les facs existantes, mais en fait on leur donne le droit de se planter en beauté. Beau cadeau non ?
        Autant leur interdire directement la filière non ?

  • Jaydi
    Jaydi
    Sûr de ne pas être certain
    • Posté à 17h32 le 02/09/2010
    • Internaute
      Sûr de ne pas être certain

    Oui mais à votre tour vous déformez quelque peu les mots à votre propre usage, pour asseoir une argumentation un peu bancale.

    Il me semble que la réussite de chacun, c'est avant tout la réussite scolaire de chacun. Cette réussite peut se caractériser par l'accomplissment d'un Bac Pro voire même (horreur, fiel et bile) d'un CAP ou d'un BEP.
    Chacun à ses objectifs et ambitions, que chacun puisse en faire le choix. Voila en substance le message que je perçois.

    J'ai adoré aussi votre définition de l'échec : découper des volailles ou creuser une route seraient des échecs ? Et vous, vous aviez votre rolex à 50 ans ?

    Alors autant je déteste la plupart des membres du gouvernement pour leurs actions, autant je ne vous aurais pas confié un ministère de l'enseignement supérieur ou de l'éducation nationale.

    • Saheyus
      Saheyus answers to Jaydi
      • Posté à 19h11 le 02/09/2010

      Le problème, c'est qu'il y a des « métiers » qui n'en sont pas. Ou qui, plutôt, sont des « travaux » au sens le plus strict, c'est à dire des instruments de torture.

      Pas à cause de la nature même du travail (qu'il soit manuel ou intellectuel n'a absolument aucune importance), mais à cause des conditions de travail.

      Il y a des ouvriers qui font toute la journée le même geste, comme il y a des remplisseurs de fiches qui tapent la même chose toute la journée.
      Il y a des éboueurs qui travaillent dans des conditions déplorables, comme il y a des cadres qui bossent dans des conditions déplorables.
      Aucune différence fondamentale.

      Est-ce à cela que l'école prétend préparer ? Est-ce une réussite que d'hériter des travaux les plus ingrats de la société ?
      Et puis, il y a peut-être des gens que ça amuse de se péter le poignet à refaire toujours le même geste, de bosser comme un robot en s'imaginant ailleurs pendant ce temps, de faire 50H par jour parce que la paye est merdique ou que ça manque de personnel, mais, désolé pour ceux qui adorent, ce sont des phénomènes.

      Et des phénomènes embrigadés par l'éternelle ritournelle du « mérite » du travail, concept grotesque s'il en est.

    • caro
      caro answers to Jaydi
      délinquante avérée
      • Posté à 21h42 le 02/09/2010
      • Internaute
        délinquante avérée

      le BEP n'existe plus ou n'existera plus depuis que le BAC se fait ou se fera en 3 ans. C'est fort dommage, car de nombreux jeunes ne veulent pas aller jusqu'au BAC et le BEP, supérieur au CAP, leur permettait de trouver du travail, mieux rémunéré et légèrement différent qu'avec le seul CAP.
      Encore une aberration gouvernementale !

      • Jaydi
        Jaydi answers to caro
        Sûr de ne pas être certain
        • Posté à 09h01 le 03/09/2010
        • Internaute
          Sûr de ne pas être certain

        Merci pour votre précision, je n'était pas du tout au courant à vrai dire.
        Comme vous le dites il s'agit là d'une aberration (loin d'être la première de la part de ce gouvernement), et je m'étonne que cet aspect là ne fut pas abordé par l'article, car avec cet exemple prouve bien que l'on s'éloigne de la réussite de chacun.

        @ Saheyus : je suis bien d'accord avec vous, il y a des métiers ou des travaux plus pénibles que d'autres, des tâches que l'on qualifie d'ingrates. Malheureusement, je fais partie de ceux qui pensent qu'il n'y a pas de sot métier et pour moi faire ce genre de choses ne donne pas moins de mérite qu'autre chose.

        Il n'y a donc pas d'échec là-dedans. L'échec survient quand on refuse de payer comme il le faut quelqu'un enchainant des tâches pénibles que personne ne veut faire. D'ailleurs elle est où la fameuse loi de l'offre et de la demande, celle qui dit que quand personne n'assure certains emplois, il faut payer plus cher les volontaires ?

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 18h37 le 02/09/2010
    • Internaute
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Pétain parlait aussi de « Révolution Nationale » !

  • julienE
    • Posté à 18h44 le 02/09/2010

    C'est toujours la révolution conservatrice, celle dont Bourdieu nous mettait en garde !

  • Bernard Girard
    Bernard Girard
    Enseignant blogueur
    • Posté à 18h47 le 02/09/2010
    • Expert
      Enseignant blogueur

    A propos des extravagants ERS, et comme la presse en a très peu parlé, je me permets de faire un lien vers mon blog :
    Lien

  • Psyfou
    Psyfou
    pas glop
    • Posté à 18h47 le 02/09/2010
    • Internaute
      pas glop

    Une éducation de qualité donne des êtres humains qui sont équipés pour pouvoir revendiquer des droits. Il est là le danger.
    Pour certains...

    • dad-ô-space
      dad-ô-space answers to Psyfou
      • Posté à 23h17 le 02/09/2010

      Exact. L'objectif n'est plus de former des jeunes mais plutôt de les « formater » !
      Imaginez une école formant des citoyens conscients. Une aberration politique !
      Tout l'ensemble des mesures annoncées ne font que le jeu des élites, où les connaissances auront un prix désormais exorbitant pour la plèbe manipulée.
      Déjà matraqués par les médias et l'abrutissement des masses, nos jeunes n'auront plus les outils pour assimiler ce qui les entoure.
      Un choix de politique très tendancieux.

  • Saheyus
    • Posté à 19h03 le 02/09/2010

    Révolution ? Et pourquoi pas utopie, tant qu'ils y sont ?
    Ces types salissent tout ce qu'ils touchent, ça me dégoûte.

    Article fort intéressant, soit dit en passant.

  • hypatie_
    hypatie_
    Insomniaque
    • Posté à 19h22 le 02/09/2010
    • Internaute
      Insomniaque

    Je suis bien d'accord avec cet article (surtout la critique des méthodes de gestion d'entreprise ! ), sauf la toute fin. Personnellement, je trouve ça bien de se lever quand un professeur entre, je ne trouve pas ça régressif, c'est un code de politesse comme un autre.
    Et surtout, vous êtes amusant avec votre « le ministre ignore qu'un enseignant n'incarne pas mais fait autorité quand il sait gagner l'estime de ses élèves par son engagement et sa capacité à les aider, tous, à apprendre pour bien grandir. »
    Eh bien vous, vous ignorez qu'un même professeur n'arrivera pas à faire autorité, à gagner l'estime de ses élèves dans un établissement, et y arrivera très bien dans un autre. (bon après, il y a des profs qui ne sont pas doués du tout, c'est une autre histoire ! )
    L'engagement envers les élèves est le même, c'est simplement qu'il n'y a pas la même « ambiance » dans tous les établissements... Et je pense justement que se lever quand un professeur entre en classe, pour les établissements où cela se passe moins bien, ça peut être une bonne idée. Ça ne va pas tout changer, loin de là ; mais oui, ainsi le professeur incarne un peu l'autorité. Pourquoi avoir si peur de cette formule ? (pourquoi vouloir assimiler autorité et autoritarisme ? )

    Je suis jeune, et pourtant je peux déjà dire que j'en ai eu marre de voir à l'époque les élèves (moi y compris d'ailleurs, sans doute ! ) manquer de respect aux professeurs, ça se banalise, en tout cas dans certains établissements que j'ai fréquenté.

    • Saheyus
      Saheyus answers to hypatie_
      • Posté à 21h34 le 02/09/2010

      Le problème n'est pas de *se lever* quand un professeur entre.
      Le problème c'est de se *lever quand un professeur entre*.

      Pourquoi se lèverait-on pour le professeur ? Et pourquoi pas pour le camarade de classe, le boulanger, le facteur, le balayeur ? Pourquoi se met-on au garde à vous quand Monsieur le Patron rentre, et pas quand un collègue rentre ? Quand Monsieur le Ministre rentre, et pas quand un concitoyen rentre ?
      Ce n'est pas une question de politesse, c'est une question d'égalité. Soit on se lève pour tout le monde (et bonjour les crampes) soit on ne se lève pour personne.

      L'autorité, qu'est-ce que c'est au juste ?

      « Pouvoir légalement conféré à une personne, à un groupe humain de régir l'ensemble ou une partie du corps social, de régler les affaires publiques. »

      Finalement, l'autorité, si elle n'est pas donnée librement et démocratiquement (et j'entends par là consensus, et non vote bidon), ce n'est rien d'autre qu'une dictature.
      L'autorité, ça ne se peut pas s'auto-octroyer. On ne peut pas la prendre. On ne peut que la recevoir.

      Ou alors c'est de l'autoritarisme, en effet.

      • hypatie_
        hypatie_ answers to Saheyus
        Insomniaque
        • Posté à 22h04 le 02/09/2010
        • Internaute
          Insomniaque

        Vous avez sans doute raison pour ce qui est de l'autorité. on ne peut pas la prendre, on ne peut que la recevoir.
        Pour moi, un professeur qui réussit le concours reçoit une certaine autorité...mais c'est vrai que c'est un peu idiot de dire ça, peut-être, je ne sais pas. c'est sûr que ça ne correspond pas à la définition de l'autorité que vous avez cité.
        Je me suis donc sûrement trompée pour ce qui est de l'autorité, c'est bien possible.
        Mais ce que je voulais dire, c'est que, par exemple, je n'ai jamais ressenti comme une « dictature » le fait de devoir me lever quand un professeur arrive.

        Un manque d'égalité ? oui, en un sens. c'est la hiérarchie liée au statut, on peut la voir comme une inégalité ou pas.
        Pour moi :
        Je me lève quand un prof arrive, et pas pour le boulanger du coin ou un autre élève, certes. Mais quand je croise ce prof dans un autre environnement, en dehors de l'établissement, il perd son statut et se retrouve sur un pied d'égalité. si mon professeur arrive dans le bar où je suis en train de boire un café, je ne vais pas me lever, bien heureusement ! parce que dans ce contexte ce n'est pas mon prof, mais juste un individu au même niveau que les autres.
        c'est une question d'accepter la hiérarchie dans le travail ou pas. moi ça me va. ça ne me dérange pas de me dire que le prof est au dessus de moi. le maître enseigne à l'élève, l'élève enseigne aussi au maître, comme on dit, et je ne trouve pas que la hiérarchie soit un obstacle à cela. si elle dépasse le cadre professionnel, ça ne me va pas, mais alors pas du tout. puisque dans l'anonymat nous sommes tous égaux. mais dans les relations entre les individus, oui, il y a des hiérarchies, et je ne sais pas si l'égalité à tout prix vaut vraiment mieux. (attention, je ne dis absolument pas que toutes les hiérarchies et/ou les manières dont elles sont exercées sont légitimes ! )
        Voilà mon point de vue actuel, mais je n'ai pas d'avis arrêté sur la question !

         
        • Saheyus
          Saheyus answers to hypatie_
          • Posté à 10h46 le 03/09/2010

          « Pour moi, un professeur qui réussit le concours reçoit une certaine autorité... »

          Disons que ça, c'est une vision bureaucratique de l'autorité. Dans notre société, on a effectivement tendance à considérer que l'on peut obtenir de fait de l'autorité en réussissant des études, en étant embauché, en étant promu.

          C'est une vision que je ne partage pas. Elle inverse le processus naturel de l'autorité : On reçoit l'autorité d'en haut (de ses futurs collègues, de son patron, des administrateurs des concours), on reçoit l'autorité de ceux sur laquelle on ne l'exercera jamais.
          Or, pour moi, ce sont justement ceux qui vont subir l'autorité, et ceux-là seulement, qui sont habilité à la donner ou à la retirer.

          « Mais quand je croise ce prof dans un autre environnement, en dehors de l'établissement, il perd son statut et se retrouve sur un pied d'égalité. »

          Un professeur m'a dit exactement la même chose à mon école. Pas à propos de se lever ou pas, mais à propos du fait de ne pas discuter les critiques lors d'un jury.
          Je n'ai accepté son argument avec un soupir que parce qu'il a ensuite avancé que la forme du jury n'était pas la forme du débat : Le professeur donne son avis au professeur pour s'améliorer, et on passe à autre chose. Pourquoi pas, ça je veux bien, c'est une explication logique.

          Mais le « respect », la demande de « respecter » un être humain plus qu'un autre (parent, patron, prof...), ça je ne l'admettrai jamais. Ce que je veux, ce n'est pas qu'on me reproche mon manque de respect envers une profession, mais envers un être humain, car c'est ce que nous sommes tous, ce qui nous caractérise profondément, et la seule chose qui fasse réellement sens.
          Seulement, pour me reprocher cela, impossible de me demander de faire pour quelqu'un ce que je ne devrais pas faire pour un autre.

          A mes yeux, nous sommes inévitablement tous au même niveaux. On a chacun ses domaines de réussite, et alors ? Quel mérite y a-t-il à cela ? Et si je me trouve sur le « lieu consacré » de mon domaine de compétences, il faudrait faire des courbettes pour s'attirer mes bienveillantes faveurs envers l'ignorant ?
          C'est absurde, ce ne sont là que des étiquettes qui formalisent, automatisent, robotisent la société.

          Enfin, bon, je suis anarchiste, rien d'étonnant à ce que je n'arrive pas à accepter la hiérarchie ^^

          Pour moi, reconnaître que quelqu'un est meilleur que soit, ça ne doit pas passer par la déférence et l'écrasement, ça doit passer par la curiosité, l'intérêt, l'émerveillement, et la reconnaissance, si l'on a tiré quelque chose.
          Des sentiments humains, enfin, pas des concepts d'organisation sociale.

          Pour le reste, je ne dis pas que j'arrive moi-même à m'affranchir de la hiérarchie en permanence, c'est difficile à faire.

        1 other comments
  • obey-
    • Posté à 23h52 le 02/09/2010

    Verbeux comme article.

    Vous n'êtes plus enseignant, je me dis que c'est une chance pour les élèves.

    • Errance
      Errance answers to obey-
      • Posté à 04h45 le 03/09/2010

      ah ben oui hein, c'est sur ma bonne dame.

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