Roo88

Pour mieux connaître nos voisins du dessous...

L'asile politique fait trébucher le gouvernement australien

Etienne Combier
Apprenti journaliste
Publié le 08/09/2011 à 09h05

Rien ne va plus pour Julia Gillard, la première femme premier ministre en Australie. Mise en difficulté après un jugement de la Cour Constitutionnelle sur un projet de loi controversé, elle court désormais le risque d’être évincée du gouvernement.

Tout commence le 31 août, lorsque la High Court (équivalent du Conseil constitutionnel) dénonce le projet gouvernemental d’un échange entre immigrants clandestins arrivant en Australie et réfugiés Malaisiens.

Fidèle à sa tradition migratoire très stricte, le parti travailliste australien a signé ce «  deal  » le 26 juillet avec le gouvernement Malaisien, prévoyant que les 800 prochains immigrants arrivant par bateaux seront transférés en Malaisie. En échange, l’Australie acceptera 4 000 réfugiés en provenance du pays voisin.

La solution Pacifique au coeur du conflit juridique

Ce procédé « d’off-shore processing  » est une des solutions adoptées par la classe politique australienne depuis le début des années 2000, sous le nom de «  solution Pacifique  ».

A l’origine signé avec les îles de Nauru ou de Papouasie Nouvelle Guinée par John Howard (Conservateur), cet accord provoqua des contestations tant de la part des associations de protection des migrants que des pays récepteurs eux-mêmes.

Ce fut d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement du travailliste Kevin Rudd fut contraint à la démission par l’autre aile du parti travailliste, il y a un peu plus d’un an, en juillet 2010. La solution, loin d’être abandonnée, devint même une des priorités pour Julia Gillard, première femme élue au poste de premier ministre.

 


Gillard vue par Peter Broelman, cartoonist australien.

 

Emmenée par le Chief Justice French, la décision de la High Court de décréter ce projet de loi illégal est un nouveau coup sur la tête de Gillard, déjà attaquée pour son projet de taxe carbone et de refonte des taxes minières. La cour a jugé que la non-ratification de la convention des Nations Unies sur les réfugiés par la Malaisie rendait de fait impossible tout transfert.

Le leader de l’opposition, Tony Abbott, a profité de l’occasion pour déclarer que le gouvernement actuel «  est en train de mourir de honte de sa propre incompétence  », tandis que de nombreux députés de la majorité commencent à douter de son leadership.

Cependant, rien n’est joué, car Gillard a un atout  : elle n’a pas de remplaçant crédible. De fait, comme a pu le souligner Peter Hartcher, analyste politique au quotidien Sydney Morning Herald qui compare le gouvernement à une maison en feu, «  cette fois, il n’y a pas d’autre maison où aller  ».

Une classe politique unie sur la question

Et la résistance s’organise. Contre-attaquant le jugement de la Cour Constitutionnelle, Gillard est actuellement en pourparlers avec Abbott, qui a ravalé ses critiques, pour élaborer une autre loi contournant la décision et faire éventuellement renaitre la solution Pacifique.

Si conservateurs et travaillistes régalent les journaux de piques continuelles, les désaccords affichés ne sont que de façade. De fait, ni les uns ni les autres ne remettent en cause l’ «  off-shore processing  », symbole de l’Australie comme «  un sanctuaire  » selon les mots de Julia Gillard.

Cette décision pourrait malgré tout s’étendre aux accords précédents passés avec Manus ou Nauru et mis en silence depuis 2009, comme l’espère David Manne, l’avocat qui a amené la High Court à juger le projet de loi (voir la vidéo).

La gauche plus extrême que la droite ?

Le plus perturbant pour un regard français sur cette question est de voir le parti travailliste comme étant le plus volontaire sur ces questions. Si l’on ne peut pas établir de comparaisons aussi simples et directes entre des pays aussi différent que la France et l’Australie, des tentatives d’explications peuvent tout de même être menées.

Ainsi, cette attitude résulte d’un contexte historique et politique, qui a fait du parti travailliste l’un des premiers soutiens à la White Australia Policy, politique d’exclusion raciale instituée dès 1901 et abrogée seulement dans les années 1960-1970, suivie d’un nationalisme renouvelé mené notamment par Paul Keating dans les années 1990.

Le contexte insulaire de l’Australie, qui a toujours été prégnant tant dans l’esprit des dirigeants politiques que de la population, ne fait que rajouter à cet état de fait.

Et si Chantal Brunel était australienne en fin de compte  ?

Aller plus loin
  • 2562 visites
  • 2 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 10h23 le 08/09/2011
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    Vous disiez, Madame Gillard ?

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 15h27 le 08/09/2011
    • Internaute 42204
      en boule

    « A l’origine signé avec les îles de Nauru ou de Papouasie Nouvelle Guinée par John Howard (Conservateur), cet accord provoqua des contestations tant de la part des associations de protection des migrants que des pays récepteurs eux-mêmes. “

    Le traitement de la question de l’immigration en Australie peut être extrêmement brutal, et choquant pour des yeux d’Européen.
    Un épisode hallucinant : lorsque je vivais là-bas en 2003 (sous Howard, donc), un bateau plein de réfugiés turcs a approché, via les eaux indonésiennes, les côtes Nord de l’Australie, vers Darwin. Il se trouve qu’ils allaient aborder une des îles faisant face à Darwin (Melville ? Bathurst ? Wessel ? j’ai oublié), et non le ‘mainland’ lui-même. Que fit Howard ? Il se dépêcha de faire voter par le Parlement (au beau milieu de la nuit !) un nouveau contour pour les frontières de l’Australie, qui excluait l’île en question du territoire national. Cela permettait de refuser toute aide médicale et juridictionnelle aux nouveaux arrivants et d’obliger les autorités indonésiennes à les reconduire hors des eaux territoriales de l’Australie. Bien entendu, le Sénat a annulé cette disposition deux jours plus tard, mais le but était atteint.
    Là-bas, seule une petite partie de l’opinion publique s’est élevée contre cette manœuvre crapuleuse. On imagine le scandale ici, si Guéant tentait de sortir la Corse de la France le temps d’éconduire un radeau de tunisiens.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.