Chez Jean-Frédéric Schaub

L'enseignement supérieur, les sciences humaines, et d'autres sujets, par l'historien Jean-Frédéric Schaub, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

Recrutement à l'université : des pratiques honteuses enfin publiques

Publié le 07/02/2010 à 02h01

Résumé de l'affaire de Metz. Un comité de sélection a classé plusieurs candidats à un poste de maître de conférences. Le vote a été unanime. Le candidat classé en premier, au vu de ses mérites scientifiques et de ses diplômes, n'a pas été retenu par le conseil d'administration de l'université.

Ce conseil lui a préféré le candidat classé troisième, au vu de ses mérites scientifiques et de ses diplômes. L'argument avancé pour que le conseil d'administration, organe de « gouvernance » de l'université, ne suive pas le choix des scientifiques, serait que le candidat classé troisième se serait déjà « investi » dans l'établissement, condition que ne pouvait logiquement pas satisfaire un candidat venu de l'extérieur.

La lettre ouverte au président de l'université de Metz expose le caractère honteux du cas. Au-delà, l'affaire est prise en exemple pour démontrer la nocivité de la fameuse loi sur les libertés et les responsabilités des universités.

La capacité accordée au conseil d'administration de démentir l'avis des scientifiques est ici en question. Et il n'est pas étonnant que des critiques s'élèvent contre un tel mécanisme.

Point positif : le comité de sélection a bien fait son travail

Cependant, on peut aussi comprendre ce qui s'est passé, en renversant l'analyse. En effet, ce que cette histoire révèle d'abord, c'est que le comité de sélection a bien fonctionné.

Autrement dit, les universitaires appelés à classer les candidats au poste offert au concours ont statué en ne tenant compte que des mérites scientifiques et des diplômes des candidats. Ils ont évalué les parcours des aspirants et ont choisi de mettre en avant celui dont les travaux et les acquis étaient les plus lourds en termes de performance académique.

Bref, les évaluateurs que sont de fait les membres du comité de sélection, ne se sont pas laissés impressionner par des arguments d'opportunité, de clientélisme ou de localisme.

Pour que la logique de l'opportunité, du clientélisme et du localisme puisse s'imposer, il a fallu qu'une autre instance, le conseil d'administration, pour une bonne part élu, casse l'évaluation de scientifiques. Et c'est justement pour cela que rRue89 ou Sauvons l'université ont pu rendre publique cette histoire.

C'est bien parce qu'une contradiction est apparue entre le conseil d'administration et le comité d'experts qu'une lettre ouverte a pu être adressée au président de l'université de Metz.

Des méthodes de recrutement honteuses mais jamais rendues publiques

Qui osera prétendre que dans l'ancienne formule des commissions de spécialistes les logiques de l'opportunité, du clientélisme et du localisme n'ont jamais joué contre les meilleurs candidats, au profit de candidats « investis » de longue date dans l'établissement ?

Cette manière de faire honteuse existait déjà, ni tout le temps, ni partout, mais elle existait. Mais qui se souvient de la moindre lettre ouverte, du moindre entrefilet dans la presse, c'est-à-dire de la moindre publicité accordée à des résultats contestables sur le plan de l'évaluation des mérites et des diplômes ?

Sans doute le cas de Metz appelle à s'interroger sur un mécanisme mis en place par la LRU.

Les scientifiques plus libres et plus légitimes que les administrateurs

Ce qui s'est produit, en l'occurrence, c'est que le comité de sélection a statué librement, sans tenir compte de l'opportunité, du clientélisme ou du localisme. Et que le conseil d'administration s'est trouvé contraint de statuer en fonction de l'opportunité, du clientélisme et du localisme.

Les scientifiques ont été plus libres et plus légitimes, tandis que les administrateurs ont été plus forts et moins légitimes. Le paradoxe de Metz montre que la concurrence des pouvoirs et des autorités au sein de l'université met au jour des contradictions.

Elle permet de rendre public le linge sale de mauvaises pratiques universitaires. Ce qui n'est pas sans intérêt pour l'université.

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  • Amilcar REN
    Amilcar REN
    (chômeur diplômé)
    • Posté à 16h13 le 07/02/2010
    • Internaute
      (chômeur diplômé)

    Vous volez bien vite au secours d'un système (soi-disant méritocrate) qui ne va pas franchement de soi.
    Ce système que vous légitimez (le meilleur candidat) est bien loin d'être égalitaire ! ! !

    Vous faites la promotion de l'élitisme. Le localisme ayant des défauts qu'il faut peut-être corriger, mais c'est système qui a au moins l'avantage de valoriser et d'encourager la formation locale.

  • aeres
    • Posté à 18h03 le 07/02/2010
    • Internaute

    Encore un épisode de plus dans la chronique des recrutements universitaires. Mais rien de vraiment neuf. Il est déjà arrivé au temps des commissions de spécialistes que le CA retoque le choix des dites commissions et plus récemment, dans le contexte LRU que le CA ne suive pas le comité de sélection.
    Les deux versions s'opposent traditionnellement comme dans les commentaires.
    Pour en sortir, il faudrait mettre en place un véritable protocole de recrutement avec
    - séminaires
    - leçon devant des étudiants
    et sans doute l'aide d'un cabinet de recrutement comme pour les entreprises.
    Il y a une seule chose qui ressort de cet épisode navrant : l'incapacité des enseignants-chercheurs à faire parfois des choix sereins et d'intérêt général pour l'établissement. Qu'il s'agisse des lobbys normaliens ou des défenses-des-intérêts-locaux pour faire simple.
    Alors un concours plus long et des vrais professionnels seraient les bienvenus.

  • marc44
    • Posté à 19h47 le 07/02/2010
    • Internaute

    euh... ça serait sympa pour ceux qui passent leurs « vacances » de pâques à éplucher un tas de 75 dossiers de candidats MC, leur week-end de juin à regarder à dossiers d'ATER... de ne pas dire
    que les CS étaient généralement pourries. Gardez ça pour vos sections.

    Il reste cependant la grande question de la définition des profils : doivent-ils être fléchés vers une équipe, vers un profil thématique très précis (s'ils le sont , c'est très généralement qu'il y a un candidat local), ou doivent-ils viser large, donnant de meilleures possibilités d'attirer des candidats, qui éventuellement ne s'insereront volontiers dans aucune équipe... ou mettront mal à l'aise les personnes déjà en poste.

    Un réel progrès vient (viendrait ? ) d'un temps plus long pour l'interaction avec les candidats. Ces auditions de 15 minutes, avec éventuellement des conflits d'emploi du temps pour des candidats dans deux établissements distincts sont ridicules.

    Par ailleurs, attirer des vedettes implique parfois l'obtention d'un poste pour le conjoint. La voilà belle, la république - et le volonté des universités d'attirer des vedettes, à tout prix, passe parfois par là.

  • spilatouni
    spilatouni
    enseignant-chercheur
    • Posté à 08h42 le 08/02/2010
    • Expert
      enseignant-chercheur

    Les comités de sélection sont nommés par le président de l'université, lequel délègue la composition au responsable (doyen ou directeur) de l'UFR, parfois avec l'aide ou la supervision d'un membre de son équipe. Le comité est spécialement formé pour chaque recrutement. Il n'est donc pas difficile de téléguider les recrutements. En pratique, nombre de recrutements sont maintenant très opaques, les raisons étant à chercher dans les noms et liens (professionnels, politiques, pouvoirs,...) des membres du comité avec l'équipe dirigeante de l'UFR et/ou la présidence de l'université. Les comités servent surtout à tisser des toiles d'araignées, ne sont souvent que des instruments de pouvoir.
    Les commissions de spécialistes avaient au moins le mérite d'être composées d'élus et de statuer pour tous les recrutements de l'UFR concerné.

  • Schaub JF
    Schaub JF answers to spilatouni
    • Posté à 09h41 le 08/02/2010
    • Internaute

    L'ensemble des réactions, dans des directions différentes et parfois contradictoires, montre que la publicité faite à l'histoire de Metz a le mérite de soumettre les modes de recrutement à l'Université à une discussion contradictoire et publique. Bien entendu, comme je l'écrivais dans mon billet, les mauvaises manières n'étaient et ne sont présentes ni partout ni en toute circonstance.
    La dernière réaction appelle un bref commentaire. Dans le cas de Metz, le comité de sélection désigné ad hoc a retenu le nom du candidat qui satisfaisait à des critères qui n'ont pas été validés par le président de l'établissement. Il est donc difficile de faire reproche au comité en question d'être aux ordres de la présidence. Une fois encore, je rappelle que le conseil d'administration est pour partie composé d'élus. Autrement dit, c'est un collège partiellement élu qui a refusé l'évaluation d'un comité nommé, dans le cas étudié. En l'espèce le « mérite d'être composé d'élus » revient au conseil d'administration et du président (élu, lui aussi) et non au comité de sélection. Reste à savoir qui, dans cette affaire, a eu raison sur le plan scientifique, le pôle à dominante élu ou le pôle nommé...

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