L'histoire supprimée en Terminale S : Chatel à rebours
Deux appels argumentés circulent contre la suppression des heures obligatoires d’histoire-géographie en Terminale pour les lycéens de la série S (scientifiques). Les auteurs des appels ont raison dans leur argumentation sur la nécessité de permettre le plus longtemps possible de renforcer la culture historique des lycéens, y compris des scientifiques. Tout comme ils ont raison de refuser une conception « utilitariste » des programmes d’enseignement des établissements publics.
Une réponse à côté
La réponse condescendante du Ministre de l’Education nationale est aussi préoccupante que le projet de réforme lui-même. Les universitaires signataires des appels n’ont pas mal compris les changements en cours, comme il le prétend.
C’est lui, le Ministre, qui ne saisit pas combien sa réponse tombe à côté. Elle repose sur un raisonnement casuiste : les élèves scientifiques de Terminale qui voudront accéder aux instituts d’études politiques ou souhaiteront intégrer des classes préparatoires aux concours des écoles de commerce, pourraient se voir offrir deux heures optionnelles d’histoire.
Du côté du refus, l’essentiel n’est pas le plaidoyer d’historiens qui se sentiraient blessés dans leur importance. Ni même le souci civique de former les citoyens futurs ou déjà électeurs, afin qu’ils exercent leurs droits politiques de façon d’autant plus réfléchie qu’ils sauraient de quoi est fait le passé. Il réside dans le fait que cette proposition aggrave l’isolement des scientifiques.
Le divorce des sciences et des lettres
Une des grandes difficultés à laquelle s’affronte notre société depuis près d’un siècle, c’est qu’un écart insurmontable s’est creusé entre les spécialistes des sciences de la nature et leurs concitoyens, y compris leurs collègues des sciences humaines et sociales.
Cette difficulté a été aggravée par l’éclatement disciplinaire des universités, consécutif à Mai-68, qui a placé les étudiants dans l’impossibilité de suivre des enseignements diversifiés. Or, il se trouve que la Ministre Valérie Pécresse encourage un mouvement de réunification universitaire qui permettra, à terme, que les étudiants de Licence puissent composer des menus de formations qui aillent des lettres aux sciences de la nature, des sciences sociales aux sciences de la santé, du droit à la physique.
Dans un tel contexte, accentuer les différences de formation au niveau du lycée est un non-sens. La recherche d’une spécialisation précoce des lycéens va exactement à contre-courant de ce qui est en train de se produire à l’Université.
C’est d’autant plus choquant qu’un effort remarquable a été fait, ces dernières années, pour bâtir des programmes d’histoire-géographie qui ouvrent les lycéens sur le monde, plutôt que des les enfermer dans le culte du passé national.
L’échec du « socle commun » ?
Dans une réponse radiophonique, le ministre Luc Chatel a justifié cette nouvelle usine à gaz dans l’architecture des programmes, au nom de la nécessaire spécialisation des étudiants scientifiques. De mon point de vue, c’est bien cela le plus grave. Les priver d’histoire-géographie, c’est accentuer le divorce entre les sciences et les lettres. C’est le faire de plus en plus tôt, alors qu’il faudrait le faire le plus tard possible. A tort, j’avais crû que le modèle du « socle commun » aurait pour mérite de limiter le processus de spécialisation. Raté.
- Sur culturevisuelle.orgNon à la suppression de l’histoire-géo en terminale S
- Sur sauvonsluniversite.comTexte de la pétition nationale de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie
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Les mouches ne me trouveront (...)
Les mouches ne me trouveront (...)
Solides arguments qui s’opposent à mon avis à un calcul tout ce qu’il y a de plus boutiquier.
A l’heure où le gouvernement ne remplace pas un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique, à l’heure où il bride les effectifs d’enseignants, le plus simple est encore de réduire le nombre de missions et de matières enseignées. D’autant que ce n’est pas avec ces disciplines qu’on va gagner plus.
C’est vraiment une gestion minable. Elle tire tout vers le bas en se foutant impérialement d’hypothéquer l’avenir du moment qu’une question immédiate est apparemment traitée.




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