Restez assis les enfants !

Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

EPM : des enfants en prison

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 18/12/2011 à 10h05

Le 15 novembre dernier six personnes ont été arrêtées à Toulouse. Quatre d’entre elles sont toujours en détention préventive accusées de s’être introduites dans les locaux de la direction interrégionale Sud de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), d’avoir répandu un liquide nauséabond sur les ordinateurs, et dénoncé par tags et tracts les EPM (établissements pénitentiaires pour mineurs).

Peu de dégâts

Les accusés revendiquent leur qualité de militant(e)s politiques mais nient leur participation à cette action dont la forme est évidemment discutable, mais dont Michel Valet, procureur de Toulouse a pu dire :

« Les agents de la PJJ n’ont pas fait l’objet de violences physiques même si cet acte, qui n’a finalement fait que peu de dégâts, les a profondément choqués. » (La Dépêche du Midi, 6 juillet 2011).

Il demeure, malgré le peu de gravité des faits, que quatre personnes sont incarcérées et il demeure le problème des EPM, ces véritables prisons pour enfants, qui n’ont cessé d’être dénoncés depuis leur création par de nombreuses organisations politiques et syndicales, de la FSU à la LDH en passant par le Syndicat de la Magistrature et le PC, peu suspectes, elles, de sympathies « anarcho-autonomes-ultra-gauche-etc. ».

Rafraîchissons notre mémoire : les EPM sont des lieux de détention réservés aux jeunes de 13 à 18 ans, des enfants disais-je, créés par la Loi d’orientation et de programmation pour la justice du 9 septembre 2002 dite Loi Perben 1. Les premiers établissements ont été ouverts en 2007-2008, les « Centres éducatifs fermés »créés par la même loi et mis en service précédemment ne suffisant manifestement pas à mater les récalcitrants.

Un couple schizophrénique

Il y a actuellement environ 360 personnes détenues en EPM sur quelque 800 jeunes incarcérés. Les quartiers pour mineurs que devaient remplacer les EPM n’ont, en effet, pas disparu. Évidemment.

L’idée, comment ne pas la qualifier de « géniale » ? qui présida à la création de ces prisons était de « faire une école avec des murs » autrement dit d’allier dans les hauts murs le pénitentiaire et l’éducatif ce qui se concrétisa sur le terrain par la création d’un « binôme » constitué d’un gardien et d’un éducateur. Ce qui, non seulement d’un point de vue pédagogique, mais socialement et psychologiquement parlant, est une aberration.

L’éducation, en effet, implique l’adhésion de l’apprenant, ce que l’institution éducative « ouverte » a déjà tellement de peine à réaliser. Le pénitentiaire en revanche nécessite la coercition puisqu’il s’agit de faire pénitence. Il s’agit donc là d’un couple schizophrénique auquel est confié l’enfant détenu. Et pas n’importe quel enfant. Un enfant rompu.

Car nous savons bien qui sont ces enfants, nous savons bien qu’il ne viennent pas des beaux quartiers et nous savons bien qu’ils sont les laissés-pour-compte d’une institution éducative qui refuse obstinément de se donner les moyens de prendre en charge dès avant la maternelle les enfants les plus démunis, les plus éperdus.

Tout commence là en effet, dans cette scolarisation qui devrait demeurer maternelle et dans laquelle, comme le souhaitait tant Pauline Kergomard (fondatrice des écoles maternelles), le jeu devait être la première occupation de l’enfant, le premier travail disait-elle, par lequel celui-ci entrait dans la lecture, l’écriture, la culture. Et ceci sans nécessité de ces évaluations qui dès ce premier âge opèrent des ségrégations qui n’osent dire leur nom.

Suicides, mutineries, agressions...

C’est à ce moment inaugural de la vie qu’il conviendrait de consacrer les moyens les plus importants, ceux que l’on trouve pour construire prisons, CEF et EPM (environ 700 euros par jour pour un jeune en EPM), pour donner à ces tout-petits « issus de milieu défavorisé » le bain linguistique (tout commence par la maîtrise de la langue), artistique et culturel dont ils ne bénéficient pas dans leur famille.

Mais on ne se propose même pas de le faire. Il est tellement plus facile d’inculquer et d’évaluer, et de mentir comme ne cesse de le faire ce DRH qui se prend pour un ministre de l’Education, qui prétend faire une révolution en inventant une aide personnalisée qui, sous diverses formes, se pratique depuis cinquante ans pour le moins, qui dément vouloir évaluer en maternelle alors que des documents publiés par son ministère prouvent le contraire et qui dissimule les statistiques peu favorables à son bilan (Le Monde du 13 et 14 décembre).

Conséquences : suicides (EMP de Meyzieux, février 2008- EMP d’Orvault, février 2010), mutineries (Meyzieux, juin 2007- Lavaur, juillet 2007 et mai 2011), agressions d’éducateurs et de surveillants, destruction de cellules, tentatives d’évasion... La CGT-PJJ en arrive à comparer ces prisons pour jeunes à des cocottes-minutes et jusqu’au Sénat (le précédent) qui dans son rapport ne peut que constater la catastrophe.

Alors quand d’autres jeunes, militants ceux-ci, protestent à leur manière, sans causer trop de dégâts, que fait-on ? On incarcère bien sûr, puisque c’est tout ce que l’on sait faire, ce que l’on veut faire.

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  • Hurz
    Hurz
    -
    • Posté à 10h38 le 18/12/2011
    • Internaute 110884
      -

    Au prochain fait divers on rouvre le bagne de Belle-Île.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 11h19 le 18/12/2011
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    les prisons sont complètement surchargées, mais des juges n’hésitent pas à y mettre en préventive des gens qui, dixit le proc, n’ont fait que peu de dégâts... et dont la culpabilité n’est pas prouvée. C’est complètement aberrant ! ils croient leur faire peur et en faire des moutons ? ça aussi, c’est dans la droite ligne de la punition à la sarko ... et s’ils sont relaxés au procès, faute de preuves ? Ils auront droit à un dédommagement pour incarcération abusive ? Pour éviter de payer cette justice là, qui n’est pas la nôtre, va les condamner juste pour couvrir le temps de détention ... qu’est devenue la présomption d’innocence ?

    Quant aux EPM ... rien à rajouter à ce qu’en dit Nestor Romero ;)

    • pablico
      pablico répond à caro
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 19h21 le 18/12/2011
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      tant qu’on ferme des écoles, on peut ouvrir des prisons.. c’est un transfert de budget..

  • Patrick-handicap
    Patrick-handicap
    handicap 80% expatrié
    • Posté à 11h29 le 18/12/2011
    • Internaute 75148
      handicap 80% expatrié

    Il n’y a plus de futur en France, faites comme moi, quittez la.

  • emiboot
    emiboot
    No Homs land
    • Posté à 14h50 le 18/12/2011
    • Internaute 81944
      No Homs land

    Et l’autre abruti qui veut faire passer l’âge de responsabilité pénal de 13 à 12... Comment dire... Voilà une catégorie de ’personne’ qui n’est : ni responsable mais pourtant en prison, qui ne peux pas voter, ni travailler sans autorisation, ni posséder un compte en banque, ni se marier, ni s’émanciper (pas avant 16 ans il me semble) ni sortir du territoire sans surveillance/autorisation, qui n’a pas un rond, ni de métier, une expérience de la vie des plus fragiles, parfois dramatique, sordide, qui s’est contenté bien souvent de naître pour en arriver là, mais qui se doit de payer non pas ’comme les autres citoyens’ mais PIRE que les autres, parce que ce ne sont PAS des adultes, et qui n’ont même plus droit au juge pour enfants, leur statut étant, manifestement, pas une invitation à la modération.
    De là à ce qu’on parle d’alléger le code du travail en France, pour faire bosser un peu mieux ces feignants d’enfants plus tôt...
    Je ne suis pas en train de dire qu’on devrait faire de l’angélisme et nier les problèmes graves que causent ces gosses et leurs comportements. Mais justement, les enfants délinquants posent des problèmes particuliers, il faudrait pouvoir les aider en fonction de leur réalité d’enfant et pas en fonction de fantasme sécuritaire d’un parti qui finira par quitter le pouvoir. Et qui hurlera aux loup le jour où statistiquement, certains de ces enfants deviendront des adultes récidivistes.
    Car ils finiront par sortir, rappelez vous, et c’est bien le but non ? En faire des citoyens responsables et adultes. La bonne blague. Et ce jour là les responsables directs et indirects de ce gâchis sans nom se diront encore avec contentement : comme j’ai bien travaillé.

  • Autruchette
    Autruchette
    Dieu est mort !
    • Posté à 09h21 le 19/12/2011
    • Internaute 134171
      Dieu est mort !

    Une Nation qui maltraite ainsi ses furturs générations, est une Nation en danger. L’Etat nous prépare un avenir bien douloureux.

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