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Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

Révolution vs réforme : la schizophrénie du syndicalisme

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 28/10/2010 à 19h14

C’est fini, ou presque. Les dirigeants syndicaux, l’un de vive voix, l’autre de morte voix, ont signifié la fin des hostilités. Après avoir poussé à la mobilisation avec des accents non pas révolutionnaires mais tout de même vigoureux, voici qu’ils capitulent fredonnant le refrain éculé du « la lutte continue sous d’autres formes ». Comme d’habitude.

Le syndicalisme, rouage gouvernemental ?

Comme d’habitude depuis presque un siècle, depuis ce jour de 1921, le 30 juillet, pour fixer une date symbolique, où Pierre Monatte, l’un des plus prestigieux militants de la CGT, prononce un discours remarqué à la tribune du congrès de Lille. Il dit ceci :

« Nous l’avons vue, elle, la CGT, descendre par sa politique actuelle au-dessous du réformisme, et n’être plus dans l’action nationale et internationale qu’un rouage gouvernemental... »

Albert Camus adressa, en 1957, une lettre à Pierre Monatte dans laquelle il lui rendait hommage en ces termes :

« C’est à vous, et à ceux qui vous ressemblent, qu’on a envie de dire simplement “merci”, et c’est vous qu’on sait devoir imiter désormais. »

Ce qui me semble bien caractériser ce militant (sa biographie par Colette Chambelland, éd. De l’Atelier, 1999) qui, en une autre occasion, opina ainsi :

« Ne pas confondre le réalisme avec l’abdication. »

Cette fois cependant, l’abdication s’est mise en scène aux yeux de tous. Chacun à pu voir les acteurs dans leur rôle, les syndicalistes dans celui de dirigeants responsables, l’un très à l’aise, comme soudain libéré, l’autre gêné, comme ahanant sous le poids de histoire, sous le regard sévère de Monatte et de quelques autres.

Et le patronat souriant, se félicitant de cette « responsabilité des partenaires » proposant toutes les « conversations » que l’on voudra, cela au moins ne « pèse pas sur les charges des entreprises », et le représentant du gouvernement aux anges...

La CGT, alors, est-elle un « rouage gouvernemental », dès 1920 et peut-être même avant, comme le soutien Monatte à Lille ? Les choses sont sans doute un peu moins abruptes, un peu plus complexes.

Pourtant nul aujourd’hui ne peut ignorer l’intégration du fait syndical, donc des organisations syndicales représentatives, dans le fonctionnement social dominant en tant que partenaires sociaux qui siègent dans une multitude d’instances paritaires régulatrices de ce fonctionnement. N’est-ce pas cela le « rouage gouvernemental » dénoncé par Monatte ?

La schizophrénie constitutive du fait syndical

Mais alors comment en est-on arrivé à ce point d’intégration, au point qu’un groupe de militants, en 1974, en ces temps d’interrogations radicales, put poser la question ainsi : « Capitalisme-syndicalisme, même combat ? » (par Corale, ed. Spartacus, 1974). Comment ?

Il importe, pour le comprendre, de percevoir ce qui me semble être la structure fondamentale du syndicalisme que je qualifierais volontiers de schizophrénie constitutive du fait syndical. Pour le voir, il convient de revenir à ce congrès d’Amiens d’octobre 1906 au cours duquel fut adoptée la fameuse Charte d’Amiens par 830 voix contre 8 et une abstention.

Cette charte est très souvent présentée comme une affirmation d’indépendance par rapport aux partis politiques, particulièrement à la SFIO créée un an auparavant. Il est sans doute vrai que ses rédacteurs avaient d’abord cela en tête. Rédigée sur un coin de table du buffet de la gare d’Amiens, Victor Griffuelhes tenant la plume, à moins que ce ne soit Emile Pouget, elle apparaît bien comme une motion de circonstance sortie du chapeau révolutionnaire des uns pour s’opposer à la tendance dite « politique » ou « réformiste » des autres.

Cependant, elle affirme par la même occasion les deux « côtés de l’œuvre du syndicalisme » : « la coordination des efforts ouvriers pour l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heurtes de travail, l’augmentation des salaires, etc », d’une part et, d’autre part, elle confirme (article 2 des statuts) que « cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme, il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale... »

D’où la schizophrénie, la tension entre ces deux volontés, l’une révolutionnaire, l’autre réformatrice. On sait maintenant que, très vite, l’objectif des améliorations immédiates supplanta puis rejeta dans le ciel des utopies l’idéal de transformation sociale qui présida aux premiers pas des organisations ouvrières.

On sait maintenant que Pierre Monatte avait raison, que le syndicalisme a été intégré au fonctionnement capitaliste, qu’il en est l’un des éléments régulateurs. Qu’il est en effet un rouage gouvernemental.

Il est devenu, comme le montre à l’évidence la gestion de la fin du conflit qui nous occupe aujourd’hui, une structure d’encadrement des salariés en même temps qu’une sorte de sécurité sociale complémentaire qui fait ce qu’elle peut pour porter secours à ces mêmes salariés au cours de nombreuses négociations entre « partenaires sociaux ».

Et qui le fait bien sans doute. Mais il ne faut pas lui en demander plus, plus qu’il ne peut donner. De sorte que si l’on veut changer le monde il faut sans doute inventer autre chose.

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  • zénon denon 84
    • Posté à 19h26 le 28/10/2010
    • Internaute 30028
      Bonne

    Tout est en place .
    La scéne est encore bruissante ,

    Les machinistes sont fatigués ,
    Mon voisin ,tout à coup se leva
    avec l’intention de quitter la salle / mais non,lui dis-je

    La pièce n’est pas terminée .AH bon me dit_il ?

    Mais oui ,voyons lui ais-je répondu ,
    Nous sommes a l’entr’acte .

    Puis aprés le deuxième acte ,il y aura chutte
    qui à mon avis vous surprendra ...

    Mon voisin se cala à nouveau dans son fauteuil
    intrigué .

    Attendant avec gourmandise la Fin de la pièce ...

    La suite
    au prochain numéro________________________

  • thierry reboud
    • Posté à 22h24 le 28/10/2010
    • Internaute 20923

    Comment le syndicalisme peut-il échapper à la société dans laquelle il prend place ? Dans le cortège lyonnais d’aujourd’hui, j’ai vu les militants d’un syndicat qui se veut révolutionnaire défiler derrière une banderole appelant à la grève générale. Sauf que... Quand deux gros tiers de la population soutiennent des mouvements de grève menés par 2 à 5% des salariés, on est tout de même fondé à se demander si la perspective d’un syndicalisme révolutionnaire et d’une grève générale est autre chose qu’une vue de l’esprit.

    Peut-être faut-il tout simplement constater (ça ne signifie pas qu’on doive s’en réjouir) que, chez les manifestants ou les grévistes d’aujourd’hui, l’aspiration à profiter de ce que peut offrir la société actuelle est plus forte que l’aspiration à la changer. Et pour constater cela, il suffit bien souvent de leur demander...

    De telle sorte que, oui, le syndicalisme (si peu représentatif qu’il soit réellement de l’ensemble de la population active) est probablement l’expression de l’état actuel de la société des travailleurs. Est-ce qu’il faut faire avec les travailleurs tels qu’ils sont ou est-ce qu’il faut faire avec les travailleurs tels qu’on voudraient qu’ils soient ?

    • zorbeck
      zorbeck répond à thierry reboud
      • Posté à 01h42 le 29/10/2010
      • Internaute 9110

      Chapeau bas pour votre lucidité.

      Reste a voir jusqu’ou ira l’arrogance du grand leader charismatique pour en tirer profit.

    • Nestor Romero
      Nestor Romero répond à thierry reboud
      Ancien enseignant
      • Posté à 10h20 le 29/10/2010
      • Expert 5556
        Ancien enseignant

      Bonjour Thierry,

      Contrairement à ce que peut laisser croire le titre (qui n’est pas de moi) de ce billet, je n’oppose pas syndicalisme « révolutionnaire » et syndicalisme « réformiste ».

      Je constate simplement que la structure fondamentale du fait syndical est constituée d’une tension entre volonté d’améliorations immédiates et volonté de transformation sociale exprimée dans les statuts même de la CGT du début du siècle passé (abolition du salariat et du patronat : article 2). Tension qui sous d’autres formes est, du reste, celle de la démocratie elle-même.

      De sorte qu’il apparaît aujourd’hui et depuis longtemps (d’où l’évocation de Monatte) que le syndicalisme ne peut être un facteur de « métamorphose » sociale dans la mesure où son évolution le conduit à être un « rouage » régulateur du fonctionnement social.

      Et, en ce sens, il joue parfaitement son rôle de « défense des acquis » et de conquête d’améliorations immédiates.

      Il est vrai que les salariés ne demandent le plus souvent rien d’autre que cette amélioration des conditions matérielles... sauf à certains « moments historiques » (36, mai 68...) où tout se passe comme si le mouvement lui-même faisait advenir quelque chose comme l’émergence d’une conscience collective, la conscience de la nécessité d’un autre monde, moins injuste. Et c’est à ce moment-là que le fait syndical est débordé par cette conscience éphémère mais parfois impétueuse.

      Amitiés.
      N.

      • thierry reboud
        • Posté à 17h40 le 29/10/2010
        • Internaute 20923

        Bonsoir Nestor, et merci pour votre réponse : elle complète très bien votre billet et je vois mieux quel était votre propos. Pour le coup, je crois que nous sommes tout à fait d’accord. C’est un peu toute la dialectique de l’effort collectif et des aspirations individuelles que vous décrivez là.

        Toujours beaucoup d’intérêt à vous lire... Donc merci pour l’ensemble de votre oeuvre : -).

    • Anonyme répond à thierry reboud

      Peut-être faut-il tout simplement constater (ça ne signifie pas qu’on doive s’en réjouir) que, chez les manifestants ou les grévistes d’aujourd’hui, l’aspiration à profiter de ce que peut offrir la société actuelle est plus forte que l’aspiration à la changer.

      Tss tss...Peut-être que ce que cherchent les manifestants et les grévistes (dont certains, je me permets de le rappeler, risquent de se retrouver bien dans le rouge du compte bancaire - les manifs du samedi ,c’est autre chose, surtout si pas grand-monde n’y va...et pas grand-monde n’y va), c’est de changer une société tout en aspirant à une vie décente pour tous (et pas qu’en France, évidemment), y compris eux-mêmes.

  • Alexad
    • Posté à 01h06 le 29/10/2010
    • Internaute 8145

    D’où vient l’arrogance des dirigeants actuels de ce pays, qui ne cessent de prétendre que les négociations et débats ont lieu entre partenaires sociaux, alors qu’il n’en est rien ?

    Et quid de l’affaire Denis Gautier-Sauvagnac et du scandale de l’ uimm, dont curieusement il a été question au début du quinquennat de NS, lorsque ce dernier se permettait de déclarer : « en France maintenant, quand il y a une grève plus personne ne s’en aperçoit » dans une posture obscène ? Cette affaire a disparu aussi rapidemment qu’elle a été évoquée ...

    Quant à S. Royal , elle était partisante d’une cotisation syndicale obligatoire pour les salariés, sans doute pour éviter certaines dérives et pour renforcer la parole de l’ensemble des salariés qui seraient partie prenante des mouvements de contestations et qui cesseraient d’être qualifiés et de se qualifier bêtement d’otages ! ! ! ...

  • Macbeth
    Macbeth
    Employé
    • Posté à 09h13 le 29/10/2010
    • Internaute 42646
      Employé

    Pourquoi songer à inventer autre chose que la politique ? ! ? Il y a longtemps que je ne crois plus au « grand soir » par le biais du syndicalisme, même si sur des sujets touchant à une partie seulement de la population, la mobilisation et les défilés portent parfois leur fruit : voir le C.P.E.
    Mais d’où viennent les avancées concernant le temps de travail ? Du Front Populaire et du PS quand Jospin était chef du gouvernement. Pas des syndicats.
    L’émancipation des syndicats face aux politiques est une erreur ; j’en veux pour preuve l’absence d’appeler ouvertement à voter contre l’UMP pour la dernière élection législative... (La CGT l’a fait timidement, de mémoire, pour la présidentielle et contre Sarkozy).
    Enfin, la France est menée par un patronat (CNPF ou MEDEF, peu importe, on change de nom pas de méthodes !) complètement rétrograde et anti-syndicaliste ; des partenaires sociaux ? Non, un partenaire social (syndicats de salariés) contre un patronat (augmenté de ses actionnaires) qui ne respectent pas les élus réellement responsables et engagés dans leurs entreprises... (J’entends par « responsables », qui savent aller aussi loin que possible dans leurs demandes en faveur des salariés de l’entreprise sans mettre cette dernière en péril économique).
    Mais que les syndicats commencent déjà à s’engager politiquement à chaque élection (au moins aux législatives, voir aux présidentielles), et pourquoi pas ? Fassent signer aux candidats et/ou représentants des partis des engagements précis en terme d’avancée sociale !
    Dernier point : c’est aussi parce que notre patronat est aussi rétrograde et anti-syndicale que les salariés du privé sont si peu nombreux à s’engager syndicalement... Il en va carrément de leur possibilité d’évolution dans l’entreprise, et même souvent de l’obtention de primes ou d’augmentation individuelle de leur salaire ! ! !

  • survivant
    • Posté à 10h15 le 29/10/2010
    • Internaute 25864

    Continuez à bloquer le pays, restez tous unis, résistez, ne lâchez rien !

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 08h31 le 30/10/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Révolution vs réforme :
    Communisme vs Corporatisme
    Lutte de classe vs Doctrine sociale de l’église :
    CGT vs CFDT :
    Rouges vs Jaunes :
    la schizophrénie du syndicalisme

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