Mon parcours de dopé : ce qui ne colle pas dans ce témoignage

Publié le 20/11/2007 à 18h26

J’ai lu le témoignage du cycliste anonyme racontant son parcours de dopé. Tout cela est somme toute assez banal et n’apporte pas grand chose aux témoignages des cyclistes pros : Menthéour, Chiotti, Gaumont, le cycliste amateur Ossowski ou le soigneur Willy Voet, publiés dans différents ouvrages.

En revanche, ce qui me dérange, c’est le travail journalistique qui n’a pas été effectué sur les propos de Luc. Que le cycliste interrogé se mélange les pédales n’est pas le problème : il n’a pas fait d’études de médecine et il a pris des amphétamines qui, si elles sont consommées de façon prolongée, rendent amnésique... Mais il aurait fallu vérifier auprès de spécialistes les dires du cycliste.

Démonstration. Il est écrit dans l’article du 7 novembre :

« L’injection en intramusculaire dans la fesse, ça aussi, ça s’apprend. Il faut faire attention à ne pas toucher le nerf sciatique. Pour l’éviter, tu coupes ta fesse en quatre et tu te mets la ’flèche’ bien au centre. »

Deux hypothèses : soit ce n’était pas lui qui se faisait les injections et ne voyait donc pas où on le piquait, soit c’était lui mais alors, techniquement, il ne pouvait pas se piquer perpendiculairement au centre de la fesse. Essayez : il faut être contorsionniste car après avoir planté l’aiguille d’environ 5 cm, il faut aspirer avec le piston afin de vérifier que l’on ne pique pas dans un vaisseau sanguin. En réalité, dans tous les manuels d’infirmière, il est bien précisé :

« Quart supéro-externe de la fesse dans la partie la plus externe au-dessus d’une ligne horizontale passant par l’extrémité supérieure du sillon interfessier pour éviter la piqûre dans la région du nerf sciatique (plus bas situé). »

Car injecter en plein centre de la fesse, c’est à coup sûr, piquer le sciatique ! En revanche, il est tout à fait possible, sans toucher le sciatique, de se faire l’injection soi-même dans la partie supéro-externe de la fesse.

Autre erreur qui aurait dû donner lieu à vérification : il est précisé dans le même papier :

« Les médicaments s’appelaient Captagon® ou Dinintel®, un coupe-faim qui marchait bien. Mais après l’affaire Festina en 1998, l’Etat a décidé de les retirer du marché. »

En réalité, le Captagon® (un apparenté aux amphétamines) a été retiré en 1993, soit cinq ans avant l’affaire Festina.

Dans l’article du 8 novembre, Luc explique :

« J’ai touché à d’autres produits comme les anabolisants et la testostérone. »

On a l’impression en lisant cette phrase que la testostérone, ou hormone mâle, se distingue des anabolisant. Or, la testostérone est le chef de fil des anabolisants dont dérivent la quasi-totalité des stéroïdes anabolisants.

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  • Anonyme

    Merci pour la relecture...
    en attendant les futurs commentaires éclairés.

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  • Anonyme

    Bien que non spécialiste j’avais douté de la manière dont on déterminait l’endroit de la fesse, à piquer.
    J’ai toujours eu droit au « quart supérieur gauche » pour la moindre injection.

  • Anonyme

    Jean-Pierre de Mondenard (hyptérosodomité de la médecine sportive et du dopage, son pré carré) vous le dira :

    « C’est une belle et bonne chose que de pouvoir tenir son fait des deux mains ».

    Dès lors, comment occuper (tout) le terrain ?

    D’abord, on coupe les cheveux en quatre.
    Ensuite, on cherche la petite bibitte.
    Enfin, on vise la mouche en son fondement.

  • Julien Marival
    Julien Marival
    Journaliste
    • Posté à 11h57 le 22/11/2007
    • Journaliste 20961
      Journaliste

    Je suis le journaliste qui a recueilli le témoignage de ce coureur amateur que l’on appellera Luc. Merci tout d’abord d’avoir prêté attention à cette confession, elle intervient en effet après une telle somme d’aveux qu’un spécialiste de votre rang ne pourrait en apprendre davantage sur les dérives des années 1990 dans le cyclisme de compétition. Mais elle en dit peut-être un peu plus sur l’humain dans le dopé. L’histoire de Luc, c’est une expérience personnelle vécue par un homme particulier. Et de ce point de vue, elle devient intéressante à défaut d’être exemplaire.

    Vous pointez les carences de mon travail journalistique. Luc se trompe de fesse, il confond le Captagon et le Dinintel, il oublie que la testostérone et les anabolisants sont une seule et même chose. Luc veut peut-être m’impressionner et se la jouer roi de la fléchette alors qu’il ne serait en fait qu’un joueur de flûte, un simple observateur passif propre à relayer les fantasmes ou les rumeurs du peloton amateur.

    Je crois que ses erreurs sont plutôt des maladresses qui relèvent du bricolage de son dopage. Luc ne lit pas Sport & vie et « il n’a pas fait d’études de médecine » comme vous l’avez deviné. Il a pris des produits sans connaissance de cause, en apprenant la notice sur le tas ou auprès de collègues plus ou moins avisés. Ces erreurs témoignent quelque part aussi de l’amateurisme de sa condition. Et comme il le dit, c’est en cela que de telles conduites deviennent encore plus dangereuses pour les coureurs de ce milieu. Luc n’a pas de médecin d’équipe pour l’aiguiller ni de soigneur attitré pour le conseiller. Il n’a que lui, ce qu’il entend et ce qu’il ressent.

    Il ne faut pas prendre cette confession pour une expertise scientifique. Il faut plutôt la considérer comme le récit d’un homme, avec ses oublis et ses raccourcis, un homme qui a le courage de regarder en face la part la moins glorieuse de son passé de cycliste : le dopage. C’est cette parole brute et brutale que je voulais diffuser en l’état, ou presque. Et pardon si quelques éclats de voix vous l’ont rendu inaudible.

    Bien à vous,

    Julien Marival

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 12h37 le 22/11/2007
      • Internaute 10904
        in angulo

      Une bien belle mise au point.
      Il est toujours étrange d’avoir à se justifier d’un travail exemplaire quand tant d’autres se vautrent avec délice dans la redite et les lieux communs.

      Merci à vous Julien.

  • marigold
    • Posté à 09h48 le 23/11/2007
    • Internaute 22648

    Quelle volée de bois vert...

    Mais vous avez raison : préférons le lacrymal à l’exactitude, et renvoyons donc à leurs chères études ces professionnels qui font rien qu’à l’ouvrir bêtement.

    M’enfin, juste une question à l’attention de Rue89 : quel est l’intérêt de publier ces « droits de réponse » en cascade, hormis la satisfaction du journaliste à claquer son beignet au médecin du sport ? ça pue la petite crise d’ego ça, non ?

    Si ses précisions vous ont défrisés, vous pouviez tout aussi bien ne pas les publier...

  • Anonyme

    N’étant pas un spécialiste, comme le personnage éminemment respectable qu’est Jean-Pierre de Mondenard, et n’ayant pas davantage été coureur cycliste, si ce n’est du dimanche et des jours fériés, en individuel et à vingt à l’heure, je me garderai bien de prendre parti.
    En revanche, en tant que passionné de vélo, écoeuré mais conservant malgré tout une certaine tendresse, je regrette la polémique que je vois éclore ici. Parce qu’elle est en train de créer une division entre deux parties dont le propos est le même : la lutte contre le dopage.
    Le journaliste qui a recueilli la confession de Luc ne semble pas chercher à contester la parole de spécialiste du docteur de Mondenard, mais seulement expliquer et défendre son point de vue. Du reste, il ne conteste pas les approximations relevées par le praticien, il se contente de les expliquer.
    N’opposons pas le spécialiste et l’homme de la rue. On voit assez se développer en ce moment cette pratique détestable. Elle est loin de servir la vérité. Or, ce qui compte ici, c’est la lutte contre le dopage.

    Thomas GREDAT

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