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Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

Une libertaire qui fait respecter la loi... à la lettre

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 01/08/2011 à 17h30

Bien sûr, on pourra douter de mon objectivité (pour autant que cela existe) puisque le livre dont je vais vous parler est publié par mon (façon de parler) éditeur. Pourtant, je vais le faire car il s’agit d’écriture, de cette écriture qui fait palpiter la Rue.

Il s’agit en effet d’un hommage à l’écriture, peut-être devrais-je dire à l’écrit auquel l’auteure à consacré sa vie aussi bien comme « écrivante » que comme correctrice, mais aussi comme militante syndicaliste et libertaire dans cet étrange monde du « Livre », de la « Presse » et du syndicalisme cogestionnaire.

Un hommage rendu à l’écriture par l’écriture elle-même dont la vivacité porte une verve qui manie une délicate ironie pour parvenir à dresser, par touches, une description, au fond pleine de tendresse, du monde des mots et des phrases qui sentent encore un peu le plomb.

Correctrice donc est-elle, par choix, depuis trente-cinq ans, depuis ce jour où elle adhéra au Syndicat des correcteurs (CGT) grâce à May, nous confie-t-elle. May, c’est May Piqueray, vieille militante libertaire que, pour ma part, je croisais, admiratif, quand encore adolescent je m’initiais au militantisme en diffusant le journal « Liberté » que Louis Lecoin et May créèrent pour arracher à De Gaulle un « statut de l’objection de conscience ».

Des libertaires qui font respecter la loi

Ainsi pénétra Vanina dans l’arène, non, dans un cassetin plutôt (service de correction) où elle va pouvoir vérifier qu’elle est bien dotée, comme tout correcteur qui se respecte, de cet « œil typographique » aiguisé qui « se plante d’emblée ou presque sur une coquille ». Sans compter qu’elle va devoir « apprendre à douter, [...] à sans cesse chercher la petite bête et vérifier le plus possible ce que l’on nous sert comme une vérité... ».

Mais alors, ici, vient une interrogation pour ainsi dire ontologique tant elle concerne l’être même du correcteur. Ne voici-t-il pas en effet un monde dans lequel foisonnent des libertaires de toute sorte, autodidactes fort souvent, et comme Vanina, non seulement amoureux de la langue, des mots, mais veillant au respect des lois qui la régissent.

Voici des femmes et des hommes, militants anti-autoritaires, qui passent leur temps à faire respecter l’ordre et la loi... de la langue. Et, fort souvent, avec quelle autorité ! N’y aurait-il pas là quelque chose de très étrange, de l’ordre de l’invalidation de la théorie par la pratique ?

La « bureaucratie syndicale »

Et ce n’est pas tout car Vanina nous entraîne au cœur de ses démêlés avec la « bureaucratie syndicale ». Autrement dit, elle qui en bonne libertaire souhaite un changement radical du monde, participe-t-elle, quoique en perpétuelle opposition, à cette cogestion dont on sait qu’elle atteint une sorte de plénitude quand le syndicat lui-même forme, embauche et licencie en vertu d’un arrangement avec le patronat plus qu’en raison de victoires dans une lutte des classes incertaine.

Mais Vanina ne voit pas comment elle pourrait ne pas lutter au quotidien pour des « améliorations immédiates » (comme dit la Charte d’Amiens), sachant cependant que cette cogestion, au fond, fortifie le système et fonctionne fort bien à la satisfaction du syndicat, des adhérents et du patronat qui peut ainsi dormir sur ses deux oreilles sauf dérapage intempestif. On ne peut jamais tout prévoir.

Ecrire en liberté

Ainsi va la vie de Vanina, de boîte en boîte et d’affrontement en affrontement jusqu’à se poser dans une vieille et grande maison d’un hameau discret où, enfin, elle peut « travailler à domicile », corriger et écrire, autrement dit écrire de deux manières puisque corriger c’est évidemment écrire... d’une certaine manière.

Et puis de là dire tendrement adieu à tous ces mots qui dessinent une époque : adieu à la brisure, au cassetin et autre ligne-bloc, galée, lignes refondues en saumon, casse avec ses hauts et ses bas, composteurs et typotes au marbre, rédacteurs qui attendent la morasse.


« 35 ans de corrections sans mauvais traitement », de Vanina, éd. Acratie, 2011.

Corriger et écrire en liberté pour ainsi dire, grâce à la technologie mais toujours faisant preuve de la même autorité, du même respect de la loi, des lois de l’écriture bien sûr. Mais alors la langue serait-elle sacrée ? Au point que nos correcteurs libertaires eux-mêmes en fassent respecter la loi ?

J’oubliais : le livre s’intitule « 35 ans de corrections sans mauvais traitements » de Vanina, aux éditions Acratie, 2011.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 17h56 le 01/08/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    [ « J’oubliais : le livre s’intitule “ 35 ans de corrections sans
    mauvais traitements ” de Vanina,... aux éditions Acratie, 2011.]

    C’est bon c’est bon... quelqu’un va l’acheter, ce bouquin là...
    ...sûrement même !

    Y’en a qui osent tout, c’est bien connu... depuis Michel Audiart.

    • kestucroa
      • Posté à 07h57 le 02/08/2011
      • Internaute 111844

      Double meaning.
      Ca peut vouloir dire qu’elle est bien payée, également

  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 20h17 le 01/08/2011
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    La langue est sacrée, la langue est sacrée... j’veux bien mais des fois faut la bousculer pour qu’elle parle aux gens :

    « Naturellement, en ma qualité de gniaff, je ne suis pas tenu à écrire comme les niguedouilles de l’Académie : vous savez, ces quarante cornichons immortels, qui sont en conserve dans un grand bocal, de l’autre côté de la Seine.
    Ah, non alors, que j’écrirai pas comme eux ! Primo, parce que j’en suis pas foutu, — et surtout parce que c’est d’un rasant, je vous dis que ça…
    Et puis, il faut tout dire : la grammaire que j’ai eu à l’école ne m’ayant guère servi qu’à me torcher le cul, je ne saisis pas en quel honneur je me foutrais à la piocher maintenant.
    Il est permis à un zigue d’attaque, de la trempe de bibi, de faire en jabotant ce que les gourdes de l’Académie appellent des cuirs. Et j’en fais, mille tonnerres, je suis pas bouiffe pour des prunes !
    Pourquoi donc que je m’en priverais en tartinant ?
    J’ai la tignasse embroussaillée, je la démêle, comme on dit, avec un clou, — je vois pas pourquoi je bichonnerais mes flanches ?
    Est-ce des rabâchages de châtrés que je colle sur le papier ? — Je le pense pas, bon sang !
    Eh bien, pour lors, à quoi ça serait utile de pommader mes phrases, puisqu’elles sont pas pondues pour les petits crevés, qui font leur poire un peu partout ?
    Les types des ateliers, les gars des usines, tous ceux qui peinent dur et triment fort, me comprendront. C’est la langue du populo que je dégoise ; et c’est sur le même ton que nous jabottons, quand un copain vient de dégotter dans ma turne et que j’allonge mes guibolles par-dessus ma devanture, pour aller siffler un demi-setier chez le troquet du coin.
    Être compris des bons bougres, c’est ce que je veux, — pour le reste, je m’en fous ! »
    Émile Pouget (Le Père Peinard).

    En fait j’suis tanquille : sûr que ce texte serait passé tel que, sans une virgule dérangée. J’avais juste envie de le partager. Faut dire que j’l’aime bien l’père Pouget, un syndicaliste libertaire lui aussi. Et même qu’il aurait rajouté « nom de dieu ! ».

    • Yvon le Zébulon
      Yvon le Zébulon répond à Pas tripette.
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
      • Posté à 20h21 le 01/08/2011
      • Internaute 65781
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

      Oh là là pas Tripette !

      J’ai cru un instant que ce texte était de toi... et je me suis dit :
      « Bon sang d’bonsouère, quel talent il a, le crochu du bulbe ! »

  • malatrie
    malatrie
    Distraite
    • Posté à 18h19 le 01/08/2011
    • Internaute 26407
      Distraite

    C’était la minute Pub de Rue 89

  • Kalédozore
    Kalédozore
    Enseignant
    • Posté à 23h22 le 01/08/2011
    • Expert 49631
      Enseignant

    Chair colégue, si je m’a pas gouret, ils me samble qui y as une cokille dent vautre articles :
    « que nos correcteurs libertaires eux-mêmes en fasse respecter la loi ».
    Peut êtte queue le vairbe faire devré êtte ici écris eau plurielle avec nt a la faim ?
    Je n’ose le croire ! Qu’elle est belle mais difficile cette langue française...

  • Bénédicte Desforges
    Bénédicte Desforges
    - ex flic et auteur -
    • Posté à 00h02 le 02/08/2011
    • Internaute 116230
      - ex flic et auteur -

    C’est politiquement misérable un « libertaire » en 2011 dis donc.

    Parce que ça, c’est de la putain de bobolution.

  • EdkOb
    EdkOb
    la France d'après...
    • Posté à 09h59 le 02/08/2011
    • Internaute 85736
      la France d'après...

    9 messages, et que des volées de bois mort (ou vert, selon les régions).

    Pourtant, cet hommage à la langue est assez touchant. Ni dogmatique, ni pesant.

    Je connais perso des correcteurs, et il faut voir dans quel état sont les ouvrages qu’ils reçoivent. Je sais, ce n’est pas le sujet de l’article.

    Le sujet, c’est un hommage à la langue et à Vanina. Et à l’action militante.

    Je vais acheter le livre. Je respecte beaucoup le travail des « petites mains ».

    J’aime beaucoup quand des gens partagent leurs coups de cœurs, cela fait du bien, tout simplement.

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 18h36 le 02/08/2011
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Merci pour cet article , Nestor, et bravo à Vanina pour son beau travail de correctrice .

    Dommage que les Riverains soient incapables d’apporter d’autres commentaires, c’en est désespérant d’indigence ...

    ( Ils doivent oublier par exemple, que Brassens - aussi - a été en son temps, correcteur au Monde Libertaire sous le pseudo de « Geo la Cédille » !)

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