30% de boursiers dans les grandes écoles. L'université gagnante ?
La polémique engagée autour de l'objectif de 30% de boursiers parmi les étudiants en grandes écoles appelle quelques remarques générales concernant la dualité universités/grandes écoles (et la nécessité d'y mettre fin).
Notre système d'enseignement supérieur est dual. Un hémisphère -celui des écoles- repose sur l'hypersélection. L'autre -l'université- refuse le principe de sélection (même si l'évaporation massive d'étudiants opère comme une sélection par l'échec).
Tensions entre la professionnalisation et production de connaissances nouvelles
Le monde des grandes écoles est tout entier tendu vers la professionnalisation, tandis que le monde universitaire est traversé de tensions entre une fonction professionnelle et une mission de production de connaissances nouvelles. Dans les cas de la médecine, du droit, de la gestion, par exemple, la professionnalisation demeure la colonne vertébrale des études.
Dans d'autres disciplines comme les sciences de la nature ou les sciences sociales, il existe un équilibre entre les deux horizons. La professionnalisation, c'est la préparation aux concours de recrutement de l'enseignement secondaire. La production de connaissances nouvelles, ce sont les études doctorales.
En caricaturant les choses, on pourrait dire que les écoles hypersélectives engendrent des ingénieurs, des cadres, des experts ; tandis que les universités, en principe non sélectives, forment des professeurs et des docteurs.
Bien entendu, on peut rappeler que les grandes écoles, telles les écoles normales supérieures (sciences et lettres) ont vécu en osmose avec les universités. Les normaliens allaient y chercher leurs diplômes (licence, maîtrise/master, doctorat). Mais, pour l'essentiel, il s'agit bien de deux mondes parallèles.
Les leçons du refus de la réforme
Le refus de l'autonomie des universités et la méfiance à l'égard des nouvelles procédures d'évaluation ont été portés par un discours de rejet :
- de la hiérarchisation des établissements (fiction d'une égalité de résultats et de valeur intrinsèque)
- de la « marchandisation » (fiction selon laquelle on peut gérer le service national d'éducation sans évaluer son coût)
- de la sélection (fiction d'un droit à l'éducation supérieure qui ne serait soumis à aucun critère d'aptitude)
Pendant qu'une partie du corps enseignant faisait valoir ces arguments contre la politique du gouvernement, les grandes écoles, évidemment, se tenaient à l'écart.
Nous étions nombreux, l'an dernier, à penser que plus les universités s'arc-boutaient sur ces refus combinés, plus le système des grandes écoles serait attractif pour les meilleurs étudiants.
Il n'est pas inutile de rappeler, à ce propos, la forte attractivité des I.U.T. qui tient précisément au caractère sélectif des critères d'admission en leur sein. Les étudiants sont attirés par les systèmes sélectifs.
Hiérarchisation, sélection, attraction
Mais voilà que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche poursuit le tracé de sa politique, avec une constance à laquelle il n'a pas habitué ses administrés depuis quelques décennies.
L'horizon qui sous-tend la politique de l'autonomie, c'est de restituer aux universités une capacité de hiérarchisation, de sélection et d'attraction. Cela renforcerait leur capacité à être les lieux d'invention scientifique et d'enseignements tirés par la recherche.
Or, cette restitution implique un dépassement du système dual, qui nous vient, rappelons-le, de la fin du XVIIIe siècle.
L'intégration de certaines grandes écoles dans les regroupements universitaires en cours (PRES), la création de classes préparatoires aux concours des écoles au sein de certaines universités (c'est-à-dire plus seulement dans les lycées), et aujourd'hui l'affichage d'un objectif de 30% de boursiers parmi les rangs des élèves des écoles : autant d'étapes d'un processus de convergence qui ne fait que commencer.
Une entrée en résistance
Bien entendu, les écoles peuvent faire le pari que les lobbies de leurs anciens élèves dans les ministères, dans les entreprises et dans les médias auront, finalement, raison d'une ministre qui ose écorner leur souveraineté. D'autant que les ministres sont assis sur des sièges éjectables, et la conférence des directeurs des grandes écoles a l'éternité devant elle !
Ses principes ? L'élitisme républicain et, la main sur le cœur, la foi dans l'égalité de tous devant les épreuves anonymes des concours. Son pragmatisme ? On ne casse pas un système qui marche pour améliorer un système qui ne marche pas (argument que l'on entend au moins depuis 1981).
Le chantier ouvert par la loi sur la liberté et la responsabilité des universités devait, inévitablement, affecter le terrain des grandes écoles. Dans le même mouvement se dessinent la fin de la dualité universités/grandes écoles, mais aussi la mise en place d'une hiérarchie ouverte et explicite des universités entre elles.
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2012, toujours pas de voisins, (...)
2012, toujours pas de voisins, (...)
Votre article me laisse songeuse ...
Quelles conclusions tirez vous finalement ?
Que la réforme des universités ne vise qu'à transposer le schéma « grandes écoles “ dans le monde universitaire ?
Si les universités refusent (vos 3 rejets) les caractéristiques de ce système comment envisager un rapprochement ?
Notre système d'études supérieures n'est pas seulement dual il est complexe et multiple.
Quid des BTS qui sont gérés par les lycées (à comparer avec les IUT) ? Vous n'en parlez pas
Uniformiser à tout prix ce système me semble une hérésie, ce processus de convergence est absurde !
Forme-t-on de la même manière une infirmière, un docteur, un ingénieur et un journaliste ? ? ? Pourquoi stigmatiser les seules grandes écoles, alors que tant de formations publiques sont soumises à concours ? ? ?




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