Sauce Mexicaine

Singulière, caustique, acerbe, l’actualité mexicaine détonne. Comme en cuisine, son degré de piquant ne se dévoile qu’après y avoir gouté. Surréaliste et contradictoire, le Mexique n’en fait qu’à sa sauce.

A la télé, le président Calderon s'improvise GO d'un Mexique irréel

Delphine Rigaud
Journaliste
Publié le 11/11/2011 à 18h48

L’émission s’appelle « The Royal Tour ». Son concept, la découverte d’un pays avec dans le rôle du guide touristique un chef de gouvernement, ministre ou le Président lui-même. Le tout orchestré par Peter Greenberg, LE spécialiste américain du voyage. Royal  !

Pour sa quatrième édition, Greenberg a choisi le Mexique et son président Felipe Calderon en GO de luxe. Le programme, enregistré en février 2011, a été diffusé au Mexique à la veille du G20 cannois, où les retrouvailles franco-mexicaines sur fond d’affaire Florence Cassez ont été particulièrement frileuses.

Un Mexique édulcoré sans cadavres ni narcos

En soi, découvrir le Mexique sous un angle purement touristique loin des cadavres, de la corruption et du narcotrafic est plutôt agréable. Yucatan, Jalisco, Michoacán, San Luis Potosi, Basse Californie, Etat de Mexico, tous plus magnifiques les uns que les autres. Sauf que ce « Royal Tour » est loin d’être «  purement touristique  », sinon surréaliste, à l’image du teaser de l’émission.

Bande annonce de l’émission « The Royal Tour » au Mexique

A neuf mois de l’élection présidentielle, avec un parti au plus bas dans les sondages, le président mexicain apparaît dans une forme olympique aux côtés de son épouse et de ses enfants. Dans une ambiance aseptisée et sur une bande originale digne des plus grands chefs d’œuvre d’Hollywood, Felipe Calderon s’extasie devant les baleines du lac Ojo de Liebre en Basse Californie.

«  Elles reviennent chaque année et elles n’ont pas de papiers. »

Au moment de s’engouffrer dans l’effrayant Sotano de las Golondrinas (San Luis Potosi), Greenberg demande à son guide du jour s’il est fatigué. «  J’ai des tâches autrement plus difficiles et dangereuses  », répond le super-Président, dont la politique anti-crime organisé a provoqué la mort de 50 000 personnes depuis 2006.

Enfin, passage obligé par son Michoacán natal. A une dizaine de jours des élections pour le poste de gouverneur, les caméras de Greenberg sont reçues par sa mère et sa sœur «  Cocoa  », candidate favorite des sondages.

Royal Tour «  illégal  »  ?

Selon Proceso, revue d’investigation et d’opposition, si le « Royal Tour » de Calderon est clairement politique et en totale contradiction avec l’actualité mexicaine, il est surtout largement illégal. L’article 134 de la Constitution mexicaine interdit en effet aux fonctionnaires de l’Etat de bénéficier d’une promotion particulière, qu’elle soit diffusée par les pouvoirs publics ou par des organes autonomes, à moins qu’elle n’ait un but purement informatif, éducatif ou social.

Dans un contexte de violence extrême et juste avant de recevoir la présidence du G20 des mains de Nicolas Sarkozy, l’émission est tombée à pic pour Felipe Calderon.

Les internautes mexicains, toujours très actifs sur Twitter, ne se sont pas faits prier pour réagir sur les réseaux sociaux. «  Honte  », «  ridicule  » et «  infomercial  » (pour information et commercial) sont les mots qui reviennent dans les tweets les plus light.

D’autres, plus choc évoquent une «  république bananière  », font un parallèle avec l’actualité sanglante à Acapulco absente du « Royal Tour », ou encore font mention de «  fecal  », le très fin surnom de FElipe CALderon («  excrément  » en espagnol).


Fosse commune d’#Acapulco contient plus d’une centaine de cadavres pour homicides commis récemment #royaltour


Vous vous souvenez de mon tweet quand j’ai trouvé Fecal à la télé en train de voler comme Tarzan... Critque de « Mexico : the Royal Tour »

Sur YouTube, les détournements du teaser sont apparus dès la promotion de l’émission en juin dernier. Sur cette vidéo, la bande-son a été remplacée par une chanson de Rafa Mendoza, « Venta de garage » (vide-grenier). Elle évoque un Mexicain qui tente de vendre à bon prix ses vieux objets à un Américain tout en s’excusant du bazar autour de lui. Métaphore de la cession du territoire mexicain aux entreprises privées étrangères et à la violence.

Bande annonce du Royal Tour détournée

Musique de Rafa Mendoza « Venta de garage »

Une artiste mexicaine explique son malaise devant ces images :

«  Je trouve que ce programme est une honte parce que le Président se prend pour James Bond au sommet de la pyramide de Teotihuacan et qu’il plaisante de l’émigration ou des sacrifices humains. Ces blagues ne font qu’alimenter les clichés. Au lieu d’un parcours touristique, on dirait qu’il met le territoire mexicain en vente. Il fait passer ces vestiges pour mexicains, alors qu’ils appartiennent à toute l’humanité. Certains disent que le Mexique est un pays surréaliste. Moi, cela ne me donne pas du tout envie de rire. C’est très douloureux.  »

Rassurer les tours-opérateurs et les touristes

La veille de la diffusion du programme, le Président a tenu un discours devant les opérateurs américains qui attirent plus de 80% des touristes sur le sol mexicain. Après avoir raconté combien il s’était amusé sur le tournage, Calderon a assuré que la violence et le crime n’ont pas affecté les zones touristiques.

Qu’en est-il d’Acapulco, Monterrey et Veracruz, grandes absentes de l’émission ? Frappées par les décapitations, les fusillades et les assassinats de journalistes, ces piliers du tourisme mexicain sont aujourd’hui totalement délaissés par les voyageurs internationaux comme locaux.

«  Avec plus de tourisme, nous construisons un Mexique plus fort  », dixit le slogan de cette rencontre avec la Mecque du voyage. Sauf que selon un sondage réalisé après l’émission, si 60% des Mexicains ont apprécié la performance de leur Président, 44% estiment que les moyens mis en place pour assurer la sécurité des touristes sont insuffisants face au crime organisé.

Interrogé par la presse mexicaine sur les coulisses du tournage, Peter Greenberg a expliqué que Felipe Calderon lui avait fait découvrir «  l’intérieur de son bunker de sécurité  » et avait discuté de «  la bataille contre les cartels et la drogue et ce que cela représente réellement pour les touristes  ».

Aussi, selon le quotidien El Universal, tous les équipements sportifs utilisés par le Président lors de l’émission, notamment les cordes d’escalades, ont été vérifiés par une équipe test. Drôle de façon de promouvoir des zones « totalement sécurisées » pour les futurs touristes.

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  • Job
    Job
    • Posté à 20h04 le 11/11/2011
    • Internaute 9860

    Tiens, juste au moment ou vous publiez cela (et j’y souscris presque completement), on a appris ce matin la mort du Secretario de Gobernacion (genre de super-ministre del’interieur) dans la chute de son helicoptere... C’est le deuxieme ministre a ce poste a mourir dans des circonstances similaires (le premier est mort dans un crash d’avion de tourisme), difficile de penser a une pure coincidence (peut etre une premiere manifestation du vidage des arsenaux libyens ?). Comme quoi la realite vient gifler Calderon de maniere bien brutale...

    Par ailleurs, une rectification : a mon humble avis, et avec tout mon respect pour les Regiomontanos, Monterrey n’a jamais vraiment ete une destination touristique (comme vous semblez le suggerez) mais elle representait un espece d’ideal de ville industrielle, industrieuse, et sure (c’est la ville des principaux groupes industriels mexicains). Toute cette image a disparu depuis quelques mois pour les raisons que vous evoquez.

    Sur l’argument electoral, vous avez sans doute raison pour la partie locale du Michoacan (la soeur de Calderon est candidate la bas), mais Calderon lui meme ne peut pas se representer aux presidentielles. Et vue la situation, personne ne parierait un centavo sur les chances du PAN de rester au pouvoir, donc je ne pense pas vraiment que le film ait ete fait en vue des presidentielles.

    • Delphine Rigaud
      Delphine Rigaud répond à Job
      Journaliste
      • Posté à 20h49 le 12/11/2011
      • Internaute 32527
        Journaliste

      Bonne remarque Job sur Monterrey. La ville et sa région ne sont pas touristiques au sens propre du terme. Mais c’était un endroit apprécié par les jeunes mexicains qui vivent au Texas pour venir faire la fête le week-end. Aujourd’hui, ils ne s’y rendent plus par crainte de la violence.
      Et bonne clarification sur les présidentielles. Effectivement, Felipe Calderon ne peut se représenter, mais il reste la vitrine de son parti, le PAN, et de la politique mise en place pour lutter contre le crime organisée. A court terme comme vous le soulignez, l’émission profite à sa sœur. Les élections présidentielles auront lieu en juillet 2012. Tout peut encore se produire. Pour preuve l’accident (ou pas ?) d’hélicoptère du ministre de l’Intérieur.

  • blackbear-
    • Posté à 03h21 le 12/11/2011
    • Internaute 117716

    Et ce sale type était à Cannes ? ? ? ?
    On aurait du le séquestrer et le libérer contre Florence Cassez.
    Cette ordure fait le malin à la TV, se pavane sur la croisette, et une fille de rien du tout, parce qu’elle ne représente rien à ses yeux, a sa vie foutue et doit vivre un enfer au jour le jour pour satisfaire sa perversité.
    Calderon Cabron

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