Séries Telling

Tour d'horizon des séries, des plus populaires aux plus pointues, avec un regard décalé et, je l'espère, pertinent.

« Boss », « The West Wing » : deux séries, deux idées de la politique

Publié le 20/11/2011 à 08h36

Herman Cain pourrait en témoigner, la politique américaine est parfois plus une affaire de morale que d’idées. Coups bas entre candidats, scandales sexuels, les élections inspirent Hollywood qui privilégie une vision cynique. Dernier exemple en date dans l’univers des série : « Boss », portrait d’un maire de Chicago corrompu jusqu’à la moelle.

Outsider jusqu’à l’automne 2011, Herman Cain est devenu, le temps de quelques sondages, favori de la primaire républicaine. Cette figure du Tea Party séduit les ultra-conservateurs avec son discours populiste anti-immigration et un plan fiscal d’un autre temps.

Herman Cain annonce sa candidature à la primaire républicaine

Fin octobre, le site américain Politico révèle que deux femmes l’ont accusé de harcèlement sexuel dans les années 1990. L’affaire, et ses suites, fait depuis la une des médias outre-Atlantique.

La politique et les scandales sexuels semblent souvent aller de pair aux Etats-Unis. La primaire, période propice à la traque de dossiers gênants sur le passé des candidats, est devenue le théâtre de nombreuses affaires. Ce n’est pas Gary Hart ou Bill Clinton qui diraient le contraire.

« Reste dans ce métier et tu deviendras blasé et cynique »

Phénomènes médiatiques, les scandales sexuels n’influencent pas toujours le choix des électeurs. Mais dans les productions hollywoodiennes, ils sont au cœur de l’intrigue.

« Les Marches du pouvoir », dernier film de George Clooney, livre une vision cynique et désabusée de la politique. L’histoire ? Un jeune conseiller, qui travaille sur la campagne d’un candidat à l’investiture démocrate, perd ses illusions et renonce à ses principes dans la course au pouvoir.

Dans « Primary Colors », film de 1998 sur les primaires démocrates, John Travolta incarne un candidat qui rappelle le Bill Clinton de la campagne de 1992. Les deux films montrent des hommes politiques aux idéaux admirables qui se révèlent des figures immorales.

La leçon, s’il y en a une, est résumée dans cette réplique des « Marches du Pouvoir » : « Reste assez longtemps dans ce métier et tu deviendras blasé et cynique. » De quoi donner envie de jeter sa carte d’électeur.

« Boss » : manipulations et corruption

La rentrée des séries offre un nouvel exemple de cette vision désabusée. « Boss » s’attaque à un mythe de la politique américaine, la ville de Chicago et les méthodes réputées discutables de ses élus.

La série, diffusée sur la chaîne américaine Starz, suit les pas de Tom Kane, maire de la ville charismatique et corrompu. Atteint d’une maladie neurologique, il tente de cacher son état à son entourage et ses administrés.

Bande-annonce en anglais de « Boss »

Mise en scène léchée (le premier épisode est réalisé par Gus Van Sant), acteurs de qualité, la série est l’une des plus prometteuses de cette rentrée. Seule ombre au tableau : une vision des affaires publiques tellement cynique qu’elle en devient parfois caricaturale.

Alessandra Stanley, critique télé du New York Times, regrette le ton du programme :

« Les électeurs ne font pas confiance aux élus, mais Hollywood ne se fait pas confiance pour rendre justice aux hommes politiques ; les scénaristes ne cessent d’attribuer des mauvais coups d’opérette à des personnages dont la seule force réside dans leur goût pour la mesquinerie. »

« The West Wing » : refuge des démocrates sous Bush

Une série se distingue pourtant des autres productions américaines en adoptant un ton plus positif. « The West Wing » (« A la Maison Blanche » en France) a, durant sa diffusion de 1999 à 2006, maintenu une qualité d’écriture exceptionnelle, devenant ainsi l’un des meilleurs programmes de ces vingt dernières années.

La série raconte les deux mandats de Josiah Bartlet, président des Etats-Unis, et la campagne de son successeur, le candidat latino-américain Matt Santos.

Avec son président libéral, cultivé et intègre, « The West Wing » est vite devenue le refuge fictif des démocrates désespérés par la présidence de George W. Bush.

La série présente avec subtilité la complexité de la conquête et de l’exercice du pouvoir. Des négociations avec le Congrès, aux compromis quotidiens entre idéaux et considérations électorales.

« Élever le niveau du débat public »

Dans la première saison, l’épisode « Let Bartlet be Bartlet » illustre ces tensions. Le président Bartlet (joué par le très bon Martin Sheen) peine à retrouver la fougue qui lui a fait remporter l’élection. Lors d’une confrontation, Leo McGarry, son chef de cabinet, lui reproche de ne plus s’engager par peur de ne pas être réélu.

Provoqué par son bras droit, le Président réalise que son travail « est plus important que la réélection ». Cet épisode marque le début d’une nouvelle ère pour l’administration Bartlet, avec un objectif : « Elever le niveau du débat public dans le pays. »

On retrouve la même volonté dans la campagne de son successeur, Matt Santos. Le candidat outsider, qui rappelle Barack Obama en 2008, lutte contre son entourage pour imposer une campagne d’idées, plutôt que de personnalités. Après plusieurs discussions, il décide de profiter de son temps d’antenne pour changer la nature du débat.

Extrait en anglais de « The West Wing »

Six ans après la fin de sa diffusion, « The West Wing » reste la preuve que l’on peut aborder la politique de manière divertissante et intellectuellement stimulante sans tomber dans une vision cynique et facile. Des qualités qui manquent cruellement à la télé américaine à l’approche des élections.

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  • Benjiz
    • Posté à 18h43 le 20/11/2011
    • Internaute 32228

    « Six ans après la fin de sa diffusion, “ The West Wing ” reste la preuve que l’on peut aborder la politique de manière divertissante et intellectuellement stimulante sans tomber dans une vision cynique et facile. Des qualités qui manquent cruellement à la télé américaine à l’approche des élections. »

    Et voila une belle analyse des médias « série » par un magnifique prisme de sociologie politique !

    « Élever le débat » et « stimuler intellectuellement » comme vous le dite vous-même, c’est aussi quand on est journaliste de chercher un peu plus loin qu’une simple opposition manichéenne entre vision cynique et embellie de la politique.

    Les productions cinématographique (et surtout à hollywoodiennes) ne sont pas de simples marchandises sans liens aucuns avec leur environnement social. Un thème s’il est porteur mérite une réelle analyse, non pas de simples anecdotes et deux trois tours de pass-pass.

    Le cynisme en politique pose les question du rapport au pouvoir que nous entretenons aujourd’hui, des représentations et imaginaires de ces mêmes rapports, de l’échec de la représentation, ...

    Voila comment faire un papier journalistique qui passe totalement à côté du sujet (pourtant fort intéressant) tout ça en finissant sur une morale républicaine : « allez voter » ! (« Des qualités qui manquent cruellement à la télé américaine à l’approche des élections. »)

    • Venera84
      Venera84 répond à Benjiz
      http://vallesmarineris. (...)
      • Posté à 20h08 le 20/11/2011
      • Internaute 125864
        http://vallesmarineris. (...)

      Intéressant. On n’ose en effet imaginer le désastre que serait la transformation de séries politiques aussi complexes en téléfilms pédagogiques France Télévision (brevetés par le MRAP, les Jeunesses Socialistes et le producteur de Louis la Brocante)

      West Wing est une série brillante, j’en ai dévoré les 7 saisons en peu de temps, mais son ton résolument optimiste, « clintonien », m’a toujours un peu dérangé. Dans The West Wing, la (bonne) volonté l’emporte toujours et la politique semble l’incarnation permanente d’un idéal à réaliser (cet idéal se perd parfois, mais ce n’est que passager, et il suffit d’un acte de pure volonté pour le retrouver -let Bartlet be Bartlet justement).
      Bref : la dimension machiavelienne du pouvoir a été bannie de The West Wing, comme elle semble bannie chez les démocrates qui doivent dès lors mener un Stalingrad permanent face aux républicains et leur cultural war assumée.

      Après, le cynisme ne pose pas à mon sens la question du « rapport au pouvoir actuel », mais celle du rapport à la politique tout court, tel que les Grecs antiques, ou les Italiens de la Renaissance l’entretenaient déjà.

      • KuromiKo
        KuromiKo répond à Venera84
        Church of Appliantology
        • Posté à 22h04 le 20/11/2011
        • Internaute 161218
          Church of Appliantology

        « The west wing » est une de mes série préférée, voire ma série préférée. J’aime bien le côté ludique et l’humour pince sans rire.
        Le « ton optimiste » ne me dérangeait pas. En fait la série est tellement complexe (d’un point de vue technique, pas du point de vue de l’intrigue) que s’ils avaient ajouter une dimension machiavélique du pouvoir à l’histoire, la série aurait été - je pense- incompréhensible.
        Ce que je veux dire, c’est qu’ils ont mis de côté le côté passionel (que ce soit l’ambition débordante des politiciens, ou même les relations intimes des différents personnages) pour vraiment se concentrer sur la description des rouages des institutions politiques américaines.

        Sinon, une autre série qui montre la corruption et la manipulation dans le milieu de la police et de la politique c’est « The Wire », où on suit des détectives de Baltimore qui tentent de démanteler un cartel de drogue (dans la première saison), un trafic de marchandise dans le port de Baltimore (2 saison), etc... Hélas cette série n’a que 5 saisons.

        D’ailleurs, vous n’avez pas des séries dans le même genre à me recommander ? (je sais plus quoi regarder...)

         
        • Venera84
          Venera84 répond à KuromiKo
          http://vallesmarineris. (...)
          • Posté à 01h02 le 21/11/2011
          • Internaute 125864
            http://vallesmarineris. (...)

          Je ne pense pas qu’il y ait mieux que West Wing en la matière ;)
          Si « L’exercice de l’Etat » passe encore au cinéma par chez vous, n’hésitez pas, c’est très bon, et c’est si rare dans le cinéma français...

        1 autres commentaires
      • Atlantis
        Atlantis
        Etudiant apolitique
        • Posté à 01h50 le 21/11/2011
        • Internaute 39710
          Etudiant apolitique

        Je suis d’accord avec vous sur West Wing, j’ai trouvé vraiment ça un poil « naif ». Intéressant, mais comme vous le dite, beaucoup trop idéaliste.
        PS : le président, Martin Sheen, il n’a pas joué le rôle principal d’apocalypse now ?

  • LienRag
    • Posté à 19h07 le 20/11/2011
    • Internaute 34767

    « la politique américaine est parfois plus une affaire de morale que d’idées »
    Parce que le moralisme ou le cynisme ne sont pas des idées, des principes, des idéologies ?
    Vous en avez d’autres des lieux communs comme ça ?

  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 19h30 le 20/11/2011
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Je n’ai pas regardé « The West Wing », mais ai vu le pilot de « Boss ». J’attends la suite. Le concept me plait. Oui, le maire est corrompu jusqu’à la moelle mais il est aussi très seul ... Ces séries mettant en scène la politique et ses dessous, sont bien évidemment pleines de poncifs, mais elles montrent tellement ce qu’on s’en imagine !

  • Humain
    • Posté à 15h10 le 21/11/2011
    • Internaute 21387

    Un détail « the west wing » était mal vue de France 2, car cette série est trop démocrate, et la diffusion est passée à deux heures du matin !

  • brucine
    brucine
    passe des concours
    • Posté à 14h30 le 24/11/2011
    • 176333
      passe des concours

    Salut Marie, je te rejoins sur « Boss », que j’ai entamée récemment. Un tantinet trop caricaturale. Le personnage de l’assistante est également cliché au possible. Outre la campagne de Thomas Carcetti (aaah, Aidan Gillen, même avec ta moustache en Main du Roi dans Game of Thrones...) dans l’excellente « The Wire » (apparemment, le patron de Starz est un l’ex patron d’HBO période The Sopranos... ), ça me rappelle beaucoup celle de Darren Richmond à Seattle dans « The Killing » version US d’AMC : mêmes coups durs et bas, mêmes intrigues avec les proches du candidat. Après, en y réfléchissant, il suffit d’ouvrir « Le Canard » pour découvrir si besoin était que certains des faits politiques sont à peine exagérés... Mais c’est vrai que la vision est parfois trop défaitiste. J’aimerais bien qu’une série soit créée sur une candidate, je suis sûre que ça changerait beaucoup de choses (ou pas, cf « L’ivresse du pouvoir » de Chabrol), en plus d’innover...
    Nina

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