Rubrique a rap

Un blog pour se plonger dans la diversité du "rap game" hexagonal, avec le désir ne de pas s'attarder uniquement sur ses faits divers et sa dimension sociale comme le font trop souvent les médias généralistes. Un suivi de l'actualité, des analyses, des interviews et des reportages permettront de mieux comprendre les évolutions artistiques, l'industrie, les personnalités et la complexité d'une musique qui fêtera ses 20 ans de succès en 2010.

Casey : « On l'oublie, mais le rap est une musique de révolte »

Fabien Offner
Journaliste
Publié le 08/03/2010 à 12h32


En voilà une qui n’aura probablement jamais le bonheur incommensurable de recevoir une Victoire de la musique des mains de Daniella Lumbroso ou Jean-Luc Delarue. Casey est ce que le rap énervé a produit de mieux en France ces dernières années.

Son second album, « Libérez la bête » (sortie le 8 mars), bourré de rimes croisées, d’allitérations et de glaviots empoisonnés, le prouve encore.

L’air sévère dans ses clips, l’Antillaise du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) à la timidité avouée se révèle affable en interview. Sans jamais se départir de la causticité qui la caractérise, au même titre que son physique de garçon manqué.

Entretien quelques heures avant son concert à Savigny-le-Temple, le 20 février.

Tu sors d’une longue tournée pour l’album « L’Angle mort ». Quel bilan fais-tu de cette collaboration, la première aussi poussée entre des rappeurs et des musiciens rock en France ?

C’était bien, mortel. On a déjà prévu d’en enregistrer un autre.

Tu as grandi en écoutant quelles musiques ?

Je ne suis pas née en écoutant du rap. J’écoutais la musique de mes parents, de la variet’ toute pourrie aux musiques antillaises, du Boney M... de tout. J’ai toujours kiffé le rock. Et puis quand t’écoutes du rap, tu en viens à t’intéresser aux samples, donc à la funk, à la soul...

Dans « Libérez la bête » tu évoques plus que jamais l’esclavage et la colonisation, des thèmes ancrés dans le passé.

Ce sont des thèmes sans fin que je veux continuer à aborder. Ça vient peut-être du fait que j’ai moi-même eu un déficit d’informations à ce sujet, et que je veux informer les gens à mon tour.

L’histoire des Antilles et de l’esclavage est tellement vaste qu’elle pourrait donner lieu à des milliers de morceaux. Quand on voit que 95% de la production musicale mondiale parle d’amour... (Voir la vidéo)

Est-ce que tu entretiens d’une façon ou d’une autre ce ressentiment présent dans la plupart de tes textes ?

Je ne sais pas si la rancoeur s’entretient. Plus jeune, j’écoutais des chansons en me disant que j’aurais aimé pouvoir exprimer les mêmes choses. J’ai lu bien sûr les écrivains antillais, mais ces lectures font plutôt écho à des sentiments et des réfléxions qui existaient déjà.

Le rap est une musique qui permet d’exprimer ce type de sentiments, de la même façon que le zouk permet d’en exprimer d’autres. Aujourd’hui, on en arrive à devoir justifier que le rap soit une musique de révolte, c’est fou !

C’est sa vocation première, mais elle est si peu représentée par les rappeurs actuels qu’on perd ça de vue. Mais j’espère quand même qu’on ne me voit pas que sous ce côté relou, Arlette Laguiller.

Dans ton premier album (« Tragédie d’une trajectoire », 2006) tu résumes ton enfance à Rouen à une « jolie petite ville de France où quand le nègre passe y’a des dents qui grincent ». Pas très flatteur pour la ville...

Quand tu rencontres le racisme très tôt, ça marque. Moi, c’est à Rouen que j’ai entendu pour la première fois des « sale Noir » ou que j’ai reçu des seaux d’eau dans la face. Mais ce n’est pas pour ça que Rouen est une ville plus raciste qu’une autre, disons que c’est une ville de province très catho.

Egalement dans ton premier album, il y a une chanson, « Pas à vendre », dans laquelle tu railles un rappeur arrogant qui finalement échoue dans la musique. C’est une vraie anecdote ou c’est une fiction ?

C’est un personnage, c’est un archétype que j’ai toujours en tête. J’ai fait la synthèse de ce qui le constitue, sa psychologie, sa façon de penser. Vu que maintenant la mode est au clash, il arrive qu’on oublie qu’il y a des connards-type.

Avant, il fallait vendre plein de disques pour être très, très con. Maintenant, il faut avoir un buzz sur Internet. J’ai voulu imaginer le connard le plus raffiné, la quintessence du connard.

Tu en veux à ces rappeurs bling-bling et pas très engagés ?

Leur en vouloir, ce serait dépenser trop d’énergie pour eux. Mais c’est normal que j’ai un avis, comme j’aurais un avis sur la qualité du pain si je travaillais dans la boulangerie ou comme je pourrais dire, « quels salauds ceux qui mettent des pesticides ! », si je travaillais dans la pomme.

Il faut que le rap soit de qualité, après les textes, c’est au choix. En revanche je n’accepterais pas que l’industrie du disque m’empêche de pratiquer ma musique comme je veux.

Tu te vois comme une artiste, une militante, une pamphlétaire ?

Je me vois comme rien ! J’ai du mal avec le mot « artiste ». Surtout quand il est question de rap. Quand j’entends « artiste », j’entends peinture, sculpture. Je fais du rap, c’est tout. Un artiste se juge sur le long terme, au travail qu’il développe.

Kamini pense qu’il est un artiste, et puis Chagall est un artiste. Ils sont censés être tous les deux artistes, donc, mais quand tu regardes de près... (Voir la vidéo)

Dans « Libérez la bête », avec la chanson « Primates des Caraïbes », ou dans ton premier album, avec « Chez moi », tu sembles déterminée à casser les clichés qu’on peut avoir au sujet des Antilles.

Il existe une imagerie coloniale très installée à propos des Antilles. L’indolence, l’oisiveté, l’alcoolisme débridé, le côté Banania, le lieu de villégiature, les danses lascives, c’est ce que la France a vendu.

On peut difficilement dire que le zouk n’est pas « chaud », quand même...

Mais écoute, c’est une danse ! C’est la religion qui a amené ce côté tabou du corps nu. En Afrique, les femmes avaient la poitrine nue parce qu’elles allaitaient, ça répondait à des logiques. L’Occident a un rapport au corps différent.

Es-tu pour l’indépendance des Antilles ?

Aux Antilles, on est encore une colonie. Je suis pour l’indépendance, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ton avis ne semble pas partagé par la majorité des Antillais...

Que les Antillais aient peur, c’est normal. Je suis pour l’indépendance, mais pas pour qu’ils se barrent avec la thune. A Haïti, les mulâtres ont dû payer les Blancs pour qu’ils partent. Haïti a gagné un drapeau contre la famine. Alors forcement quand les Antillais voient cet exemple, ils se disent, « bon ben on va s’en tenir là » !

Tu es sans doute le rappeur aux thèmes les plus ethnocentrés. Pourtant, ton public est aussi l’un des plus métissés...

Oui. Parce que j’aborde des rapports de domination et que mes chansons rassemblent autour d’une vision et d’une opposition à un système. Et puis heureusement ! T’imagines si les gens se sentaient exclus uniquement parce que ça ne parle que de re-nois !

As-tu lu ou feuilleté le dernier livre d’Abd al Malik, « La guerre des banlieues n’aura pas lieu » ?

[Soupir] C’était pas dans mes priorités. Je voulais feuilleter Télé-poche avant...

Les élections régionales arrivent. Est-ce que tu votes ?

Non. Pour pouvoir voter, il faut vouloir reconnaître le système tel qu’il est fait.

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  • LJ
    LJ
    Vache a lait
    • Posté à 17h20 le 08/03/2010
    • Internaute 51374
      Vache a lait

    J’attendais l’album. Je vais voir si je le trouve par chez moi.

    Pour Casey, j’ai toujours été chaud et froid.

    J’aime bien son flow posé mais assez prévisible quand même.
    Je sais pas, OK ya le message et les mots, mais j’ai fait l’expérience d’écouter du Casey pendant plus de 02h00 heures, c’est dur quand même, ca devient monotone.

    Son positionnement est clair et au moins elle y est restée fidèle et ca, ca fait plaisir. Elle a vraiment une écriture propre et appliquée et c’est tant mieux.

    Mais bon, ethnocentree, c’est clair. C’est son choix mais perso, ca m’emballe pas et je zappe pas mal de ces titres mais c’est question de gout musical, ca m’accroche pas.

    Je vais donc écouter l’album mais je dois dire que, perso, c’est loin le temps ou Casey me mettait des claques comme sur « J’élabore » ou sur une grande partie des « que de la haine »...

    Mais elle reste au dessus du lot du rap français. En attendant l’album de Taipan, et la, ca va faire bizarre... : o

  • adraye
    adraye répond à DeSuisse-
    candidat à l'EPAD
    • Posté à 17h38 le 08/03/2010
    • Internaute 94761
      candidat à l'EPAD

    En attendant ce genre d’idées de vieux schnoks, les rita mitsouko n’ont pas été les seuls à les (si on peut dire) développer.
    Dans le même esprit :
    - Eddy Mitchell qui répond « je n’ai rien à répondre, on parle de musique, le rap n’est est pas une » dès qu’on lui parle de ce genre
    - Dany Brillant qui il y a 15 ans disait « attendre que la vague rap et boys band passe pour faire un nouvel album ». Bon, ca aurait été sympa qu’il attende vraiment...
    ...

    En attendant, Rza, fondateur du Wu Tang, est l’un des musiciens les plus admirés des artistes d’aujourd’hui (le « mozart du 21e siecle » selon tricky), à qui font appel Tarantino ou Jim Jarmush pour faire leurs BO. Dans un autre genre, Q-Tip qui a été l’un des producteurs les plus demandés (Witney Houston, R.E.M...).

    Si j’avais le temps, l’envie et le courage de t’éduquer je te citerais 15 000 autres exemples, mais tu me sembles aussi lapidaire, inculte (du moins sur le sujet) et fermé que Zemmour dont tu partages la fierté de ne pas du tout apprécier ce mouvement qui a surement inspiré les disques des 20 dernières années que tu écoutes.

    Loin de moi l’idée d’espérer que tu te convertisses au rap, cela ne me rassurerait aucunement. Je pense juste qu’argumenter en disant « monsieur x pense ca aussi alors c’est que c’est vrai » c’est un peu limite.
    Et pour ton info, Catherine Ringer fait des refrains sur « Dangereuse Liaison », deuxième album (purement rap) de Doc Gyneco qui regroupe qqs uns des rappeurs francais les plus renommés de la deuxième moitié des 90s.

    Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, en somme...

  • Bobby Cave
    Bobby Cave
    ingénieur baroudeur
    • Posté à 10h11 le 09/03/2010
    • Internaute 92970
      ingénieur baroudeur

    Et même pas un petit mot sur Keny Arkana ? Parcequ’elle non plus n’a pas oublié que le rap est une musique de révolte, et son engagement envers les opprimés me laisse admiratif...
    J’crois même que je suis amoureux.

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