Restez assis les enfants !

Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

Ce gouvernement fomente un attentat contre l'école

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 22/06/2011 à 16h12

Ce gouvernement est en train de commettre un attentat contre l’école, cette école qui fut ainsi définie voici plus de deux siècles : « L’instruction publique est un devoir de la société à l’égard des citoyens. » Puis encore : « Cette obligation consiste à ne laisser subsister aucune inégalité qui entraîne de dépendance. »

Dynamiter l’idée d’une école de justice

On aura reconnu la première phrase des « Cinq mémoires sur l’instruction publique » (PDF) de Condorcet, suivie de sa conséquence impérative. L’école est ici posée comme obligation de la société à l’égard des citoyens et non l’inverse. En conséquence de quoi sont dessinés un horizon et une démarche de lutte permanente contre « l’inégalité qui entraîne la dépendance ».

L’attentat qui se prépare a pour objectif de dynamiter l’idée même d’une école de justice et, les décombres dégagés, de bâtir à sa place l’entreprise dont rêvent depuis si longtemps les conservateurs, celles et ceux qui souhaitent préserver les structures sociales actuelles fondées sur le postulat de l’inégalité essentielle, constitutive de l’humanité et, en cela, indépassable.

Ces conservateurs sont ceux que Jean-Fabien Spitz, dans un remarquable article de La Vie des idées, caractérise comme les adeptes du « raisonnement classique de la droite qui dit que la tâche de l’Etat est de défendre la liberté et que, dans la mesure où la pauvreté n’est pas une forme de non-liberté, il ne lui appartient pas de la réduire ou de lutter contre elle ».

C’est à partir de cette inégalité posée comme naturelle que se déploie le cynisme conservateur qui n’a même plus alors à nier l’injustice puisque celle-ci, en tant qu’elle provient d’une inéluctabilité, ne peut être injuste.

Le programme Clair, une arme de destruction de l’école

De sorte que se trouve ainsi justifiée la construction d’une entreprise qui se donne pour objectif de produire une « élite », mais surtout une main-d’œuvre adéquate au fonctionnement social inéquitable. Ce qui est exactement l’inverse de l’école républicaine définie par Condorcet puisque ce n’est plus la société qui a un devoir à l’égard des citoyens mais ceux-ci qui sont formés pour être mis au service d’un fonctionnement social donné ainsi comme inéluctable.

La dernière arme de destruction de l’école mise au point par les services du ministre actuel porte le nom de programme Clair (pour « collèges, lycées, ambition, innovation, réussite »). Il n’est pas utile de s’attarder ici sur le mot à mot de ce Clair qui n’est que le rabâchage de vieilles lunes, mais d’en extraire ce qui constitue sa « force de frappe » : « des contrats d’objectifs seront signés par l’établissement Clair avec les autorités académiques » et bien sûr la rémunération des « cadres » sera fonction de la réalisation de ces objectifs « comme dans n’importe quelle entreprise privée », ne cesse de pérorer ce ministre.

Lesquels chefs d’établissement donneront à signer à chaque enseignant une « lettre de mission » aussi appelée « contrat de progrès », document qui, nouvelle précision ministérielle « s’apparente aux feuilles d’objectifs en vigueur dans le privé » et dont l’évaluation permettra de « valoriser financièrement le travail ».

La cause est entendue, d’autant plus que si l’on va faire un tour du côté du programme de l’UMP, on ne peut être que frappé par le cynisme avec lequel est détourné le lexique traditionnel de la pédagogie active et émancipatrice au profit d’un projet purement productiviste. Ainsi, les mots éveil, jardin, accompagnement, talent, autonomie, projet... ainsi que le mot équipe, dont la manipulation aboutit à sa propre négation.

Le préfet des études, une innovation en 1668 

L’une des « innovations » du programme Clair est celle de l’institution d’un « préfet des études » par « niveau de classe » dont les missions seront les suivantes :

  • assister le chef d’établissement dans l’organisation et l’animation de la vie de l’établissement dans les champs éducatif et pédagogique pour le niveau pris en charge ;
  • coordonner et animer le travail pédagogique et éducatif des équipes.

Notons d’emblée la distinction opérée dans ces énoncés entre pédagogique et éducatif symptomatique d’une conception archaïque de l’activité cognitive qui sépare acquisition et mode d’acquisition ou si l’on préfère, apprentissage et moyens mis en œuvre pour réaliser cet apprentissage, ou encore – car c’est bien cela qui est cohérent avec l’idéologie productiviste – travail et discipline.

Notons ensuite que l’institution d’un préfet des études est la négation du travail en équipe, lequel suppose non seulement autonomie, mais encore élaboration commune et implication de chacun des membres dans cette élaboration et dans sa mise en œuvre.

Comme le dit explicitement le texte officiel, le préfet sera le chef auquel les enseignants n’auront plus qu’à obéir, comme cela se fait dans le privé, dirait l’ineffable ministre.

Notons enfin que la fonction de préfet des études fut instituée dans les établissements privés religieux en... 1668. Ce qui constitue sans doute pour notre brave ministre le nec plus ultra de l’innovation.

Enseignants, mes frères, il est peut-être encore temps de déjouer l’attentat qui se commet mesure après mesure. Et vous êtes les seuls, en compagnie des parents, qui pouvez le faire avant que de vous retrouver sous les ordres d’un chef, maître de votre corps et de votre âme, dans une institution qui ne sera plus une école mais une fabrique.

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  • bloozmarch
    bloozmarch
    indocile heureux
    • Posté à 16h35 le 22/06/2011
    • Internaute 15731
      indocile heureux

    Dehors ! ! ! !
    Dehors ! ! ! !
    Dehors ! ! ! !
    PAS D’ ABSTENTION EN 2012 ! ! ! !

  • Malzieux
    Malzieux
    Ex-chomeur
    • Posté à 16h43 le 22/06/2011
    • Internaute 124404
      Ex-chomeur

    L’école ça ne sert à rien. La culture générale non plus, la princesse de Clèves encore moins.
    TF1 devrait être obligatoire (et même remboursé par la sécu).

  • Malzieux
    Malzieux
    Ex-chomeur
    • Posté à 16h46 le 22/06/2011
    • Internaute 124404
      Ex-chomeur

    Et bien puisque je viens de commettre en doublon, je vais utiliser ce deuxième message pour ne rien dire. En effet, je trouve qu’il n’y a pas assez de contributions inutiles sur Internet. En voilà une.

  • PGC
    PGC
    Impair Impasse89
    • Posté à 16h49 le 22/06/2011
    • Internaute 147266
      Impair Impasse89

    L’ordre est la valeur en vogue, non seulement au gouvernement mais aussi dans le management, entreprises ou services publics. La maladie s’étend.
    Les tâches de travail sont individualisées, quitte à perdre en efficacité voire en rentabilité, on préfèrera la maîtrise des comportements et des images données à l’extérieur.
    Quand l’erreur se produit, il faut un responsable, ça ne peut pas être le système, la boîte un impondérable, ou même l’impossibilité d’atteindre un objectif virtuel.
    Il faut donc que l’on offre une tête au client, à l’usager mécontent ou à la vindicte populaire, histoire de dédouaner toute responsabilité à la société civile, politique ou administrative.
    Le « mammouth » est l’un des derniers bastions à résister, quoique je connais beaucoup de chefs d’établissements « putatifs » qui sont déjà prêts à engager le processus, ne serait-ce que pour des raisons personnelles (quitter le face à face avec les mômes, voir sa paie augmenter, faire évoluer sa sacro sainte carrière...)
    Le ver est dans le fruit .Nestor. Le contrôle social n’a pas dit son dernier mot, la sphère professionnelle et éducative sont les deux vecteurs choisis pour que l’on reste bien sages, même contraints.
    Le chômage augmente et l’esprit critique diminue, le boulevard est ouvert.

    • kakoulite
      kakoulite répond à PGC
      Intermediation & Imprecation
      • Posté à 18h56 le 23/06/2011
      • Internaute 126452
        Intermediation & Imprecation

      « Quand l’erreur se produit, il faut un responsable, ça ne peut pas être le système, la boîte un impondérable, ou même l’impossibilité d’atteindre un objectif virtuel.
      Il faut donc que l’on offre une tête au client... »

      c est exactement l inverse de ce que l on vit..il n y a plus de responsables et personne n’est coupable de quoi que ce soit ! ! !

  • Schrödinger
    Schrödinger
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 16h58 le 22/06/2011
    • Internaute 41709
      Poli et gentil. Très rue89.

    Face au terrorisme d’Etat, désobéissance civile...

    • les bulles
      les bulles répond à Schrödinger
      avocat
      • Posté à 17h31 le 22/06/2011
      • Expert 150814
        avocat

      Y’a aussi un truc mais bon, c’est un peu bourgeois. Ca s’appelle les élections ....

      • Schrödinger
        Schrödinger répond à les bulles
        Poli et gentil. Très rue89.
        • Posté à 17h35 le 22/06/2011
        • Internaute 41709
          Poli et gentil. Très rue89.

        Ok. Merci bubulle. C’est mignon.

  • jiemo
    jiemo
    123 ignition lift off
    • Posté à 17h17 le 22/06/2011
    • Internaute 21993
      123 ignition lift off

    Le programme Clair expliqué aux enfants :

    « Un Clair est une personne qui n’a plus son propre mental réactif. Elle l’a vaincu à jamais. Débarrassé du mécanisme d’excitation–réflexe du mental réactif qui provoque de la douleur, des sensations indésirables et des émotions négatives, un Clair peut agir plutôt que réagir. Un Clair a un niveau d’intégrité personnelle et d’honnêteté très élevé. Il est la preuve vivante que l’homme est fondamentalement bon. Il retrouve son état d’être fondamental. Sa personnalité innée s’épanouit. Quand une personne atteint l’état de Clair, elle perd toutes ses peurs, ses anxiétés et les pensées irrationnelles qui étaient maintenues en place par la douleur contenue dans le mental réactif. En un mot, elle se retrouve elle-même. Sans son mental réactif, une personne est, en fait, incomparablement plus elle-même.

    Tant qu’une personne n’a pas atteint l’état de Clair, quel que soit le niveau d’aptitude atteint grâce à une audition antérieure, la nature de l’univers est telle qu’inévitablement, elle replongera tôt ou tard dans le mental réactif. C’est pour cela que la mise au Clair est vitale. Clair est un état où le mental réactif est complètement effacé et c’est donc un état stable ; il n’y a pas de rechute possible. “

    Ah ces scientos , prêts à tout !

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 17h18 le 22/06/2011
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    La droite cherche , dans sa logique humaniste et dénuée d’arrières pensées à rentabiliser l’école . Dans le monde libéral , tout ce qui est improductif doit être transformé, pour devenir rentable. Les âges de la non rentabilité sont l’enfance et la vieillesse. pour les uns c’est CLAIR, pour les autres on va reculer les limites de l’âge de la retraite.
    Cette perspective alléchante nous a mené à la faillite et ils veulent continuer ?
    Consternants de bêtise et de médiocrité intellectuelle, ces gens sont hautement méprisables ; la vie et les êtres humains c’est autre chose que du pognon potentiel.

  • les bulles
    les bulles
    avocat
    • Posté à 17h30 le 22/06/2011
    • Expert 150814
      avocat

    Je ne suis pas particulièrement pour ce que fait ce gouvernement à l’école mais la lecture de cet article m’a hérissé le poil.

    On sent l’enseignant français de base dans ce texte. Tout y est :

    - rejet et mépris du monde professionnel,
    - rejet de tout contrôle et directive émanant du ministère.

    EN matière d’éducation, il semble qu’il n’y ait pas de juste milieu :

    D’un côté, les conservateurs (ou libéraux ? !) qui ne voient en l’école qu’une fabrique à agents économiques, de l’autre, les profs encroutés dans leurs certitudes et attachés plus que tout à leur chère indépendance (comme s’ils étaient des fonctionnaires à part, non redevables vis à vis des représentants du peuples ..).

    Voilà pourquoi, l’éducation nationale crève en douceur en France : l’idéologie !

    Des deux côtés, on se fout des enfants.

    • Pier O'Saughnessy
      Pier O'Saughnessy répond à les bulles
      enseignant
      • Posté à 10h10 le 24/06/2011
      • Expert 140794
        enseignant

      L’idéologie est évidemment présente d’un côté comme de l’autre. Mais de là à en faire la raison principale qui fait en douceur crever l’Education Nationale .... C’est d’une superficialité étonnante de votre part.
      Quant à votre jugement final, il me laisse pantois... « On se fout des enfants »....
      Je ne pense pas que la majorité des personnes impliquées dans ces discours opposés se foute des enfants. Bien sûr, il est évident que certains, d’un côté comme de l’autre, favorisent des intérêts personnels ou idéologiques. Vous comme moi en sommes conscients. Mais de là à affirmer que l’on se fout des enfants...
      Même si je ne partage pas, et loin s’en faut, les visions et projets de notre ministre actuel, même si je me doute que son action est idéologique, je ne pense pas qu’il se foute des enfants...
      Quand à mon collègue, auteur de l’article, même si je suis loin de me reconnaître dans ses propos, je ne pense pas non plus qu’il se foute des enfants ...
      Se foutre des enfants ça veut dire quoi en fait ?
      ne pas prendre en compte leurs besoins éducatifs
      oublier la mission d’apprentissage
      omettre de créer un environnement d’apprentissage favorisant
      ne pas prendre en compte leur parole
      On pourrait aussi dire :
      les formater avant tout pour exercer une pensée cadrée et normée (obéissance, la même qui nous fit vaincre les allemands à Verdun, ou au contraire liberté incontestable, libérale et individualiste ...)
      doser la somme des apprentissages pour brider leurs capacités à comparer, établir des liens, bref réfléchir...
      Je pense que l’on peut chacun d’entre nous s’essayer à une telle liste.
      Et si l’on y réfléchit, je ne crois pas que, d’un côté comme de l’autre, on nie les points ci-dessus énumérés. Je ne pense pas non plus qu’on ne les prenne jamais en compte.
      En fait ce qui fait la différence, c’est l’éclairage que l’on donne à chacune de ces données, la manière dont on y répond. Et effectivement cet éclairage va être idéologique, et de fait, la réponse aussi.
      Mais à mon avis cette réponse n’est pas le fait des personnels de terrain.
      Les personnels de terrain (et contrairement à ce que l’on semble croire il y a des personnes qui, dans l’Education Nationale, ont des idées en adéquation avec celle de ce Ministre) agissent en majorité avec sincérité et professionnalisme, et ont à coeur de faire de leur mieux pour le bien de leurs élèves.
      Bien sûr cela n’exclut pas la lassitude, la démotivation, voire même la déprime (Surtout quand certaines personnes se permettent des jugement intempestifs et tranchants en leur encontre) et la maladresse ...

      On ne peut pas exercer ce métier sans y faire passer un peu de nous même. Mais la richesse de cela, en final, est dans le principe simple qu’un élève ne reste jamais toute sa scolarité dans le même établissement, et avec les mêmes profs. Titulaire d’un DEA en histoire, j’ai pourtant trouvé certains de mes prof d’hist Géo lamentables ... et d’autres passionnants.

      Par contre qu’en est il des élites qui ont main mise sur les programmes ... Et de celles qui s’y opposent. Effectivement, et peut être est ce là la finalité de votre texte, le discours de ces élites nous lasse.
      Vouloir changer trop vite et sans réfléchir est idéologique et ne prend pas en compte la réalité des terrains. Contester automatiquement , systématiquement chaque réforme sans même en avoir pris la mesure d’un essai sur le terrain est aussi idéologique. Et la somme de tout cela donne effectivement l’impression QU’UNE PARTIE de certains enseignants se fout des gamins ...
      Enseignant de terrain, je le suis. Et chaque jour je vois des collègues qui se battent pour leurs élèves. Et ces gens étaient déjà la sous Chevènement, Jospin, Bayrou etc ....
      Accusez les de tous les maux : ils sont une proie facile car l’école est la caisse de résonance de la société. Mais de grâce, évitez d’en faire des charrettes que vous livrez sans vergogne à la vindicte populaire. C’est injuste... c’est idiot.

      • les bulles
        les bulles répond à Pier O'Saughnessy
        avocat
        • Posté à 10h30 le 24/06/2011
        • Expert 150814
          avocat

        Nous sommes d’accord sur l’essentiel.

        Mon propos concernait essentiellement ceux qui se font entendre : les syndicats qui contestent systématiquement les réformes et incitent les profs à faire comme bon leur semble, les ministres qui ne pensent que budget et débouchés.

  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 17h31 le 22/06/2011
    • Internaute 26226
       ? ?

    « “Notons enfin que la fonction de préfet des études fut instituée dans les établissements privés religieux en… 1668. ‘’

    Pour un gouvernement dont la principale critique à l’égard de l’opposition se résume à se gausser de leur passéisme,c’est véritablement une trouvaille.Et comme si cela ne suffisait pas,ils vont chercher leur inspiration dans des méthodes d’établissements religieux,fidèles au désormais tristement célèbre discours de Latran de leur ‘patron’.

    Mais finalement est-ce une surprise qu’une telle méthode soit défendue par un ex employé de chez l’Oréal recyclé contre toute attente dans un ministère où l’improvisation devrait être totalement exclue : l’éducation nationale.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 00h56 le 23/06/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Fomente ! ! !

    Çà ne date pas d’hier !

    « La revanche du Parti noir » : cet extrait résume assez bien notre propos central.

    Cinquante ans après la loi Debré, il apparaît utile de reparcourir ces décennies pour montrer quelles ont été les véritables politiques scolaires des gouvernements successifs. Répondre à la question du « Pourquoi cette entreprise de démolition ? » nécessite, d’autre part, de clarifier les relations entre les objectifs du capital et leurs conséquences sur l’École à savoir la nécessité de s’attaquer à la qualification du travail salarié pour abaisser la valeur de la force de travail en vue de maintenir le profit et, si possible, de l’augmenter. Le bonapartisme gaulliste instauré à partir de 1958 a constitué le moyen d’imposer les transformations nécessaires pour les besoins du patronat, l’organisation d’un régime corporatiste cherchant à associer les directions des organisations ouvrières à la mise en œuvre de cette politique remettant en cause l’ensemble des conquêtes antérieures, en particulier celles issues de la Libération. Il semble utile, dans ce contexte, de revenir sur tout le travail de préparation de la reconquête de l’École par la hiérarchie catholique aboutissant à la loi Debré de 1959 qui a aggravé brutalement la remise en cause de la laïcité, déjà ébréchée dans les années 1950, et renouant avec la période funeste de Vichy.

    Autrement dit, il s’agit de sortir d’un cadre largement commun à divers analystes de l’évolution scolaire, sociologues de l’éducation en particulier, qui considèrent de diverses manières que l’École serait responsable de la reproduction des inégalités sociales et que de bonnes réformes scolaires pourraient au contraire les réduire. Ainsi se répand l’illusion qu’une école démocratique pourrait être reconstruite dans le cadre d’un capitalisme en voie de décomposition. « 

    Lien

  • Lohiel
    Lohiel
    http://twitter.com/Lohiel
    • Posté à 19h16 le 22/06/2011
    • Internaute 38391
      http://twitter.com/Lohiel

    Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas...

    La finance a déclaré la guerre aux peuples européens
    Dans ce qui est imposé à la Grèce, « il s’agit d’une véritable guerre déclarée par la finance à l’État social en Europe, où la Grèce est le premier maillon de la chaîne ».

    Lien

  • Richard Schneider
    Richard Schneider
    retraité de l'EN
    • Posté à 20h57 le 22/06/2011
    • Internaute 153726
      retraité de l'EN

    De toute façon, pour cette majorité, l’objectif final est l’asphyxie de l’École - de tout le service public. Depuis que cette droite la plus dure que la France ait connu depuis la Libération est au pouvoir - c.à.d. depuis 2007 - la haine sourde qu’elle voue à l’institution scolaire se traduit par une succession de mauvais coups. Pourquoi ? deux raisons.
    1. l’École publique n’est pas rentable ;
    2. Elle est trop indisciplinée ;
    Comme les enseignants, comme les autres fonctionnaires, ne sont pas « populaires “ (les médias font tout ce qu’ils peuvent pour accroître cette impopularité), il est assez facile pour l’UMP de cogner sur une institution hautement républicaine vacillante.
    Dire que la Gauche va finir par tout faire pour perdre en 2012 !

  • dilettante non mélomane
    • Posté à 13h30 le 23/06/2011
    • Internaute 107984
      En stand-by

    @Romero

    Je réponds un peu à chaud, sans avoir pu vérifier ce que « dit explicitement le texte officiel » concernant la fonction de ce préfet des études. Vous décrivez sa fonction ainsi :

    1) assister le chef d’établissement dans l’organisation et l’animation de la vie de l’établissement dans les champs éducatif et pédagogique pour le niveau pris en charge ;
    2) coordonner et animer le travail pédagogique et éducatif des équipes.

    Assister, coordonner, animer...
    Sans faire d’angélisme, est-ce que ce poste ne pourrait pas justement être utile aux enseignants ? Si ceux-ci proposent des projets transverses, en liaison avec des unités de recherche ou des entreprises, cette personne ne pourrait-elle pas décharger les enseignants de tâches lourdes et contraignantes* (organisation, gestion du projet, interface avec le rectorat en liaison lui-même avec les participants externes à l’établissement, que sais-je). Ce n’est probablement pas l’idée que le ministère actuel se fait de ce poste, mais c’est ce que les enseignants pourraient en faire, à condition qu’ils demandent à être impliqués dans le choix de ce préfet des études. Qu’ils discutent de l’utilité de sa fonction, et comment l’organiser, avec leur hiérarchie et les partenariats que l’établissement a pu nouer. Un travail d’équipe, en somme.

    Vous disiez au début de l’année :
     » N’ayez pas peur de votre hiérarchie [... C]ar il n’est de chef que parce que nous y consentons, parce que nous le faisons chef. Et il ne peut être question d’abdiquer toute dignité, assis là, face à ce simulacre d’autorité, en échange d’une bonne note et de quelques euros de plus. »
    À quoi appelez-vous exactement « vos frères » enseignants ? À se mobiliser contre ce programme « Clair », ou à se réapproprier ce qui dans son contenu, peut servir les idéaux que vous énoncez ?

    Je ne comprends plus vraiment sur quel pied vous dansez... Et accessoirement, vous avez dû vous en rendre compte, il n’y a pas que les enseignants qui se mobilisent depuis des dizaines d’années pour combattre le processus de privatisation de l’enseignement.

    [edit : *lorsqu’elles s’ajoutent à des heures de travail déjà bien remplies si on veut, dans le cadre d’un programme desséché, faire passer des notions à jour.]

    [edit 2 :
    Je réagissais au contenu de l’article.
    Je rajoute ceci, après lecture du projet clair.
    Le ministère annonce Lien des « innovations pédagogiques et de vie scolaire ».

    Innovations ? C’était pourtant déjà le but poursuivi lorsque j’effectuais mes études. But alors atteignable difficilement, par des portes entrouvertes uniquement aux bons élèves des bonnes classes. Pourquoi ? Par manque de moyen et de temps. Parce que les élèves n’avaient pas leur mot à dire, en dehors des élections des délégués de classe, une vaste farce.

    Allons voir le Lien, donc.
    Ah-ha :

    1) « le programme Clair est expérimenté dans 105 établissements situés dans les dix académies les plus exposées aux faits de violence ». Pourtant, les dites-innovations proposées n’ont rien d’extraordinaire ; elles font partie de ce qu’il est possible de faire pour développer l’esprit critique, il me semble.

    Serait-ce à dire que l’on ne donnait jusqu’à présent aucune chance aux élèves de ces établissements de développer un esprit critique ? Miince.

    2 ) « la désignation dans les collèges pour chaque niveau et les classes de seconde des lycées généraux, technologiques et professionnels d’un préfet des études “
    Ah, tiens, après la seconde, plus d’interdisciplinarité. C’est ballot, c’est là que cela devient le plus intéressant et le plus formateur. Mais bon après tout, peut-être que les élèves de ces établissements n’ont pas besoin d’aller au delà de la seconde ? *Smirk*

    3) ‘Les règles communes de vie au sein de l’établissement sont élaborées grâce aux échanges de l’ensemble des équipes éducatives et, une fois adoptées, sont respectées par chacun de leurs membres.’
    et
    ‘La responsabilisation accrue des élèves grâce à leur implication dans la vie de leur établissement est un gage de réussite et de qualité de vie en son sein. En particulier au lycée, l’engagement des élèves dans des actions associatives, de solidarité et de prévention, est encouragé, notamment dans le cadre de la maison des lycéens.’

    J’admire cette capacité à dire tout et son contraire. Responsabiliser et favoriser l’engagement des élèves sans leur donner le droit à la parole dans un espace où ils passent la plupart de leur temps ? Quelle blague.

    4) Intervention de la police, de l’armée et d’une milice aus ein des établissements, voir la section ‘3 - Actions en faveur de la sécurité des établissements’.

    5) Concernant le rôle du préfet des études :
    ”. Organiser, en classe de seconde, la mise en place de l’accompagnement personnalisé, du tutorat, des stages de remise à niveau, etc.
    . Organiser la programmation des heures de vie de classe (contenus, progression, etc.).
    . Établir un lien entre le temps scolaire et le hors temps scolaire (accompagnement éducatif, École ouverte, etc.) et, plus généralement, organiser la réflexion sur le temps des élèves.
     »

    Aaah, zut. Il manque un mot : « organiser matériellement », pour reprendre l’expression utilisée plus loin dans le texte. Leur rôle devrait plutôt être d’établir une feuille de route, en concertation avec tous les acteurs et d’épauler les enseignants dans leur exécution. Sinon, on voit mal comment un enseignant réduit à un simple exécutant pourrait promouvoir l’esprit critique...

    6) « . Organiser et animer des projets interdisciplinaires ou touchant des thèmes transversaux, des actions éducatives, des animations culturelles, suivre des expérimentations, participer à l’organisation avec les autres préfets des études des projets qui concernent plusieurs niveaux.
    . Participer à des actions favorisant la liaison entre le primaire et le collège, le collège et le lycée. »

    C’est bien joli, mais quel budget, pour cela ? A-t-on des retours des moyens -autres que policiers, militaires et autres- alloués aux « projets clairs » de l’année 2010-2011 ?

    7) « Les fonctions de préfet des études peuvent être confiées à :
    - Un enseignant dont le service est défini en fonction des missions et des responsabilités qui lui sont confiées par le chef d’établissement ; il peut notamment enseigner dans une classe du niveau suivi dont il est le professeur principal. »
    –> Rassurant. On imagine mal un drh ou un membre de l’équipe de direction d’un établissement de recherche décider seul d’une politique de médiation scientifique, de diffusion des connaissances ou de communication institutionnelle, sans concertation avec les personnels compétents. Echec assuré !
    De la même manière, on imagine mal des personnels ayant chacun leur petite idée de ce qu’il faut faire, et les moyens de financer leurs actions sans mise en perspective de la politique générale de l’établissement.
    Mais alors, quels moyens pour former ce prof à ces nouvelles missions ? Une formation sur le tas ? Il sait déjà le faire ? Est-ce que par hasard les formations pourraient être accessibles à tous les enseignants ?

    « Dans les collèges “ ambition réussite ”, le préfet des études peut, en particulier, être choisi parmi les enseignants supplémentaires. »
    –> Pourquoi ?

    « - Un ou, le cas échéant, des conseiller(s) principal(aux) d’éducation de l’établissement. »
    –> Alors, là, je flippe. Mais j’ai eu le bonheur de ne rencontrer que des conseillers d’orientation sachant bien mieux que moi ce que je voulais faire, et comment.

    Du bla-bla, sans les moyens, sans concertation avec les acteurs. Proposer des « innovations » pédagogique ou de vie scolaire pour légitimer des interventions sécuritaires, ou des compressions de personnel fait partie des stratégies de communication de ce gouvernement... Ce n’est pas pour autant que les « innovations » qui leur servent de caution sont mauvaises en elles-mêmes, si ?
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