Sextape, naissance d'une BD

Le making of de "Sextape", le prochain album du dessinateur Thomas Cadène.

Pourquoi l'affaire Siné m'a empêché de bosser

Thomas Cadène
Dessinateur
Publié le 29/07/2008 à 14h11

Depuis quelques jours, je suis pris d’une folle envie de comprendre, de suivre, d’appréhender le mieux possible ce qui se joue derrière la mise à l’écart d’un dessinateur par un patron de presse. Une addiction informative m’amène à lire des titres aussi divers que Le Figaro, Libération, Le Monde diplo, Mediapart, Le Monde, Bellaciao, Acrimed ou encore, bien sûr, Rue89. Une frénésie de commentaires, une soif d’analyse, une boulimie de polémiques et, finalement, la question qui vient : « Pourquoi ça me parle à moi, dessinateur de BD tout neuf ? “

Je ne connais pas Siné. Arrivé dans la BD par un heureux hasard, je reste encore plutôt inculte quant à l’univers du dessin. Quand j’étais plus jeune, Charlie ne faisait pas partie des lectures de mes parents. Étudiant, j’ai peut-être croisé Siné quelques fois dans le Charlie d’un ami. Depuis, malgré son équipe toujours époustouflante de dessinateurs, je ne suis pas devenu un lecteur de Charlie Hebdo. Val, lui, je le connaissais. Il faut dire qu’il est incontournable. Charlie Hebdo n’est pas nécessaire pour le rencontrer.

Par cette triste histoire, j’ai donc découvert Siné. Personnage très controversé qui semble avoir décidé, toute sa vie, de rester fidèle à ses nobles et absolus idéaux de ‘jeune con’ plutôt que de se laisser glisser doucement dans les travers classiques et bien sages des ‘vieux cons’. J’ai découvert qu’il a été souvent courageux, d’autres fois discutable et qu’il a, à 80 ans, une vie plus remplie que mille autres réunies.

Des couvertures d’Hara-Kiri à l’anticolonialisme militant

J’ai bondi à la lecture de certains de ses textes passés. J’ai été frappé par l’audace de certains dessins. J’ai lu les témoignages d’amis prestigieux et, surtout, incapable de me faire, comme ça, en une pauvre semaine, la moindre opinion solide sur cet étonnant personnage. J’ai surtout été frappé, de manière connexe, par le retour sur une autre époque que cette histoire m’obligeait à faire.

Les couvertures d’Hara-Kiri, le récit d’un anticolonialisme militant, le rire libre, les Desproges et Coluche sortis de l’INA pour nous bousculer à nouveau, m’ont fait redécouvrir des perspectives oubliées.

Les Joffrin, Adler ou BHL qui ont, dans cette affaire, commis quelques-unes de leurs pires contributions au débat public, apparaissent en comparaison comme les gardiens pathétiques du temple ultra-moderne mais déjà vermoulu d’une triste pensée sous contrôle. J’ai aussi été frappé de voir que toute cette formidable agitation venait d’un vieux et de l’intervention d’autres vieux admirables dont je me suis dit qu’ils avaient de magnifiques restes de vies militantes. Je me suis demandé ce que nous avons aujourd’hui.

Je rassure Philippe Val, je ne vais pas parler de couilles. Il suffit de lire les signatures de soutien, les blogs, pour découvrir qu’aujourd’hui n’a pas encore rendu les armes. On a souvent des nostalgies bidons pour des époques inconnues. Ça nous brouille la vue. Bien sûr qu’il y en a encore, pour avoir la fibre militante, l’envie de gueuler quand l’occasion se présente, l’envie de se battre pour des mots, de discuter à l’infini, de comprendre. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours.

C’est peut-être juste que c’est plus difficile à une époque où vous avez tout à perdre et pas grand chose à gagner. Il y a quarante ans, Jane Fonda n’avait pas de sponsors pour la faire taire et Coluche ne militait pas (à ma connaissance) pour qu’on flique et punisse ceux qui écoutaient ses sketches sur cassettes enregistrées. Aujourd’hui le paysage paraît un peu bouché, un peu sinistre. Comme si le nouveau système décourageait plus encore qu’il ne révolte.

Le Moi que l’on raconte s’est débarassé du monde

Je ne veux pas sombrer dans le cliché le plus éculé du repli sur soi, du fameux individualisme de notre époque qui expliquerait tout. L’ego comme valeur cardinale. Une époque qui n’aurait plus d’auteurs engagés, qui n’aurait rien à offrir que des petites vies joliment présentées garantie 0nbsp ; % prise de tête.

Je ne veux pas parce que je n’y crois pas. Ce n’est pas parce qu’on nous le vend que ça le rend plus vrai. Internet a donné à l’ ‘egotrip’ de nouveaux horizons mais ne l’a pas créé.

Ne parler que de soi peut même être une démarche courageuse. Ce qui inquiète plutôt, c’est que le MOI que l’on raconte s’est débarrassé du monde. Or nous avons besoin de sentir la lecture du monde derrière la démarche créatrice. Cette question, sans être nécessairement celle de la démarche militante, mais plutôt celle de la simple conscience (politique, humaniste…), me travaille depuis pas mal de temps. Je comprends mal qu’on prétende à la neutralité, qu’on puisse vouloir faire de la BD sans se poser la question de ce que l’on a à dire.

Le dessin est un langage. Sans parti-pris, sans idée, il n’est qu’utilitaire. Le problème n’est donc pas dans l’alternative ‘Mon Ego ou Le Monde’, mais plutôt dans la tentation de l’apathie face aux idées, aux mots, à l’échange. La curiosité, le désir farouche de l’altérité devraient être les moteurs de toute création sinon de toute vie. On devrait fuir l’entre soi, refuser de rester hermétique au monde, s’interdire l’indifférence. En tant que lecteur, on s’enrichit au contact des auteurs les plus variés, les plus éloignés, les plus proches. Avec eux, on explore, on s’implique.

Je me pose sans cesse la question de savoir si l’auteur n’est pas ‘obligé’ de nourrir sa création de sa confrontation au monde, s’il ne doit pas assumer le monde. J’ai tendance à croire qu’on ne peut plus faire comme si la réalité n’existait pas, comme si on pouvait se placer en dehors. Si la création a un sens qui n’est plus seulement esthétique, si l’auteur a une responsabilité qui n’est plus seulement technique, alors il doit être celui qui se tourne vers les autres et dit : ‘Regardez ce que j’ai vu.’

Ça peut être ‘Gaston Lagaffe’ aussi bien que l’ ‘Incal’, ça peut être ‘V pour Vendetta’, ça peut être ‘Bridget Jones’, ça peut être ‘Outremonde’. Ça peut être mauvais, ça peut être futile, ça peut être maladroit, égocentrique ou totalement démesuré, mais ça doit être issu du monde plutôt que d’un bloc mou, indolore, inodore apolitique et mignon à perpétuité.

Etre enragé peut forcer les autres à prendre position

‘1984’ ou ‘Farhenheit 451’ n’étaient pas seulement de la science-fiction, leurs auteurs avaient regardé le monde en face, en avaient compris les mécanismes et les directions. La lecture qu’ils firent alors se révèle, aujourd’hui, d’une terrifiante lucidité. Ils ont été lus mais jamais entendus. Pourtant, aujourd’hui, ils nous aident à comprendre.

Maintenant vous vous demandez comment j’ai pu commencer avec Siné pour arriver à la science-fiction prophétique des années 50 ? Eventuellement, vous vous demandez même où je peux bien vouloir en venir.

Siné m’a intéressé parce qu’il fait écho à cette idée d’être de ce monde, pleinement, excessivement et quelques fois, peut être, n’importe comment. Il me semble qu’il a rempli, à sa manière, son devoir d’Homme : être témoin et acteur du monde. On n’est certainement pas obligé d’être un enragé pour être intègre. Mais l’être est certainement une manière de forcer les autres à prendre position. Cette affaire m’a passionné pour ça. Parce qu’elle a fait tomber des masques.

En ce qui me concerne, après ces quelques jours un peu fous sur la Toile, je me souviendrai d’avoir emprunté les autoroutes ultrabalisées, un peu sinistres et décevantes d’étranges procureurs d’inquisition qui parlent un peu légèrement d’esthétique antisémite (dont Wagner et Céline seraient d’acceptables représentants ?) ou de race juive (vite et mal corrigé).

Mais je me souviendrai surtout d’avoir croisé le chemin escarpé et parfois glissant d’une vie et d’une œuvre dont je ne sais que penser, tant elle est riche et complexe, mais qui impressionne et invite à réfléchir.

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  • Claude PELLETIER
    Claude PELLETIER
    Retraité dans son jardin
    • Posté à 15h08 le 29/07/2008
    • Internaute 10710
      Retraité dans son jardin

    Le titre m’avait attiré, le style et le contenu m’ont comblé. Votre vision coule doucement et de façon nuancée et vous n’avez pas besoin de l’agressivité de certains mots pour croire emporter l’adhésion.

    Le titre est bon. Ce fut également une semaine difficile pour beaucoup d’entre nous.

    Parce que vous ne l’aviez pas rencontré auparavant, vous avez eu besoin d’apprendre Siné et votre voyage fut enrichissant. Votre planning a été bousculé mais vous n’avez donc pas perdu votre temps.

    Rares sont ceux qui attendent d’avoir toutes les pièces du dossier pour ouvrir le bec. C’est dire qu’ici dans la rue89, la foule des commentateurs qu’ils soient « pour ou contre » ont parlé trop souvent en dehors des clous de la prudence. Dois-je avouer que cela m’a fatigué de lire des avis si partiels et forcément partiaux ? Et que j’en suis venu à me dire que je prenais moi aussi des risques en m’aventurant parfois en dehors de mes compétences bien limitées.

    On a parlé justice et procès mais quel intervenant était qualifié en matière juridique ?

    On a parlé racisme, antisémitisme mais qui a lu et médité vraiment la loi ?

    On a parlé de la presse, de censure mais quelle expérience avons-nous du fonctionnement d’un organe de presse, de sa façon de conduire ses choix éditoriaux, et son organisation des tâches ?

    La liberté d’expression que nous avons pratiquée de façon explosive la semaine passée est-ce cela ? Seulement cela ? Suffit-il de camper sur ses positions sans chercher à mieux s’informer, sans améliorer sa connaissance des lois, des procédures, et sans prendre l’avis d’experts ?

    On a dit et redit que Siné avait été renvoyé pour antisémitisme. Aujourd’hui, je m’aperçois que je ne connais pas le motif précis. J’attends de voir copie de sa lettre de licenciement. Pour ma part, contrairement à vous, la question de l’antisémitisme de Siné ne m’avait pas préoccupé car je n’imaginais pas la présence de racistes dans une équipe comme celle de CharlieHebdo. Mon présupposé était qu’on se trouvait en présence d’un dérapage ou d’une maladresse. D’autant plus que Siné validait l’idée de sa propre maladresse (vois le dossier Mediapart). Pourquoi un antiraciste ne ferait-il pas des erreurs ? Surtout un humoriste ……

    Hier soir, il y avait un article sur le site du NouvelObs dont l’avantage était de donner à entendre des collaborateurs comme Charb …… L’avez-vous lu ?

    • Ferdinand.Bardamu
      • Posté à 22h56 le 30/07/2008
      • Internaute 2975

      Au risque une fois de plus de me prendre des pastilles « naze » dans le nez, Claude Pelletier, je vous déclare que votre bonne volonté bon enfant qui veut prendre le point de vue de tout le monde, s’identifier à tout le monde avant de prendre position ME GAVE.

      Voila, je l’ai dit, il y a longtemps que cela couvait et c’est fait, je n’y reviendrai plus.

      Vous nous engluez dans une espèce de compréhension universelle du monde qui ressemble étrangement aux méthodes de l’affaire qui nous occupe mais en plus « doucereux ». Vous êtes un faux cool, un agresseur au sourire d’ange et si on vous écoutait, on ne ferait rien et on n’aurait d’opinion sur rien, tant on passerait son temps à se mettre à la place de untel ou de untel.
      Vous êtes la voix de la sagesse, celle qui endort les petits enfants au soir. Bref, je m’arrête là, il vaut mieux. Vous voyez, moi aussi je peux me mettre à votre place, mais pour mieux découvrir que je n’aime pas vos propos et votre morale à 2 balles.
      On peut tuer par « gentillesse ».

      • Claude PELLETIER
        Claude PELLETIER répond à Ferdinand.Bardamu
        Retraité dans son jardin
        • Posté à 11h16 le 31/07/2008
        • Internaute 10710
          Retraité dans son jardin

        Vous avez raison. Rien ne vaut un bon emportement et un bon pugilat,
        de franches saignées plutôt que mes hésitations. Et qu’un sang impur abreuve notre pauvre raison ……

        Vivez vos passions ! Jouissez sans entrave.

        Avant de cliquer sur envoi, je note que vous n’avez répondu à aucun des éléments que j’avais pris la peine de présenter. Vous faites bien.

         
        • Ferdinand.Bardamu
          • Posté à 12h56 le 31/07/2008
          • Internaute 2975

          Entendons nous bien : je ne suis un pas un adepte du lissage doux de la pensée par manière policées interposées, mais suis un voyou qui manie l’invective et l’injure et nous n’avons donc rien à nous dire.
          Ne vous approchez pas de moi car je considérerais cela comme un casus belli et ne répondrais plus de rien. Un homme averti en vaut deux.

          • anar78
            anar78 répond à Ferdinand.Bardamu
            flaneur
            • Posté à 13h00 le 01/08/2008
            • Internaute 49508
              flaneur

            Votre pseudo en dit long... Ah, j’en ai connu, des pseud-céliniens à la mords-moi-le-noeud, prenant l’invective pour un argument, la provocation pour de la distinction, et puis que dire, Céline écrit bien, mais comme disait Boris Vian, écrire merde une fois toutes les 30 pages c’est du génie, écrire merde 30 fois par page, c’est un procédé... Alors ne faisons pas de bagatelles pour un massacre, je n’ai pas vu un seul de vos posts qui exprime le début de l’ombre hésitante d’une pensée, vous aurez compris que je ne suis pas un anar de droite...

        2 autres commentaires
  • pegaze
    pegaze
    ingé
    • Posté à 14h32 le 29/07/2008
    • Internaute 25303
      ingé

    aujourd’hui parler de manière lucide du monde dans lequel on vit s’est prendre le risque de se faire rejetter. osez parler à voix haute des problèmes et vous voyez alors plusieurs personnes prêtes à vous rincer la tête de pensée commune car vous compromettez leur douce somnolence.

  • Villo
    Villo
    Dessinateur
    • Posté à 14h42 le 29/07/2008
    • Internaute 42217
      Dessinateur

    J’aime bien cette manière d’aborder le sujet. C’est sensible et intelligent. Cela témoigne d’une jolie ouverture d’esprit et d’un désir d’utopie sous-jacent me semble-t-il. La vie d’un homme qui se risque à l’exposition c’est compliqué car les embûches sont nombreuses ; Il y a les excès mais aussi les erreurs et les contradictions ; Il y a les fidélités et les infidélités mais aussi parfois les errements. Siné, lui,est d’une espèce devenue un peu rare et il ne veut pas se résoudre. Se résoudre à quoi ? Se résoudre tout court ! Siné ouvre sa gueule et la devise ni Dieu ni maître lui colle à la peau et lui va comme un gant. Siné, le dernier des anars ? ...

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 14h43 le 29/07/2008
    • Internaute 42204
      en boule

    Merci Thomas, ça fait du bien de lire ça après tant d’insanités et de croisades voguant sur l’eau tiède !

    Penser tout haut et s’interroger, farfouiller et débattre, sont des réflexes plus vitaux que jamais. Rien n’est aussi dangereux que de choisir de ne déranger personne à aucun prix.

  • nieuwendammerdijk
    nieuwendammerdijk
    bilig et crayon
    • Posté à 15h09 le 29/07/2008
    • Internaute 6585
      bilig et crayon

    C’est bien exprime,senti.Merci.Dessiner,s’exprimer ce n’est jamais sans risques,sinon,ce n’est pas la peine.On en prend souvent plein la poire,mais au moins on sait pour quoi et par qui.
    Il y a des compliments qui ne m’ont pas fait plaisir,mais des reproches que j’ai acclames.

  • Bon Scott
    • Posté à 15h20 le 29/07/2008
    • Internaute 24531

    Thomas, avec son esprit ouvert, il ira loin le p’tit !

  • uclu
    • Posté à 15h41 le 29/07/2008
    • Internaute 14420

    Merci.

  • coolcool
    coolcool
    épistémologue aventurier
    • Posté à 16h06 le 29/07/2008
    • Internaute 49207
      épistémologue aventurier

    Je crois que Siné s’est fait viré parce qu’il se marrait de ce que le fils Sarko se convertissait au judaïsme pour épouser une juive riche. Pourtant personne ne parle de cette histoire ? C’est vrai , ou c’était un canular ?

    Si Siné se marre d’une histoire qu’il a complètement inventé, c’est pas bien. Si c’est vrai, il a le droit de se marrer. Le professeur Choron ne l’aurait pas viré, même si l’histoire est fausse.

    Mais Philippe Val, cela se voit du premier coup d’oeil, n’a rien du professeur Choron.

    Siné fut l’un des rares à dire qu’il aimait fumer et à raler contre la loi sanitaire. Griller des clopes ne l’empêche pas d’atteindre 80 balais et d’être toujours aussi vert. Le jeune Charb s’est répandu en imprécations contre les fumeurs, mais arrivera t-il à une telle longévité ?

    Comme je suis du côté des fumeurs, je donne raison à Siné sans hésiter : je suis sur que le professeur Choron approuve mon raisonnement. Il n’aurait pas laissé a-Chat-Siné Siné par des pisse-vinaigre et des faux-culs.

    Quant à BHL, je n’aime que sa femme. Avec plus d’élégance que son mari, elle avait traité avec respect Brigitte Bardot, l’antisémite bien connue. Quelle classe !

    Dans une société en voie de nazification, les intellos qui n’ont rien de mieux à faire qu’assassiner les humoristes ne font pas honneur à notre pays. Ah ! Où sont les Sartre d’antan !

    • nahera
      nahera répond à coolcool
      • Posté à 17h38 le 29/07/2008
      • Internaute 6180

      Il faut lire aujourd’hui l’origine de cette histoire sur le site « Arrêt sur images »
      En fait il semble que le point de départ soit un article de Libé consacré à la visite de Sarko en israël
      Lien

      C’est dans cet article que P. Gaubert, président de la Licra « remarque qu’aujourd’hui, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean, vient de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l’épouser. “Dans cette famille, on se souvient finalement d’où l’on vient”, s’amuse-t-il. »

      Instructif, non ? ? ?
      Et encore plus instructif le fait que cet article ne soit cité nulle part.....

      • Compte supprimé le 21 janvier 2
        • Posté à 20h24 le 29/07/2008
        • Internaute 17993

        Tiens, un antisémite, un vrai, qui vient de montrer le bout de son nez. Le terme « instructif », cette allusion fine « qu’on » filtrerait la vérité (l’antisémitisme, c’est une culture de l’allusion, du gros clin d’oeil), qu’un certain lobby, j’ai des noms mais je vous fais pas un dessin...

        Heurk. Couché, à la niche !

        JFT_Charenton

         2 autres commentaires
      • rabouille
        rabouille répond à nahera
        Musicien
        • Posté à 12h06 le 01/08/2008
        • Internaute 49516
          Musicien

        Ah bien voilà qu’on met la main sur la source, enfin !

    • Claude PELLETIER
      Claude PELLETIER répond à coolcool
      Retraité dans son jardin
      • Posté à 18h00 le 29/07/2008
      • Internaute 10710
        Retraité dans son jardin

      Vos fumettes m’ont fait sourire. Pas votre chute.

      C’est insupportable de parler de « nazification de la société », …

      … car ce faisant, vous rendez insignifiant le nazisme.

      Cela veut dire que le nazisme
      qui est responsable de millions de morts sur les champs de bataille européens
      et de millions de juifs, tziganes, démocrates assassinés dans les camps…
      serait comme un simple concours de pets, une pochade grotesque de SS déguisés pour carnaval, une vulgaire démangeaison de l’entrejambe.

      Je ne pense pas qu’on ait le droit de galvauder, amoindrir le langage et du coup de rendre les monstres bien plus doux !

      Vous qui vous prenez pour un intellectuel de la plus belle eau, retournez à vos études d’épistémologie. Relisez Kant par exemple. Il fait toujours un tabac.

      • ogareff
        • Posté à 20h31 le 29/07/2008
        • Internaute 26906

        En toute honnêteté et connaissant assez bien l’histoire des années 30 et la montée du nazisme, je note quasi-quotidiennement des similitudes avec la politique de Sarkozy. Et soyez précis : il a écrit « en voie de nazification. » Exagéré et pessimiste, sans doute, mais pas complètement aberrant. L’an dernier, lorsque les sans papiers (femme chinoise, enfant ukrainien) se défenestraient pour échapper aux rafles (désolé je ne vois pas comment appeler ça autrement) de la police, on pouvait quand même légitimement établir des parallèles (toute proportion gardée, oui oui je vous le concède.)
        ...

         
        • Claude PELLETIER
          Claude PELLETIER répond à ogareff
          Retraité dans son jardin
          • Posté à 21h33 le 29/07/2008
          • Internaute 10710
            Retraité dans son jardin

          Je suis sensible également à ces drames mais je me méfie des similitudes. Comparaison n’est pas (toujours) raison.

          L’intention de nos politiques au pouvoir n’était pas d’assassiner ces malheureux. Le projet était de reconduire en dehors. Et ces personnes n’ont pas été poussées dans le vide.

          Avant leur prise du pouvoir, les nazis se donnaient des formes d’organisation (groupes SA) pour poursuivre et assassiner leurs adversaires. Je crois me souvenir d’une évaluation de Marc Ferro parlant de plusieurs centaines d’adversaires, des socialistes, des démocrates, des syndicalistes tués par an. Ils étaient pourchassés jusque dans leur maison. Pour ces milices armées, il s’agissait de terroriser, de détruire l’opposition par l’élimination physique et la généralisation de la peur. Pas question d’emprisonner ou d’exiler, non tuer. Le droit : exit !

          Ces précisions pour qu’on arrêter de galvauder les mots. Et pour douter de votre parallèle. S’il n’y avait dans la France de 2008 qu’une fraction de l’état de terreur fascistes des années 30 en Allemagne (et Italie), nous ne serions pas à bavarder aussi tranquillement vous et moi sur ce site. On devrait apprendre à se méfier de la milice locale, des voisins, et on ne lirait ni Libé ni Charlie ni Le Monde dont les locaux auraient brûlés. Et Le Figaro aurait peut-être du mal à survivre.

          Cette exagération est grave à un autre niveau. En favorisant les analogies faciles, on se prive d’un regard suffisamment précis sur le monde d’aujourd’hui, on s’empêche de comprendre l’actualité … ce qui veut dire qu’on n’est pas prêt à trouver des parades, réagir à propos et à améliorer notre avenir.

          Par rapport à l’immigration, ça fait un bail, Rocard avait commencé par déclarer que « la France ne pouvait recevoir toute la misère du monde ». On a souvent entendu cette déclaration tronquée que j’ai citée de mémoire. Mais on n’en a pas entendu la fin. Il avait poursuivi en disant que « la France —en raison de sa richesse économique— avait le devoir d’en accueillir une partie ». Le problème était donc de quantifier. Ce qui est possible ? souhaitable ?

          On vit dans un pays où l’extrême-droite, appliquant une méthode classique, a semé une pagaille irrationnelle et animé la population française de façon négative contre ceux qui sont nés ailleurs et dont la France aurait besoin. C’est ce que l’on apprend en se renseignant sur la situation démographique de notre pays. Bien que présentant la meilleure natalité européenne, la pyramide des âges montre un déséquilibre structurel. Il n’y a pas assez de jeunes. On peut comprendre au passage pourquoi l’Espagne a trouvé intéressant de procéder à des régularisations massives.

          Navré si je me suis un peu éloigné……

          • Yawn
            Yawn répond à Claude PELLETIER
            amateur d'eau
            • Posté à 23h36 le 29/07/2008
            • Internaute 35717
              amateur d'eau

            Pas de quoi être navré. Ce texte de qualité a le mérite de remettre les choses en perspective.
            Merci.

          • Alain Pacifique
            Alain Pacifique répond à Claude PELLETIER
            enfin!! ça marche !
            • Posté à 10h22 le 30/07/2008
            • Internaute 24637
              enfin!! ça marche !

            @ claude,
            assez d’accord avec vous, n’empeche que la France est de moins en moins un exemple de démocratie, meme si la référence aux années 30 n’est pas d’actualité

        3 autres commentaires
  • dalun
    • Posté à 16h16 le 29/07/2008
    • Internaute 29964

    re -merci pour votre sensible texte ,d’un humain réfléchissant ! ..créer c’est perdre (ai entendu cela ou lu ? ? ..), « condamné » à re-créer ....se dé-couvrir sans cesse , du lien , un fil de sens-lisible...

  • macmich
    • Posté à 17h23 le 29/07/2008
    • Internaute 10356

    Excellent ! ! ! Tellement juste ! Merci !

  • asozial
    asozial
    Bobo reprazent - aus Berlin.
    • Posté à 19h07 le 29/07/2008
    • Internaute 2273
      Bobo reprazent - aus Berlin.

    considère, thomas, que la spécificité de cette époque est entre autres l’importance qu’à prise la « médiasphère » dans la prise en compte de la réalité.

    mais il est facile d’y échapper malgré la capacité industrielle qu’ont désormais les autoproclamés faiseurs d’opinion d’imposer leurs points de vue.

    suffit de pousser le bouton. la réalité reprend ses droits. nous lisons le canard enchaïné. BHL propagandise dans le désert.

    les victimes sont consentantes.

  • luatwork
    luatwork
    Travailleur idéaliste
    • Posté à 18h01 le 29/07/2008
    • Internaute 32661
      Travailleur idéaliste

    si en plus du dessin, M. Thomas nous gratifie de ses écrits régulièrement, ça nous fera du bien
    bravo !

    je n’ai pas osé me pencher sur l’article quand j’ai vu le nombre de commentaires, mais le titre de votre article m’a titillé, et apporté un peu de fraicheur sur le sujet
    merci

  • uclu
    • Posté à 19h10 le 29/07/2008
    • Internaute 14420

    La question reste que c’est la liberté sur le Net, qui se joue là dans cette affaire, et ds l’appui de notre ministre de la Culture à la position de Charlie, voir demain..

  • P a z
    • Posté à 22h39 le 29/07/2008
    • Internaute 36800

    C’est un bel hommage à Siné et à la liberté.
    Total respect !

  • adrien.chinn
    adrien.chinn
    Hésitant
    • Posté à 10h56 le 30/07/2008
    • Internaute 48422
      Hésitant

    Comme la plupart des commentaires ci-dessus, je voudrais féliciter l’auteur de cette chronique, un très bon résumé de la réaction du citoyen lambda (plus ou moins), qui connaissait peu ou pas Siné (je suis de ’85), et surtout l’idée que je trouve très forte de forcer les gens à prendre position dans un débat qui dépasse le simple clivage antisémite ou non, même si il semble malheureusement un pré requis pour ouvrir le dialogue.
    Cette idée de remettre en cause les fameux gardiens du temple, ceux qui se posent en défenseur absolus de la morale et qui usent de leur art verbal pour tenter de discréditer leurs opposants idéologiques. (Dont Val est un archétype parfait)
    En ce qui me concerne (puisque bon, comme disait Desproges (GM) « mon avis est encore l’avis auquel je fais le plus souvent référence »), les critiques virulentes de certains emmènent à penser que l’antisémitisme est davantage dans l’œil de certains observateurs qui le cherchent à toute force que dans le texte de Siné.
    En effet, au vu de la façon dont la phrase incriminée est tournée, il est difficile d’y voir une connotation antisémite, juste la description de Jean Sarkozy comme un opportuniste prêt à tout pour réussir son petit bonhomme de chemin.
    On peut juger de la validité de ce propos, commenter le mauvais goût de parler la vie privée d’un individu (fut il le fils de notre Président), mais dire avec conviction qu’en écrivant cela, Siné implique que les juifs sont les maîtres occultes de notre pays, relève soit de la stupidité,s oit de la mauvaise foi.
    Les attaques dont Siné a fait l’objet, outre le fait qu’elle repose donc sur un fragment de phrase dont l’antisémitisme est plus que contestable, relèvent souvent des raccourcis douteux dont on semble accuser Siné.
    Un exemple m’a particulièrement frappé. Après lecture de différents éditos sur le sujet, un extrait de celui d’Alexandre Adler m’a particulièrement surpris. Au détour d’une phrase il compare en effet Siné à Papon, avec l’idée que l’excuse de la vieillesse est facilement utilisée par les défenseurs de Siné, qui avaient pourtant été peu cléments avec Papon, vieux également. (« Certains invoquent son grand âge, qui semble ne pas avoir joué à l’endroit de Maurice Papon »)
    La parallèle me semble plus que douteux. En effet, si les deux ont été condamné par la justice, l’un l’a été pour incitation à la haine raciale, ou l’équivalent de l’époque, ce qui est odieux, condamnable et tutti quanti, mais qui relève tout de même fondamentalement de la connerie crasse ( nulle volonté de ma part de défendre ou d’excuser Sinè pour ces actes.)
    On lui reproche également des amitiés douteuses, le nom d’un groupe « Euro Palestine » revient régulièrement à charge, au coté de noms de divers individus ayant tenus des propos au mieux douteux, au pire clairement antisémite, passant allégrement de la critique (légale, voire légitime) de l’Etat d’Israël, aux raccourcis douteux que je ne tiens pas particulièrement à répéter ici.
    Mais de là a comparer Sinè à Papon, il y a un tout de même une sérieuse marge. Papon a été condamné (sauf erreur de ma part), pour crime contre l’humanité. Les deux individus ne sont donc pas comparables, tout comme Siné n’est pas comparable aux écrivains d’extrême droite d’entre deux guerres, dont certains ont tout de même été fusillés à la libération.
    Après, j’imagine que certains bons mots passent mieux que d’autres.
    Voilà donc ma (longue et après relecture, assez verbeuse) contribution à ce sain débat, et accessoirement mon premier post sur rue89, joy to the world !

    • lesuperdidou
      lesuperdidou répond à adrien.chinn
      Saltimbanque
      • Posté à 14h14 le 30/07/2008
      • Internaute 46485
        Saltimbanque

      « Cette idée de remettre en cause les fameux gardiens du temple, ceux qui se posent en défenseur absolus de la morale et qui usent de leur art verbal pour tenter de discréditer leurs opposants idéologiques. »
      Retour à la case « Askolovitch » !

    • Claude PELLETIER
      Claude PELLETIER répond à adrien.chinn
      Retraité dans son jardin
      • Posté à 17h11 le 30/07/2008
      • Internaute 10710
        Retraité dans son jardin

      Votre contribution n’est pas verbeuse et votre approche est apaisante.

      Il est temps de se demander Comment une série de petites bêtises ont amené le bug de l’été… Comment une phrase « douteuse » amène certains à se poser la question de l’antisémitisme d’un auteur d’un journal antiraciste ? Comment un conflit amène certaines personnes à faire de son rédacteur un sarkozyste ? Comment a-t-on pu en arriver à entendre ou formuler autant de grossièretés ?

      On a entendu tellement d’exagérations qu’il convient de se tourner vers ceux qui auraient dû parler en premier, à savoir les protagonistes Siné et Val, et leurs collègues (et peut-être quelques experts). Les faits ne nous ont été livrés que de façon partielle et/ou partiale et par bribes. Ceux qui ont quelque chose à dire commencent à parler. Écoutons-les.

      Aujourd’hui mercredi, Charlie paraît avec le point de vue incontournable de Val.

      Et attendons l’exposé du point de vue de Siné.

      Deux collaborateurs se sont exprimés dans Charlie : Cavanna (sur un mode très personnel) et Charb. Ce dernier fournit à notre réflexion beaucoup d’éléments factuels qui manquaient pour comprendre l’enchaînement des choses et comprendre aussi comment fonctionne une telle entreprise … Charb explique notamment qu’en cas de condamnation, Siné n’aurait été qu’un complice et que le condamné serait le « responsable » du périodique. Ce qui est l’un des nombreux détails que l’on apprend à la lecture de son texte.

      • uclu
        uclu répond à Claude PELLETIER
        • Posté à 19h08 le 30/07/2008
        • Internaute 14420

        Claude,
        Moi aussi,je suis un peu fatiguée, de parler de « ça » ; Donc, pour en finir, il y a un article intéressant, l’édito de jean daniel du nouvel obs, et surtout, le monde diplomatique d’Août, pour moi, voilà ; quand à comment fonctionne une telle entreprise, je manque « d’objectivité », leur en voulant personnellement, les réactions violentes sont plus grandes qd on est trompé par ses « amis », on préfère alors, la clarté de ses ennemis..
        Cordialement

         
        • Claude PELLETIER
          Claude PELLETIER répond à uclu
          Retraité dans son jardin
          • Posté à 11h29 le 31/07/2008
          • Internaute 10710
            Retraité dans son jardin

          Coucou,

          Au début de cette file, Bardamu, (héros du Voyage au Bout de la Nuit, je crois), vient de dénoncer ma gentillesse et ma morale à deux balles. C’est vrai que je ne vaux pas cher. Les confirmations vaut se les avaler. Il a eu la bonne idée de ne pas critiquer tel ou tel point de ma présentation et je l’en remercie car cela m’aurait obligé à reprendre le canevas et à même retourner lire ce que j’avais écrit et poursuivre cet effort.

          Difficile d’essayer de calmer un peu les esprits quand soi-même on n’est pas de bois et qu’on a parfois envie de laisser filer de ses lèvres une expression comme celle d’un quidam célèbre au Salon de l’Agriculture.

          J’aurais aimé en savoir plus sur votre expérience. Curiosité.

          Merci pour les deux réf. mais pas tout de suite, je vais mettre la pancarte Hors Service pendant quelques instants/heures/jours/mois…

        1 autres commentaires
  • Hélène Quénot
    • Posté à 16h29 le 30/07/2008
    • Internaute 21017

    De tout ce que j’ai lu sur « l’affaire », c’est le seul texte qui va au-delà du pour et du contre pour entrer dans le pourquoi. Le seul texte qui invite à l’intelligence, quand tant d’autres nous ont asséné leur simple parti pris. Et en plus c’est foutrement bien écrit.

    Merci Thomas, ça m’a semblé un privilège de vous lire.

  • Perlin
    • Posté à 17h02 le 30/07/2008
    • Internaute 21846

    Tsstss, ces dessinateurs... C’est vraiment tous des fainéants, toutes les excuse sont bonne pour procrastiner !

    • Thomas Cadène
      Thomas Cadène répond à Perlin
      Dessinateur
      • Posté à 17h36 le 30/07/2008
      • Internaute 38789
        Dessinateur

      AH AH AH ! me voilà démasqué !

  • punky
    punky
    ni jah ni maitre
    • Posté à 03h31 le 31/07/2008
    • Internaute 47624
      ni jah ni maitre

    J’ai pas lu les commentaires............ !
    houai je sais suis une grosse feignasse !
    -Mais quand à passer pour ça .....jmen fout
    -Sine....Charlie sans toi ben, c’est comme un jazzman sans trompette ! !
    -Un chat sans toi !
    -Un lecteur de Charlie sans Siné !
    -Et nous tous orphelins !

    -Val reveille toi ! ! ! tu es devenu fou ! ! !
    ça fait un moment que j’achetais « ’l’hebdo » pour te lire et maintenant..........je l’acheterais plus
    -Va à « CQFD » ! ! ! !

  • adrien.chinn
    adrien.chinn
    Hésitant
    • Posté à 15h59 le 31/07/2008
    • Internaute 48422
      Hésitant

    Le fait est que Charlie est devenu au fil du temps un hebdo sans grand intérêt, parce que autant je prenais un certain plaisir à lire Charb n’aime pas les gens et les quelques dessins d’un mauvais goût réjouissant, autant le contenu éditorial à proprement parler n’est pas très bon.
    Je ne vais pas détailler toutes les rubriques du journal, mais la plupart du temps (il y a bien sur eu des exceptions) le journal est surtout boursouflé d’autosuffisance.
    J’en veux pour preuve l’affaire des caricatures de Mahomet, qui ont fait de Philippe Val l’égal auto proclamé de Voltaire et de Zola, alors qu’il n’a fait que surfer sur la lâcheté des autres journaux., et une espèce de schizophrénie malsaine dans laquelle notre belle société sombre peu à peu.
    L’affaire Siné révèle à mon sens un vrai problème, une espèce de glissement des valeurs vers on ne sait trop quoi, une espèce de permissivité absolue, qui tente de faire croire qu’une abondance de média et d’informations constitue l’aboutissement de la liberté. .
    Peut être suis je naïf, ou bien nostalgique d’une époque que je n’ai pas connu, mais il me semble que les boucliers se levaient moins rapidement dans le temps.
    Tout semble avoir commencé avec l’affaire Dieudonné, un sketch affligeant de bêtise (et pire, même pas drôle) qui a placé l’humoriste en position de bouc émissaire vis à vis de grosso modo tous les médias, et a obligé, une fois encore, les gens à choisir leur camp, alors qu’un peu de bon sens et une volonté claire de calmer le jeu aurait évité que l’on sombre dans les retranchements actuels.
    Il est vrai que l’envenimement de la situation a été bien aidé par la propension naturelle de Dieudonné à l’ouvrir un peu grand, et surtout ne jamais admettre que peut être, il s’est trompé, et que des gens de confession juive (et les autres) pourraient ne pas apprécier un rabbin faisant le salut nazi. Dieudonné, par ses actions répétées, semble fixer une ligne, et nous forcer à choisir, et Siné serait donc à cataloguer à ses cotés. Cette ligne, d’ailleurs fixé arbitrairement, à toujours plus ou moins existé, mais elle devient de plus en plus réelle et inquiétante. Diable, on ne peut plus écrire le mot « juif » sans passer pour un antisémite ? (je caricature évidemment, mais c’est pour rester dans la logique bipartite qui se crée peu à peu)
    Et puis il n’est plus permis de faire des plaisanteries de mauvais goût ?
    Pour en revenir au sketch de Dieudonné, je trouve que sa punition a été bien légère. On semble avoir oublié que avant le Civil, le Pénal et Dieu, il existe une justice bien plus impitoyable : les gens. Moi, le sketch de Dieudonné ne m’a pas fait rire. Point barre. Que les idées véhiculée derrière ne soit pas d’une netteté à toute épreuve, certes. Mais pour autant, on semble juger le spectateur tellement amorphe qu’il est infoutu de faire la part des choses ? On suppose que les gens, derrière leurs postes, vont sortir des fourches et aller pourchasser les gens ainsi désigné à la télévision.
    Diable, les gens sont cons, c’est entendu, mais le temps de cerveau disponible n’est quand même pas SI disponible.
    Et pour Siné, la logique est la même. Sa brève ? Ce qui m’a choqué, à la première lecture davantage que l’association « juif » et « opportuniste » (c’était avant de savoir que cette rumeur en était une) c’était le fait que Siné commente la vie privée d’un individu (fût il le rejeton d’un exhibitionniste patenté).
    On est déjà assez bassiné des frasques de Sarkozy de ci de là pour espérer un peu de repos, ou bien une colère saine contre toutes les ignominies que l’on nous prépare, les sans papiers que l’on expulse, le service public que l’on détruit et tant d’autres.
    Pour en revenir au sujet initial, il serait imbécile de nier quelques actions scandaleuses, les profanations de sépulture, les agressions antisémite. Mais il serait aussi stupide de faire de l’agression d’un jeune juif un acte antisémite, alors que ce n’était probablement qu’un règlement de compte entre bandes, un peu comme jadis les jeunes issus de diverses régions françaises se battaient. Pour moi, un presque gamin dans le coma est une information suffisamment grave en elle-même, point n’est besoin d’en faire un acte antisémite.
    Nous sommes dans une époque d’immédiateté, aussi bien dans le flux d’information que dans les réactions suscitées, et un manque total de second degré. Et surtout on fait de choses sommes toutes insignifiantes des montagnes.
    PS : Toutes les phrases péremptoires au présent sont à lire au conditionnel, je ne suis pas obtus, je me trompe souvent et je n’ai en aucun cas peur de l’admettre.
    PS2 : je suis conscient du fait que mon texte et long et assez mal mis en forme, mais le plaisir d’écrire est tel que même si je ne suis pas lu, je n’aurais pas perdu mon après midi !

  • rabouille
    rabouille
    Musicien
    • Posté à 12h01 le 01/08/2008
    • Internaute 49516
      Musicien

    Formidable article,
    je vis la même expérience avec cette affaire qui me touche au plus au point.

    J’ai acheté Charlie Hebdo jusque là, mais tant que Val ne rectifie pas le tir, je m’abstiens (pardon aux formidables dessinateurs et humoristes que sont Cabu, Charb, Catherine, Luz, et à mes vieux monsieurs préférés Polac, Wolinski, et Cavanna).

  • Thalwyn
    Thalwyn
    n'adhère plus
    • Posté à 17h12 le 04/08/2008
    • Internaute 47904
      n'adhère plus

    Ce n’est sans doute pas une caractéristique de notre seule époque de nous donner tout le temps à choisir entre du noir et du blanc, entre Pelletier et Bardamu. Comme s’il n’était pas possible d’être à la fois indigné, en colère, de dire « non », un non de scepticisme comme hygiène de vie, d’une part. Et d’autre part, de contrôler cette colère, de savoir mettre des mots sur cette indignation, de structurer sa pensée.

    (Entendons nous bien, je ne milite pas pour le centrisme mou ni pour le balladurisme faux gentil.)

    Lire, comprendre, connaître, bien sûr Claude. Mais ce serait le bienvenu que vous vous départissiez d’un certain ton de « retraité dans son jardin » façon Cincinnatus revenant à sa charrue, vieux sage retiré du monde, mais ayant l’intelligence de nous le dire, de nous l’accorder, hein, vous savez, je sais que je ne sais pas, car l’on ne sait jamais, et patati patata.

    -Cette attitude mesurée est stérile. A force d’observer, on devient le témoin inactif de sa propre vie après avoir fait le voyeur devant celle des autres. C’est justement ce que ne fut pas et n’est toujours pas Siné. On a le droit de se tromper. Sartre s’est beaucoup trompé, mais nous seuls pouvons le dire aujourd’hui, engoncés dans le confort de nos certitudes : l’ennemi est bien identifié, il est barbu et pose des bombes. Les tabous sont connus : la pédophilie c’est mal et l’antisémitisme c’est caca. Etc.

    Cette attitude est aussi perverse dans le sens où elle établit une symétrie de fait entre les uns et les autres, entre les pro Siné et ses détracteurs. Un quart d’heure pour Goebbels, un quart d’heure pour le victimes et les camps seront bien gardés !
    Or, ce n’est pas ainsi. Certains diraient que les « pro » ont ici autant accès aux médias que les « contre ». Faux ! Et c’est l’illusion Internet média global et général qui fausse le jugement.

    Par ailleurs, cher Claude, puisque il s’agit quand même de l’article de Thomas Cadène que vous semblez apprécier, l’auteur lui-même prend position, renvoie Joffrin, BHL et Adler à leur connerie par exemple, tout en avouant ne pas connaître Siné, tout en avouant ne pas pouvoir s’exprimer sur le fond de l’affaire. Ou plutôt les fonds. A l« aspect moral, il faut ajouter les aspects juridiques.

    (Attention, je ne milite pas non plus pour les jugements à l’emporte pièce.)

    Quelques points sont à rappeler :

    - On ne juge pas ici Siné, ni du fait de savoir s’il est antisémite ou pas. Le jugement porte sur son article, plus précisément sur ce fameux extrait incriminé. Or le monsieur s’est expliqué. Je trouve personnellement ses explications plausibles : s’il s’était agi de la fille d’un émir musulman, j’aurais dit pareil, dit-il en substance.

    Il a aussi écrit “je préfère une musulmane en tchador à une juive tondue”. Que l’on puisse lui reprocher d’être antisémite et que l’on s’offusque de cette phrase montre que le niveau de français dans ce pays a bien régressé. Que BHL même la cite en en dénonçant la teneur montre que sa chemise blanche a fini par se tordre en voile devant ses yeux. A choisir entre une femme en Tchador (ce qui personnellement m’horripile, autant par athéisme que, surtout, par féminisme) et une situation où cette femme serait stigmatisée pour son appartenance religieuse quitte à en arriver à des extrémités telles que celles qui ont mené jadis aux camps, le choix est clair, non ?
    Fidèle à son style, Siné ne s’embarrasse pas de mots et pratique l’art du billet éditorial avec raccourcis et fulgurances.
    (Rappelons ici à tous ceux qui se sont érigés en défenseurs du journalisme d’enquête et reproché à Siné de ne pas avoir fait oeuvre de reporter lui-même que le monsieur ne s’est jamais prétendu journaliste d’investigation, voire même pas, si je ne m’abuse journaliste tout court. Le monsieur commente une actualité, apporte son grain de sel mélangé à l’harissa qui vous arrache la langue, vous tord les tripes et vous fait mal à l’entrée comme à la sortie)

    - Le licenciement : Siné le dit sur son blog, il attend toujours sa lettre de licenciement. On peut imaginer le sieur Val aidé de Monsieur Malka, avocat de Charlie, en train d’imaginer toutes le possibilités avant de pondre la lettre de licenciement la plus irréprochable possible
    (Je serais Siné, je l’attaque aux Prud’homes, gagne et l’oblige à continuer à publier mes contributions)
    Ceci dit, Val a déjà donné par voie médiatique les raisons de ce licenciement : Siné a dépassé la limite, Siné a commis un article antisémite. Val a intérêt à ne pas changer les motifs de licenciement sur la lettre de même nom.

    Il appartiendra aux juges de juger. Il nous appartient à nous aussi de nous définir. Nous avons le délit, l’accusé, l’objet du délit, l’accusateur. Bref, toutes les pièces du dossier. Contrairement à ce que notre Claudius Cincinnatus avance.

    C’est justement cela que je reproche le plus à Claude.
    Il semble esquiver plus que s’exprimer.
    On dirait à le lire que nous sommes face à une intrigue à la Miss Marple ou à un des ses films paranoïaques dont raffole Hollywood depuis les années 90 : attendez la fin du film pour connaître le fin mot de cette histoire.
    Bien sûr, nous allons découvrir de nouvelles choses. Nous en découvrons tous les jours. Que Siné a fait ceci et cela. Qu’il fut ceci ou cela.
    Ces découvertes altéreront notre jugement, le modifieront. Tant mieux.
    Mais la justice ne regardera pas si Siné a toujours aimé les Juifs ou non. La justice essaiera de voir si l’extrait incriminé est antisémite ou pas.

  • Laila Tov
    Laila Tov
    drawer
    • Posté à 03h45 le 06/08/2008
    • Internaute 49852
      drawer

    C’est drôle, mais je m’interesse depuis quelques heures à cette affaire de licenciement, et je lis les commentaires. Entre les « sans Siné, Charlie n’a plus d’âme » ou les « Phillipe Val est déjà passé de l’autre côté depuis bien longtemps », je ne saisis pas.
    A lire les propos, les fameux propos de Siné en 1985 suite à l’attentat de la rue des Rosiers, sur son appel à « peindre des croix gammées » ou à « tuer tous les juifs, sauf ceux qui sont pro-palestiniens », et maintenant, à lire les petites allusions sur le fils Sarkozy, sans grande gravité ma foi, une simple confusion entre les juifs, l’argent, le pouvoir, les fameux et tentaculaires lobbies castrateurs en somme ! Juste ça, voyons...

    N’allons pas voir une seule porte entre-ouverte sur un hypothétique Drumont, juste une quelconque et innocente allusion, marrante sans gravité, garante de la si belle liberté d’expression.
    Ils sont assez drôles, tous ces gens qui dénoncent une censure, un « contrôle », toute la clique des vieux anar’ nostalgiques, qui préfèrent la lâcheté, la complaisance.
    Allons dénoncer la main mise sarkoziste sur nos libertés individuelles, tels de grands enfants récalcitrants, en manque d’action, des grands gosses qui se font un peu chier dans la vie.
    Et laissons ce bon vieux Siné nous sortir ses « libertés d’opinions » coulantes telle de la boue sur les pages d’un magazine pourtant si libertaire. Ce fameux mag où tout était permit, il n’est plus ! bouuuh... Et alors, on a plus le droit de fumer dans les bars, de boire au volant, d’aller voir les putes et de se piquer en pleine rue sans que le sécuritaire vienne nous emmerder ?
    Et merde alors, on peut même plus associer les juifs à l’argent dis... Pour déconner et faire le petit jeu du club des Soral et compagnie, ces sous hommes grands militants du FN ? Merde, on peut plus rien dire, la censure sévit, pour nous autres les vieux soixantehuitards gavés de pognon, obèse de gras cérébralisant, de cellulite idéologique, de cochonnaille d’impuissant.

    Bravo Phillipe, au placard le vieux sirupeux !

    (en plus, ses dessins sont totalement has been).

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