Livres d'espoirs

Nouvelle édition du Salon du Livre! La 29e. Avec cette année une profusion de nouvelles thématiques à découvrir et à débattre. L’Agence Reporters d’Espoirs s’invite dans la course et aborde quelques uns des grands enjeux qui occupent auteurs, éditeurs, libraires et tous ceux qui travaillent de près ou loin dans le monde du livre.

Une « Caravane » pour faire lire les auteurs africains en Afrique

Philippine de Clermont-Tonnerre
Reporters d'espoirs
Publié le 16/03/2009 à 12h13


Les libraires de la Caravane du livre se démènent pour apporter des livres à prix réduits à ceux qui en sont éloignés. Depuis quatre ans, ils parcourent l’Afrique de l’Ouest pour faire découvrir leurs auteurs aux lecteurs africains « en mal de livres ». Plus que jamais, les libraires affirment leur rôle de médiateurs culturels.

Le Salon du livre entame la semaine avec une journée consacrée aux libraires. L’occasion pour Reporters d’espoirs de donner un coup de projecteur sur cette opération, née de l’Association internationale des libraires francophones (AILF) et qui concerne dix pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Togo, Tchad.

Chaque automne, de nombreux libraires d’Afrique de l’Ouest sillonnent bénévolement les départements de leurs pays respectifs pour apporter aux habitants des zones les plus reculées des ouvrages à des prix accessibles.

Des ouvrages vendus au tiers de leur prix initial, grâce à des remises des éditeurs

En Afrique, où le marché du livre n’en est encore qu’à ses balbutiements, promouvoir des ouvrages de qualité est une mission ambitieuse. Adrien Huannou, écrivain, professeur de littérature africaine et cofondateur de la Caravane, constate :

« Près de 95% des ouvrages vendus au Bénin sont importés et taxés de droits de douane, ce qui les rend très chers. Les populations n’ont pas les moyens de consacrer une partie de leur budget à la culture ».

Les livres proposés par les libraires de la Caravane sont, eux, vendus au tiers de leur prix initial, soit à 5 euros en moyenne. Ces tarifs exceptionnels sont rendus possibles grâce à des remises, variant de 30 à 60%, consenties par les éditeurs sur les commandes des librairies de l’AILF.

De grandes maisons françaises comme Gallimard, des éditeurs spécialisés type L’Harmattan et bien sûr des éditeurs africains (Ruisseaux d’Afrique, Jeunes Malgaches, etc.), acceptent tous les ans d’aider les libraires de la Caravane.

A cette première aide s’ajoute une seconde, accordée par le Centre national du livre (CNL) français, qui prend encore en charge 50% du prix déjà réduit. Enfin, les frais de transports sont entièrement pris en charge par le ministère français des Affaires étrangères.

Des animations dans les villages : lectures, débats, concours d’éloquence

Contrairement à un phénomène fréquent, ces ouvrages ne proviennent pas des fonds de stocks écoulés en derniers recours en Afrique. Les libraires choisissent des titres d’auteurs africains et privilégient la qualité. Ce qui ne suffit pas toujours à convaincre les potentiels lecteurs.

La Caravane s’emploie donc à susciter l’intérêt du public et en particulier celui des enfants. Chaque arrivée dans un village s’accompagne d’animations, de lectures publiques, de débats, de concours d’éloquence et surtout, de rencontres avec les auteurs.

Au Bénin, Sorelle, une élève de primaire est tombée sous le charme. Elle confie :

« Je voudrais que l’expérience de la Caravane soit renouvelée chaque année pour que nous, les élèves, on s’habitue à la littérature et à la lecture. »

Agnès Adjaho, directrice au Bénin de la librairie Notre Dame et ancienne présidente de l’AILF, constate combien les rencontres avec les auteurs sont déterminantes pour familiariser les gens à la lecture.

Elle juge l’initiative d’autant plus pertinente que le taux d’analphabétisme est important en Afrique. Viviane Awa, libraire à Bamako, précise :

« S’il ne sait pas lire, un enfant peut toucher le livre et en choisir un pour qu’on le lui lise. Ce premier contact lui donne envie d’apprendre. »

En 2008, l’AILF estime à 90 000 le nombre de personnes concernées par l’initiative de la Caravane du livre. Les 29 librairies ayant participé à l’opération ont vendu plus de 50 000 livres.

« Mieux que les livres des collections Arlequin ou Chair de poule »

Amo Gbodi, auteur béninois des Cahiers du Soleil (Afridic, Paris), journaliste pour Afrique Magazine et chef du service culture au journal Fraternité, analyse :

« Quand ils lisent, les Africains ont tendance à se tourner vers des collections peu coûteuses de type Arlequin ou Chair de Poule dont le contenu, en plus d’être médiocre, ne reflète en rien la réalité de leur pays, puisque ces ouvrages arrivent tout droit des maisons d’édition occidentales.

Grâce à la Caravane du livre, les lecteurs ont accès à des ouvrages de qualité traitant de sujets et de thèmes qui les concernent et dont ils sont les principaux acteurs. »

Cette année, au Mali, la promotion de « La Blessure » (Togouna, Bamako), un ouvrage de Pamanta Demba traitant de l’excision, a par exemple contribué à informer et à ouvrir le débat autour d’un problème majeur de la société africaine.

Se mobiliser pour qu’enfin, les auteurs africains soient lus en Afrique...

La Caravane stimule le développement d’un marché encore très hésitant alors que, paradoxalement, l’Afrique subsaharienne est depuis quelques années le théâtre d’une grande effervescence culturelle et littéraire.

Les plumes talentueuses ont beau puiser leur inspiration en Afrique, elles s’en vont généralement publier leurs œuvres au Nord, faute de moyens dans leurs propres pays.

Les lecteurs africains restent donc coupés de leurs auteurs. Quant aux rares écrivains édités localement, ils souffrent d’un manque de visibilité et de structures pour faire valoir leurs ouvrages.

Adrien Huannou insiste sur l’importance« de professionnaliser les métiers du livre » car selon lui, « aujourd’hui en Afrique, n’importe qui peut s’improviser éditeur, libraire ou maquettiste ».

Tous les acteurs du livre en conviennent : le développement de ces institutions est indispensable pour que les auteurs africains soient enfin lus en Afrique. Il faudrait en finir avec ces rendez-vous manqués…

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  • marchenchuches
    marchenchuches
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 14h11 le 16/03/2009
    • Internaute 42407
      Ouvreur d'huitres au Niger

    L’émancipation vient avec l’éducation, la lecture est un vecteur excellent.

    Notre élite gouvertementale l’a bien compris, elle tente de toutes ses forces à ramener l’éducation a son niveau.

  • marchenchuches
    marchenchuches
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 14h12 le 16/03/2009
    • Internaute 42407
      Ouvreur d'huitres au Niger

    J’oubliais,
    Parrainez l’éducation dun ou de quelques gosses en Afrique, ou ailleurs, ça ne coûte pas cher et çà peut leur rapporter gros.

  • marchenchuches
    marchenchuches
    Ouvreur d'huitres au Niger
    • Posté à 07h07 le 17/03/2009
    • Internaute 42407
      Ouvreur d'huitres au Niger

    La pauvreté et l’illettrisme ne font pas recette ma pauvre dame, surtout en Afrique.
    C’est la crise, chacun pour soi.

  • Le coup du hongrois
    Le coup du hongrois
    habitant du monde
    • Posté à 08h15 le 17/03/2009
    • Internaute 54863
      habitant du monde

    Y a pas la Guinée,pays francophone, faisant parti de l’ancienne AOF mais le Nigéria et le Ghana, pays anglophones...La patte de De Gaulle, vexé par la volonté d’indépendance de ce pays, pèse encore sur la France....Le Cameroun non plus d’ailleurs

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 17h39 le 17/03/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    Quelle bonne idée ! ! Pour une fois on n’ entend pas parler de guerres fratricides ! ! !
    Vive la lecture

  • Aimeho de Tahiti
    • Posté à 02h23 le 18/03/2009
    • Internaute 29339

    « Autrefois, le soir était consacré à écouter les histoires des anciens qui enseignaient les valeurs philosophiques et spirituelles de la société. Ces moments de voyage et d’apprentissage ont été progressivement remplacés par la télévision et Internet », analyse le conteur Mauritanien Mamadou Sall. Il a entièrement raison et je souhaiterais préciser ceci.
    Le conteur a un rôle social universel parce qu’il est constitutif à toutes les cultures. C’est un passeur de savoirs et de valeurs mais chaque société a développé sa propre trame et hiérarchie de ses différents maîtres - bien qu’on les retrouve a peu près partout semblable - à quelques détails près. Le conteur est sans conteste le plus populaire, c’est le savant enfin accessible et de toutes les proximités. Il a une familiarité, et c’est un savant simple et bon enfant.

    Après lui il y a les orateurs qui s’expriment ou qui portent la parole d’un Roi Africain ou d’un Chef Polynésien ou Amérindien avec solennité devant sa propre communauté. Le Chef ou la Tête d’un clan ne parle jamais publiquement même devant des invités de marque comme ceux qui débarquent d’une pirogue inconnue.
    Puis il y a les initiés – les Maîtres du verbe – qui enseignaient à un très petit nombre de disciples. C’est à la fois un magicien qui maîtrisait des incantations dans une langue quasi archaïque et presque disparue dont il était un des derniers à connaître le sens et le pouvoir - et il était aussi un pilier de spiritualité. A ce niveau-là, la parole de l’homme parle aux oreilles de toutes les forces de la Nature. Il vaut mieux ne pas commettre d’erreurs sinon les hommes peuvent le payer très cher !

    Dans ce contexte, le conteur est et reste le maillon le plus populaire d’une chaîne plus grande. N’a-t-il pas pour mission d’ouvrir l’esprit des enfants aux merveilles de la culture des adultes ? Toutes les sociétés indigènes ou pré-étatiques procédaient par imprégnation. Celle-ci opérait dans la magie de la nuit comme le rappelle notre conteur mauritanien à la lueur des bougies, des lampes-tempêtes ou des feux de bois.

    Sous toutes les latitudes et sous tous les climats ce qui a tué cette transmission orale dans un cadre familial élargi, c’est l’arrivée de la « fée électricité » ! Trop brutale, trop moderne une lumière trop crue même si elle a favorisée d’autres partages festifs.
    Alors ce n’est que justice qu’Internet via la « Fée électricité » rende à l’oralité son rôle prépondérant. Et Vive l’oralité et toutes les cultures indigènes ou urbaines relayées par la Toile !

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