Rues de Paris

Dans son blog Rue de Paris, David Langlois-Mallet explore Paris, pas la capitale, Paris Paname, celui des quartiers-villages et de leurs micro-climats culturels. Un petit bout de vivre ensemble popu et civilisé sur lequel la marée monte : la galerie marchande en uniforme lounge s’étend. Des politiques publiques sans imagination rament dans le sens du courant... Paris, dans le village mondial ne vaut-il pas mieux qu’une boutique de tourisme ?

Les « Etats généraux de la nuit » sortiront-ils Paris du coma ?

David Langlois-Mallet
Explorateur & reporter
Publié le 12/11/2010 à 11h30


Dans la boite de nuit Le Baron, à Paris (Audrey Cerdan/Rue89)

A Paris, l’Hôtel-de-Ville est transformé en bloc opératoire ce vendredi. Professionnels et associatifs parisiens fédérés, faute de mieux, par le concept de « nuits » répondront à l’appel à contributions de la mairie.

Des Etats généraux rendus nécessaires par des mouvements de colère contre les nuits moribondes de la Ville lumière, dont le principal, Quand la nuit meurt en silence, qui n’hésite pas à qualifier Paris de « capitale du sommeil », a rassemblé près de 16 000 signatures et plus encore de sympathie sur Facebook.

Avant même que la boîte à idées ne soit ouverte, on connaît, comme dans beaucoup de démocraties médiatiques, une partie de son futur contenu. Le Bureau des temps et l’adjoint Mao Peninou en charge du dossier -à la place de l’adjoint à la Culture Christophe Girard- ce n’est pas qu’un choix de personnalités, ou des jeux de palais.

Avec ce transfert, l’explosive question culturelle, à la fois identitaire et politique puisqu’elle agite la capitale, cède le pas à une rencontre placée sous le signe du vivre ensemble. Ce qui annonce une réflexion élargie, ou diluée : l’emploi, les déplacements, le commerce de nuit, etc.

La mairie cherche le consensus entre tous les noctambules

On ne sait si la nuit parisienne porte conseil, on la veut donc en mairie porteuse de consensus.

La séance d’acharnement thérapeutique sur les nuits comateuses, tournant à la calinothérapie, déboucherait sur une meilleure connaissance, et donc reconnaissance par les uns et les autres, des rythmes nocturnes qui unissent, et parfois divisent trois catégories de Parisiens :

  • ceux qui travaillent
  • ceux qui se reposent
  • ceux qui font la fête

Fédérer autour d’une réflexion sur la ville le responsable d’établissement de nuit et responsable de collectif d’habitants, se parler plutôt que s’affronter, c’est déjà ça. Et les esprits grinçants ou frappeurs, dont je suis, seront bien forcés de le reconnaître.

D’autant que le rendez-vous améliorera sûrement la prise en compte par la ville des rythmes de tous ces parisiens (on parle de près d’un tiers des actifs !) qui travaillent après la tombée du jour : chauffeur de taxi, comédienne, agent de sécurité, serveur, effeuilleuse ou tiens, au hasard, journaliste.

Des places en crèche de nuit et des métros plus tard

Les propositions concrètes devraient être avancées samedi 13 à 17 heures, en conclusion des travaux. Exemples de mesures envisagées :

  • les parents contraints de travailler devraient se voir proposer des places en crèche de nuit
  • les métros pourraient tourner plus tard, étalant un peu mieux les retours et fluidifiant les sorties de bars
  • l’épineuse question des relations parfois tendues entre riverains et établissements de nuit, surtout depuis que la loi contre le tabac envoie les noctambules fumer sur les trottoirs, serait mise entre les mains de casques bleus d’arrondissements, chargés d’arrondir les angles.

Des propositions intelligentes et gentilles qui jouent sur le temps et misent sur la bonne intelligence. Mais qui masquent mal le choix municipal d’éviter d’affronter de front l’explosive question posée.

Pourquoi la nuit parisienne n’est-elle plus que l’ombre d’elle-même ? Les Etats généraux, suffiront-elles à apaiser les mouvements qui s’insurgent contre la mort de la vie festive de la capitale ? Peut-être. Les mouvements éruptifs sont fragiles.

Des mesures insuffisantes pour réveiller la création culturelle

Mais le fait que le barman travaille l’esprit libre sachant son bébé en crèche, tandis que sur le trottoir un médiateur discute avec une voisine furieuse en robe de chambre, suffira t-il à refaire renaître la créativité évanouie des nuits parisiennes ? Je ne suis ni artiste ni élu, mais j’ai bien envie de me réserver le droit d’en douter !

Le problème restera donc intact samedi soir. On conçoit que les princes qui convoquent des Etats généraux n’ont pas forcément envie (il y aurait eu des exemples dans l’histoire, dit-on) qu’ils débouchent sur une révolution, ici il s’agit sûrement plus à reprendre pied sur un terrain qui se dérobe méchamment à mi-mandat.

Mais la stratégie choisie, celle de l’enfouissement, n’est pas sans danger. Elle ressurgira. Reste à savoir comment. C’est un peu, comme pour la retraite hier, un mouvement de fond peut être maté ici, ou endormi là. Mais où va la colère qui ne s’exprime pas ?

Photo : dans la boite de nuit Le Baron, à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • Emmanuel M
    Emmanuel M
    Commentateur liberal
    • Posté à 13h16 le 12/11/2010
    • Internaute 39528
      Commentateur liberal

    Le problème des prix, c’est parce que c’est super chiant d’ouvrir un bar à Paris. Du coup les rares ouverts en profitent pour pratiquer les prix de leurs choix.

    Je vois pas pourquoi le centre ville de Paris et ses apparts à 10000€ le m² devraient être utilisés pour l’habitat résidentiel de riverains râleurs. Le centre de Paris appartient à tous les franciliens, et pas seulement aux bourges qui appellent les flics dès que des gens font la fête.

    Il suffirait d’une préfecture et/ou dune équipe municipale plus conciliante envers les noctambules pour que d’avantage de lieux de sorties (bars, restos, boites, salles de concert, de spectacles, animations de plein air, ...) ouvrent. Les prix baisseront d’eux même

  • olivepsy
    olivepsy répond à mr_megot
    Herzien
    • Posté à 13h42 le 12/11/2010
    • Internaute 65584
      Herzien

    Une explication parmi d’autre sur la différence entre les nuits parisiennes et berlinoises proviennent de l’argent...ayant aussi vécu à paris, si tu n’as pas de thunes, tu ne peux pas faire grand chose... alors qu’à berlin tu trouves des tonnes de bar avec le demi de bière entre 1 et 3 euros, des coktails à 3,5, beaucoup de lieux sans prix d’entrée, sans compter tous les squats avec concert gratos, bars associatifs, des shops ouvert toute la nuit, et des entrée de boite à 5 euros...
    Et au final, c’est le jour et la nuit...Paris ville musée capitaliste et berlin ville artistique et de fêtard...

  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 14h41 le 12/11/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    De toute façon, la nuit c’est fait pour dormir, pour être en forme pour aller travailler et sauver l’économie à la sueur de son front.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 15h14 le 12/11/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Quand Paris avait sa population historique et que la télévision n’abrutissait pas les esprits plus surement que les vapeurs vénéneuses de l’opium, il y avait des nuits formidables.

    Et ce n’était pas le prix des boissons ou des mets, vendus à des tarifs astronomiques depuis toujours, qui empêchaient les noctambules de s’activer.

    Car les activités étaient très variées, beaucoup plus que maintenant où il suffit d’une sonorisation tonitruante et des milliers d’heures d’enregistrements de musique aux industrielles fadeurs.

    La nuit, dans la plupart des endroits, on s’ennuie à Paris tant le spectacle est misérable.

    Voilà, les prix des locaux commerciaux sont si élevés qu’on ne trouve plus de quoi financer des évènements surprenants.

    Bien sûr, de temps en temps, des artistes animent de leurs vivifiantes virtuosités quelque soirées dont on se souvient longtemps. C’est rare et peut-être qu’il y en a moins que dans les banlieues proches.

    Parisiens osez sortir extra-muros !

    Il n’y a rien à attendre des technocrates puritains qui veulent tant de bien à chacun mais les renvoient tous dos à dos en pensant tellement fort qu’on l’entend  :

    «  soyez moderne, démerdez-vous  !   »

  • VinceDeg
    • Posté à 15h28 le 12/11/2010
    • Internaute 36941

    Ok, bon ils n’ont pas l’air de prendre le problème du bon bout.

    Le problème, ce n’est pas que le-petit-Paris-ville se fait chier, c’est que le-grand-Paris-métropole s’emmerde. De là, organiser des « Etats généraux de la nuit » avec que des gens de Paris-75 est voué à l’échec.

    Plus haut dans les commentaires Mr Mégot se demandait pourquoi la nuit berlinoise est beaucoup plus active et sympa que la parisienne. On lui répond entre autres que c’est une question de prix et de budget. Tout à fait vrai, c’est le principal frein, mais faut aller plus loin : c’est cher parce que tout est concentré dans le tout petit Paris. A Berlin, y’à pas de mystère, les lieux sympas pour sortir se trouvent dans les quartiers périphériques (Berlin-ville est plus grand et étalé que Paris et inclut ce qui serait notre proche banlieue). Moins de pression foncière, un public beaucoup plus large : forcément, ça se répercute sur les prix. Si les boîtes étaient situées au même endroit à Paris qu’à Berlin, vous iriez peut-être passer vos soirées électro dans le sous-sol d’un entrepôt à Saint-Ouen. Et là, on emmerde pas les voisins et on peut proposer des prix accessibles.

    Donc la question à se poser n’est pas « comment sortir Paris du coma », c’est « comment faire vivre le Grand-Paris », comment faire pour que 8 millions de banlieusards aient pas à aller jusqu’à Paris pour se trouver un ciné avec des films en VO et des bars sympas ouverts après 22h, comment faire pour que les parisiens osent régulièrement passer le périphérique pour leurs soirées, etc. J’ai pas de réponses toutes faites mais on risque pas de les trouver si on se pose pas les bonnes questions.

    (Je pompe-là les thèses développées beaucoup plus amplement dans le numéro 2 de Mégalopolis : voir Lien et Lien)

  • ecor1
    ecor1 répond à mr_megot
    sur le fil
    • Posté à 15h47 le 12/11/2010
    • Internaute 25388
      sur le fil

    Berlin est une ville qui est encore très populaire pour une capitale, l’ex Berlin Est fourmille de trucs « alternatifs » comme ils disent (les allemands) et cela est rendu possible parce que c’est pas cher de s’y loger et d’y vivre. On est loin des 5 euros le café en terrasse. En revanche si on considère Munich ou Zurich, on est plus dans un registre a la papa...bref Paris c’est salement embourgeoisé, et le bourgeois ca fait la fete au fouquet’s pas dans un club underground a 1,5 euros le demi litre de bière.
    A 800 euros la mansarde de 9m2 sans le chauffage , on comprend que les jeunes artistes et autres musiciens ne peuvent plus s’installer à Paname pour y vivre la vie de bohème...a Berlin ils le peuvent CQFD.

  • le farfadet
    le farfadet
    Designer
    • Posté à 15h54 le 12/11/2010
    • Internaute 131868
      Designer

    Le problème ?
    C’est hors de prix, pas très sécur quand on est une fille et le métro se finit assez tôt.
    Quand je vivais à New York il y avait des métros toutes la nuit (30 min entre chaque, une fois qu’on le savait c’était bon), je payais 10 dollars max pour voir un super concert, et le demi était a 1$50.
    A Montréal on avait pas tout le temps le métro, mais aller en boite coutait 5$, il y avait des festivals tout le temps (peintures, graf, concert ...), bref c’était très animé mais c’était tranquille (prenez le noctembus quand vous êtes une fille ou le dernier métro, y’a de quoi avoir la trouille) et surtout pas cher et très divers.
    Je pense que c’est une volonté de la part de la ville avant tout, non ?

  • bezoukhov
    bezoukhov répond à mr_megot
    • Posté à 16h12 le 12/11/2010
    • Internaute 33537

    Mettons les vieux et les rentiers en banlieue ou en province et l’ambiance reviendra (avec la possibilité de se loger). Les jeunes qui travaillent à Paris n’ont pas les moyens d’y vivre. Je serais curieux de savoir combien d’apparts dans le marais et autres arrondissements chics sont en fait des pieds à terre de retraités ou d’étrangers, qui n’y vivent pas.

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