Chez Jean-Frédéric Schaub

L'enseignement supérieur, les sciences humaines, et d'autres sujets, par l'historien Jean-Frédéric Schaub, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

Loi LRU : pour une clarification des situations dans l'Université

Jean-Frédéric Schaub
Directeur d'études à l'EHESS
Publié le 09/12/2007 à 20h20

La presse publie un nombre croissant de tribunes qui accusent... la presse de cacher au public la vérité du mouvement de protestation en cours. On peut en tirer la conclusion qu’il se passe quelque chose dans le pays, mais peut-être sous le signe de la confusion. Quelques éléments de clarification pourraient être utiles, à ce stade de nos débats. Trois directions méritent d’être explorées.

Un déficit d’information

Comment peut-on sérieusement construire un débat sur l’enseignement des sciences humaines et sociales qui, en dépit de l’intervention vigoureuse du porte-parole de Sauvons la Recherche, concentre l’essentiel du malaise ? La première condition serait de disposer d’une information authentique et vérifiée sur les formes de l’encadrement des étudiants dans chacune des UFR du pays. En effet, on entend parler tantôt d’enseignants sur lesquels repose l’encadrement d’un nombre beaucoup trop élevé d’étudiants, tantôt de départements désertés par les étudiants et ayant peine à justifier de leur pérennité face à leur tutelle.

Ces deux situations extrêmes existent, il n’y a de cela aucun doute. Mais comment peut-on raisonnablement tenir un discours-cadre généraliste et revendicatif qui répondrait à des situations aussi contradictoires ?

Une meilleure information est nécessaire. Le ministère de l’Enseignement supérieur et les rectorats sont-ils en mesure de la rendre publique ? Si l’ensemble des citoyens est sollicité, par les porteurs de la contestation comme par les partisans de la réforme, pour prendre parti, alors cette publicité est indispensable. Les syndicats des enseignants-chercheurs des universités le souhaitent-ils seulement ? Dans le bras de fer qui s’engage, qui donc aurait plus à perdre à une transparence de l’information ?

Un examen collégial des choix collégiaux.

Une des critiques adressées à la LRU avec le plus de fermeté, porte sur le refus de voir accordée aux présidents des universités une capacité, même partielle ou marginale, de procéder à des recrutements scientifiques. La supériorité du choix collégial des futurs professeurs par leurs pairs est mise en avant. Ce qui est invoqué, c’est la « démocratie » de la commission de spécialistes face à l’« autocratie » (si ce n’est la « féodalité ») des futurs présidents.

Une si exacte superposition des registres de l’organisation politique et du choix scientifique est sujette à caution. Mais, sans entrer dans ce débat, trop miné sur le plan idéologique, on peut à tout le moins prendre au mot les avocats du bon fonctionnement des commissions de spécialistes. Et, plutôt que de défendre leur supériorité et leur souveraineté dans des termes empruntés au débat politique général, mieux vaudrait soumettre leur action à une évaluation impartiale.

Pourquoi n’assied-on pas la défense du système actuel de recrutement des enseignants-chercheurs sur un audit, par une commission d’experts étrangers, des choix effectués dans l’ensemble des UFR de France depuis cinq ans ?

Cette enquête est relativement aisée à conduire, dès lors que le collège des scientifiques chargés de cette évaluation disposerait des curricula vitae et des projets d’enseignement et de recherche déposés par les candidats retenus pour l’audition. Un tel travail, conduit dans des conditions réelles d’indépendance scientifique et de collégialité institutionnelle, pourrait permettre de mesurer la pertinence des choix opérés en toute collégialité...

Si la conclusion de ce travail apporte la démonstration que les choix effectués par les commissions de spécialistes ont été les meilleurs possibles, alors les communautés savantes seront d’autant mieux armées pour argumenter contre la réduction des crédits alloués à l’enseignement supérieur et à la recherche dans les domaines des sciences humaines et sociales. Tout comme en 1986, la bataille contre la réforme des structures et la revendication budgétaire se superposent. Les équipes gouvernementales ont la mémoire courte.

Faute de genre humain, vive l’international !

On entend aussi beaucoup parler d’universités à plusieurs vitesses, comme résultat attendu de l’application de la LRU. Dans les semaines passées, il m’est arrivé de souligner ce que cette assertion a de paradoxal dans un pays dont le système d’enseignement supérieur repose sur l’existence d’une division entre universités et grandes écoles. Il ne me paraît pas utile d’y revenir.

En revanche, je voudrais traduire l’idée de pluralité des vitesses dans des termes qui sont indissociablement infrastructurels et intellectuels. S’agissant des sciences humaines et sociales, la construction des objets et des terrains choisis pour faire progresser les connaissances ne repose pas sur de catégories universelles. Chez nous, point de particules, pas de propriétés algébriques, nul encodage biologique.

Les réalités que nous examinons sont toutes et toujours situées, elles ne définissent jamais aucun invariant, elles ne peuvent être coextensives à l’ensemble des sociétés humaines. Le choix nous est offert de porter notre regard sur tel ou tel segment des réalités humaines et sociales, prises dans leur contingence et leur localisation, spatiale et temporelle. Les enseignants-chercheurs sont placés face à leurs responsabilités. Ils peuvent faire porter leur travail sur des objets, des terrains et des références locaux, régionaux, nationaux ou internationaux.

L’investissement dans des objets locaux ne signifie pas nécessairement l’ignorance de références internationales, cela va de soi. Cependant, les stratégies d’investissement intense sur le local ne peuvent servir d’armature intellectuelle à des établissements qui prétendent justifier du statut d’équipement national d’enseignement supérieur.

A l’autre bout, ce qui paraît s’imposer à tout établissement qui aspire à la dimension nationale, c’est l’investissement prioritaire sur l’international. Trop souvent, l’absence de curiosité explique pourquoi la grande majorité de nos départements disciplinaires sont incapables de recruter des sinologues, des indianistes, des africanistes, des islamologues et bien d’autres, à la mesure de l’importance de la connaissance historique et présente des sociétés non-européennes. On peut en faire l’augure : ce qui déterminera, dès demain, le régime à plusieurs vitesses du système français d’enseignement supérieur, pour ce qui touche du moins aux sciences humaines et sociales, sera le différentiel de capacité à dépasser les échelles locale et nationale de questionnement sur les sociétés humaines.

Rien n’interdit que se déploient des offres de formation supérieure d’ambition régionale, visant en priorité des bassins d’emplois géographiquement limités, mais à la condition que les étudiants soient informés du rayonnement qu’autorisent les diplômes délivrés par les établissements de qualité qui auront fait et assumé de tels choix.

En réalité, ces diverses options stratégiques sont à l’œuvre de longue date et elles déterminent déjà le rayonnement des établissements, sans attendre que les retombées de la LRU ne clivent l’offre existante. L’obstacle majeur, outre l’hypertrophie idéologique du regard national sur soi, demeure sur ce plan le retard structurel en matière d’acquisition des langues dans le milieu universitaire lui-même.

S’il est bien une revendication que les étudiants et leurs professeurs devraient porter, c’est bien l’exigence d’un investissement financier massif en faveur des langues vivantes européennes et internationales, à tous les niveaux de l’enseignement. Il n’est pas certain qu’ils ne soient pas entendus.

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  • Anonyme

    condamnée à rester inaudible, entre ceux qui pourfendent le « corporatisme » et ceux qui luttent contre la « privatisation ». Comme vous, j’aurais tendance à les renvoyer dos à dos, malgré les risques réels de la loi LRU (mais le fonctionnement actuel est déjà si hypocrite...).
    Je n’ai pas compris l’allusion à 1986 et à la superposition attachement à la collégialité des recrutements / revendication budgétaire. Une petite pique pour happy few ?
    En tout cas, je suis d’accord avec vous sur les options stratégiques et, en tant que doctorant sur la Russie, je ne peux qu’applaudir votre conclusion ; -)

    • Anonyme

      De la part de Jean-Frédéric Schaub.

      En 1986, le mouvement étudiant et professionnel a été suscité par les propositions de réforme du système universitaire défendues par le Ministre de l’Enseignement Supérieur Alain Devaquet, et par le sentiment que le Ministre de l’Education Nationale, René Monory, défendrait cette année là un budget global de l’Education Nationale insuffisant. Les deux questions ne s’impliquent pourtant pas mécaniquement. Mais il se trouve qu’aujourd’hui les milieux de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le domaine des sciences humaines et sociales pensent avoir quelques raisons de s’alarmer sur la stratégie à long terme de l’Etat en matière de financement et d’investissement pour ces secteurs. Si cette conviction l’emporte auprès de la majorité des enseignants concernés, les semaines qui viennent pourraient voir la dégradation globale du climat dans les universités.

      Put’ daliokij’, drug moij !

      JFS

      • Anonyme

        Apparemment Paris VIII a pris position collectivement (le président compris ?) contre la loi LRU
        Lien

        Merci pour vos réponses... j’ignorais que l’absolutisme français avait aussi des racines slaves !

         
        • Anonyme

          De la part de Jean-Frédéric Schaub

          Merci de cette information. Après avoir lu les motions disponibles sur le site de Paris 8, il me semble que le scenario que j’évoquai il y a quelques semaines, celui d’une panne de la loi, devient vraisemblable. La réponse des établissements qui se sentent en situation de pouvoir adopter l’autonomie pourrait être de solliciter un statut particulier. De quoi accoucher, encore plus vite, d’un système à plusieurs vitesses !

          Spassiba za informatsiu

          JFS

          • Network 23
            Network 23
            identité perdue dans mes papiers (...)
            • Posté à 20h01 le 12/12/2007
            • Internaute 23367
              identité perdue dans mes papiers (...)

            Bonjour,

            si vos hypothèses sont correctes et se vérifient, vous indiquer alors que dans tous les cas, le mouvement contre la LRU est confronté à l’échec, puisque l’autonomie serait de toute manière accordée.

            Pourtant, vous ne semblez pas proposer, ni imaginer, de solution autre. Faudrait-il alors baisser les bras parce que la dite « autonomie » serait inéluctable ? Par analogie, serait-ce parce que le président va faire passer en douceur un traité constitutionnel précédémment refusé par référendum que ceux qui ont voté « non » auraient du voter « oui » ?

            En admettant votre hypothèse, l’abrogation de la loi LRU ne permettrait-elle pas d’empêcher d’autres effets néfastes de cette loi (tout comme le mouvement anti-CPE n’a pas abouti à l’abrogation de la loi sur « l’égalité des chances » - de telles expressions deviennent la règle en langage politique -, mais à l’abrogation de l’article instituant le CPE) ?

            Ne sous-estimez-vous pas l’importance sociale et politique d’une mobilisation, nonobstant les résultats de la négotiation et des entourloupes qui s’ensuivent ?

            Enfin, ne peut-on douter de la supposée « objectivité » de ces commissions d’ « experts » que vous appelez de vos voeux ? Une réelle impartialité ne requiert-elle pas la représentation de personnes de tendances différentes et venant de champs scientifiques distincts ? Les expertises ont trop souvent servi à dissimuler des discours idéologiques pour qu’un citoyen ne s’en méfie pas !

            Quant à la faible ouverture actuelle du système universitaire sur le monde, nous sommes d’accord ; mais la réforme en cours ne vise aucunement à ouvrir nos oeillères, et on ne peut guère en attendre plus d’un gouvernement qui considère que l’étude des lettres anciennes ne relève pas d’aides publiques et n’a pas à être subventionné par l’Etat, et qui par ailleurs ose mettre en place un Ministère de l’Immigration et de l’Indignité Nationale, qui ne facilite en rien la libre-circulation des personnes et des idées.

            • Schaub JF
              Schaub JF répond à Network 23
              • Posté à 23h34 le 12/12/2007
              • Internaute 24548

              Merci de votre commentaire.
              Trois points, en guise de réponses, sans doute insuffisantes.

              Si j’ai avancé l’hypothèse d’une autonomisation sauvage, comme résultat d’une éventuelle abrogation de la loi d’encadrement de l’autonomie, c’est parce qu’en vérité le paysage français est d’ores et déjà violemment clivé et inégalitaire. L’énergie et les crédits déployés pour surencadrer les meilleurs élèves de terminale dans les seules propédeutiques pluridisicplinaires dignes de ce nom que sont les classes préparatoires, au regard de ce qui attend les autres bacheliers dans la plupart des facultés, est un modèle de système à deux vitesses, absolument hors marché, et paré de toutes les vertus que lui confère la phraséologie nationale et républicaine. Offrir aux universités un cadre concurrentiel, encore bien limitatif, doit être compris comme l’occasion d’apporter des correctifs à cette situation productrice d’un des systèmes les plus inégalitaires qui soient.

              Qu’entendez-vous par « représentation de personnes de tendances différentes et venant de champs scientifiques distincts » ? S’agit-il de tendances politiques et syndicales, d’un côté, et de diversité disciplinaire de l’autre ? Eh bien, je crois qu’il est possible de faire vérifier dans quelle mesure le système actuel retient les meilleurs, ou pas. L’épineuse question de l’expertise n’est pas en cause, ici. Il n’est pas impossible de distinguer les chercheurs publiants et les non publiants, les expériences d’enseignement, les séjours à l’étranger, la mobilité institutionnelle, la maîtrise de langues étrangères. Ces critères sont assez simples et généralement admis comme distinguant les candidats de valeur. Mais peut-être existe-t-il des « tendances différentes » qui n’accréditent pas ces critères, ce que je ne saurais croire.

              Quant aux annonces gouvernementales sur la nécessité d’interrompre le financement, sur budget Etat, d’activités scientifiques qui ne participent pas à la croissance économique ou au bien-être social, car c’est de cela qu’il s’agit, je partage pleinement votre inquiétude. Le comportement de la Commission Européenne ne m’inspire pas plus de confiance. Il se peut bien, en effet, que la puissance publique se retire du financement des humanités. Dans le cas français, une telle décision est d’autant plus tragique que la société n’est pas prête à compenser ce retrait. Mais le mouvement social n’est pas plus prêt à créer un rapport de force avec le gouvernement pour éviter l’asphyxie des études classiques, de la philologie sanskritiste, de l’histoire médiévale ou de l’esthétique. Dans ces conditions, mieux vaut essayer de susciter des ressources complémentaires, ce qui paraît encore très lointain, du moins dans notre pays. En effet, la répulsion qu’inspire, en France, l’idée de philanthropie et la pratique du mécénat ne fait que justifier l’indifférence des détenteurs de capitaux à l’égard des secteurs fragilisés. Lorsqu’on lit, à longueur de colonnes et de blogs que les pays où les financements de l’enseignement supérieur proviennent de sources publiques et privées condamnent les humanités à la disparition, on croit rêver. Les Etats-Unis sont en passe de devenir le réservoir mondial des disciplines jugées rares ou marginales, inutiles et érudites. Si, en France, l’Etat se retire avant qu’une nouvelle économie philanthropique des études ait vu le jour, les sciences humaines et sociales peuvent commencer à porter le deuil. Sur ce plan, on peut faire confiance à l’équipe en place : elle agira selon le cap qui a été fixé, même si les généreux mécènes tardent à se manifester.

              L’urgence n’est peut-être pas d’insulter l’avenir, même si les recompositions en cours heurtent certaines « tendances ». Peut-être même la mienne, mine de rien !

        3 autres commentaires
  • leconcombrevert
    leconcombrevert
    La vraie vérité > : -))
    • Posté à 01h00 le 10/12/2007
    • Internaute 8843
      La vraie vérité > : -))

    Я вас понимаю лучше, когда вы писали на русском языке.

  • Anonyme

    A propos des commissions de spécialistes, il me semble que pour son contrat quadriennal chaque Université doit faire le point sur les recrutements de MCF et Pr, quelle que soit la section (il y a aussi beaucoup de sections scientifiques !).
    A mon avis la Direction concernée du Ministère de l’Enseignement Supérieur est donc en mesure de répondre avec une assez bonne précision à la requête (acceptable) de l’auteur. Il n’est pas besoin d’avoir recours à des experts étrangers !
    Personnellement,sans aucune « déviation idéologique » je pense que le poids renforcé du Président dans les nominations est la porte ouverte à des conflits très sérieux.

  • ppfri
    • Posté à 21h57 le 10/12/2007
    • Internaute 24481

    article fort judicieux que l’on pourrait étendre à nombre d’autres disciplines universitaires … mais peut-être que le mode de fonctionnement de certains organismes de recherche « appliquée » pourrait-il être source d’inspiration. l’inra par exemple qui semble combiné recherche fondamentale et recherche appliquée souvent en partenariat avec des acteurs locaux, même si en l’espèce sous organisation est extrêmement hiérarchisée …
    concernant les commissions de recrutement, iriez-vous jusqu’à interdire, comme certains le préconise, les recrutements de personnels ayant effectué leurs diplômes localement ?

    • Jean Bavederage
      Jean Bavederage répond à ppfri
      proche collaborateur du (...)
      • Posté à 09h41 le 11/12/2007
      • Internaute 24467
        proche collaborateur du (...)

      Lorsque je vois l’état de l’agriculture en francie, je ne suis pas certain que l’INRA soit un exemple pertinent.

  • ART MONIKA
    • Posté à 00h24 le 11/12/2007
    • Internaute 10855

    J’ai, peu courageusement, évité de répondre à cette Tribune depuis hier. Car comme l’a dit Le Concombre vert à J-F. Schaub, je vous comprendrais mieux si vous parliez en Russe...et que je parlais Russe.

    - Vous prenez les choses d’un point de vue si distant et si général que l’on reste désarmé. Vous donnez l’impression d’avoir peu discuté avec les collègues qui autour de vous combattent les réformes actuelles. D’où cette phrase incroyable : « On peut en tirer la conclusion qu’il se passe quelque chose dans le pays, mais peut-être sous le signe de la confusion ». Je vous assure que pour un certain nombre d’entre nous, il n’y a pas de confusion.

    - Vous dites « Comment peut-on sérieusement construire un débat sur l’enseignement des sciences humaines et sociales qui, en dépit de l’intervention vigoureuse du porte-parole de Sauvons la Recherche, concentre l’essentiel du malaise ? ». Mais vous faites une grave erreur. Je peux vous assurer que les sciences « dures » et les sciences humaines sont à part égale impliquées dans cette lutte. Mais il est vrai que les Sciences Humaines sont les plus menacées, pour ce qu’elle comportent, aux yeux du gouvernement, de contestation (ah ! détruire l’esprit de Mai 68 et la sociologie de Dany le Rouge) et de non rentabilité.

    - Vous dites que les ennemis de la réforme LRU s’inquiètent (on sent que vous pensez « à tort ») du remplacement des commissions de spécialistes par des comités de sélection choisis par le Président d’Université. Qui a dit que les Commissions de spécialistes étaient l’idéal ? On a seulement fait l’hypothèse qu’un tel « comité de sélection ad hoc » réuni par le Président d’Université ne serait pas nécessairement une alternative raisonnée aux dysfonctionnements multiples des Commissions de spécialistes.

    - Vous proposez rien moins qu’un « audit, par une commission d’experts étrangers, des choix effectués dans l’ensemble des UFR de France depuis cinq ans ».
    Un audit international du fonctionnement des commissions de spécialistes ? My God, vous imaginez l’usine à gaz, et l’embarras pour nos pauvres experts étrangers ?

    - Vous dites à propos de la crainte de l’enseignement à deux vitesses : « On peut en faire l’augure : ce qui déterminera, dès demain, le régime à plusieurs vitesses du système français d’enseignement supérieur, pour ce qui touche du moins aux sciences humaines et sociales, sera le différentiel de capacité à dépasser les échelles locale et nationale de questionnement sur les sociétés humaines ». Vous voulez dire que les recherches à rayonnement international seront plus valorisées ? C’est une évidence. Et c’est déjà le cas. Le problème est que la nécessité qui nous est imposée d’être visibles et lisibles à 5OOO kms ne doit pas non plus nous empêcher de produire dans notre propre pays et notre propre langue... ce qui est de plus en plus le cas actuellement.

    - Vous en concluez « S’il est bien une revendication que les étudiants et leurs professeurs devraient porter, c’est bien l’exigence d’un investissement financier massif en faveur des langues vivantes européennes et internationales, à tous les niveaux de l’enseignement. Il n’est pas certain qu’ils ne soient pas entendus ». Si le fait de parler plusieurs langues constituait la bouée de sauvetage du système, je crois qu’il y a longtemps que cela se saurait.

    • supprimé à la deande du riverain 14.01.10
      • Posté à 01h42 le 11/12/2007
      • Internaute 22426
        ....

      La distance est parfois un atout, car elle permet de s’extraire des querelles idéologiques. Je ne vois pas en quoi cette loi est un recul. Le statut quo serait bien pire :
      - l’autonomie nimplique pas un désengagement de l’état. Il est génial que d’autres sources de financement soit possible.
      - la professionalisation n’implik pas la disparition de la socio, a telle disparue des USA ? Elle permet juste une meilleure chance aux étudiants. La réforme prend acte du fait que la fac s’est masifiée. La professionalisation, ds ce cadre, est devenue inléluctable et nécessaire. On est en 2007, il faut changer son systeme de représentations.
      - les entreprises n’interfèrent jamais ds les programmes scolaires (un papier du monde du jour revient sur cette question)
      - Le président ne choisira jamais les nouveaux enseignants selon son bon plaisir. Sil en refuse, il doit faire une lettre motivée etc.. Les profs peuvent faire un recours. Un renforcement de l’éxécutif est inévitable ds un systeme rationnalisé pour etre plus efficace (pas qu’économiquement). Les contrepouvoirs existent néanmoins, comme ds notre société.
      - Les porfesseurs opposés aau texte auraient ils peur de perdre une situation confortable ? Y aurait il, derirrer l’alibi parfait de la bataille magnifiée, un intérét particulier ?
      - la tradition intellectuelle frcaise (penser le politique par le haut cf Rousseau, Bourdieu, Sartre...) est a l’oeuvre ds ce refus systématique de la loi. Ne vaut il pas mieux la LRU que 5 années sans rien. Et imaginez que Sarko repasse... La fac sera réformée ds 15 ans. Une chance pour ses millions détudiants qui y entrent chaque année...

      • jch
        • Posté à 02h30 le 11/12/2007
        • Internaute 24362

        > les entreprises n’interfèrent jamais dans les programmes scolaires

        Le cours de Systèmes d’Exploitation que j’enseigne utilise aujourd’hui Linux. Restera-t-il inchangé lorsque mon université aura signé un accord avec Microsoft ?

         
        • Gotch
          Gotch répond à jch
          • Posté à 10h31 le 11/12/2007
          • Internaute 15306

          Déjà mon fils, en Master Pro, doit jongler avec six ou sept logiciels de haut niveau comme Illustrator, Photoshop, Dreamweaver, Office.... et pour prolonger le cours se doit d’avoir toujours sous la main ces produits du commerce, chers, très chers à eux tous pour un boursier (il n’y a pas vraiment l’équivalent en Logiciels Libres, tout le monde est d’accord là-dessus). Dans ce cas précis, cela ne changera rien à la lourdeur financière des études !

          Pour être plus précis, lui aussi est en Fac de Sciences Humaines... en tant qu’étudiant, bien sûr !

        1 autres commentaires
  • Enseignant-chercheur
    • Posté à 11h18 le 11/12/2007
    • Internaute 24542

    J’apprécie énormément le travail de Rue 89, mais...

    Après quatre tribunes de Jean-Frédéric Schaub, en quatre semaines, je trouve que Rue 89 donne une tonalité déséquilibrée à son dossier Réforme de l’Université.

    Bien sûr, pro et anti loi LRU s’expriment très largement sur le site, de façon équilibrée (j’ai lu la réaction de P Riché à ce sujet), et c’est très bien ainsi, mais, vous le savez bien, le statut d’une tribune qui revient est bien différent de celui d’un article rapportant les derniers rebondissements du mouvement de contestation ou d’une tribune unique.

    Le caractère récurrent de ces tribunes, qui peu ou prou, déclinent la même opinion, leur donne un statut de vérité supérieure, ou du moins d’opinion dominante de la rédaction de Rue 89, ce que les autres tribunes, pro ou anti, n’ont pas, leur auteurs n’intervenant qu’une seule fois.

    J’ai d’abord pensé que la spécialité de J-F Schaub, ses publications, expliquaient ce choix de le rendre très audible.
    Or, après vérification, quel que soit l’intérêt évident des publications de ce collègue historien, je ne vois pas qu’elles attestent d’une expertise en matière de réforme de l’Université, ou en termes de professionnalisation, qui rendrait la répétition de sa parole indispensable. De surcroit, sa position à l’écart de l’Université, à l’EHESS, n’offre pas, il me semble, la garantie d’être en prise, au quotidien, avec la misère et les convulsions de l’Université.

    Je suis donc, nous sommes je crois, désormais tout à fait éclairés sur l’opinion, parfaitement défendable, de J-F Schaub quant à cette réforme, et je ne vois plus la valeur ajoutée de ses récentes tribunes.

    Frédéric Dufaux
    Maître de Conférences en Géographie Urbaine et en Urbanisme
    Université Paris 10 - Nanterre

    • Schaub JF
      • Posté à 11h47 le 11/12/2007
      • Internaute 24548

      Le commentaire de Frédéric Dufaux appelle deux remarques.

      Le fait que quatre tribunes rédigées par moi aient été publiées sur rue89 n’implique pas que d’autres auteurs porteurs d’analyses contraires aient été limités dans leur capacité d’intervention. En réalité, ce commentaire ne s’adresse pas à moi, mais aux responsables du site. Sincèrement, je doute que la rédaction ait choisi de censurer d’autres points de vue, comme j’imagine mal que vous suggériez qu’elle le fasse à mon encontre, à l’avenir.

      Vous aurez noté que je n’ai jamais pris à partie aucun des auteurs d’aucun des nombreux textes qui circulent dans le débat en cours. A fortiori, je me suis bien gardé de déterminer qui portait une parole plus légitime qu’une autre, eu égard aux positions professionnelles occupées par chacun. Il ne me semble pas que le mode de disqualification que vous proposez soit la bonne façon d’argumenter. Mes prises de position ont fait l’objet, jusqu’à présent, de commentaires critiques et de réfutations robustes portant sur les arguments eux-mêmes, ce qui me semble être l’intérêt même de ce type d’exercice politique. La désignation personalisée d’une identité professionnelle comme source de réfutation témoigne, me semble-t-il, d’un appauvrissement de la discussion.

    • ART MONIKA
      • Posté à 20h55 le 11/12/2007
      • Internaute 10855

      Frédéric Dufaux, voici un bon moment que j’invite mes collègues chercheurs et enseignants-chercheurs à venir se promener dans la Rue 89, qui est l’un des médias qui parlent le plus de ce sujet. Ils ont été un peu longs à la détente ! Et reprocher à d’autres de s’exprimer n’est pas très fructueux.

      De plus, en même temps que cette Tribune, on trouve sur Rue 89 un article écrit par un collectif d’enseignants-chercheurs plutôt contre la LRU, qui a d’ailleurs été plus « fréquenté » et a suscité plus de réactions que celui-ci.

      Le sujet a été lent à démarrer. Les commentaires, très rares au début, ont d’abord été assez critiques à l’égard des « anti-LRU » (mais c’était l’époque des « courageux anonymes ») puis ils ont progressivement été plus équilibrés.

      Proposez une Tribune à Rue 89, il est probable qu’ils l’accepteront !

  • supprimé à la deande du riverain 14.01.10
    • Posté à 11h51 le 11/12/2007
    • Internaute 22426
      ....

    traduction : mettez le paquet sur les papiers pro.
    - Juste un petit truc comme ca : sur le site, objectivement, les anti sont largement majoritaires, il n’y a qua lire les commentaires pour le voir. Et pour les tribunes, j’ai compté, avantage aux anti aussi. C’est dommage que vs n’ayez pas commencé votre propos par ca, ca aurait mis ls cjoses au clair ! !

    • Schaub JF
      • Posté à 12h03 le 11/12/2007
      • Internaute 24548

      Vous l’aurez compris, pour collaboratif que soit le fonctionnement de rue89, je ne me considère pas habilité à juger de l’équilibre imprimé par les responsables rédactionnels. Du reste, je ne pense pas que le fond de l’affaire soit la quantité d’articles publiés selon une opposition pro / anti, qui elle-même pourrait s’avérer réductrice. L’essentiel reste la nature des arguments défendus. Une proposition peut demeurer minoritaire dans l’expression, et néanmoins faire mouche, ou mal.

      • Jean Bavederage
        Jean Bavederage répond à Schaub JF
        proche collaborateur du (...)
        • Posté à 12h34 le 11/12/2007
        • Internaute 24467
          proche collaborateur du (...)

        ouais... néanmoins un argument défendu mille fois n’a pas exactement le même impact qu’un argument défendu dix fois, et ce quelques soit leur qualité.

  • Enseignant-chercheur
    • Posté à 12h31 le 11/12/2007
    • Internaute 24542

    Cher collègue,

    Merci pour votre réponse.

    Je maintiens l’essentiel de ma réaction : au-delà de l’analyse quantitative, c’est la réitération de votre parole que je questionnais, réitération qui lui donne un statut particulier, de « méta-vérité », sur le site de Rue89.
    (La même critique aurait pu être formulée à Rue89 envers un opposant farouche à la loi LRU !)

    Par ailleurs, évidemment pas de désir de chasse aux sorcières de ma part, mais : les discours sont incarnés, les arguments sont situés selon le lieu depuis lequel leur locuteur parle (c’est d’ailleurs pour cela que j’ai signé explicitement ma réaction et indiqué ma fonction).
    Il n’y a, vous le savez bien, pas de neutralité dans les argumentaires, et la position dans l’institution universitaire a son importance.

    Bien cordialement,

    F Dufaux

  • Schaub JF
    • Posté à 15h37 le 11/12/2007
    • Internaute 24548

    Cher collègue,

    La distinction que vous opérez entre évaluation de la quantité et relevé de la réitération m’échappe un peu.

    Le registre de la chasse aux sorcières n’est pas celui qui me venait à l’esprit en vous répondant tantôt, persuadé que la discussion qui nous lie demeure empreinte de bienveillance.

    Quant à la nécessité d’indexer les opinions sur la position occupée dans l’institution, j’y vois autant d’inconvénients que d’avantages. Un débat formel sur les degrés de détermination des acteurs sociaux prendrait ici l’aspect d’une discussion inutilement abstraite. En revanche, une question empirique peut être simplement posée : les enseignants-chercheurs de votre établissements partagent-ils tous votre sentiment sur la crise ? Pour ce qui concerne le mien, je peux vous assurer, pour l’avoir vérifié, que mes analyses reçoivent pas moins de rejet que d’approbation de la part de mes collègues. Il va sans dire que mes prises de positions n’engagent ici que moi, et en aucune manière un établissement ni même un milieu.

    Avec sincère cordialité,

    JFS

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