Terne, Van Rompuy ? Vous préférez du bling bling à la tête de l'UE ?
Depuis le tour qu’a pris la campagne pour les élections présidentielles de 2007, bien des commentateurs se sont indignés d’une dérive de la politique-spectacle :
- le pilotage de la décision sur la foi des sondages d’opinion
- le retour d’une politique déclaratoire qui permet d’affirmer tout et son contraire
- la recherche du coup d’éclat quotidien
- la mobilisation abusive de symboles politiques et culturels prenant les citoyens à contre-pied
- le désir -tout électoral- d’abolir les distinctions entre traditions idéologiques enracinées dans de longues histoires
- le recours aux mêmes méthodes et aux mêmes supports que les vedettes de variétés en quête de popularité
Autant de travers qui ont permis, le plus souvent à juste titre, de porter un regard critique sur le mode de gouvernement de Nicolas Sarkozy et sur les formes de présence de Ségolène Royal.
Que veut-on à la tête de l’Europe : du blingbling ?
Ainsi, face au président de droite, comme face à la candidate malheureuse de gauche, une même réprobation s’est fait entendre. Non, le chic des sunlights, les postures glamoureuses, les débauchages spectaculaires, l’alternance du ton ordinaire et de l’emphase rhétorique, non tout cela n’est pas souhaitable en régime démocratique.
Une société adulte qui trouve en elle-même les ressorts de sa souveraineté, c’est-à-dire le suffrage populaire, n’a que faire des effets de vedettariat et des vieux trucs de cabotin pour se sentir représentée et gouvernée. Soit.
Mais voilà que le Conseil européen a désigné, par consensus, un président du Conseil, en la personne d’Herman Van Rompuy. Premier ministre de Belgique, cet homme de compromis qui a su tirer le royaume du blocage politique désespérant où il se trouvait pris.
Un homme politique qui refuse le recours à la politique spectacle
Et que ne lit-on pas dans la presse, que n’entend-on pas sur les ondes ? Un personnage inconnu, terne, sans saveur dit-on.
S’il est inconnu, c’est parce qu’on ne se donne guère la peine de savoir ce qui se joue en Belgique. Ou, pour le dire plus nettement, cet adjectif traduit une vraie méconnaissance sur la crise belge.
S’il est terne et sans saveur, c’est parce qu’il appartient à la catégorie des hommes politiques qui ne croient pas qu’il convient de tomber dans les travers reprochés à Nicolas Sarkozy et à Ségolène Royal. C’est sans doute cela, désormais, un technocrate : un homme politique, en l’occurrence un élu, qui refuse le recours à la politique spectacle.
Que les commentateurs qui dégainent plus vite que leur ombre y prennent garde. A les lire, le « bling-bling » du Président et le burlesque de la candidate exprimeraient donc bien mieux la souveraineté populaire que l’exercice discret de l’autorité par des politiciens inconnus, ternes et sans saveur.
- 3461 visites
- 20 réactions










Redchef
éditeur
Redchef
Tu sembles réduire, cher Jean-Frédéric, cette question à un choix entre 1) politiciens ternes mais compétents ou 2) les politicards bling bling et incompétents.
Un homme politique d’envergure n’est pas forcément un m’as-tu-vu insupportable. On a parlé pour ce poste de Blair (je n’aurais pas été pour), de Gonzalez, de Juncker, de Verhofstadt, de Mary Robinson... Sont-ils bling bling ?
Tu connais l’histoire des Etats-Unis : tu sais combien la personnalité des premiers présidents a été importante pour les premiers pas de cette fédération d’Etats. Voilà pourquoi je pense que le choix de jeudi a manqué d’audace.
Mais peut-être que dans l’état où elle est, l’Europe ne pouvait produire un Président plus « politique ». Peut-être a-t-elle besoin d’un infirmier (ou d’un « facilitateur ») plus que d’un architecte, d’un mécanicien plus que d’un homme de vision, qui risquait de faire de l’ombre, c’est vrai, aux actuels dirigeants des grands pays.




Partager