Séries Telling

Tour d'horizon des séries, des plus populaires aux plus pointues, avec un regard décalé et, je l'espère, pertinent.

« True Blood » : la série de vampires anti-« Twilight »

Publié le 03/08/2011 à 12h13

Amateurs de subtilité et de réalisme, « True Blood » n’est pas pour vous. Tout y est grotesque, trash et absurde. Mais le portrait que cette série dresse de l’Amérique profonde, l’intelligence de son scénario et son sens de l’autodérision en font l’un des programmes les plus jouissifs du moment.

Depuis quelques semaines, la quatrième saison de « True Blood » est diffusée aux Etats-Unis sur la chaîne HBO. Sorte de soap-opera gothique, la série - adaptée des romans de Charlaine Harris - se déroule à Bon Temps, petite ville au cœur de la Louisiane où cohabitent difficilement humains et vampires.

Les seconds ont révélé leur existence aux premiers après que des chercheurs japonais ont réussi à créer un sang de synthèse pouvant les nourrir. Sookie, héroïne télépathe et très blonde de la série, tombe bien sûr amoureuse d’un vampire malgré les réticences de son entourage. (Voir la vidéo en anglais)

Après « Buffy » et « Twilight », « True Blood » s’annonçait comme une énième histoire d’amour entre une jeune vierge et un vampire. Mais la série a su se démarquer grâce à un second degré affirmé et une atmosphère moite, imprégnée d’accent sudiste.

La réussite du programme est surtout due à son créateur, Alan Ball, à l’origine de la magnifique série « Six Feet Under » et scénariste oscarisé pour « American Beauty », qui profite du ton plus léger de « True Blood » pour aborder ses thèmes favoris.

Un portrait au vitriol de l’Amérique moderne

Le scénariste cite Tennessee Williams parmi ses influences. Dans une interview publiée avant le début de « True Blood » il affirmait au sujet du dramaturge auteur d’« Un Tramway nommé désir » :

« Une personne qui a eu beaucoup d’influence sur moi est Tennessee Williams. Parce que j’ai été exposé à son œuvre très tôt mais aussi parce que je viens du Sud et que je suis gay comme lui, je pense que ça me parlait beaucoup. J’aime sa théâtralité. Et j’aime ses personnages féminins très forts. »

Le personnage de Blanche dans « Un Tramway nommé désir », coquette vieillissante et fausse prude sudiste, se sent menacée par la violence et la sexualité agressive de Stanley. Comme elle, les habitants de Bon Temps voient leur monde d’apparences compromis après que les vampires ont révélé leur existence.

Derrière la théâtralité de la série, Alan Ball dresse un portrait au vitriol de l’Amérique moderne et de ses contradictions. A ce titre, le brillant générique de la série illustre la frontière ténue entre la sexualité de la société américaine et la place que la religion y occupe. (Voir la vidéo)

Les scènes de sexe débridées et souvent gores de la série participent beaucoup à son succès, si bien que le New York Magazine a récemment crée une infographie qui classe les protagonistes selon leur activité sexuelle.

L’intolérance religieuse, première cible de la série

Mais, tout au long de la série, c’est l’hypocrisie et l’intolérance religieuse qui sont moquées par Alan Ball. La seconde saison en particulier place la religion au cœur de l’intrigue. Jason, le frère de l’héroïne Sookie, est enrôlé dans l’église « Fellowship of the Sun », sorte de secte évangélique antivampire.

Le parallèle entre la lutte des vampires de « True Blood » pour leur acceptation par le reste de la société et celle des homosexuels américains pour l’égalité des droits a souvent été souligné. Le signe « God Hates Fangs » (Dieu hait les vampires) du générique est un clin d’oeil évident aux panneaux « God hates fags » (« Dieu hait les homos ») qui peuplent certaines manifestations contre le mariage homosexuel. L’église « Fellowship of the Sun » et ses manifestations antivampires très violentes rappelle la « Wesboro Baptist Church », église baptiste du Kansas connue pour son homophobie virulente et son caractère sectaire.

Les producteurs de True Blood ont joué sur ce parallèle lors des campagnes de promotion de la série. Ces deux vidéos imitent les campagnes menées régulièrement aux Etats-Unis pour défendre ou attaquer une mesure - le mariage homosexuel a récemment fait l’objet de beaucoup de campagnes de ce genre. Les fans de la série ont donc eu droit au spot antivampire de l’église « Fellowship of the Sun ». (Voir la vidéo en anglais)

Et à celui de la « Ligue américaine des vampires ». (Voir la vidéo en anglais)

Plus de cinq millions de téléspectateurs outre-Atlantique

A travers son programme, Alan Ball souligne le poids des conventions dans la société américaine. Beaucoup des personnages de la série sont surtout remarquables par leur médiocrité et leur hypocrisie. De l’ancienne alcoolique violente devenue femme de pasteur, à la mère de famille modèle prête à tuer la fiancée vampire de son fils.

En cela, la série d’Alan Ball est l’anti « Twilight ». Là où l’histoire de Stephenie Meyer, sorte de fable niaise sur la retenue virginale, prônent le respect des conventions et l’abstinence avant le mariage, « True Blood » s’amuse des clichés et provoque par ses excès.

« Waiting sucks » (« attendre ça craint »), le slogan de la série, résume bien cette philosophie. Récupéré par les fans, le slogan reflète aussi l’engouement provoqué par ce programme addictif qui a rassemblé plus de cinq millions de téléspectateurs outre-Altantique lors de la diffusion du premier épisode de la saison 4.

Mis à jour le 03/08/2011 à 13h38. Ajout d’une mention sur Charlaine Harris, auteure des livres qui ont inspiré la série, suite au commentaire de Slovan.

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  • 103 réactions
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  • Misan
    • Posté à 12h57 le 03/08/2011
    • Internaute 101573

    Amateurs de subtilité et de réalisme... ne vous abstenez pas !
    En somme, vous pouvez aimer « The Wire » et « True Blood » sans problème !

    C’est une série qui sort des sentiers battus. Et sur le thème des Vampires, quand on nous a bassiné avec Twilight... ça fait du bien.

    (Quand j’ai parlé de The wire, bien entendu ça n’a rien à voir, qu’il n’y ait pas de confusion, l’un est culte, l’autre est simplement une bonne série)

  • John_Deuf
    John_Deuf
    met les pieds dans le plat
    • Posté à 13h40 le 03/08/2011
    • Internaute 75883
      met les pieds dans le plat

    Pas un mot sur l’auteur, Charlaine Harris, qui a écrit la série de livres qui a débuté avec « Dead Until Dark : A True Blood Novel » ; la série n’en est pas qu’une vague adaptation car elle suit l’intrigue des livres.

    Ceci dit, pour avoir lu le tome 1, la série est pour le coup une réelle plus-value par rapport à l’oeuvre originale.

    Celle-ci étant un journal écrit par Sookie, on retrouve pas mal d’ingrédient chers à la bit-lit. La série a su s’en démarquer pour rendre le contexte plus adulte, moins mièvre en rajoutant protagonistes et situations qui enrichissent véritablement l’univers. Par exemple, toutes les scènes où Sookie n’apparait pas ne sont pas présents dans le livre, puisqu’elle relate les faits qu’elle a elle-même vécue dans son journal.

    Finalement... une très bonne adaptation ! !
    Chapeau également au directeur de la photographie, visuellement c’est un régal, et pour le casting, excellent dans sa globalité.

  • MegaLOL
    MegaLOL
    Courtier
    • Posté à 14h28 le 03/08/2011
    • Internaute 147085
      Courtier

    « le slogan reflète aussi l’engouement provoqué par ce programme addictif qui a rassemblé plus de cinq millions de téléspectateurs outre-Altantique lors de la diffusion du premier épisode de la saison 4 »

    5 millions de téléspectateurs pour une série, aux US, c’est peu, mais c’est aussi parce que HBO est une chaîne payante...

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 16h33 le 03/08/2011
    • Internaute 16438
      ici et là

    Pour revenir sur le cas « Wesboro Baptist Church », il m’apparait utile de préciser que ce groupe est essentiellement composé d’une seule et unique famille, dont certains membres sont partis suite à un documentaire réalisé sur eux. Une toute petite secte en d’autres mots.

    Ils se sont fait une spécialité de débarquer aux obsèques de soldats US tués en Irak ou en Afgha avec des panneaux « God Hates You » (Dieu vous Hait), j’ai du mal à voir leur logique j’avoue...

  • mattintheweb
    mattintheweb
    technophile/associatif
    • Posté à 17h00 le 03/08/2011
    • Internaute 103842
      technophile/associatif

    J’ai suivi avec excitation, amusement, frustration puis déception les 3 premières saisons. Pour moi, toute la série aurait dû ressembler à son générique, qui est à mon avis ce qui est de plus réussi.

    J’aime beaucoup l’idée de combiner l’univers ultra-réaliste du bayou, sombre, moite et crasseux (l’Amérique profonde par excellence, comme vous le dites), avec un élément fantastique (l’existence connue de vampires), lui aussi traité crûment, avec autant de réalisme que possible. Ajouté à cela le petit « twist » des humains qui chassent à leur tour les vampires pour leur sang, ça pouvait être vraiment original et intéressant. Il y aurait eu toute la place pour les thématiques de la tolérance, de la place d’une minorité surnaturelle dans la société (un peu comme les mutants des X-Men), les personnages auraient pu être plus fouillés, ainsi que leurs relations.

    En l’état, ça se regarde bien, c’est distrayant, mais ça part dans tous les sens, (en plein dans le White Wolf Syndrom, comme il a déjà été souligné), et au final, ça n’a rien de super original. Là où la démesure et la légèreté se prêtaient bien à Buffy, ici ça gâche les ambitions plus adultes que j’avais cru décelées. Et je ne peux m’empêcher d’être frustré à chaque fois que je vois ce magnifique générique, autrefois si prometteur... : (

    (cela dit, le début de la saison 4 est déjà sur mon disque dur... ;) )

  • SaintJust
    SaintJust
    Soigné de tous les mots
    • Posté à 02h39 le 04/08/2011
    • Internaute 152832
      Soigné de tous les mots

    True Blood fut vraiment une excellente série pendant deux saisons. Le problème est qu’elle a développé trois gros défauts avec le temps : tout d’abord l’ajout de personnage. C’est simple, ils commencent à pulluler. Résultat l’histoire qui a à la base suivait un fil conducteur sur toute la saison commencent à laisser place à une suite d’intrigues parallèle sans qu’aucune n’influe sur l’autre (alors même que les recoupements d’intrigues font la force des séries à mon sens).

    L’autre souci c’est bien sur le cliffhanger, il suffit à 10 secondes de la fin de nous lâcher un « Oh My God ! » hurlé par une Sookie face au vide pour nous frustrer à mort et nous pousser à suivre. C’est trèèèèès malhonnete (c’est trèèèès long une semaine parfois).

    Enfin, le dernier défaut est bien plus désagréable : l’effet « page blanche ». C’est à dire que les évènements d’une saison ne sont que très très rarement réutilisés dans l’intrigue par la suite. On a donc l’impression que la série de forme pas un tout, mais une suite de saisons sans rapports les unes avec les autres.

    Bon sinon ne chipotons pas, TB reste un canon du petit écran, les personnages sont pour certains attachants, et surtout l’atmosphère générale est très réussie (c’est pas du Games of Throne non plus ne rêvons pas.)

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