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A la rencontre de nos voisins transalpins à travers leurs coups de gueule et coups de blues, leurs objets fétiches, leurs péchés gourmands... Parce que au fait aujourd'hui, ça veut dire quoi être italien ?

En Italie, la débrouille prend le pas sur la déprime

Flora Zanichelli
Journaliste
Publié le 23/10/2012 à 17h22

Les Italiens voient-ils le bout du tunnel ? Dans son dernier livre, intitulé « Heureux malgré tout », Enrico Finzi a travaillé sur une série de sondages, basée sur un échantillon de 5 000 citoyens italiens de 18 à 74 ans.

Au début du mois de juillet, 70% de cet échantillon affirmait que «  les choses vont mal ou très mal  » en Italie.

La péninsule, gravement touchée par la crise, était en proie à un malaise qui avait été résumé dans un rapport sur la sécurité réalisé en mars dernier.

Enrico Finzi souligne cependant la capacité des Italiens à s’adapter. En effet, alors que le dernier rapport de la caritas publié aujourd’hui fait état de toujours plus de pauvres en Italie, inversement, les Italiens feraient preuve de plus de débrouillardise.

Le sociologue écrit :

«  L’implication politique et sociale retourne en force. Presque un Italien sur deux s’implique pour améliorer son propre bonheur dans le domaine privé, à travers les liens affectifs mais aussi pour aider le pays à sortir de la crise. On revient aux valeurs de solidarité, coopération et responsabilité individuelle.  »

Bâtir un quotidien alternatif

C’est effectivement une réalité. Ainsi, bien avant que la crise vienne paralyser l’Europe, l’association Scec avait mis sur pied une économie alternative. L’idée  ? Associer différents citoyens, entreprises et commerces en utilisant une monnaie parallèle.

Cette monnaie fonctionne comme les chèques repas et est destinée à relancer une consommation de produits locaux et de services de proximité.

Andrea del Grosso, financier de profession et gestionnaire d’Arcipelago, l’association génératrice du Scec, m’avait indiqué :

« Ça permet de relancer l’économie locale. Et ça marche, notre téléphone n’arrête pas de sonner. »

Cette alternative connaît aujourd’hui un boom alors qu’un récent sondage démontrait que les Italiens ne croyaient plus en l’euro.

« Sept [de nos] lecteurs sur dix rêvent de l’ancienne monnaie », rapportait à la même période le quotidien Il Giornale après avoir organisé un sondage sur son site internet.

De plus en plus de secteurs font aujourd’hui appel à la solidarité collective.

Lors du tremblement de terre d’Emilie Romagne du printemps dernier, les producteurs de parmesan ont ainsi mis aux enchères des morceaux de ce savoureux fromage, faisant appel à leurs concitoyens pour aller de l’avant.

A cette même période, le gouvernement Monti venait tout juste de supprimer l’aide aux victimes de catastrophes naturelles... Rigueur oblige.

A l’heure où l’on parle de Pompéi qui s’écroule, de plus en plus d’initiatives visant à protéger et valoriser le patrimoine italien sont mises en place. A Naples, l’association Cleanap nettoie la ville, autrefois submergée par les ordures.

En politique enfin, les partisans du mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo (qui s’impose en deuxième position dans les sondages, à 17,7%) prônent une démocratie participative, lancent leurs candidatures sur Internet avec des budgets ridicules. Et organisent des meetings avec par exemple comme thème : « Au-delà de la crise, réflexions pour un nouveau modèle de développement ».

Une solution temporaire

Ces initiatives, éparses, souvent locales, ne sont pas, bien sûr, exhaustives. Elles ont aussi leur limite.

Pour Francesco Daveri, professeur en politique économique à l’université de Parme, l’adhésion des Italiens au Scec est la conséquence d’un appauvrissement de la population  :

«  Le taux de chômage oscille autour des 10%, les banques ne font plus de prêt pour acheter une maison, il n’y a pas de petite économie. »

Il ajoute :

«  Cette tendance du “ fait-maison ” sera difficile à réaliser dans un monde globalisé.  »

Ces « arrangements » sont aussi la conséquence d’une défiance toujours plus profonde envers l’Etat italien, aujourd’hui synonyme de rigueur et générateur de pauvreté.

« Une gigantesque machine génératrice de mal-être »

C’est l’autre point abordé par Enrico Finzi. Le sociologue souligne :

« [L’équipe de Mario Monti] constitue une gigantesque machine génératrice de mal-être sans précédent.  »

Si le Premier ministre est crédité à plus de 50% d’opinions favorables, le gouvernement de technocrates n’aurait pas la cote. La froideur et l’ironie dont font preuve certains ministres comme Elsa Fornero (ministre du Travail) ou Corrado Passera (ministre du Développement économique) sont aussi critiquées.

S’appuyer sur cette capacité des Italiens à s’arranger peut être le moyen de relancer le pays. Enrico Finzi explique :

« C’est proprement pendant les phases de crise que les Italiens donnent le meilleur d’eux-mêmes. Nous devons valoriser ces initiatives positives. »

Un enjeu de taille pour le futur du pays.

Aller plus loin
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  • 13 réactions
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  • Nationaliste89
    Nationaliste89
    En France
    • Posté à 18h33 le 23/10/2012
    • Internaute 189546
      En France

    Une monnaie alternative ça correspond à du marché noir : autant de transactions locales sur lesquelles l’état italien ne touche pas un centime.

    Je ne serai pas étonné que la chose de Bruxelles ou le gouvernement Sachs italien ne l’interdise si ça devient plus sérieux que du folklore.

    • Bad Lieutenant
      Bad Lieutenant répond à Nationaliste89
      Bisounours de combat
      • Posté à 11h22 le 24/10/2012
      • Internaute 190065
        Bisounours de combat

      ah ! ? Parce que le travail au noir est autorisé d’habitude ?

  • kodiak
    kodiak
    myope
    • Posté à 21h50 le 23/10/2012
    • Internaute 148655
      myope

    Vous avez tellement raison avec cette comparaison. Le grand fêlé Benito Il Duce le disait bien : « Tout est dans l’état ! ». Que des groupe(uscules) de personnes réprouvés par l’état social présent se regroupent afin de coproduire et dispatcher entre eux les biens nécessaires à leur survie, c’est scandaleux ! Inadmissible, inique et antipatriotique. C’est du pur sabotage national - ils méritent d’être poursuivis, assignés, punis à l’huile de ricin et à la bastonnade jusqu’à ce que mort s’ensuive.

  • LienRag
    • Posté à 02h00 le 24/10/2012
    • Internaute 34767

    L’état italien synonyme de rigueur, c’est une première historique...

    • kodiak
      kodiak répond à LienRag
      myope
      • Posté à 09h57 le 24/10/2012
      • Internaute 148655
        myope

      Sachez, môssieur, que sous Benito Mussolini les trains arrivaient à l’heure, môssieur, et on asséchait les marais Pontins pour en éradiquer la malaria, môssieur ! dans la joie de la giovinezza fascista et à la pioche... En matière de rigueur sachez qu’un Berretta vaut bien ein Lüger ! Ach, ah la la !

      (surtout quand il est pointé sur soi)

  • Jean----Marc
    Jean----Marc
    Vif et Soyeux
    • Posté à 10h15 le 24/10/2012
    • Internaute 192417
      Vif et Soyeux

    Ciao.
    Bien intéressant.
    Tout ça se tient, relié avec des tas d’autres machins, en Italie, ailleurs, IRL ou en ligne.

    Là où ça va être « rigolo » hum, c’est quand les vrais gens ils vont déborder sur les questions de fond, genre « qui décide »...

    Le compromis avec la « classe des professionnalisés installés » va être tendu, il y a quelques photos et videos du côté espagnol qui montrent bien le rapport de force entre les 2 camps, et les installés y sont tous petits rikikis même si ils ont de grosses matraques et son sans foi ni loi.

    // surtout que les sondages à la con diffusés via de media de masse à la botte, ça risque de pas suffire à opiumiser encore bien longtemps les vrais gens...

    E via la nave va :)

  • Bad Lieutenant
    Bad Lieutenant
    Bisounours de combat
    • Posté à 11h23 le 24/10/2012
    • Internaute 190065
      Bisounours de combat

    « Tous les jours, des milliers d’Italiens vivent hors des sentiers battus de l’économie marchande. Dans le monde rural mais aussi dans les milieux culturels, ils redéfinissent, par petites touches, le lien social. »

    En Italie, une autre économie

    Finalement face au délitage total de la classe politique, condamnée à obéir à une bande de milliardaires capricieux, et devant cette crise sans précédent due à l’accaparation des richesses mondiales par quelques uns, l’anarchie douce peut voir le jour, les actionnaires préférant garder leur pognon jusqu’à ce qu’il n’ait plus de valeur plutôt que de vouloir le redistribuer sagement...

    • pablico
      pablico répond à Bad Lieutenant
      Co-NOBEL de la Paix
      • Posté à 13h32 le 24/10/2012
      • Internaute 14278
        Co-NOBEL de la Paix

      l’Italie est terre de créativité..

      promenez vous à Gènes et regardez les toits... c’est fascinant de créativité..

      l’Italie m’a toujours surpris en créativité. de tous les jours..

  • Gorn
    Gorn
    Geek farceur
    • Posté à 11h48 le 24/10/2012
    • Internaute 92890
      Geek farceur

    Le gouvernement italien a lance de courageuses reformes qui porteriont leurs fruits sur le moyen-long terme a l’inverse de ce qui se passe en France ou on taxe plus sans reduire les depenses.

    A note que si les choses avancent, c’est aussi grace a un gouvernement qui n’est pas compose des politiques italiens inutiles habituels.

    si on pouvait avoir autre chose que la secte de l’ena au poiuvoir, ca pourrait aider a changer les choses plutot que de rester dans la demagogie.

  • Arafel
    Arafel
    Post-doc expat'
    • Posté à 14h02 le 24/10/2012
    • Internaute 115097
      Post-doc expat'

    « C’est proprement pendant les phases de crise que les Italiens donnent le meilleur d’eux-mêmes. Nous devons valoriser ces initiatives positives. »

    C’est une blague ? On doit lui rappeller l’entre-deux-guerres ?

  • kakoulite
    kakoulite
    Intermediation & Imprecation
    • Posté à 20h02 le 24/10/2012
    • Internaute 126452
      Intermediation & Imprecation

    Ca s appelle la combinazione et ca n’ a rien mais rien a voir avec le moral des gens ou l’ etat de l’economie...c’est « genetique » !

    • kodiak
      kodiak répond à kakoulite
      myope
      • Posté à 22h09 le 24/10/2012
      • Internaute 148655
        myope

      On s’en tape du moment que c’est contagieux.

      • kakoulite
        kakoulite répond à kodiak
        Intermediation & Imprecation
        • Posté à 20h39 le 25/10/2012
        • Internaute 126452
          Intermediation & Imprecation

        Et les Grecs l ont attrape ...ca donne ce que ca donne de toute facon dans la vie l on a que ce qu on merite.

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