Rhythm'n'Bulles

Musique et bande dessinée font souvent SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! Ce BLOG ! sort guitares et crayons de leurs étuis et vous invite à écouter un dessin, à regarder un son… et à faire les deux à la fois !

« Baby's in Black » : les Beatles en noir (et blanc)

David Unger
France
Publié le 24/01/2012 à 16h07

« Baby’s in Black » (Arne Bellstorf/éd. Sarbacane)

Dans l’histoire des Beatles, la période de Hambourg est sans doute la moins connue. En octobre 1960, les gars de Liverpool jouent peu de compositions originales. Ils n’ont encore rien enregistré, et leur notoriété sur le continent ne dépasse guère le cadre de la Reeperbahn, la rue principale du quartier rouge de la ville.

Le groupe balbutie sauvagement et les blousons noirs dans lesquels ils s’affichent ne sont pas d’un genre à faire tomber en pâmoison les filles de bonne famille du monde entier.

Mais leur énergie est brute, leur humour insolent et leur charme si évident qu’ils font la gloire du Kaiserkeller, la boîte qui les embauche pour un maigre salaire, dans des conditions à la limite du supportable. Mal logés dans le grenier mal chauffé d’un cinéma malfamé, les Beatles font l’expérience d’un début de carrière particulièrement rock’n’roll.

Les bagarres collectives dans le club ne sont pas rares, les concerts durent jusqu’à l’aube, sept nuits sur sept. Quant à leurs papiers, ils ne sont pas franchement en règle, ce qui leur vaut quelques séjours dans les commissariats allemands, ainsi que des allers-retours souvent inopportuns avec l’Angleterre.


L’humour anglais, « Baby’s in Black » (Arne Bellstorf/éd. Sarbacane)

A l’époque, Tony Sheridan ou Rory Storm sont les vraies vedettes du quartier. Le batteur de ce dernier, Richard Starkey, se fera d’ailleurs appeler Ringo Starr quelques mois plus tard. Les Beatles sont en bas de l’affiche. Et dans le groupe, deux hurluberlus qui ne goûteront pas à la plus extraordinaire aventure musicale des années 60 : le batteur Pete Best, qui sera remplacé en 1962 par Ringo, et le brun ténébreux au charisme proche d’un James Dean, Stuart Sutcliffe.

Astrid, celle à qui l’on doit leur coupe au bol

C’est à ce personnage mystérieux que s’attache « Baby’s in Black ». L’album est signé d’une jeune allemande, Arne Bellstorf, et son parti-pris a ceci de passionnant que l’histoire est entièrement narrée par Astrid Kirchherr, la jeune photographe qui devient l’amie du groupe et la fiancée de Stu, dont elle s’entiche au premier coup d’œil.


Astrid s’entiche de Stu (Arne Bellstorf / Sarbacane)

Stu est un ami de John. Ils se rencontrent en 1959 dans un pub proche du Liverpool Art College, dont ils suivent les cours. Leur passion du rock et du « non-sense » les rapproche. Tandis que John monte son groupe avec Paul et George, manque un instrument dont Stu s’empare un peu malgré lui : la basse. Stu n’est pas musicien, mais la basse est dotée d’un son qu’on entend peu parmi les crashs de la batterie et l’électricité hurlante des guitares et des voix. Sa présence n’a d’autre vocation que rythmique. Stu aime le rock et l’idée d’une virée rémunérée en Allemagne le convainc. Mais il n’entend pas mettre sa carrière de peintre de côté pour autant.

La rencontre avec Astrid est en cela déterminante. La jeune fille, dont les photos sont très appréciées par le groupe, séduit autant par sa candeur que par son art. Les deux amants sont idéalistes et s’inspirent l’un de l’autre. Astrid aménage dans le grenier de la maison de sa mère un atelier pour Stu, dont le quotidien oscillera entre concerts la nuit et travaux plastiques le jour.


Les photos d’Astrid, « Baby’s in Black » (Arne Bellstorf/éd. Sarbacane)

Les Beatles ne voient en rien cela d’un mauvais œil. Astrid ne joue d’aucune autorité ou d’influence négative. Elle soutient le groupe coûte que coûte. Elles leur inspire la fameuse coupe au bol, qu’elle-même emprunte à Jean-Claude Brialy dans « Le Beau Serge » de Claude Chabrol. Astrid et ses amis bohèmes sont fous de culture française. Elle regrette de ne pas lire Baudelaire dans le texte, écoute Juliette Gréco et voue un culte à Jean Cocteau.

Stu, pas musicien de studio, mais mythique

Parmi la bande d’étudiants en art qu’elle leur présente, il y a son ex, Klaus Voorman, qui se lie d’amitié avec le groupe. C’est lui qui, plus tard, sera chargé de concevoir la pochette mythique de l’album « Revolver ». Il s’installera en Grande-Bretagne et jouera parfois de la basse sur quelques albums des membres du groupe après leur séparation. Celui-ci, jeune photographe également à l’époque, n’est en rien contrarié par l’amour que vivent Stu et Astrid, qu’il voit plus épanouie que jamais.

De son côté, le jeune liverpudlien a tout pour être heureux. Son charme et son talent lui permettent d’entrer aux Beaux-Arts de Hambourg. Astrid l’aide à obtenir une bourse conséquente, et sa passion le happe tant qu’il en arrive à quitter le groupe, sans conflit aucun. La coïncidence est heureuse, puisqu’à cette période, les Beatles se voient offrir l’opportunité d’enregistrer avec Tony Sheridan, sous le nom des Beat Brothers. C’est Paul qui prend la basse. Stu n’avait pas le niveau d’un musicien de studio, il se sépare sereinement de son instrument pour ne plus lâcher le pinceau.


Lendemain de studio, « Baby’s in Black » (Arne Bellstorf/éd. Sarbacane)

Le noir et blanc crayonné de l’album évoque un groupe à l’état d’esquisse. Les œuvres peintes de Stu ne sont d’ailleurs que suggérées, accentuant l’idée d’un travail dont la jeunesse n’aura pas la chance de mûrir. L’alcool et les amphétamines ne sont pas occultés, bien qu’aucune scène trash ne pimente le récit. Le point de vue de la photographe sur les garçons est plein de douceur. Il est empreint d’un romantisme lunaire qu’accentue le noir de leur style vestimentaire. On imagine que la dessinatrice n’a eu aucun mal à s’identifier à Astrid, avec qui elle s’est entretenue longuement pour élaborer son récit graphique.

Astrid a ce rêve récurrent, étrange et pénétrant, où elle se voit déambuler avec Stu dans un coin de forêt. Stu chante « Love me tender », qu’il lui avait d’ailleurs dédicacée lors d’une jolie séquence de concert. La jeune fille verra ce rêve se transformer au fur et à mesure de la maladie de Stu. Dans l’un des derniers chapitres, elle perd son amant rêvé au détour d’un arbre. Elle se retrouve face à un étrange miroir, qui fait écho à sa passion pour Cocteau. Le miroir est un élément majeur du film « Orphée », il est la porte liquide qui mène au monde des morts.

L’épilogue ellipse la disparition du protagoniste avec beaucoup de tendresse, de décence et de subtilité. Il confère à Stu une dimension mythique pleine de discrétion. On imagine que son fantôme a dû planer d’une façon bienveillante sur les membres du groupe tout au long de leur histoire.


Astrid et Stu (Arne Bellstorf/éd. Sarbacane)

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  • Toupiket
    Toupiket
    curieux professionnel
    • Posté à 17h06 le 24/01/2012
    • Internaute 52413
      curieux professionnel

    « Dans l’histoire des Beatles, la période de Hambourg est sans doute la moins connue. »

    Ceux qui adhèrent à ce postulat n’ont pas lu un remarquable ouvrage, trés complet, véritable travail d’historien « Enquête sur un mythe - Les Beatles de 1960 à 1962 » d’Eric Krasker, publié en 2003 chez Séguier, dans la collection Empreinte ! Un des rare bouquin sur le groupe, rédigé par un français qui a été traduit en anglais, c’est dire le sérieux du truc.

    Quant à la BD présenté ici ... bof ... un ouvrage de plus dans le business beatles. Il y avait déjà l’oeuvre de Hervé Bourhis chez Dargaud, bien plus sérieux et aussi « décalé »

  • Abettik
    Abettik
    http://sfetal.blogspot.com/
    • Posté à 17h55 le 24/01/2012
    • Internaute 1156
      http://sfetal.blogspot.com/

    y aussi le film (informatif à défaut d’être mémorable) de 1994 par Iain Softley
    Backbeat qui relate cette même période

  • Central Scrutennizer
    Central Scrutennizer
    Scrutennizant
    • Posté à 18h17 le 24/01/2012
    • Internaute 77982
      Scrutennizant

    Sans être méchant je commence à en avoir un peu marre des bédéïstes « auteurisants » qui croient que le truc le plus hype est de pondre des histoires creuses sur d’infâmes gribouillis façon « blogueurs ».

    N’est pas Marjane Satrapi, David B. ou Berberian qui veut.

  • blackbear-
    • Posté à 20h08 le 24/01/2012
    • Internaute 117716

    C’est pas parceque les derniers fans des Beatles venus n’ont pas pu apprendre par les Inrocks l’histoire du groupe, que cet épisode de Hambourg est MOINS CONNU.
    Il fait partie intégrante de la légende du groupe et chaque fan est au courant.
    Dans 10 ans RUE89 va sortir un papier ou Si , SI, Lennon et Harrison étaient bien des Beatles et que leur producteur n’était pas Jay Z.
    Mais merci quand même pour cet effort historique.
    J’ai 60 ans et l’année dernière un boutonneux d’à peine 20 ans m’a appris que je n’avais jamais rien compris au sixties et m’a raconté les Beatles, vu que nécessairement je n’avais visiblement rien compris non plus.
    ALORS....

  • blackbear-
    • Posté à 20h11 le 24/01/2012
    • Internaute 117716

    C’est pas parceque les derniers fans des Beatles venus n’ont pas pu apprendre par les Inrocks l’histoire du groupe, que cet épisode de Hambourg est MOINS CONNU.
    Il fait partie intégrante de la légende du groupe et chaque fan est au courant.
    Dans 10 ans RUE89 va sortir un papier ou Si , SI, Lennon et Harrison étaient bien des Beatles et que leur producteur n’était pas Jay Z.
    Mais merci quand même pour cet effort historique.
    J’ai 60 ans et l’année dernière un boutonneux d’à peine 20 ans m’a appris que je n’avais jamais rien compris au sixties et m’a raconté les Beatles, vu que nécessairement je n’avais visiblement rien compris non plus.
    ALORS....

  • emixdub
    emixdub
    Employé à Berlin, Allemagne
    • Posté à 20h33 le 24/01/2012
    • Internaute 32174
      Employé à Berlin, Allemagne

    Juste pour corriger un truc, Arne Bellstorf n’est pas « une jeune allemande » mais un jeune allemand.
    Merci.

    J’ai ce bouquin depuis sa sortie à l’automne 2010 et c’est très touchant, très sobre ce style (oui, n’est pas Marjane Satrapi ou Berberian qui veut c’est vrai) colle parfaitement à ces années méconnues de la genèse du groupe. Seul regret ? Ne pas justement y voir un peu plus de sexe, drogues et rock n’ roll. Les preludin méritaient ça !

    • David Unger
      David Unger répond à emixdub
      France
      • Posté à 17h04 le 26/01/2012
      • Journaliste 173047
        France

      Oups ! Merci de m’avoir corrigé.

  • Macca94
    Macca94
    conseiller social
    • Posté à 21h47 le 24/01/2012
    • 180017
      conseiller social

    Expliquer l’histoire des Beatles en BD permet à de nombreux jeunes de découvrir le groupe, s’ils n’ont pas eu la curiosité ou l’opportunité de s’y intéresser.

    Le phénomène est également expliqué dans « Beatlemania le guide du fan des Beatles ». Beatlemania

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 23h53 le 24/01/2012
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    « Dans l’histoire des Beatles, la période de Hambourg est sans doute la moins connue. »

    Ben oui.
    Pas la peine de faire les relous, les gars.
    C’est pas parce que vous, vous êtes au courant, que la phrase est fausse.
    Dès que ça cause musique ici, ça tourne direct au concours de bite, c’est pénible.
    Moi, à part 2, 3 anecdotes sur des gamins en goguette à St Pauli, je connais pas cette période.

    J’aime bien son trait, je trouve qu’il les a bien cernés. Sauf la fille, je m’attendais à ce qu’elle ressemble plus à Twiggy.
    J’aurais bien aimé en savoir un peu plus sur l’auteur. Y a pas trop de trucs en français. Par contre, il a fait des trucs qui ont l’air intéressants sur Berlin, mais ça à l’air d’être en italien ( !).
    Et, euh, en restant elliptique pour pas leur créer de problème. C’est OK la police de caractères un peu connue quand les Beatles s’expriment ? C’est juste dans la version française ? Je me suis toujours dit que si je faisais une BD, je ferais pareil. Alors big up au responsable : D

  • Adam Lèvre
    Adam Lèvre
    (...)
    • Posté à 00h32 le 25/01/2012
    • 178753
      (...)

    Corinne Black tapine Hambourg et dans sa beetle au vent sans capote, volkswagen a mis des housses bizarres. Avec l’ auto à radis, Oh corine black a l’air idiot.

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