StorItalia

A la rencontre de nos voisins transalpins à travers leurs coups de gueule et coups de blues, leurs objets fétiches, leurs péchés gourmands... Parce que au fait aujourd'hui, ça veut dire quoi être italien ?

En Italie, les Monti partent à la chasse aux parasites fraudeurs du fisc

Flora Zanichelli
Journaliste
Publié le 02/02/2012 à 15h16

Depuis quelques mois, l’Italie multiplie les campagnes choc contre les fraudeurs du fisc. Un jour, c’est un spot qui compare le fraudeur à un parasite, le lendemain, c’est une publicité gentillette sous forme de dessin animé expliquant à quel point il est important de payer les impôts pour préserver les services de l’Etat.

En italien
En italien

Mais ne tombons pas dans le cliché qui voudrait qu’en chaque Italien se cache un resquilleur. La preuve en haut lieu par Elsa Monti, épouse du président du conseil Mario Monti, qui, pour l’achat de trois oreillers, a fait couler beaucoup d’encre.

C’est le journal L’Espresso qui a raconté l’anecdote : pour facturer trois coussins à la « first lady » italienne dans une boutique du centre de Rome, le commerçant a dû « envoyer six e-mails, en réécrire trois, spécifier chaque pièce. Sans oublier le Durc, le document unique de régularité de cotisations qui certifie le paiement des cotisations sociales pour les salariés de l’entreprise ». Une véritable petite révolution à l’italienne quand on pense qu’ici, obtenir un simple reçu n’est pas toujours chose facile.

Le « sport national »

Les temps changeraient-ils dans la péninsule ? Descente chez les riches à Cortina en décembre 2011 et opérations coups de poing chez les commerçants des grandes villes italiennes donnent le ton : combattif ! Car la fraude fiscale est un mal qui ronge l’Italie. L’ancien journaliste Roberto Ippolito, auteur du livre boomerang « Evasori, chi, come, quanto » (« Fraudeurs, qui, comment, combien »), l’a même qualifiée de « sport national ».

« En Italie, un contribuable sur quatre ne paie pas d’impôts. [Une estimation qui traduit] un déficit du sens de l’Etat. »

« Il manque clairement l’idée d’appartenance à la communauté/. »

Soit ! Ironisant sur la publicité comparant le fraudeur à un parasite, un Italien qui se qualifiait de citoyen honnête avait complété la bande-annonce en rajoutant des photographies d’élus italiens dormant sur les bancs de l’Assemblée nationale.

En italien

Sans oublier le scandale des cantines parlementaires où l’on peut manger une escalope au citron pour moins de trois euros.

Une pression fiscale trop forte

N’oublions pas non plus la face bien plus douloureuse de la pression fiscale : celle de ces entrepreneurs qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Dans un article du Sole 24 Ore, l’un d’entre eux confiait début 2011 :

« Les entrepreneurs italiens paient beaucoup plus de taxes et impôts que leurs collègues européens.

Au total, les charges pèsent à hauteur de 68,6% dont 43,4% d’impôt sur le travail. Aujourd’hui, avoir une activité dans notre pays est héroïque. C’est impossible d’être compétitif. »

Dans le nord-est de l’Italie, les suicides chez les petits entrepreneurs et artisans se sont multipliés depuis le début de l’année. « Aujourd’hui, on meurt de la crise », pouvait-on lire dans les journaux. Alors et si on la faisait à l’envers ? Le jour où l’Etat italien s’intéressera vraiment à ses citoyens, alors peut-être qu’ils lui rendront bien. Mais il faudra pour ça, bien plus que trois simples coussins...

  • 7164 visites
  • 8 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 15h34 le 02/02/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable

    Avec l’omniprésence de la mafia, il ne devrait pas aller trop loin, pour la chasse.

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 15h38 le 02/02/2012
    • Internaute 64790
      dilettante

    L’Italie est une des dernières terres de liberté, en matière fiscale tout au moins. La majeure partie des transaction s’effectue en espèces, et les chèques sont endossables çà l’infini.
    Mais, surtout, ce peuple est imaginatif ! Je me souviens de l’époque où le « scontrino » (ticket de caisse) est devenu obligatoire. Dans le restaurant que je fréquentais alors, ils ont installé un petit vieux (payé au noir) à une petite table, munie d’un tiroir. Quand un couple sortait du restaurant, le petit vieux ouvrait le tiroir, prenait un « scontrino » correspondant à deux repas, et escorrait les clients -jusqu’à cinquante mètres du restaurant (limite au-delà de laquelle le scontrino n’était plus exigible).
    E viva Italia !

  • labrisure
    labrisure
    Personnage exceptionnel
    • Posté à 16h33 le 02/02/2012
    • Internaute 48949
      Personnage exceptionnel

    De toutes façons, ces pays ont une tradition de transgression des règles, c’est de culture. On y peut rien, on y changera rien.

    • Anton Arfinkel
      Anton Arfinkel répond à labrisure
      Encre antipathique
      • Posté à 01h07 le 03/02/2012
      • 179009
        Encre antipathique

      Gaffe quand même ... Quand on commence à comparer les humains à des parasites (des poux, des cafards), le pays commence à puer la mort. Et dans un pays qui a toléré le célèbre (parasite) Benito Berlusconi (quelle ressemblance physique là aussi), ce n’est pas vraiment un bon signal.
      Chez nous aussi, certains comparent les allocataires de la CAF à des cafards.
      Attention, danger.

  • MAP_connection
    MAP_connection
    Anticapitaliste croqueur de (...)
    • Posté à 16h37 le 02/02/2012
    • Internaute 116143
      Anticapitaliste croqueur de (...)

    « Descente chez les riches à Cortina en décembre 2011 et opérations coups de poing chez les commerçants des grandes villes italiennes donnent le ton : combattif ! “

    Ça laisse rêveur ! ! !
    A quand des descente similaires a Neuilly, Puteau, Levallois, Courbevoie, le Raincy ou dans le 16ème (entre autres) ? ? ? ?
    Ces riches fraudeurs, cancer parasitaire de notre pays, c’est la ou faut cogner si on veut le combler le trou de la secu, le deficit public et tout le reste !

    • pateris
      pateris répond à MAP_connection
      serial lecteur
      • Posté à 18h48 le 02/02/2012
      • 174584
        serial lecteur

      Meuh non : lorsqu’on dit à Mamie Zinzin qu’elle n’a jamais fraudé de 77 millions, c’est pas grave, on ne va pas en faire un fromage, restons courtois, pour envoyer au gnouf un maçon ayant fraude mille fois moins, ça veut dire qu’on a choisi son camp…

  • Bjambo
    Bjambo
    oui
    • Posté à 17h49 le 02/02/2012
    • Internaute 100392
      oui

    heureusement que la mafia paye ses impots, elles aurait pu avoir des problemes...

  • OsirisBernard
    OsirisBernard
    Juriste
    • Posté à 16h14 le 03/02/2012
    • Expert 73580
      Juriste

    « Un jour, c’est un spot qui compare le fraudeur à un parasite, .. »

    ben oui ; pourquoi non ?

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.