Rues de Paris

Dans son blog Rue de Paris, David Langlois-Mallet explore Paris, pas la capitale, Paris Paname, celui des quartiers-villages et de leurs micro-climats culturels. Un petit bout de vivre ensemble popu et civilisé sur lequel la marée monte : la galerie marchande en uniforme lounge s’étend. Des politiques publiques sans imagination rament dans le sens du courant... Paris, dans le village mondial ne vaut-il pas mieux qu’une boutique de tourisme ?

A Paris, les « squ'arts » ferment les uns après les autres

Publié le 22/11/2010 à 16h08


Paris a enterré quantité de « squ’arts » cette année. Des espaces culturels autogérés nichés dans les interstices de la ville, il n’en restera que cinq ou six, car la liste noire va s’allonger en novembre. Le Loft (XIe arrondissement) et Ô XIII (Xe) se préparent pour leurs dernières nuits de fête.

La rubrique nécrologique compte le Bœuf 3 (XXe), le 26 Montmorency (IIIe), la Suite (XIIIe) et puis La Marquise (IVe) et le Gros Belec (XIe), évacué fin octobre. Et La Miroiterie (XXe) est en sursis dépassé... (Voir la vidéo du squat du Gros Belec)

Le Loft, naissance d’un lieu expérimental

Le Loft fait le plein de manifestations artistiques depuis son ouverture à la mi-août : expositions de peinture ou sculpture, performances, concerts, soirées diverses... Succès à la clé. Chaque samedi en face du Père-Lachaise, il accueille jusqu’à 700 noctambules accros aux beats électros. Faute de place et sécurité oblige, les occupants « sans droit ni titre » sont même contraints de refuser du monde.

Une effervescence éphémère au grand bonheur de certains voisins peu enclins aux rythmes synthétiques. Cet espace de liberté doit baisser le rideau le 26 novembre sur décision du tribunal d’instance.

En attendant, six personnes (sur les quinze habitants réguliers) se retrouvent privées de logement. Pour autant, cette bande d’amis ne désarme pas. Loin de là. Les coordinateurs, Brahms et Arki Dinon, clament :

« Les valises sont quasi-bouclées. Nous sommes à la fois tristes et fiers. Chagrinés de tirer un trait. Et heureux de l’engouement populaire, d’avoir crée un lieu convivial et accessible à tous. »

Pépinière d’artistes, lieux de fête et de vie et d’expérimentation

Autre pépinière de talents pluridisciplinaires condamnée à court terme : Ô XIII. Ce foisonnant terrain d’expérimentation attire également la foule, rue d’Enghien. Encore une fois, la programmation est au diapason : expos, vernissages, concerts de rock, projections de cinéma indépendant, ateliers, débats...

Expulsable à ce jour, le collectif citoyen a réquisitionné les 2 500 m2 du futur siège de Greenpeace en juillet dernier. Depuis, le couperet judiciaire est tombé. L’ONG écologiste doit récupérer les clés le 1er décembre.

Exit donc les vingt résidents, en plein déménagement, mais déjà en ordre de bataille. Mistic Tribal, l’une des nombreuses femmes de l’équipe, a vécu une belle expérience, un peu courte à son goût :

« Une excellente adresse dans un quartier sympa. On s’est crée un vrai public et pas seulement des habitués. C’est juste dommage d’avoir eu aussi peu de temps pour développer nos activités dans cette ville de bureaux. »

L’esprit frondeur de la cour des Miracles

Ironie du sort ? Signe révélateur ? Le Loft deviendra une supérette bio : « Aux Nouveaux Robinson ». Le Ô XIII doit remettre les clefs au nouveau propriétaire, Greenpeace, ce qui ne manquera sûrement pas d’alimenter le débat sur la « boboïsation » de la ville.

L’écologie urbaine, qui s’impose comme culture de ville actuellement, est-elle simplement une industrie moulée dans de la com et ses émules des entrepreneurs plus malins ou qui ont lu Guy Debord ? Ou y a-t-il une vraie évolution alternative de la ville ?

Confrontés à des loyers exorbitants et à la pénurie d’espaces disponibles, les squats restent forcés de mener, tambour battant, une mini-guérilla urbaine pour s’exprimer. Héritiers contestataires de la cour des Miracles, ils sont devenus des zones tampons, des laboratoires pirates et multiformes qui contribuent à restaurer le dynamisme, en vertigineuse perte de vitesse, d’un Paris assagi.

Leur cas n’a même pas vraiment été évoqué aux récents états généraux de la nuit organisés par la mairie de Paris. Et pour cause : aucun des artistes qui les anime ne faisait partie des heureux invités soigneusement triés. La ville a mis le cap sur le soutien aux moyennes industries festives et de la culture. La nuit parisienne croit être pouvoir « revivre » en ignorant ses marges ? La ville Lumière croit-elle rallumer son avenir en tournant le dos à sa prestigieuse identité ?

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  • Schrödinger
    Schrödinger
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 16h23 le 22/11/2010
    • Internaute 41709
      Poli et gentil. Très rue89.

    Espace de liberté peu monnayable, ouverture sur le monde non anticipée, risque financier limité à bénéfices absents, offre sans nécessaire retour, champ des possibles, re-création permanente, anti-fixité de l’espace social, alternative, flux de plaisir contre flux commerciaux...

    Putain, paris la nuit c’était déjà fini, paris le jour c’est bientôt mort... Et ces putains de socialos merdeux avec leurs bons écolos chiatiques qui s’enthousiasment sur la vie nocturne, pour mieux éteindre ce qui refuse de se vendre, de se produire contre rémunération...

    Vive l’art libre qui emmerde le temps. Une oeuvre ne vaut que pour une nuit, Va fanculo la permanence...

  • zzzut
    zzzut
    étudiant
    • Posté à 16h32 le 22/11/2010
    • Internaute 78406
      étudiant

    bien que globalement d’accord avec votre propos, je déplore cependant ce type de phrases totalement creuses, passe-partout, et tout à fait énervantes : « Héritiers contestataires de la cour des Miracles, ils sont devenus des zones tampons, des laboratoires pirates et multiformes qui contribuent à restaurer le dynamisme, en vertigineuse perte de vitesse, d’un Paris assagi. »

    pour le fond, on peut regretter les résultats des Etats généraux de la nuit mais fallait-il vraiment que les squats en fassent partie ? ce n’est à mon sens ni leur rôle ni leur signification. à mon avis, ces états généraux auraient d’abord dû rasembler les parisiens et les services d’ordre, histoire de trouver un terrain d’entente entre noctambules et parisiens qui n’aiment ni le béton ni le bruit ni ... (je caricature). on pourra toujours rassembler les professionnels de la nuit, si les riverains continuent à faire chier et si les fetards ne trouvent que de la nuit asseptisée, insonnorisée et encadrée, les problèmes resteront et toujours les mêmes : on se fait chier (mais en silence) et Paris meurt.

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 17h15 le 22/11/2010
    • Internaute 116615
      bc

    Institutionaliser des squats et encadrer des artistes n’ont d’autres objets pour les politiques que de maitriser la vie sociale tout azimut. Curieuse volonté.
    Ce qui se passe à Paris interroge beaucoup sur la traduction des mots création et liberté par les représentants élus du « peuple ».
    Toujours cette sale manie d’estampiller de leur tampon tout ce qui peut en sortir, d’y lier des dépendances de moyens et de financement pour mieux se valoriser des résultats obtenus.
    Comme si les arts et la culture impliquaient des notions de résultat quantifiable, valorisable, domestiquable, fréquentable.... et rentable politiquement.
    Comme ils n’y arrivent pas, ils détruisent...Seuls les valets survivront dans une ambiance sinistre et pauvre en créativité.
    Si les arts et la culture se géraient, comme par exemple une zone d’activité économique ca se saurait, -et même les ZAC des fois, y maitrisent pas-.

  • Benjamain
    Benjamain
    précaire
    • Posté à 23h02 le 22/11/2010
    • Internaute 37988
      précaire

    et bien à Melbourne, il y en a encore pas mal, et ils ne vont pas fermer de si tôt.

  • Ginette Bouzigue
    Ginette Bouzigue
    concierge dans l'escalier
    • Posté à 23h44 le 22/11/2010
    • Internaute 102660
      concierge dans l'escalier

    Cette ville est morte ! Quittez la ! C’est ailleurs que ça se passe !

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 01h44 le 23/11/2010
    • Expert 51226
      professeur

    Nos élites politiques rejettent la culture car celle-ci représente une possible rébellion à leur pouvoir.
    A droite, la culture est vue comme dangereuse, subversive et incontrôlable.
    A gauche, la culture est vue comme une forme d’anarchie ou de féminisme, une originalité qui éventuellement peut servir (valoriser un candidat ou un ministère) mais qui doit être limitée selon des critères bien précis. Et c’est d’autant plus vrai maintenant que la gauche socialiste joue en France comme ailleurs dans le monde, la carte du bipartisme et du parti démocrate plutôt centre droit que gauche sociale.

    De plus, avec la droite au pouvoir présidentiel, les budgets des collectivités locales y compris tenues par des socialistes, se trouvent fortement muselés au plan culturel comme au plan social du fait de la suppression de la taxe professionnelle, du fait de l’explosion de la misère et des besoins sociaux. Donc la culture passe plus qu’au second plan. Les lieux ouverts doivent être rentables et s’ils ne le sont pas, ils sont revendus ou réaffectés à d’autres activités.

    La mode bio-écolo-naturaliste qui touche aussi bien les citoyens que les politiques, fait que socialistes ou pas, nos dirigeants municipaux préfèrent accorder crédits, locaux et budgets à des projets « verts » plutôt qu’à un versant culturel parmi les moins malléables : les arts plastiques.

    Je m’en aperçois dans ma ville de résidence du Sud-Ouest : Pau.
    Lieux d’expos et d’expression pour les artistes très limités (encore plus si artistes non professionnels), budgets quasi inexistants sur les interventions en arts plastiques et les travaux de recherche artistique. Par contre multiplication de projets bios et de médiathèques coûteuses quitte à bloquer l’accès des automobilistes au centre-ville et à avoir des médiathèques vides car en surnombre...

    L’ère Jack Lang est définitivement enterrée. Sans doute parce que finalement chez les maires et les politiques en général, quelle que soit leur orientation idéologique, peu s’intéressent aux arts plastiques, domaine culturel qui nécessite des efforts de compréhension (beaucoup plus que la musique, la danse, le théâtre) et qui ne rapporte pas suffisamment au plan politique et économique. Par contre, l’écologie représente un marché porteur tant au plan médiatique qu’économique. D’où en partie ce changement d’orientation...en plus de budgets de plus en plus restreints du fait de la crise et des besoins sociaux.

  • Ezéchiel Ginkyo
    Ezéchiel Ginkyo
    Chef d'entreprise
    • Posté à 03h43 le 23/11/2010
    • Internaute 134162
      Chef d'entreprise

    Nous avons affaire, à mon humble avis, à un cas de plus d’un processus cher à Jean-Claude Beaune, fort bien décrit dans Le vagabond et la machine

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    J’ai trouvé un article intéressant à ce sujet pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de se farcir le pavé... :

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    En gros, pour un(e) politique, les artistes sont tous des beatniks,
    ou des pompiers.

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